Antoine Malamoud, né dans une famille imprégnée d'histoire et d'engagement politique, se distingue comme le gardien de l'héritage de son arrière-grand-père, Léon Blum, figure emblématique du socialisme français. Sa biographie est intimement liée à celle de son illustre ancêtre, dont les valeurs et les combats résonnent encore aujourd'hui.
Un héritage familial riche en histoire
Antoine Malamoud est l’arrière-petit-fils de Léon Blum, figure du socialisme français leader du front populaire de 1936 qui a réunis contre l’extrême droite, deux féroces adversaires : socialistes et communistes. Une histoire qui fait écho à la création du nouveau Front Populaire rassemblant aujourd’hui les gauches contre l’éventualité d’une prise de pouvoir par l’extrême droite.
Depuis son domicile de Rueil-Malmaison, dans les Hauts-de-Seine, où il vit avec son épouse, son chat et sa chienne cocker, Rosie, Antoine Malamoud, 70 ans, ne perd pas une miette du retour fracassant de la figure de Léon Blum dans le débat public. Ce retraité d’une carrière dans les ressources humaines a l’habitude de veiller sur la postérité de la famille Blum, même s’il n’en porte pas le nom.
Son arrière-grand-père, Robert, le fils unique de Léon Blum et de sa première épouse, Lise Bloch, était ingénieur et engagé au sein de la Ligue des droits de l’homme et de la SFIO. Il a défendu la mémoire de son père jusqu’à ce qu’il passe le flambeau à sa fille unique, Catherine Blum (1928-1996), la mère d’Antoine Malamoud. Une lignée directe qui veille sur l’héritage du patriarche avec soin « mais sans culte de la personne », précise le descendant, dont le père, l’orientaliste Charles Malamoud, 94 ans, constitue également une figure de référence dans la famille. Demain, ce seront les enfants d’Antoine, Louise, Simon, Samuel et Victor, qui prendront le relais.
Un rôle de mémoire face aux récupérations politiques
Or depuis l’annonce de cet accord historique, la figure de Léon Blum est récupérée par les détracteurs de ce nouveau front populaire en tête desquels : Emmanuel Macron et l’ancien ministre de l’Intérieur socialiste, Bernard Cazeneuve. Ils évoquent une « trahison » à la mémoire du leader socialiste.
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Pour Le Média, Antoine Malamoud remet la mémoire et les engagements de son ancêtre à leur juste place. Il rappelle les valeurs politiques d’unité et de dépassement des divergences qui ont habité Léon Blum face à la menace fasciste. « Ils ne passeront pas ! » avait-il scandé le 12 février 1934 à l’occasion de la grande manifestation qui réunifia communistes et socialistes au lendemain d’une manifestation meurtrière des ligues fascistes. Un appel plus que jamais d’actualité.
L'engagement de Jeanne Reichenbach aux côtés de Léon Blum
Le parti socialiste vient de mettre en ligne sur sa page Youtube un entretien avec Laurent Heynemann, réalisateur du film Je ne rêve que de vous - qui relate l’histoire d’amour de Léon Blum et Jeanne Reichenbach durant les années d’Occupation. Il nous livre sa vision de Blum et son apport à l’histoire de la gauche et de la France. Ce film est inspiré de l’ouvrage de Dominique Missika, Je vous promets de revenir. Les titres et sous-titres de l’ouvrage sont trompeurs. Car c’est sans doute moins « le dernier combat de Léon Blum » qui nous est conté que l’engagement total d’une femme pour l’homme de sa vie, une femme moderne.
