En un temps marqué par des figures telles que François Ier, Charles Quint et Soliman le Magnifique, Catherine de Médicis a été une figure marquante du XVIe siècle et du royaume de France. Son nom est inextricablement lié aux guerres de Religion qui ont opposé catholiques et protestants. Une légende noire persistante la dépeint comme une personne acariâtre, avide de pouvoir et ne reculant devant aucun crime pour conserver son influence. Cependant, elle était partisane d'une politique de conciliation et a instauré en France la liberté de conscience pour les protestants, tentant à plusieurs reprises de faire accepter le concept de tolérance civile.
Jeunesse et Famille
Née à Florence le 13 avril 1519, Catherine de Médicis devient orpheline très tôt : sa mère meurt quelques jours après sa naissance et son père trois semaines plus tard, de la syphilis. Elle est alors prise en charge par sa grand-mère paternelle, Alfonsina Orsini, puis placée sous la tutelle de sa tante paternelle, Clarice de Médicis, et de la cousine germaine de son père, ou sa grande-cousine, Maria Salviati, mère de son cousin au second degré, le futur grand-duc Côme. Fille de Laurent II de Médicis (1492-1519), duc d'Urbino, et de Madeleine de la Tour d'Auvergne (1498-1519), elle grandit en Italie d'où elle est originaire par son père. Par son mariage avec le futur Henri II, elle devient dauphine et porte le titre honorifique de duchesse de Bretagne de 1536 à 1547, puis reine de France.
Une enfance tumultueuse à Florence
L'enfance de Catherine à Florence est perturbée par la guerre entre Clément VII et l'empereur Charles Quint. Les républicains florentins profitent de la défaite du pape et du désordre à Rome pour se révolter contre les Médicis et prendre le contrôle de la ville. En 1529, Catherine est prise en otage par les républicains, qui menacent de la violer et de la tuer lorsque les troupes de l'empereur du Saint-Empire romain germanique mettent en place le siège de la ville. Catherine n'a alors que dix ans et restera marquée toute sa vie par la cruauté politique de ce conflit. Pour la protéger, on la place dans différents couvents (couvent de Sainte-Lucie al Prato puis couvent de Sainte-Marie des Emmurées), où, par souci de sécurité, on lui fait prendre l'habit de nonne. Placée sous la protection directe du pape, elle y reçoit une éducation très soignée, bénéficiant d'une culture raffinée, imprégnée d'humanisme et de néoplatonisme.
Mariage et arrivée en France
Catherine quitte l'Italie en 1533, lorsque le pape fait alliance avec le roi de France, François Ier, qui prévoit de la marier à l'un de ses fils cadets, Henri, alors duc d'Orléans, afin de contrecarrer l'influence de Charles Quint à Rome. En tant qu'unique héritière de la branche aînée des Médicis (famille dominant alors Florence) et avec un oncle pape (à la tête des États pontificaux), Catherine représente un parti utile pour François Ier dans le contexte des Guerres d'Italie.
Catherine quitte Florence le 1er septembre 1533 et rejoint la France à bord de la galère du pape. Elle apporte avec elle une dot de 100 000 écus d'argent et 28 000 écus de bijoux, ce qui lui vaut de la part de courtisans persifleurs les surnoms de « la Banquière » ou « la fille des Marchands ». Il avait été convenu dans le contrat que le pape fournirait une dot assez importante pour combler le trou des finances royales. Le mariage a lieu à Marseille, le 28 octobre 1533, en présence du pape, venu s'entretenir avec le roi et lui remettre personnellement la main de Catherine, le contrat de mariage étant signé après le traité d'alliance, qui prévoit que le pape aide le roi François Ier à reconquérir le duché de Milan et de Gênes en échange du mariage. Après le bal de mariage, le couple se rend dans la chambre nuptiale pour remplir ses devoirs conjugaux, suivi par le roi qui reste présent jusqu'à la consommation du mariage. Le pape s'y rend dès le lendemain pour trouver les deux jeunes mariés « contents l'un de l'autre » et est rassuré. S'ensuivent des festivités somptueuses, qui durent plusieurs semaines.
