L'infertilité est un problème de santé publique mondial qui touche des millions de personnes et de couples. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), environ 48 millions de couples et 186 millions de personnes sont concernés par l'infertilité à travers le monde. En France, l'Inserm estime qu'un couple sur huit consulte en raison de difficultés à concevoir un enfant. Les causes de l'infertilité sont multiples, et certains traitements médicamenteux pourraient jouer un rôle dans la difficulté à concevoir des enfants. Parmi ces traitements, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) suscitent une attention particulière en raison de leur impact potentiel sur l'ovulation et la fertilité.
Qu'est-ce que l'infertilité ?
La fertilité représente la capacité d'un individu à engendrer des enfants, tandis que l'infertilité est définie comme une maladie de l’appareil reproducteur de l’homme ou de la femme qui se manifeste par l'incapacité à réaliser une grossesse après 12 mois ou plus de rapports sexuels réguliers non protégés. Des millions de personnes dans le monde sont touchées par l'infertilité, entraînant des répercussions sur leur famille et leur vie. On estime qu'environ 1 personne sur 6 en âge de procréer, à l'échelle mondiale, a déjà fait face à l'infertilité à un moment de sa vie.
Au sein du système reproducteur masculin, l'incapacité à concevoir est généralement liée à des troubles tels que des difficultés d'éjaculation du sperme, l'absence ou une quantité insuffisante de spermatozoïdes, ainsi que des anomalies dans la morphologie et le mouvement des spermatozoïdes. Dans l'appareil reproducteur féminin, l'incapacité à concevoir peut résulter d'une variété d'anomalies affectant les ovaires, l'utérus, les trompes de Fallope et le système endocrinien, entre autres. En dehors de cette pathologie, certains traitements peuvent influer sur la capacité à concevoir un enfant.
Les AINS et leur mécanisme d'action
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont des médicaments largement utilisés pour leurs propriétés analgésiques, antipyrétiques et anti-inflammatoires. Ils sont disponibles dans la plupart des pays sans ordonnance et sont fréquemment utilisés par les femmes. Ces médicaments exercent leur activité analgésique en inhibant l’action d’enzymes appelées cyclooxygénases.
Cependant, leur action est bien plus large, et elles participent également au développement ovarien in utero. L’inhibition des cyclooxygénases peut ainsi avoir des conséquences délétères sur les ovaires, comme l’ont suggéré différents travaux de recherche. Des études ont montré que les médicaments anti-douleurs peuvent induire la mort cellulaire dans les lignées de cellules cancéreuses ovariennes humaines.
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Impact des AINS sur le développement ovarien fœtal
Le développement ovarien est un processus complexe qui débute tôt au cours de la vie embryonnaire, dès les premières semaines de gestation. La réserve ovarienne constituée au cours de la vie utérine comporte de l’ordre de 1 à 2 millions de follicules - ces structures qui renferment les futurs ovules - au moment de la naissance. Elle diminue ensuite progressivement au cours de la vie de la femme. Une réserve initiale insuffisante de follicules peut conduire à une réduction de la durée de vie reproductive et à une entrée précoce en ménopause. Ainsi, un développement ovarien adéquat du fœtus est fondamental pour la capacité reproductive de la femme en devenir.
Certains facteurs externes peuvent perturber ce processus, et les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène font partie des potentielles menaces. Pour cerner les effets de l’ibuprofène sur le développement ovarien, des chercheurs ont mené une série d’investigations sur des ovaires humains à différents stade de gestation (entre 7 et 12 semaines). L’antalgique a tout d’abord provoqué une baisse de la production de prostaglandine E2, qui a atteint 66,3% après un jour d’exposition à une concentration de 10 μM. Il a par ailleurs provoqué une réduction du nombre de cellules ovariennes, de 50% en moyenne avec cette même concentration appliquée durant 7 jours. Les investigations ont souligné que les cellules détruites étaient en majorité les cellules germinales du fœtus, les précurseurs des gamètes. Enfin, une dernière expérience a montré l’irréversibilité partielle des dommages subis par les ovaire. Ces tests menés en laboratoire ont de quoi susciter l’inquiétude.
D’autant que l’équipe a pu confirmer que la prise du médicament par la mère se traduit par une élévation de sa concentration dans le cordon ombilical. L’Agence Nationale du Médicament (ANSM) indique que l’ibuprofène est formellement contre-indiqué après 5 mois de grossesse. Il peut en effet à ce stade exercer une toxicité cardio-pulmonaire sévère et altérer le fonctionnement des reins du fœtus.
Impact des AINS sur l'ovulation chez la femme adulte
Les méfaits des anti-inflammatoires non stéroïdiens sur la physiologie des femmes semblent se poursuivre à l’âge adulte. Les cyclooxygénases sont présentes dans le tissu utérin et sont impliquées dans l’ovulation, la fécondation et l’implantation de l’embryon. Dans les 24 à 36h qui précèdent l’ovulation, le taux d’hormone lutéinisante (LH) augmente de façon brutale dans le sang. L’élévation de la concentration en PGE2 favorise l’expansion d’un groupe de cellules entourant l’ovule, préparant sa libération prochaine du follicule. Les PGE2 provoquent également une transition dans la production d’hormones, favorisant la sécrétion de progestérone à la place des œstrogènes.
