La coqueluche est une infection respiratoire aiguë causée par la bactérie Bordetella pertussis, et plus rarement Bordetella parapertussis. La contamination se fait par voie aérienne interhumaine, notamment au sein de la famille et des collectivités, avec un taux d’attaque élevé de 75%. La maladie peut être particulièrement grave chez les nourrissons de moins de 6 mois, les femmes enceintes, les personnes immunodéprimées et les personnes âgées.
Comprendre la coqueluche
Immunité et vaccination
L’immunité post-infectieuse de la coqueluche dure de 10 à 15 ans, tandis que l’immunité conférée par la vaccination dure de 5 à 10 ans. Il est important de noter que la vaccination anti-coqueluche protège pendant cette période. Les anticorps maternels résiduels ne sont pas protecteurs, ce qui justifie un rappel vaccinal avec une valence coqueluche entre 20 et 36 semaines d’aménorrhée (SA) à chaque grossesse.
Diagnostic de la coqueluche
Un cas possible de coqueluche est défini par une toux durant au moins deux semaines, accompagnée d’au moins un des signes suivants :
- Quintes de toux
- Cornage
- Vomissements après la toux
- Apnées chez les nourrissons
Un diagnostic de coqueluche peut également être posé par un médecin.
Manifestations cliniques
Chez l’enfant non vacciné :
Lire aussi: Évolution des pratiques antibioprophylaxie accouchement
- Incubation longue de 7 à 15 jours
- Toux légère, rhinite, puis aggravation secondaire de la toux, contrairement à une rhinopharyngite.
- Phase d’état de 2 à 4 semaines avec toux quinteuse (accès répétitifs, violentes secousses expiratoires sans inspiration efficace, entraînant congestion du visage, cyanose et reprise bruyante de respiration = chant du coq).
- Mauvaise tolérance avec cyanose, apnées, bradycardies.
- Pneumonies de surinfection fréquentes.
Chez l’enfant vacciné et l’adulte, la coqueluche peut se manifester sous une forme quinteuse ou comme une simple toux banale sans fièvre. Un bilan biologique peut révéler une hyperlymphocytose supérieure à 10 G/L, bien que ce signe soit inconstant.
Recommandations vaccinales
Calendrier vaccinal
Le calendrier vaccinal 2025 recommande les vaccins suivants :
| Âge | Spécialités | Commentaire |
|---|---|---|
| 2 mois | Hexyon, Infanrix Hexa, Vaxelis | |
| 4 mois | Hexyon, Infanrix Hexa, Vaxelis | |
| 11 mois | Hexyon, Infanrix Hexa, Vaxelis | |
| 6 ans | InfanrixTetra, Tetravac-acellulaire | |
| 11-13 ans | BoostrixTetra, Repevax | Schéma des 6 ans si manqué |
| 25 ans | BoostrixTetra, Repevax | Sauf rappel dans les 5 ans |
| Rattrapage jusqu’à 39 ans | BoostrixTetra, Repevax | |
| Grossesse 20-36 SA | BoostrixTetra, Repevax | À chaque grossesse. Entourage (foyer, grands-parents, babysitters) si non fait pendant la grossesse |
| Adulte avec projet parental | BoostrixTetra, Repevax | |
| Coqueluche | Pas de rappel nécessaire dans les 10 ans. Sauf coqueluche du nourrisson | |
| Médecin généraliste | BoostrixTetra, Repevax | Coqueluche à chaque dTP. Cocooning: rappel en l’absence de vaccination de la mère pendant la grossesse (si amené à s’occuper de l’enfant durant les 6 premiers mois) avant 25 ans si dernière dose a +5 ans (pour tous en 2025), si rappel a +10 ans ensuite |
| Professionnels de santé et de la petite enfance | Ajouter la coqueluche à chaque rappel du dTPolio (45 et 65 ans) + 1 dose si dernière dose réalisée avant 18 ans et date de +5 ans. |
La vaccination contre la coqueluche peut être réalisée par un pharmacien ou un infirmier sans ordonnance. L'épisode de coqueluche ne modifie pas le calendrier vaccinal.