En prologue, le suicide de Jeanne Blum, Janot pour ses amis, par absorption de médicaments, le 3 juillet 1982, à Jouy-en-Josas, où elle avait vécu avec Léon de 1945 à sa mort en avril 1950, et la destruction de nombreux documents, dont des lettres de Blum. « Femme âgée au visage digne, aux vêtements sobres, coiffée à l’ancienne, mais on devine à son port de tête qu’elle a été belle » : comme il faut parfois un léger temps d’acclimatation devant un film de fiction pour retrouver derrière les acteurs les personnages d’une histoire qui nous est familière, il m’a fallu une vingtaine de pages pour plonger dans ce récit historique. Le livre tient à la fois du roman, de l’enquête policière, du scénario de film, avec ses flash-back, ses dialogues reconstitués, ses lieux comme autant de décors, ou ses journées de drames et de répit, ses portraits minutieux des personnages principaux (les Auriol bien sûr, Daniel Mayer, ses avocats de Riom, Félix Gouin, André Le Troquer et Samuel Spanien, ce dernier suggéré par Jeanne, et tant d’autres) jusqu’à la coupe des vêtements de Jeanne, femme belle et toujours élégante dans la tourmente. Dominique Missika raconte d’une plume alerte une aventure en bien des points extraordinaire.
Les biographes de Léon Blum, Jean Lacouture, Ilan Greilsammer et Serge Berstein avaient mis en avant le rôle joué par « Janot » durant la guerre, et son courage. Ilan Greilsammer avait pointé l’importance des femmes dans les vies du jeune intellectuel socialiste dreyfusard, conseiller d’État et critique littéraire, du leader socialiste, et de l’otage de Vichy et des nazis : « avec Lise », « avec Thérèse », « avec Janot », les prénoms de ses trois épouses scandaient les parties d’une biographie « intime » de l’auteur du « scandaleux » essai Du mariage. Dominique Missika va aujourd’hui beaucoup plus loin et lève le voile sur un moment crucial : le choix de Janot, en juin 1940 - une fois ses enfants « à l’abri » -, de ne pas suivre son mari en exil et donc d’accompagner Léon Blum quoi qu’il advienne.
En effet, Janot est toujours mariée à Henri Reichenbach qui, à suivre l’historienne, sait depuis leur rencontre et leur mariage en 1933 l’amour que porte en secret sa femme à « un autre homme ». En 1915, Jeanne à 16 ans quand elle est tombée amoureuse de Léon Blum, un homme marié de 43 ans, alors directeur du cabinet de Marcel Sembat, surtout connu dans les cercles que fréquentent sa mère et son beau-père comme un critique littéraire. Il ne la remarque pas, mais elle est subjuguée. À 20 ans, elle épouse l’avocat de gauche Henry Torrès avec qui elle a deux garçons, Jean, en 1922, dont la santé fragile l’inquiète, et Georges en 1924. Le brillant Torrès se révèle vite plus noceur que mari, et elle ose demander le divorce ; elle se veut libre alors mais bientôt elle succombe aux avances répétées de l’homme d’affaires suisse éperdument amoureux d’elle (il obtiendra sa naturalisation en 1936 grâce à Blum, par l’intermédiaire de Thérèse). En 1937, les couples Reichenbach et Blum - Léon Blum ayant épousé après la mort de sa femme Lise la « militante » Thérèse - s’invitent à Jouy-en Josas où chacun possède une maison.
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Bien des mystères resteront entiers sur l’origine exacte, la nature, la chronologie, les étapes et les moments cruciaux de cette histoire d’amour. La version qu’en propose Dominique Missika qui avance ses « indices » est une des possibles. Elle « imagine » une femme moderne, complexe, à la fois discrète et d’une audace folle, toujours dans l’action. Mais de quelque façon que l’on regarde cette histoire, il fait peu de doute que sans la présence (ou la perspective de la présence) de Janot, sans son énergie, Blum aurait eu peu de chance de survivre aux multiples épreuves qui lui furent imposées.
Le rôle de Renée Blum et la captivité à Buchenwald
Cette captivité, dont on connaissait les grandes étapes par les témoignages de ses proches, les récits de Blum lui-même (Le dernier mois, dernière éd. Arléa, 2000), et notamment la récente publication de sa correspondance avec son fils Robert durant sa captivité à Buchenwald d’avril 1943 à février 19451, Dominique Missika en fait un récit précis qui met aussi en lumière le rôle immense joué par Renée Blum, la belle-fille de Léon Blum. La jeune maman tremble quotidiennement pour la vie de son mari, fils unique de Léon et Lise Blum, détenu à l’oflag de Lübeck en Allemagne, avec un « régime spécial » d’isolement qui nourrit les pires inquiétudes de son père. Renée, qui suit son beau-père du château de Chazeron à Bourrassol, en passant par le Portalet et Riom, sert d’agent de liaison avec la résistance socialiste, et parfois de « messagère » entre Léon et Jeanne.
