Introduction
L'Hôpital Civil de Strasbourg, institution emblématique de la ville, recèle une histoire riche et complexe, intimement liée à l'évolution de la médecine et des soins de santé en Alsace. Parmi les nombreux services et bâtiments qui composent cet ensemble hospitalier, les archives de la maternité témoignent d'un passé marqué par des transformations architecturales, des avancées médicales et des mutations sociales. Cet article se propose d'explorer l'histoire de ces archives, en s'appuyant sur les informations disponibles et en les contextualisant dans le cadre plus large de l'histoire de l'Hôpital Civil et de la ville de Strasbourg.
Les Origines de l'Hôpital Civil : Un Aperçu Historique
Avant de plonger dans l'histoire de la maternité et de ses archives, il est essentiel de comprendre les origines et l'évolution de l'Hôpital Civil de Strasbourg. Les études historiques ne fournissent aucune date de fondation précise du premier hôpital. Selon une légende, il aurait été fondé dès 657 par le Duc d’Alsace Attic, père de Sainte Odile. La première trace écrite date de 1143, il s’agit de la charte de l’évêque Burcard, situant la fondation en l’année 1119. Ce premier hôpital se trouvait dans l’actuelle rue du vieil hôpital, tout près de la cathédrale. Une confrérie religieuse, suivant probablement la règle de Saint Augustin, était chargée des soins des malades et des mendiants.
En 1313 et 1316, les épidémies de peste et la famine qui décimaient la population de Strasbourg étaient telles que l’air devenait nauséabond. L’hôpital fut transféré hors de l’enceinte de la ville près de la porte qui s’appelle « Porte de l’Hôpital ». Il sera démoli vers la fin du même siècle (1392-1393) au cours des guerres soutenues par l’évêque Frédéric de Blankenheim et la noblesse. Pendant quelques années les malades sont soignés dans le « Stalhof » et le « Herrenstall » au Finkwiller jusqu’à ce que l’hôpital soit définitivement installé (1398) dans les locaux qu’il n’a cessé d’occuper depuis. La construction de la chapelle est achevée en 1428. De cet hôpital, il subsiste actuellement la belle cave à colonnes et chapiteaux cubiques fort curieux.
Au fil des siècles, l'Hôpital Civil a connu de nombreuses transformations, tant sur le plan architectural que sur le plan de son organisation et de ses missions. Les Hospices civils, la Fondation de Saint-Marc et l’Orphelinat constituent les trois entités mises en place en application des lois du 16 vendémiaire et du 23 brumaire an V (7 octobre et 13 novembre 1796). l’hospice des orphelins. Les documents et dossiers antérieurs à 1848 sont regroupés sous la cote 1 AH et la cote 2 AH.
L'Hôpital Civil au XIXe Siècle : Modernisation et Extension
Le vieil hôpital datant du XVIIIe siècle était devenu bien insuffisant, malgré les aménagements réalisés avant 1870. Un premier agrandissement étend l’emprise de l’institution au sud du quartier du Finkwiller. L’hôpital né après 1870 est construit sur le principe du « pavillon » : chaque édifice est affecté à une pathologie différente. Ces pavillons doivent soigner des malades (chacun devant disposer de 27 m3), mais aussi accueillir des étudiants et des enseignants.
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C'est dans ce contexte de modernisation et d'extension que le bâtiment abritant les archives de la maternité a été construit. Selon Bernard Vogler, historien et ancien Président de l'association des Amis du Vieux Strasbourg, ce bâtiment a été construit en 1887 par l'architecte Perrin. Au dernier niveau, on trouve des colombages. Le bâtiment a servi de lingerie pour l'hôpital jusqu'en 1909.
Le Bâtiment des Archives : Un Témoin de l'Histoire Hospitalière
Le bâtiment construit en 1887 par l'architecte Perrin, avec ses colombages au dernier niveau, témoigne de l'architecture de l'époque et de l'évolution des besoins de l'Hôpital Civil. Son utilisation comme lingerie jusqu'en 1909 reflète l'importance de la gestion du linge dans un établissement hospitalier de cette taille.
Plus tard, le bâtiment a été transformé en archives, conservant ainsi des documents précieux sur l'histoire de l'hôpital, y compris ceux relatifs à la maternité. Ces archives constituent une source d'information essentielle pour les chercheurs, les historiens et les professionnels de la santé intéressés par l'évolution des pratiques médicales et des soins aux mères et aux enfants.
Menaces sur le Bâtiment et Mobilisation pour sa Conservation
Malgré sa valeur historique et patrimoniale, le bâtiment des archives a été menacé de démolition. Sur le permis de démolir on peut lire 'bâtiment archives + garages + arches'. La démolition a sans doute un lien avec la construction du nouveau Pôle d'administration publique de Strasbourg (PAPS). D'après les plans et maquette consultés pour la construction du PAPS par le groupement d'architectes Lipsky-Rollet/Michel Forgue/Nicolas ingenieries/RFR éléments, le bâtiment est conservé, pourtant il y a bien un permis de démolition accroché (daté du 05/09/2011) sur l'immeuble. Les travaux préparatoires de déconstruction viennent de commencer (désamiantage), la démolition devrait être réalisée par les services de la CUS.