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Une tradition populaire plus ou moins légendaire veut qu'elle soit venue d'Italie accompagnée d'une quarantaine de cuisiniers et qu'elle aurait introduit lors du banquet de mariage le sabayon, ainsi que les sorbets « tutti frutti ». Selon une autre légende, ce serait Jean Pastilla, l'un de ses trois pâtissiers confiseurs, qui répand en France la mode de la pastille à base de gomme arabique et de sirop de sucre.
L'alliance avec la papauté ne procure finalement pas à la France les effets escomptés du fait de la mort de Clément VII, survenue l'année suivante. Le pape Paul III rompt le traité d'alliance et refuse de payer la dot à François Ier, qui se lamente en ces termes : « J'ai eu la fille toute nue ».
Dauphine et Reine de France
Au début de son mariage, Catherine n'occupe que peu de place à la Cour, bien qu'elle y soit appréciée pour sa gentillesse et son intelligence. Le 10 août 1536, le destin de Catherine bascule. Le fils aîné de François Ier, le dauphin François, meurt soudainement, faisant de l'époux de Catherine l'héritier du trône. Catherine devient dauphine de Viennois et ne porte que le titre honorifique de duchesse de Bretagne (1536-1547) car son époux Henri II ne fut pas couronné en la cathédrale de Rennes et ne portait lui aussi qu'un titre honorifique. Mais Catherine et Henri n'ont toujours pas d'héritier (ils mettront dix ans à en avoir un). Pour Catherine, la menace de répudiation plane dès 1536, année durant laquelle on estime qu'Henri et Diane sont, à respectivement 17 et 36 ans, devenus amants, mais elle reçoit l'inattendu appui de sa rivale, qui est aussi et à la fois sa cousine et celle de son mari.
Remarquée pour son intelligence, Catherine est appréciée par le roi, son beau-père. Partageant avec sa belle-sœur Marguerite de France un goût pour les arts et lettres, Catherine devient son amie. Avec la reine de Navarre, Marguerite d'Angoulême, elle participe à l'élévation culturelle de la cour, notamment par des compositions littéraires. Alors qu'elle craint de plus en plus d'être répudiée, elle accouche finalement en janvier 1544 d'un héritier : François, futur François II de France. Sa naissance, suivie l'année suivante par celle d'une fille, baptisée Élisabeth, conforte la position de Catherine à la cour.
À la mort de François Ier, le 31 mars 1547, Henri d'Orléans monte sur le trône sous le nom d'Henri II et Catherine devient reine de France. Le 10 juin 1549, Catherine est officiellement sacrée reine de France à la basilique de Saint-Denis. Le rôle qui lui est conféré à la cour consiste à procréer. En l'espace d'une quinzaine d'années, Catherine met au monde dix enfants, dont sept survivent.
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Influence et responsabilités à la Cour
Dans sa maison, Catherine réunit autour d'elle une cour, où elle place de nombreux compatriotes italiens. Elle reste très attentive à la politique italienne de la France et protège les opposants au grand-duc de Toscane, qui se sont exilés dans le royaume. Elle incite Henri II à confier des responsabilités militaires ou administratives à ces Italiens, qui préfèrent servir la France plutôt que l'empereur.
À l'avènement d'Henri II, Catherine doit souffrir la présence de la favorite royale Diane de Poitiers. Bien que par respect pour elle, le roi lui cache ses infidélités, elle doit accepter que sa rivale prenne une place importante à la cour. Diane de Poitiers exerce une influence importante sur le roi et reçoit en contrepartie de nombreuses responsabilités. Elle obtient ainsi la charge de l'éducation des enfants royaux et le titre de duchesse de Valentinois. Catherine souffre de cette situation en silence.
