Introduction
La rétention placentaire est une complication post-partum courante chez les bovins, pouvant entraîner des métrites et autres infections utérines. L'utilisation d'antibiotiques pour traiter ou prévenir ces complications est une pratique répandue, mais elle soulève des préoccupations croissantes concernant l'antibiorésistance et l'impact sur la santé animale et humaine. Cet article explore en profondeur l'utilisation des antibiotiques dans le contexte de la rétention placentaire bovine, en examinant les différentes voies d'administration, les risques associés à l'antibiorésistance et les alternatives possibles.
Antibiotiques Utilisés et Disponibilité
Plusieurs antibiotiques sont utilisés pour traiter les infections post-partum chez les bovins, notamment l'amoxicilline et le ceftiofur. Cependant, la disponibilité de certains médicaments peut être limitée. En janvier, l’Agence nationale du médicament vétérinaire (Anses-ANMV) a mis à jour la fiche de suivi de rupture du médicament Clamoxyl (Zoetis), un oblet gynécologique indiqué dans le traitement des infections du postpartum chez les bovins dues à des germes sensibles à l'amoxicilline (rétention placentaire, métrites post-partum). Sa remise à disposition est prévue pour juin 2024 « pour un retour durable (approvisionnement limité d’ici-là) ». L’agence rappelle que ce médicament est le seul oblet gynécologique disponible sur le marché suite à l’arrêt de commercialisation de Centraureo (Virbac) depuis quelques mois. Il est possible de recourir à un traitement antibiotique par une autre voie (voie injectable).
Voies d'Administration des Antibiotiques
Les antibiotiques peuvent être administrés aux bovins par différentes voies, notamment :
- Voie intra-utérine: Cette voie implique l'insertion directe d'antibiotiques dans l'utérus, souvent sous forme d'oblets gynécologiques.
- Voie injectable: Les antibiotiques peuvent être administrés par injection intramusculaire ou sous-cutanée pour une action systémique.
- Voie locale: Bien que moins courante, l'application locale d'antibiotiques sur les plaies ou les infections cutanées peut être envisagée dans certains cas.
Risques d'Antibiorésistance Liés à l'Utilisation des Antibiotiques
L'utilisation excessive et inappropriée d'antibiotiques chez les animaux contribue à l'émergence et à la propagation de l'antibiorésistance, un problème de santé publique majeur. Plusieurs modalités d'administration des antibiotiques chez les animaux ont été identifiées comme à risque, voire à proscrire. En effet, certaines administrations locales d'antibiotiques, avec des spécialités n'ayant pas d'AMM pour cet usage, peuvent être encore pratiquées, malgré une efficacité controversée ou non démontrée.
Il est important de noter que le terme « locale » n'est pas synonyme de « topique » et ne peut être directement rattaché à une voie d'administration ou forme pharmaceutique. Ici, « locale » doit être compris comme « administration dont l'objectif est d'avoir un effet/une action localisé(e) ». Il est en effet bien établi qu'en termes de risque d'antibiorésistance, les traitements topiques présentent globalement un risque moindre, mais cette affirmation est plus incertaine pour l'antibiothérapie locale où certaines pratiques ont au contraire démontré un risque augmenté d'antibiorésistance avec un recours à une antibiothérapie ne correspondant pas à un usage prudent et raisonné.
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Exemples de Pratiques à Risque
- Administrations locales d'antibiotiques sans AMM: L'utilisation de spécialités antibiotiques non approuvées pour un usage local peut entraîner une exposition inadéquate des bactéries aux antibiotiques, favorisant ainsi la sélection de souches résistantes.
- Balnéation avec des solutions antibiotiques: La balnéation avec une solution antibiotique pour le traitement des dermatites digitées des bovins, voire pour le traitement du piétin, reste en revanche utilisée hors AMM et devrait être proscrite car, outre une efficacité non démontrée, elle expose à des risques d'émergence d'antibiorésistance, importants tant pour l'environnement que pour les manipulateurs.
- Utilisation de demi-seringues par voie diathélique chez les petits ruminants : Cette pratique doit être proscrite. En effet, le mode de remplissage des seringues (présence de bulles d'air) et les conditions de stockage peuvent conduire à une perte d'homogénéité de leur contenu et sont au moins deux facteurs qui ne garantissent pas que l'administration d'une demi-seringue par voie diathélique contienne la moitié du contenu en principes actifs.
Alternatives à l'Utilisation Systématique d'Antibiotiques
Face aux préoccupations croissantes concernant l'antibiorésistance, il est essentiel d'explorer des alternatives à l'utilisation systématique d'antibiotiques pour traiter ou prévenir la rétention placentaire et les infections post-partum chez les bovins.
Mesures de Prévention
La prévention est essentielle pour réduire l'incidence de la rétention placentaire et des infections utérines. Les mesures de prévention comprennent :
- Gestion nutritionnelle adéquate: Une alimentation équilibrée en fin de gestation, avec un apport suffisant de vitamines (A, E) et de minéraux (sélénium, cuivre, magnésium), est essentielle pour soutenir le système immunitaire de la vache et favoriser le détachement du placenta.
- Gestion du vêlage: Un vêlage propre et sans complications réduit le risque d'infections utérines.
- Surveillance post-partum: Une surveillance attentive des vaches après le vêlage permet de détecter rapidement les signes d'infection et d'intervenir précocement.
Traitements Alternatifs
Dans certains cas, des traitements alternatifs peuvent être envisagés pour gérer la rétention placentaire et les infections utérines, notamment :
- Ocytocine: L’utilisation de l’ocytocine après un vêlage difficile permettrait de remettre les animaux plus rapidement à la reproduction.