Cette menace a suscité une mobilisation pour la conservation du bâtiment, témoignant de l'attachement des Strasbourgeois à leur patrimoine hospitalier. Le maire aurait demandé que les travaux soient suspendus…
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Le Contenu des Archives : Un Trésor d'Informations
Les archives de l'Hôpital Civil de Strasbourg, et plus particulièrement celles de la maternité, renferment un ensemble considérable de documents d'origines diverses. Le fonds de l’Hôpital, coté AH, se compose de plusieurs éléments d’origines diverses. On y trouve les documents relatifs aux biens séquestrés à l’époque de la Réforme protestante sur les anciennes institutions religieuses de Strasbourg et attribués à l’hôpital. Ils se retrouvent à côté des archives propres de l’institution dont l’origine remonte aux premiers temps de la ville : dès 1143, le roi Conrad confirme les propriétés de l’hôpital qui dépend encore de l’évêque.
Eu égard à l’histoire du fonds et de ses composantes, l’historien trouvera dans les différentes sous-séries des données ayant essentiellement trait à l’administration des biens des Hospices (qui se trouvent largement répandus en Alsace et outre-Rhin), mais aussi, pour les XIXe et XXe siècles, sur l’organisation des services et la construction de l’hôpital moderne.
Ces archives peuvent contenir des informations précieuses sur :
- L'évolution des pratiques obstétricales et des soins aux nouveau-nés.
- Les statistiques de natalité et de mortalité infantile.
- Les conditions de vie des mères et des enfants à différentes époques.
- L'histoire des familles strasbourgeoises.
- Les aspects administratifs et financiers de la maternité.
L'Accès aux Archives : Conditions et Procédures
L'accès aux archives de l'Hôpital Civil de Strasbourg est soumis à certaines conditions et procédures, visant à protéger la confidentialité des données personnelles et à garantir la conservation des documents.
Le dossier médical comporte les informations formalisées recueillies lors des consultations externes dispensées dans l’établissement, lors de l’accueil au service des urgences ou au moment de l’admission, lors du séjour hospitalier et les informations formalisées établies à la fin du séjour. Le patient peut avoir accès à l’intégralité de son dossier médical. Des restrictions d’accès sont prévues pour les ayants droit et pour les hospitalisations en service de psychiatrie.
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Si vous êtes ayants droits La demande doit comporter un des trois motifs précisés par la loi : connaître les causes de la mort, faire valoir ses droits, défendre la mémoire du défunt. L’hôpital n’est pas tenu de communiquer le dossier du défunt dans son entier. Le secret médical persiste en effet après le décès du patient.
Des frais de reproduction et/ou d'envoi peuvent être facturés, selon la grille tarifaire en vigueur, en cas de nouvelle demande similaire, ou si la demande est réalisée par un ayant droit.
L'Hôpital Civil : Un Lieu de Mémoire et d'Innovation
L'Hôpital Civil de Strasbourg est bien plus qu'un simple établissement de soins. C'est un lieu de mémoire, témoin de l'histoire de la ville et de sa population. En regardant l’ensemble de notre hôpital, on saisit l’effort de chaque génération qui s’exprime dans la pierre. La qualité de nos plus anciens bâtiments, celui de la pharmacie par exemple (XVIème siècle) atteste de la place que tenait l’hôpital d’alors, celui de la ville libre.
C'est également un lieu d'innovation, où les professionnels de la santé s'efforcent constamment d'améliorer les pratiques médicales et les conditions de vie des patients. L’Hôpital vit et se transforme. Les mutations sociales suscitent ce mouvement. Plusieurs grands « noms » exercent leur art dans cet hôpital en constante évolution : Madelung, Boeckel, Naunyn (dont le service découvre l’origine pancréatique du diabète). On compte également 7 sages-femmes, 64 sœurs de la Charité, 148 personnes laïques de soins ou de service.
La Vie à l'Hôpital : Un Aperçu du Passé
Outre les malades et les pauvres, l’hôpital héberge des personnes âgées pensionnaires qui s’assurent asile jusqu’à la fin de leurs jours. A partir de 1555, seuls les bourgeois peuvent être admis comme pensionnaires. Quand sonne la cloche dite « Bubenglock » le soir, tous les pensionnaires doivent avoir réintégré l’hôpital. Les soins sont gratuits mais précaires. Très souvent les malades sont contraints à dormir à deux voire plus dans le même lit, dans des conditions d’hygiène déplorables. Les messes quotidiennes qui se déroulent dans la chapelle et dans les chambres sont de rigueur ; en revanche un bain ne leur est proposé que toutes les quatre semaines. Les incontinents dorment sur une litière de paille d’avoine, ce n’est que beaucoup plus tard qu’ils auront droit aux draps remplacés quotidiennement.
Il est intéressant de noter le budget de l’époque. Le budget médical représente 6% du budget global (proche de l’actuel). Les frais de personnel représentent 9% du budget. Les frais de boucherie sont très élevés et le vin représente un montant presque équivalent à celui du chauffage (deux litres de vin sont servis pour trois personnes par repas, un autre verre est servi au goûter). La boulangerie datée de 1572 est située dans l’aile Ouest de la phase actuelle. Sur le linteau de la porte d’entrée, nous trouvons deux sculptures, l’une représente un petit pain, l’autre un bretzel. Au mur de cette boulangerie, est accrochée une vieille cloche datée de 1766. S’agit-il de la « Bubenglock » ?
Dès 1604, deux chevaux et une voiture ambulance sont prêts, jour et nuit, pour aller chercher les malades et les blessés sur la voie publique. L’ancêtre de notre SAMU actuel ? Le 4 novembre 1716, un incendie se déclare dans la chambre des copeaux, où une laveuse était allée chercher des copeaux avec une chandelle. Le feu s’étend de façon incontrôlable et tout le grand édifice est en cendres.
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