Les zones d'ombre et l'évolution de la recherche historique
L’historien est là sur un terrain mouvant. Le temps a certes fait son œuvre pour apaiser les tensions et renouveler les angles d’exposition. Au moment de la biographie de Jean Lacouture, au cœur des années 1970, on peut imaginer que la présence de Robert Blum retenait la plume ou la curiosité des chercheurs sur la « vie privée » de Blum. Thérèse, la militante, fait aujourd’hui parfois figure de « compagne idéale » du Blum en politique, rendant d’un coup plus fade la relation avec Lise. Jeanne Blum présentée d’abord comme la secrétaire à laquelle l’ancien leader dicte ses réflexions, puis comme sa collaboratrice, puis comme sa « maîtresse » s’est « imposée » à la famille de Blum, mais aussi à son entourage : les « rumeurs » à Vichy sur la nature exacte de leurs rapports accompagnent, anticipent ou entérinent-elles leur véritable rapprochement ? Depuis la mi-1942, elle se sait veuve, son mari s’étant suicidé ; elle apprendra plus tard que ce suicide date de la fin 1940 (Janot avait-elle pressenti les répercussions possibles de son choix ?).
« Mercredi, Je vais quitter tout à l’heure ce logis qui a été le nôtre. Ma pensée est et sera avec vous. Je vous promets de revenir intact. Je vous embrasse. Léon. Ce mercredi 31 mars 1943, à Bourrassol, quand Léon Blum trace à la hâte ce court message à la femme qu’il aime, tente-t-il de transmettre un peu de son éternel optimisme ? Mais l’amoureuse, la presqu’épousée, ne peut attendre la réalisation de cette promesse un rien ambiguë : « revenir intact », les mots chez Blum ne viennent pas au hasard. Intact ? Parle-t-il de leur amour, de ses convictions politiques et philosophiques, car quant à revenir entier… Janot en tire la conclusion qui s’impose. Par quel miracle, où la volonté tenace le dispute à l’inconscience, arrive-t-elle à rejoindre Léon Blum en Allemagne, le 19 mai suivant ? La suite est connue, nouvelles épreuves, drames et joies. Blum perd de nombreux amis, un frère aimé, mais il retrouve au bout de la nuit son fils, quand Janot pleure un fils, et découvre une belle-fille de 20 ans et une petite-fille qu’elle « adopte » immédiatement. C’est chez Janot que se rendra Pierre Mauroy en mai 1981 pour honorer la mémoire de Léon Blum et témoigner de son admiration à sa dernière compagne, qui a mis son énergie au service d’une école de la deuxième chance. Mauroy, averti de ses projets, tentera de l’empêcher de commettre l’irréparable. Janot, comme toujours, décidera seule, selon l’idée qu’elle se faisait de sa vie.
D'avril 1943 à avril 1945, Léon Blum a été " déporté " à Buchenwald. Etrange déportation ! Léon Blum vit cloîtré avec des livres, en tête à tête avec Georges Mandel que les Allemands vont livrer à la milice française pour être assassiné. Il est rejoint par celle qu'il épouse devant un notaire de Weimar, lieu des conversations de Goethe avec Eckermann, qui avaient fait l'objet du premier grand livre de l'ancien critique littéraire de la Revue blanche. De ces deux années, on ne savait jusqu'alors presque rien, à part Le Dernier Mois, récit de sa libération. Ilan Greilsammer, chercheur israélien, l'auteur d'une classique biographie de Léon Blum, s'est vu confier par son arrière-petit-fils, Antoine Malamoud, les cinquante-huit lettres que Blum a adressées à son fils Robert, officier en captivité, à Lübeck, en Allemagne. Lettres censurées, intéressantes jusqu'à leur banalité même, et témoignage poignant d'un prisonnier presque coupé du monde. Elles éclairent d'un jour inattendu le caractère de l'une des grandes personnalités politiques françaises du XXe siècle.