Catherine obtient des responsabilités quand le roi reprend la guerre, en 1552, contre Charles Quint et s'absente pour mener les opérations dans l'est du royaume. Catherine est nommée régente et avec l'aide du connétable Anne de Montmorency, elle assure l'approvisionnement et le renforcement des armées. Elle intervient également en 1557, après le désastre de Saint-Quentin. Elle est envoyée par le roi demander à la ville de Paris l'argent nécessaire pour poursuivre la campagne. Enfin, Catherine ne manque pas de désapprouver ouvertement la paix signée les 2 et 3 avril 1559 au Cateau-Cambrésis qui fait perdre l'essentiel des possessions italiennes à la France et met un terme à sa politique d'ingérence en Italie. Le traité est suivi par des festivités au cours desquelles des mariages princiers doivent venir renforcer les alliances politiques tout juste conclues. Alors que sa seconde fille, Claude, avait épousé en février le duc Charles III de Lorraine, sa fille aînée Élisabeth épouse le roi Philippe II d'Espagne et sa belle-sœur Marguerite épouse le duc Emmanuel-Philibert de Savoie : le premier mariage est célébré par procuration à Notre-Dame de Paris le 22 juin, et le second a lieu le 10 juillet alors que le roi est sur son lit de mort.
Descendance
Son mariage avec Henri II à l'âge de quatorze ans demeure longtemps stérile, des malformations génitales de l'un et l'autre (maladie de Lapeyronie, rétroversion utérine) en étant à priori la cause. Catherine finit par mettre au monde son premier enfant à l'âge de vingt-quatre ans et demi.
- François II (19 janvier 1544 - 5 décembre 1560). Dauphin de France dès 1547, à la mort de son grand-père François Ier, il devient roi de France en 1559 à la mort de son père. Il épouse la reine d’Écosse Marie Stuart en 1558.
- Élisabeth de France (2 avril 1545 - 3 octobre 1568). Elle devient reine d'Espagne en épousant Philippe II en 1559.
- Claude de France (12 novembre 1547 - 21 février 1575).
- Louis de France (3 février 1549 - 24 octobre 1550).
- Charles IX (27 juin 1550 - 30 mai 1574). Duc d'Orléans à la suite du décès de son frère Louis, il devient roi de France en 1560 à la mort de son frère ainé François II.
- Henri III (19 septembre 1551 - 2 août 1589). Il est titré successivement duc d'Angoulême à sa naissance, duc d'Orléans en 1560, duc d'Anjou en 1566 pour devenir roi de Pologne en 1573. Roi de France en 1574 à la mort de son frère Charles, il épouse Louise de Lorraine-Vaudémont en 1575.
- Marguerite de France (14 mai 1553 - 27 mars 1615).
- François de France (18 mars 1555 - 10 juin 1584). Duc d'Alençon, il devient duc d'Anjou en 1576.
- Victoire de France (24 juin 1556 - 17 août 1556).
- Jeanne de France (24 juin 1556).
Veuvage et Régence
Lorsque son fils François monte sur le trône, Catherine de Médicis lui recommande de confier les rênes du gouvernement à la famille de son épouse : les Guise. Issus de la maison de Lorraine et apparentés à la famille royale, les Guise sont riches et puissants. Catherine les soutient et approuve la mise à l'écart opérée par eux du connétable et de Diane de Poitiers. Elle-même intervient dans la redistribution des faveurs royales en échangeant avec l'ancienne favorite le château de Chenonceau contre celui de Chaumont.
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Les contemporains ont souligné la douleur extrême manifestée par la reine à la mort du roi. Pour marquer son chagrin, Catherine choisit de ne plus s'habiller qu'en noir (alors que le deuil se marquait traditionnellement en blanc) et arbore désormais un voile qu'elle ne quitte plus. La souffrance qu'entraîne chez elle le souvenir de son défunt époux la pousse même à ne pas assister au sacre de son fils le 18 septembre 1559.
Face aux Troubles Religieux
Le règne de François II est marqué par la montée des violences religieuses. Auparavant, Henri II a réprimé très sévèrement le protestantisme. La mort de ce dernier encourage les protestants à réclamer la liberté de conscience et celle du culte. Bien que leur chef Calvin condamne la violence, une minorité de réformés veulent en découdre par la force.
