Introduction

Le film "Un flic à la maternelle" (Kindergarten Cop), réalisé par Ivan Reitman, met en scène Arnold Schwarzenegger dans un rôle inhabituel, celui d'un policier infiltré dans une école maternelle. Au-delà de l'aspect comique et de l'action, le film explore des thèmes intéressants liés à la paternité, à l'évolution de l'image de Schwarzenegger au cinéma et aux dynamiques sociales contemporaines. Cet article propose une analyse approfondie du film, en tenant compte du contexte de sa réalisation, de la carrière de l'acteur et des enjeux qu'il soulève.

Genèse du film et collaboration Reitman-Schwarzenegger

Lorsque Arnold Schwarzenegger a été engagé pour jouer dans "Un flic à la maternelle", il a insisté pour que Ivan Reitman réalise cette nouvelle comédie d'action. Le duo avait déjà collaboré avec succès sur le film culte "Jumeaux" (Twins) en 1988, une comédie qui explorait déjà les contrastes et les paradoxes. Cette collaboration témoigne de la volonté de Schwarzenegger de diversifier son image et de s'éloigner des rôles purement musclés qui l'avaient rendu célèbre.

L'évolution de l'image de Schwarzenegger : du Terminator au protecteur d'enfants

Le premier "Terminator" (James Cameron, 1984) a imposé Arnold Schwarzenegger comme un androïde terrifiant. Cependant, sa suite, "Terminator 2: Le Jugement dernier", a reconstruit son image dès le début, transformant une machine à tuer en protecteur d'enfants. Sarah Connor, dans sa narration, exprime que le Terminator sera toujours présent pour son fils, John, pour jouer, le protéger et répondre à ses questions, plus que n'importe quel père de substitution.

Cette évolution est révélatrice de la manière dont l'image de Schwarzenegger a été façonnée par les attentes du public. Il incarne une figure paternelle disponible, totalement dévouée à ses enfants, condamnée à exaucer tous leurs vœux et à toujours "jouer" avec eux. À l'ère de l'enfant-roi, la figure surhumaine de "Schwarzy" s'impose comme un idéal familial inatteignable. Dans "Terminator 2", il est présenté comme le seul père possible, même s'il n'est pas humain.

"Terminator 2" : une prémonition de la carrière de Schwarzenegger

"Terminator 2: Le Jugement dernier" s'avère particulièrement prémonitoire sur la trajectoire que prendra la carrière de Schwarzenegger. En le confrontant aux CGI (images de synthèse), à l'effet numérique parfait et insaisissable qu'est le T-1000, le film orchestre un face-à-face prophétique entre l'action star type des années 80-90 et l'effet spécial numérique, destiné à prendre le dessus sur celle-ci dans la décennie suivante.

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Le film met en évidence la dimension nostalgique du héros d'action, représenté par Schwarzenegger, qui, par son physique démesuré, préfigure également les corps numériques irréels des blockbusters actuels. L'opposition entre une star sur le déclin et l'image numérique atteint son apogée dans l'affrontement final, traduit visuellement par le jeu sur les couleurs, entre le chaud et le froid, le rouge et le bleu.

L'idée d'un martyr symbolique et d'un acte de violence infligé à soi-même est également symptomatique de l'état actuel des action stars d'antan. La saga "Expendables", dans laquelle Schwarzenegger et ses homologues (Stallone, Willis, Norris, Van Damme, etc.) rejouent de manière caricaturale les figures qui ont fait leur gloire, illustre cette tendance à la nostalgie et à l'auto-parodie.

"Un flic à la maternelle" : un reflet des débats sociaux sur la sécurité et l'éducation

Le film "Un flic à la maternelle" peut également être interprété comme un reflet des débats de société sur la sécurité dans les écoles et le rôle de la police dans l'éducation. L'idée d'intégrer un policier dans une école, même dans un contexte fictif, suscite des réactions contrastées.

Certains y voient une mesure nécessaire pour lutter contre la violence et l'échec scolaire, tandis que d'autres la considèrent comme une atteinte à la liberté et une solution simpliste à des problèmes complexes. Le film, à travers son intrigue et ses personnages, explore ces différentes perspectives et invite le spectateur à se questionner sur les enjeux de la sécurité et de l'éducation.

Schwarzenegger, un jouet entre les mains du spectateur

Jérôme Momcilovic, dans son essai "Prodiges d’Arnold Schwarzenegger", explore la notion de Schwarzenegger comme un "gros jouet" entre les mains du spectateur. Selon lui, les films de Schwarzenegger forment une œuvre cohérente qui raconte quelque chose de spécifique. Il ne voulait pas écrire dans le dos de Schwarzenegger et de ce que peut être l’émotion d’un spectateur face à son apparition.

