L'annonce par une mère qu'elle a eu recours à un avortement peut provoquer un véritable séisme émotionnel chez son enfant, conduisant à des sentiments complexes et parfois douloureux. Cet article explore en profondeur les conséquences psychologiques potentielles d'une telle révélation, en s'appuyant sur des témoignages et des analyses pour offrir une perspective nuancée et des pistes de réflexion.

Un Choc Révélateur : La Découverte d'un Secret de Famille

Pour beaucoup, apprendre que leur mère a avorté est un choc. Comme l'exprime une personne ayant vécu cette situation : « J'ai appris hier après-midi que ma mère c'était faite avorter quand elle avait 21 ans. Cela a été un choc pour moi autant de la manière dont elle me l'a annoncé que d'imaginer que j'aurais pu avoir un(e) grand(e) demi-frère ou sœur. » Ce sentiment de surprise est souvent exacerbé par le fait que l'on se perçoit comme l'aîné(e) d'une famille, ignorant l'existence d'une grossesse antérieure.

Le Sentiment de Trahison : Une Réaction Fréquente

L'une des réactions les plus courantes est un sentiment de trahison envers sa mère. On peut se demander : « Pourquoi avoir attendu tant de temps ? Pourquoi me l'annoncer comme ça ? » Ce sentiment peut être particulièrement fort si l'on a souvent parlé d'avortement avec sa mère, en exprimant son propre point de vue sur la question. Le silence passé devient alors une source de questionnement et de remise en cause de la relation.

Remise en question

Savoir que sa mère a avorté peut modifier l'image maternelle que l'on a d'elle, protectrice de ses enfants envers et contre tout. Cela lui donne une image de toute puissance sur le sort de ses enfants alors que le but de la vie et de l'éducation est de s'en affranchir doucement et naturellement. Cela peut faire remettre en cause sa propre existence et son importance : et si moi aussi j'étais arrivé à un moment inopportun, aurais-je eu le même sort, quelle valeur ai-je donc finalement? A quoi ma vie tient-elle? Cela peut donner l'impression d'être un rescapé, et un sentiment de culpabilité par rapport au frère ou la so eur qui n'a pas eu la chance de vivre et d'être aimé. Cela change sa place dans la fratrie et dans la filiation. Si un parent n'a pas considéré un embryon comme un enfant, personne ne devrait obliger un enfant à ne pas penser au frère ou à la so eur qu'il n'aura pas eu, en ces termes et avec des sentiments. Un enfant n'a pas à être dicté ce qu'il doit ressentir face à l'avortement de sa mère.

Les Émotions en Jeu : Comprendre les Réactions Psychologiques

La révélation d'un avortement maternel peut engendrer un large éventail d'émotions, souvent complexes et parfois contradictoires.

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Perturbation et Remise en Question de Soi

Apprendre qu'une mère a avorté peut perturber l'enfant, surtout s'il se considérait comme "le seul et l'unique" pour elle. Cette nouvelle peut amener à imaginer l'existence d'un frère ou d'une sœur aîné(e) qui aurait aujourd'hui une quarantaine d'années. Cette prise de conscience peut entraîner une remise en question de sa propre identité et de sa place au sein de la famille.

La Complexité du Secret de Famille

La découverte d'un avortement passé peut donner l'impression de ne pas tout savoir de ses parents, même en vivant avec eux. Cela peut être dérangeant, car on réalise que nos parents ont eu une vie bien remplie avant notre naissance et qu'ils conservent une part de mystère.

Conséquences sur les Autres Enfants

Un avortement peut avoir des conséquences sur la façon d'être mère après. Soit les autres enfants ne savent pas et c'est une ombre qui plane, comme tout secret de famille, avec ceux qu'on tient dans l'ignorance et qui ressentent que quelque chose cloche confusément, et ceux qui savent (le père, la tante, la grand-mère…).