À la mort de son époux, Catherine de Médicis est considérée par certaines autorités protestantes comme une personne ouverte d'esprit et sensible à l'injustice. Sous l'influence de ses amies les plus proches, attirées par la réforme protestante (la princesse Marguerite, la duchesse de Montpensier et la vicomtesse d'Uzès), et prenant conscience elle-même de l'inutilité de la répression, elle entame dès la mort du roi un dialogue avec les protestants. Elle se dit prête à accepter leur présence à la condition qu'ils restent discrets et qu'ils ne s'assemblent pas (et ainsi éviter l'agitation dans la population). Catherine demeure toutefois étrangère à la religion nouvelle. Heurtée par l'injonction des prédicateurs, elle approuve pleinement la sanction des fauteurs de trouble.
L'ampleur du mécontentement provoqué par les Guise au printemps 1560 oblige ces derniers à céder davantage de pouvoir à Catherine de Médicis. Jusqu'alors réservée et marquée par la douleur du deuil, la reine mère prend davantage part aux affaires. La montée du parti modérateur accroît son influence politique et le parti de la répression est contraint de l'écouter davantage. Elle s'entoure de conseillers modérés favorables à la Réforme et favorise leurs idées au sein du conseil royal. En juin, elle permet au juriste Michel de L'Hospital, opposant à la répression, d'être nommé chancelier de France.
Gouvernante de France
Le frère cadet du roi monte sur le trône sous le nom de Charles IX. Comme il n'a que dix ans et est donc encore mineur, Catherine de Médicis est déclarée gouvernante de France. Face aux troubles religieux, elle met en place avec le soutien de conseillers modérés une politique de conciliation. Catherine de Médicis est inspirée par deux courants : l'érasmisme, orienté vers une politique de paix, et le néoplatonisme, qui prône la mission divine du souverain pour faire régner l'harmonie dans son royaume.
L'émergence de Catherine de Médicis et de Michel de L'Hospital sur la scène politique induit un relâchement de la pression sur les réformés. Pour améliorer le sort de ses sujets prêts à s'entredéchirer, Catherine de Médicis multiplie les tractations et les assemblées de décision. Dès décembre 1560, des États généraux regroupant les trois ordres de la société sont tenus à Orléans. Ils siègent de nouveau durant l'été 1561. Enfin au mois de septembre de cette même année a lieu le Colloque de Poissy destiné à réconcilier la religion catholique et la religion protestante.
L'Édit de Janvier
Pour finir, le 17 janvier 1562, Catherine de Médicis promulgue l'Édit de janvier, qui constitue une véritable révolution, puisqu'il remet en cause le lien sacré entre unité religieuse et pérennité de l'organisation politique. L'Édit de janvier autorise en effet la liberté de conscience et la liberté de culte pour les protestants, à condition que ceux-ci restituent tous les lieux de culte dont ils se sont emparés. Cet édit fait partie de la politique de concorde voulue par Catherine de Médicis et Michel de L'Hospital. Pour eux, les réformés ne sont pas la cause du mal qui s'est abattu sur la terre, mais un agent de conversion que Dieu a envoyé pour éveiller l'humanité à la conscience de son péché.
Catherine de Médicis et Élisabeth Ire : Une relation complexe
En un temps façonné par François Ier, Charles Quint ou encore Soliman le Magnifique, deux femmes ont marqué le XVIe siècle : Élisabeth Ire et Catherine de Médicis. La relation suivie qu'entretenaient les deux souveraines, l'une protestante, l'autre catholique, à une époque où les guerres de Religion divisaient les Etats, a modelé non seulement l'histoire de la France et de l'Angleterre mais aussi celle de tout le Vieux Continent. Convaincue de l'importance de l'entente entre les deux Couronnes, la reine mère de France n'aura de cesse de négocier des traités de paix avec son homologue d'outre-Manche. Ses tentatives resteront infructueuses en raison de divergences religieuses qui atteindront leur acmé durant le désastreux massacre de la Saint-Barthélemy.
Se fondant sur des sources de première main, Estelle Paranque fait entendre la voix de ces femmes, au fil d'une biographie croisée. Si Elisabeth Ire et Catherine de Médicis ne se sont jamais rencontrées, leurs rapports diplomatiques et personnels furent complexes, oscillant entre rivalité et compassion, tentatives d'entente et désaccords profonds. Estelle Paranque est professeure associée à la Northeastem University de Londres.
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