Introduction
La formation de l'appareil génital est un processus complexe et fascinant qui se déroule au cours du développement embryonnaire. Chez les mammifères, le sexe est déterminé par les chromosomes sexuels, avec XX pour les femelles et XY pour les mâles. La présence du chromosome Y est déterminante pour le développement des organes génitaux masculins. Cet article explore en détail le développement de l'appareil génital chez l'embryon XY, en mettant en lumière les mécanismes génétiques et hormonaux impliqués.
Détermination du Sexe Chromosomique et Génétique
La détermination du sexe biologique commence dès la fécondation. Le spermatozoïde, porteur d'un chromosome X ou Y, fusionne avec l'ovule, qui porte toujours un chromosome X. La combinaison XX donne un embryon de sexe féminin, tandis que la combinaison XY donne un embryon de sexe masculin.
Le sexe chromosomique (XX ou XY) détermine le sexe génétique, qui est défini par la présence ou l'absence du gène SRY (Sex-determining Region of Y chromosome). Ce gène, situé sur le chromosome Y, est le principal responsable de la différenciation des gonades en testicules. En l'absence du gène SRY, les gonades se différencient en ovaires.
Origine Commune des Gonades et du Cortex Surrénalien
Les crêtes génitales, structures mésodermiques, sont le point de départ du développement des gonades (ovaires ou testicules). Les cellules précurseurs qui peuplent ces crêtes sont multipotentes, capables de donner naissance aux gonades ou aux cellules du cortex surrénalien. Chez la souris, vers le jour embryonnaire E10,5, les cellules multipotentes du primordium adrénogonadal se séparent en deux populations, permettant le développement des crêtes génitales et de la glande cortico-surrénale. Les cellules destinées aux gonades présentent une voie de signalisation canonique Wnt/β-caténine plus active.
Développement Embryonnaire du Testicule
Entre les jours embryonnaires E8,75 et E9,5 chez la souris, les cellules germinales migrent vers la crête génitale en développement. Le gène SRY active l'expression de Sox9, un facteur de transcription essentiel pour la détermination des cellules de Sertoli, à partir de E10,5. Ces cellules de Sertoli prolifèrent et se compartimentent pour former les cordons testiculaires autour de E12,5.
Lire aussi: Développement génital : détails et explications
Après la prolifération des cellules de Sertoli, les cellules de Leydig fœtales et les cellules myoïdes péritubulaires se différencient. À E15,5, la majorité des cellules testiculaires sont différenciées. Les cellules de Sertoli et les cellules myoïdes péritubulaires sécrètent des protéines de la matrice extracellulaire pour former la lame basale, qui entoure les cordons testiculaires et maintient leur structure. Les cordons testiculaires sont composés de cellules germinales quiescentes entourées de cellules de Sertoli, avec une couche externe de cellules myoïdes péritubulaires et de matrice extracellulaire. L'espace interstitiel comprend des cellules de Leydig fœtales stéroïdogènes, du mésenchyme et une vascularisation sanguine importante.
Rôle Crucial du Gène SRY et de Sox9
La détermination des cellules de Sertoli dépend du gène SRY, qui code un facteur de transcription activant l'expression de Sox9. Cette activation se produit entre 11 et 11,25 jours après la fécondation chez la souris. L'importance de Sox9 est démontrée par des expériences où la suppression de l'enhancer Enh13, sur lequel se fixe SRY et qui contrôle l'expression de Sox9, conduit à une inversion complète du sexe chez une souris XY.
SRY maintient l'expression de Dmrt1, initialement exprimé dans la gonade bipotentielle, et dont l'expression s'éteint dans les ovaires en absence de SRY. Dmrt1 réprime l'expression de Foxl2, qui dirige le développement des ovaires. L'inhibition forcée de Dmrt1 aboutit au développement de cellules folliculaires ovariennes malgré l'expression de SRY. SRY provoque également la production de prostaglandine D2, nécessaire pour qu'un nombre suffisant de cellules soit déterminé en cellules de Sertoli.
Formation des Cordons Séminifères
Les cellules de Sertoli prolifèrent abondamment, faisant quadrupler de volume la gonade jusqu'à E13,5. Elles s'agrègent ensuite pour former les cordons séminifères (à 7 semaines de développement chez l'Homme). Ces cordons restent pleins jusqu'à la puberté.
Développement des Canaux Génitaux
En dehors des gonades, se développent les canaux nécessaires au fonctionnement de l'appareil génital. Le canal de Wolff, initialement le canal du mésonéphros (rein embryonnaire), donne naissance à l'épididyme, aux canaux déférents et aux vésicules séminales sous l'influence de la testostérone produite par les cellules de Leydig dans les testicules. Le rein embryonnaire disparaît à la fin du 2ème mois du développement embryonnaire chez l'Homme.
Lire aussi: Morphogenèse de l'appareil génital féminin chez la souris
Rôle de la Testostérone et de l'Hormone Anti-Müllerienne (AMH)
Chez le mâle, le canal de Müller régresse (à partir de 14,5 jours après la fécondation chez la souris) sous l'action de l'hormone anti-Müllerienne (AMH) produite par les cellules de Sertoli. L'AMH est une protéine de la famille des ligands TGFβ qui se fixent sur des récepteurs sérine/thréonine kinases. L'expérience d'empreinte à la DNAse I a permis de mettre en évidence la fixation de SOX9 sur le promoteur du gène codant l'AMH, démontrant ainsi le rôle de SOX9 dans la régulation de l'expression de l'AMH.
Les expériences de Jost, réalisées sur des fœtus de lapin, ont démontré que :
- L'ablation des gonades entraîne la régression des canaux de Wolff et le maintien des canaux de Müller.
- La greffe d'un testicule sur un fœtus femelle entraîne la régression des canaux de Müller et le maintien des canaux de Wolff.
- L'ajout de testostérone permet le maintien des canaux de Wolff, mais n'est pas responsable de la régression des canaux de Müller, qui est due à l'AMH.
Migration Testiculaire
La migration des testicules de l'abdomen vers le scrotum se fait entre le 7ème et le 8ème mois de grossesse. L'absence de descente testiculaire, appelée cryptorchidie (2% des naissances), provoque une stérilité car la spermatogenèse ne peut se faire à la température du corps, mais à une température inférieure (33°C environ). Les mécanismes liant température et spermatogenèse sont en cours d'étude. Par exemple, le microARN miR-210, dont l'expression est augmentée chez les patients atteints de défauts de maturation de spermatozoïdes, a également son expression fortement augmentée chez les patients atteints de cryptorchidie. La migration testiculaire définitive dans le scrotum ne concerne que les Primates, les Ongulés et les Marsupiaux.
Anomalies du Développement Sexuel
Les études des anomalies chromosomiques concernant les chromosomes sexuels montrent que la présence du chromosome Y (en présence d'un chromosome X) entraîne la formation d'un appareil génital masculin. L'absence du chromosome Y (c'est-à-dire la présence des deux chromosomes X) est responsable de la présence d'un appareil génital féminin.
Les patients atteints du syndrome de Klinefelter (XXY) ont des organes génitaux mâles normaux jusqu'à la puberté, où les testicules deviennent plus petits que la normale et où la spermatogenèse ne se fait pas correctement, entraînant la stérilité.
Lire aussi: Techniques et Sécurité du Développé Couché Guidé
Des inversions sexuelles peuvent survenir en raison de translocations du gène SRY sur le chromosome X. Dans ces cas, les individus XX peuvent développer un phénotype masculin.
tags: #développement #appareil #génital #embryon #xy