Personnes à risque et entourage
Les personnes à risque (plus de 80 ans, maladies respiratoires, immunodépression, obésité) devraient recevoir un rappel coqueluche à chaque rappel du dTPolio (diphthérie, tétanos, poliomyélite). Un rattrapage vaccinal est possible à tout âge dans les situations suivantes :
- 2e trimestre de la grossesse (20-36 SA), même si la femme a été vaccinée avant la grossesse.
- En l’absence de vaccin maternel pour le "cocooning": jeunes parents, grands-parents, fratrie, personnels de la petite enfance.
Un délai minimal d’un mois est requis entre deux doses de vaccin coquelucheux.
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Antibioprophylaxie
L’antibioprophylaxie est recommandée pour les sujets contacts et l’examen des personnes qui toussent. Elle est particulièrement importante pour les personnes à risque et leur entourage. En cas de cas groupés (≥ 2 cas) familiaux ou en collectivité, ou en cas d’infection nosocomiale, un signalement doit être fait au médecin inspecteur de l’ARS (CLIN si EHPAD).
Indications de l’antibioprophylaxie
L’antibioprophylaxie est indiquée en cas de contacts proches avec un cas de coqueluche en période de contagiosité :
- Tous les nourrissons de moins de 6 mois, même s’ils sont vaccinés.
- Les nourrissons de 7 à 11 mois non ou incomplètement vaccinés (ayant reçu moins de 2 doses de vaccin coqueluche).
- Les personnes fragiles (femmes enceintes, personnes immunodéprimées, sujets âgés).
Le traitement prophylactique doit être débuté le plus tôt possible. Le dernier contact doit remonter à moins de 21 jours pour les nourrissons de moins de 11 mois non ou incomplètement vaccinés (moins de 2 doses), et à moins de 14 jours dans les autres cas.
Antibiothérapie
L’antibiothérapie de la coqueluche est efficace uniquement durant les 3 premières semaines d’évolution pour réduire la contagiosité. Il est important de ne pas traiter un B. parapertussis par macrolides.
Les macrolides sont les antibiotiques de choix. La clarithromycine est généralement privilégiée en première intention car l’azithromycine est considérée comme un antibiotique critique à fort impact écologique (sélection de mutants résistants dans les microbiotes).
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Mesures complémentaires
Outre la vaccination et l’antibioprophylaxie, des mesures barrières sont essentielles pour limiter la propagation de la coqueluche :
- Lavage des mains régulier
- Port du masque à chaque épisode infectieux
Questions fréquentes
- Doit-on prescrire une antibioprophylaxie à un nourrisson d’un mois et demi dont le frère de 5 ans a une coqueluche prouvée si la mère a été vaccinée contre la coqueluche pendant la grossesse ? Oui.
- Doit-on prescrire une vaccination de l’entourage d’un nouveau-né né à terme dont la mère a été vaccinée à 32 semaines d’aménorrhée ? Non, ce n’est pas indispensable et plus recommandé. La vaccination maternelle est bien plus efficace (85-90%) que le cocooning (au mieux 50%).
- Je vois une patiente qui a été en contact étroit, il y a 1 semaine, avec une personne ayant la coqueluche. Elle n’a pas eu de rappel coqueluche ces dernières années (elle a 28 ans). Puis-je lui faire un dTCaP si elle incube la coqueluche ? OUI !!! Cette vaccination est sans danger pendant une incubation mais elle ne serait pas efficace en post exposition.
- Est-ce qu’un enfant ayant fait une coqueluche est protégé à vie ? Non. La maladie immunise pour une dizaine d’années.
Épidémie de coqueluche en 2024
Selon le point épidémiologique de Santé publique France (SPF) du 29 juillet 2024, un total provisoire de 28 décès a été rapporté à la coqueluche en 2024, dont 18 chez des enfants de moins de 1 an. Face à l’intensification de l’épidémie, les sociétés savantes d’infectiologie et de pédiatrie ont recadré les indications des tests diagnostiques et de l'antibiothérapie.
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