Le Conflit de Loyauté et la Difficulté d'Exprimer ses Sentiments

En étant mis dans la confidence, l'enfant est fait complice malgré lui, dans un conflit de loyauté impossible. Personne n'a envie d'avoir un jugement négatif sur sa mère, de la remettre en question dans ses choix, ni de lui faire de la peine. La seule solution est donc d'être dans la compassion, de la rassurer même en l'approuvant, en en oubliant ses propres questionnements intérieurs, et surtout en les taisant et en les enfouissant. C'est placer l'enfant dans une situation impossible.

L'Avortement : Un Traumatisme aux Multiples Facettes

L'avortement est une expérience complexe qui peut avoir des répercussions profondes sur toutes les personnes impliquées, y compris les enfants nés après cet événement.

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L'Enfant "Survivant" et le Sentiment de Précarité

L’enfant qui n’a pas été avorté devient un « survivant ». Il peut ressentir la précarité de sa vie, comme une « survie » par rapport à son frère ou sa sœur avorté(e). L’intuition des enfants ou leur souffrance ne s’expriment pas forcément aisément par des mots, parfois plus facilement par le dessin.

Impact sur la Fratrie et la Grossesse Suivante

Même si l’avortement reste un secret, un « non-dit », les enfants d’une même fratrie ne sont pas indemnes de ce qui se passe ou s’est passé pour leur mère. Ils ont en commun d’avoir vécu dans le même ventre leur vie prénatale, portés par la même mère. La grossesse qui s’est interrompue marque un manque dans l’histoire obstétricale de la femme et, par conséquent, un vide également dans la famille construite ou en devenir. Si l’avortement a lieu lors d’une première grossesse, l’enfant de la grossesse suivante peut souffrir d’une absence en sentant qu’il n’est pas l’aîné ; il peut sentir, dans sa vie prénatale, que quelque chose s’est passé dans ce ventre avant lui.

Les Conséquences Psychologiques à Long Terme

Les femmes qui perdent un enfant avant terme peuvent en concevoir une grande culpabilité et le vivre comme un échec personnel. Certaines femmes peuvent encore souffrir dix ans après la perte de leur fœtus. Ces traumatismes ne sont pas pris en considération, ou très peu, par l'entourage, la société, et la douleur peut s'enkyster.

Un deuil non fait peut être inoculé à son enfant. Plus ils sont jeunes, plus les enfants sont réceptifs à la douleur de leur mère. Ils expriment alors de la tristesse, des troubles du sommeil, ou encore de l'irritabilité, de l'agitation, de l'hyperactivité… Ce sont autant de façons de lutter contre le repli de leur mère. Ils peuvent également éprouver un sentiment de culpabilité pour avoir désiré la disparition d'un rival annoncé. Certains petits peuvent imaginer que le fœtus mort a été digéré par leur mère. Ils peuvent alors craindre d'être à leur tour dévorés et par conséquent prendre de la distance vis-à-vis de leur mère. Il faut parler aux enfants de la fausse couche, leur dire que le fœtus "n'a pas voulu naître" pour les déculpabiliser.

Une grossesse interrompue peut aussi avoir des répercussions sur le prochain enfant. La femme enceinte peut se retenir de trop investir le futur nouveau-né afin d'anticiper une éventuelle perte. Si la mère n'a pas fait le deuil de l'enfant idéal qu'elle portait, elle peut considérer inconsciemment celui qui le suit comme un enfant de remplacement qui se doit d'être à la hauteur d'un être idéalisé, donc sans défaut.

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Guérir et Avancer : Surmonter les Conséquences Psychologiques

Il est essentiel de reconnaître et de traiter les émotions complexes qui peuvent surgir après avoir appris l'avortement de sa mère. Voici quelques pistes pour favoriser la guérison et l'épanouissement personnel.

Reconnaître et Valider ses Émotions

La première étape consiste à reconnaître et à valider ses propres émotions, sans jugement ni culpabilité. Il est normal de ressentir de la tristesse, de la colère, de la confusion ou un sentiment de trahison. Il est important de ne pas minimiser ces émotions, mais de les accepter comme une réaction légitime à une situation complexe.