- Prostaglandines: Ça n’est qu’aux environs du 15e jour que les prostaglandines pourront participer à la vidange, à un moment où la population bactérienne de l’utérus infecté change à nouveau.
- Soins de soutien: Les soins de soutien, tels que l'hydratation et l'administration d'anti-inflammatoires, peuvent aider à améliorer l'état général de la vache et à favoriser la guérison.
Utilisation Judicieuse des Antibiotiques
Lorsque l'utilisation d'antibiotiques est nécessaire, il est essentiel de les utiliser de manière judicieuse pour minimiser le risque d'antibiorésistance. Cela implique :
- Diagnostic précis: Avant d'administrer des antibiotiques, il est important de déterminer si une infection bactérienne est réellement présente et d'identifier les agents pathogènes en cause. La mise en place en routine de culture et d’antibiogramme n’est pas toujours possible sur le terrain bien que les résistances évoluent d’année en année et nécessitent d’être évaluées.
- Choix de l'antibiotique approprié: L'antibiotique choisi doit être efficace contre les bactéries identifiées et avoir le spectre d'action le plus étroit possible pour minimiser l'impact sur la flore bactérienne bénéfique.
- Respect des doses et de la durée du traitement: Il est essentiel de respecter les doses recommandées et la durée du traitement prescrit par le vétérinaire pour assurer une concentration adéquate de l'antibiotique au site de l'infection et éviter la sélection de souches résistantes.
- Administration par la voie appropriée: La voie d'administration doit être choisie en fonction de la gravité de l'infection et de la disponibilité des médicaments.
- Éviter l'utilisation prophylactique: L'utilisation d'antibiotiques à des fins prophylactiques (pour prévenir les infections) doit être évitée, car elle favorise l'émergence de souches résistantes.
Études et Recherches
Plusieurs études ont examiné l'impact de la vaccination et de l'antibiothérapie sur l'incidence des troubles de la reproduction et sur la fertilité dans les troupeaux bovins laitiers infectés par Coxiella burnetii. Une étude a montré que l’administration d’oxytétracycline LA (Tenaline®) au tarissement était associée à un effet préventif sur les avortements (sur les vaches séropositives seulement) et sur les rétentions placentaires (durant les 6 premiers mois seulement suivant l'inclusion dans l'étude). Le possible manque de fiabilité des données issues des registres sanitaires nécessite de considérer ces résultats avec précaution. Une amélioration significative de la fertilité des génisses a été observée lorsqu’elles étaient vaccinées avec le vaccin phase I Coxevac®.
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SYNCROPROST 250 MICROGRAMMES/ML SOLUTION INJECTABLE
Il est important de noter l'existence de médicaments vétérinaires tels que SYNCROPROST 250 MICROGRAMMES/ML SOLUTION INJECTABLE, contenant du cloprosténol, qui sont utilisés pour l'induction et la synchronisation de l'œstrus chez les bovins. Bien que ce médicament ne soit pas directement lié au traitement de la rétention placentaire, il peut être utilisé dans le cadre de la gestion de la reproduction bovine.
Indications d'utilisation
- Induction et synchronisation de l’œstrus chez les vaches et les génisses possédant un corps jaune fonctionnel.
- Induction de l'œstrus comme aide à la gestion du subœstrus (« chaleur silencieuse »).
- Traitement de l’endométrite clinique et subclinique en présence d’un corps jaune fonctionnel.
- Traitement des kystes lutéaux ovariens.
- Induction de l'avortement jusqu'à 150 jours de gestation.
- Induction de la parturition après 270 jours de gestation.
Contre-indications
- Ne pas administrer aux femelles gestantes chez lesquelles l'induction de l'avortement ou de la parturition n'est pas désirée.
- Ne pas administrer pour induire la parturition chez les animaux chez lesquels une dystocie due à une obstruction mécanique ou à une position, une présentation et/ou une posture anormales du fœtus est suspectée.
- Ne pas administrer chez les animaux présentant une fonction cardiovasculaire compromise, un bronchospasme ou une dysmotilité gastro-intestinale.
- Ne pas utiliser en cas d’hypersensibilité à la substance active ou à l’un des excipients.
Précautions et mises en garde
- Il existe une période réfractaire après l'ovulation (par exemple quatre à cinq jours chez les bovins et les chevaux) au cours de laquelle les femelles sont insensibles à l'effet lutéolytique des prostaglandines.
- Pour l'interruption de la gestation chez les bovins, les meilleurs résultats sont obtenus avant 100 jours de gestation. Les résultats sont moins fiables entre 100 et 150 jours de gestation.
- Pour réduire le risque d'infections anaérobies dues à la vasoconstriction au site d’injection, les injections à travers une zone de peau contaminée (humide ou sale) doivent être évitées. Nettoyer et désinfecter soigneusement les sites d'injection avant l'administration.
- Ne pas administrer par voie intraveineuse.
- Tous les animaux doivent bénéficier d’une surveillance adéquate après le traitement.
- L’induction de la parturition ou de l’avortement peut provoquer une dystocie, une mortinatalité et/ou une métrite. L’incidence de la rétention placentaire peut être augmentée en fonction de la date de traitement par rapport à la date de conception.
- Le cloprosténol peut provoquer des effets liés à l’activité de la prostaglandine F2α dans les muscles lisses, tels qu’une augmentation de la fréquence des mictions et des défécations.
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