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Momcilovic évoque l'image d'un enfant qui regarde Schwarzenegger apparaître sur un écran, un enfant lambda qui aurait grandi dans les années quatre-vingt avec les films de Schwarzenegger, et un enfant de fiction, qui est celui de "Last Action Hero". Il souligne que Schwarzenegger est un corps inédit, un héritier de toute une tradition de monstres hollywoodiens, qui charrient le même ménage de terreur et de fascination.

Pour Momcilovic, Schwarzenegger correspond à un moment de l’histoire d’Hollywood qui est celui du film d’action, et qui voit le cinéma se pencher sur les corps littéralement comme s’ils étaient des figurines : on va les ausculter, les faire voler, tomber, les martyriser - tout ce que font les enfants avec leurs jouets. C’est le corps humain lui-même qui devient un gros jouet.

L'influence du culturisme et la question du posthumain

Momcilovic établit un lien entre le culturisme pratiqué par Schwarzenegger et la question du posthumain. Schwarzenegger raconte qu'il se sentait "comme Léonard de Vinci" lorsqu'il pratiquait le bodybuilding. Ouvrir le corps humain, à la Renaissance, revenait à le reprendre à Dieu, ne plus le considérer comme un destin mais comme un avoir, quelque chose que l’on possède et sur quoi on peut intervenir.

Plusieurs films de Schwarzenegger abordent la question du posthumain. Dans "Terminator", les premiers anatomistes découvrent que l’homme est en fait une machine, et aujourd’hui on cherche à le reproduire comme on fabrique des machines à l’usine. Dans "Jumeaux", Schwarzenegger est le résultat d’une expérience eugéniste. Dans "Junior", Schwarzenegger est carrément enceint. Et dans "À l’aube du sixième jour", Schwarzenegger est cloné.

L'ombre du nazisme et la fascination pour la puissance

Momcilovic aborde également la question de l'ombre du nazisme qui a toujours plané sur Schwarzenegger. Bien que les convictions de l'acteur/politicien ne laissent aujourd'hui pas la moindre place au doute, sa filmographie n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat. Schwarzenegger aimait mettre en scène ce fantasme de puissance qui flirte avec une imagerie fasciste.

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Il existait des rushes du documentaire "Pumping Iron" dans lesquelles il confesse une admiration pour les « talents d’orateur d’Hitler ». Le fascisme italien partage avec Schwarzenegger le strabisme divergeant qui lui fait regarder vers le passé - mythologie, idéal de beauté grecque, puissance de l’Empire romain - et l’avenir en même temps.

Schwarzenegger et Stallone : deux figures opposées du cinéma d'action

Momcilovic oppose Schwarzenegger à Sylvester Stallone, qui se voit plutôt comme l’un des derniers du Nouvel Hollywood. Les personnages que Stallone joue sont parfaitement premier degré, et c’est ce qui les rend beaux malgré tout : Stallone a constamment joué des idéalistes. Rambo et Rocky ont les idéaux fondateurs de la démocratie américaine chevillés au corps.

Schwarzenegger, en revanche, est une figure exotique pour le cinéma américain, c’est l’altérité même. C’est un gros jouet qui fait tache dans le paysage américain - c’est de là que vient la distance parodique. C’est ainsi qu’il a attiré des cinéastes qui avaient eux-mêmes une position paradoxale avec le cœur d’Hollywood, comme John McTiernan, qui au fond aurait rêvé d’être un artisan du western dans les années cinquante, et qui méprise le Hollywood dans lequel il fait tous ses films.

Schwarzenegger et le contrôle de son image

Momcilovic souligne l’obsession de Schwarzenegger pour le contrôle, qui fait de lui une forteresse imprenable. Il est un peu blindé contre le ridicule parce qu’il a conscience d’être une image. L’objet même du bodybuilding, c’est la transformation du corps en image - celle de la statuaire grecque.

Schwarzenegger a d’emblée réussi à se vendre comme un mythe, un véritable concept, si bien qu’on ne peut pas en faire une image parodique puisqu’il est déjà une image. Il n’y a qu’une fois où cette obsession de contrôle se retourne contre lui, c’est dans "True Lies" de James Cameron, un film que Momcilovic considère comme repoussant.

Conclusion

"Un flic à la maternelle" est plus qu'une simple comédie d'action. Le film explore des thèmes complexes liés à la paternité, à l'évolution de l'image de Schwarzenegger et aux débats sociaux sur la sécurité et l'éducation. À travers l'analyse de ce film, on peut mieux comprendre l'impact de Schwarzenegger sur le cinéma populaire américain et les enjeux qui traversent notre société.

Le film s'inscrit dans une filmographie riche et variée, qui témoigne de la capacité de Schwarzenegger à se renouveler et à surprendre son public. En passant du rôle de Terminator à celui de père de substitution, il a su créer une image complexe et attachante, qui continue de fasciner les spectateurs.

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