Communiquer et Partager ses Sentiments

Exprimer ses sentiments à une personne de confiance, comme un ami, un membre de la famille ou un thérapeute, peut être d'une grande aide. Parler de ses émotions permet de les clarifier, de les relativiser et de se sentir moins seul(e). Il peut également être bénéfique de communiquer avec sa mère, si cela est possible et souhaitable, pour comprendre ses motivations et exprimer ses propres sentiments.

Rechercher un Soutien Professionnel

Si les émotions sont trop intenses ou difficiles à gérer, il peut être utile de consulter un professionnel de la santé mentale, comme un psychologue ou un psychothérapeute. Un thérapeute peut offrir un espace sûr et confidentiel pour explorer ses émotions, identifier les schémas de pensée négatifs et développer des stratégies d'adaptation saines.

Accepter le Passé et se Concentrer sur le Présent

Il est important d'accepter le passé et de se concentrer sur le présent. L'avortement de sa mère est un événement qui fait partie de son histoire, mais il ne définit pas qui l'on est. Il est possible de construire une vie épanouissante et significative, malgré cette expérience.

Déculpabiliser

Il est important de se pardonner à soi-même et à sa mère. L'avortement est une décision difficile qui est souvent prise dans des circonstances complexes. Il est important de ne pas juger sa mère, mais de chercher à comprendre ses motivations. Il est également important de se pardonner à soi-même pour les émotions négatives que l'on peut ressentir.

Se Concentrer sur sa Propre Vie

Il est important de se concentrer sur sa propre vie et de poursuivre ses propres objectifs. L'avortement de sa mère ne doit pas empêcher de vivre pleinement sa vie et de réaliser ses rêves. Il est important de se concentrer sur les aspects positifs de sa vie et de cultiver des relations saines et enrichissantes.

L'Expérience Masculine : Les Pères Face à l'Avortement

Il est important de ne pas oublier l'expérience des hommes face à l'avortement. Les pères peuvent également ressentir des émotions complexes et douloureuses, qu'il est essentiel de reconnaître et de prendre en compte.

Les Hommes et la Décision d'Avortement

La place de l’homme dans la décision d’avortement est très variable. L’homme et la femme peuvent être clairement d’accord pour la décision d’avorter. Quelle que soit la façon dont s’est décidé l’avortement, des hommes regrettent l’IVG de leur compagne, épouse, partenaire, et en souffrent.

La Souffrance Masculine : Un Tabou Social

Beaucoup pensent que seule la femme porte les conséquences de l’avortement. Sur le plan physique c’est vrai, mais c’est loin d’être vrai sur le plan psychique. Ainsi, beaucoup d’hommes ne se sentent pas légitimes pour exprimer une souffrance liée à l’avortement.

Les Conséquences Psychiques pour les Hommes

L’avortement peut avoir de graves conséquences psychiques pour l’homme quelle que soit la façon dont il s’est positionné pour la décision de cet acte. Quand l’IVG a eu lieu contre son gré, cela peut être une terrible souffrance pour lui, à la fois du fait de la mort de son propre enfant, et du fait de son désir de vivre la paternité, qui pour beaucoup d’hommes est un désir très profond.

Le Syndrome de Stress Post-Traumatique chez les Hommes

D’après une étude de 2007, quatre hommes sur dix ayant fait une IVG, parmi les participants à l’étude, souffraient de syndrome de stress post-traumatique chronique, 15 ans après l’avortement. Parmi ceux qui avaient ces symptômes, 88% vivaient un deuil et ressentaient de la tristesse, 82% de la culpabilité, 77% de la colère, 64% de l’anxiété, 68% de l’isolement, 40% des problèmes sexuels. Il existe aussi un certain nombre de cas de suicides masculins suite à des avortements.

Le Besoin de Parler et de se Faire Accompagner

Les hommes confrontés à l’IVG peuvent avoir peur d’en parler dans leur entourage ou leur famille, peur de décevoir, de causer de la souffrance, ou de rencontrer de l’indifférence. Pouvoir parler est un premier pas essentiel pour se libérer de la souffrance du regret de l’avortement. Un suivi psychothérapeutique peut parfois être vraiment utile.

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