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Généalogie et héritage intellectuel
Grande figure du socialisme de l’entre-deux-guerres, André Léon Blum, connu sous son second prénom de Léon, dont on commémore aujourd’hui les 150 ans, a vu le jour rue Saint-Denis, dans le deuxième arrondissement de Paris. Son acte de naissance est évidemment accessible en un clic sur Filae, site où l’on pourra aussi consulter l’acte de son premier mariage (1896, Paris VIe, avec Mary Adèle Julie Amélie Élise (dite Lise) Bloch, lui était alors auditeur au Conseil d’État) alors que celui de son remariage (veuf, avec la militante socialiste Héléna Thérèse Peyrera, en 1932, à Pars IVe), consultable sur le site des Archives de Paris, le dira député. Veuf une seconde fois, il vivra à partir de 1940 avec Jeanne Leyvilier, qu'il épousera en troisièmes noces en 1943, au camp de concentration de Buchenwald, où il avait été interné dans des bâtiments hors de l’enceinte, avec d'autres personnalités politiques, et où celle-ci avait demandé à le rejoindre.
Léon Blum était le deuxième des cinq fils d’un commerçant juif du quartier du Sentier, Abraham dit Auguste Blum, qui tenait, selon Wikipedia « un commerce prospère de rubans et soieries avec ses deux frères », nommé la « Maison Blum frères ». La suite, sera pour partie consultable Geneastar, grâce à l’arbre apporté par Abel Philippe. Une généalogie classique, avec des origines à 100 % juives et des familles juives alsaciennes pour certaines déjà fixées à Paris sous la Monarchie de Juillet, donc avant l’annexion de leur province à la Prusse. Les grands-parents paternels, commerçants, venus de Westhoffen et d’Obernai, dans le Bas-Rhin, et les grands-parents maternels. Grand-père papetier, né à Ribeauvillé, alors que son épouse, née vers 1814, ne semble pas vraiment correspondre à celle dont l’auteur de l’arbre a retrouvé le décès, en 1878, qui est dite dans cet acte célibataire et nettement plus âgée, mais que tous les arbres en ligne reprennent. Non pas sur les BLUM eux-mêmes, qu’elle ne remonte, elle aussi, que sur six générations, pour s’arrêter à Abraham Fromel Baruch Blum, boucher à Westhoffen, où il s’était marié en 1748. Par contre, elle offre de belles plongées côté des MAY (AUSCHER, NETTER, LEVY, d’autres BLUM et des BLOCH, toujours en Alsace : Wolfisheim, Bouxwiller, Wintzenheim, Wettolsheim…), avec ici la découverte d’un cousinage avec DSK, par Gabriel BLOCH, marchand de chevaux à Guebwiller, marié vers 1650 avec Zera DREYFUS. Mais revenons sur l’aïeule qui a jusqu’à maintenant trompé tout le monde et pour laquelle on lève pourtant facilement l’énigme des origines, si l’on pense à consulter les listes d’optants, disponibles notamment sur Filae. On l’y retrouve alors sans peine : Marie Anne CERF veuve HISRCH-PICART, que l’on apprend née à Saverne, le 10 janvier 1814.
Côté descendance, ajoutons que Léon Blum a été le père d’un fils unique (Robert Blum, 1902-1975, directeur de sociétés), et le grand-père d’une unique petite-fille, Catherine Blum (1928-1996, épouse de l’orientaliste Charles Malamoud), qui ne lui a donné n’a qu’un arrière-petit-fils, Antoine Malamoud, qui préfacera les Lettres de Buchewald, de son grand-père, publiées chez Gallimard, en 2003, tout en étant le traducteur d’un essai historique sur Philippe de Macédoine.
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