Il arrive toutefois que ce processus s’enraye. Dans ce cas, un follicule ovarien pourtant mûr ne parvient pas à se rompre pour libérer l’ovule qu’il contient. Cette situation, appelée syndrome du follicule lutéinisé non rompu, peut entraîner une infertilité temporaire. La littérature scientifique a rapporté des cas de femmes pour lesquelles un lien a pu être démontré entre la prise d’AINS et la survenue du syndrome du follicule lutéinisé non rompu.
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Une étude a révélé que l'effet inhibiteur des AINS sur l'ovulation est confirmé, et qu'il s'agit d'un effet rapide et réversible.
AINS spécifiques et fertilité : Antadys (Flurbiprofène)
L’Antadys, dont le principe actif est le Flurbiprofène, est un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS). Il est utilisé dans le traitement symptomatique des rhumatismes inflammatoires chroniques et de certaines arthroses invalidantes, le traitement de courte durée des douleurs aiguës d'arthrose, de tendinites, de lombalgies, de sciatiques, de cruralgies, ainsi que les règles douloureuses.
Il est important de noter que l’utilisation d'Antadys peut altérer la fertilité chez les femmes. Son utilisation n’est pas recommandée chez les femmes qui souhaitent concevoir un enfant. L’altération de la fertilité ne serait heureusement que ponctuelle et non pas au long cours. Normalement, ce médicament doit être utilisé pour les Dysménorrhées après recherche étiologique, c’est à dire des menstruations douloureuses. Qui par nature arrivent en fin de cycle, cycle d’échec procréatif donc. Il est important de préciser que chaque femme a un cycle qui lui est propre et que certaines commencent à ovuler alors qu’elles son en fin de cycle. Le médicament, étant reconnu comme l’un des plus efficaces en cas de règles bien douloureuses rebelles aux autres thérapeutiques, est parfois utilisé en dehors de cette indication précise. Par exemple, pour une ovulation douloureuse, après une ponction ovocytaire…Et aussi parfois, à tout moment du cycle, et de 1ere partie du cycle, en cas de douleur au bas ventre ou au dos, notamment en cas d’endométriose.
Il ne s’agit surtout pas de stigmatiser un médicament en particulier ou de ce principe actif en particulier (qui est contenu dans d’autres médicaments) mais bien d’engager à la vigilance lors de la prise de n’importe quel médicament ou lorsque vous vous engagez dans de l’automédication avec les surplus de votre armoire à pharmacie.
Contre-indications d'Antadys
Ce médicament ne doit pas être utilisé dans les cas suivants :
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- Antécédent d'allergie ou d'asthme provoqué par la prise d'AINS, y compris l'aspirine.
- Antécédent d'hémorragie digestive au cours d'un précédent traitement par AINS.
- Ulcère de l'estomac ou du duodénum en cours, antécédent d'ulcère ou d'hémorragie digestive répétée.
- Insuffisance hépatique grave.
- Insuffisance rénale grave.
- Insuffisance cardiaque grave.
- Enfant de moins de 15 ans.
- Grossesse (à partir du 6e mois).
Précautions d'emploi
Tout traitement prolongé ou surdosage d'AINS expose à des effets indésirables graves. Des précautions sont nécessaires chez la personne âgée et en cas d'antécédent digestif (ulcère de l'estomac ou du duodénum ancien), de maladie de Crohn, de rectocolite hémorragique ou d'asthme associé à une rhinite chronique, à une sinusite chronique ou à des polypes dans le nez.
Des études cliniques suggèrent que l'utilisation de certains AINS, notamment lors de traitements prolongés à forte dose, peut s'accompagner d'une faible augmentation du risque d'accident cardiovasculaire (tel qu'un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral). Votre médecin peut être amené à prendre en compte certaines situations : problèmes cardiaques, antécédent d'accident vasculaire cérébral, hypertension artérielle, diabète, excès de cholestérol dans le sang ou tabagisme.
Les AINS ont un effet inhibiteur sur l'ovulation et sont susceptibles de diminuer la fertilité chez la femme. Cet effet est réversible à l'arrêt du traitement.
Interactions médicamenteuses
Ce médicament peut interagir avec les médicaments suivants :
- L'aspirine (lorsqu'elle est utilisée à des doses supérieures à 500 mg par prise) et les autres anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : augmentation du risque d'ulcère et d'hémorragie digestive.
- Les anticoagulants oraux et injectables : augmentation du risque hémorragique.
- Le lithium (TÉRALITHE) : augmentation du taux de lithium dans le sang.
- Le méthotrexate (pour des doses supérieures à 20 mg par semaine) : risque d'augmentation de la toxicité du méthotrexate.
Grossesse et allaitement
La prise d'AINS pendant la grossesse expose l'enfant à naître à des effets néfastes (malformations cardiaques et pulmonaires, mauvais fonctionnement des reins…) qui peuvent avoir des conséquences graves, voire fatales. Les risques varient en fonction du stade de la grossesse :
- Au cours des 5 premiers mois de la grossesse, ce médicament ne doit être utilisé qu'en cas de nécessité absolue, exclusivement sur prescription médicale.
- Au cours des 4 derniers mois, le risque existe même avec une seule prise et même en fin de grossesse. L'usage de ce médicament est donc formellement contre-indiqué pendant cette période.
Les AINS passent dans le lait maternel. Leur utilisation chez la femme qui allaite est déconseillée sans avis médical.
Autres traitements et fertilité
En dehors des AINS, d'autres traitements médicamenteux peuvent également avoir un impact sur la fertilité, tant chez les hommes que chez les femmes.
Chez la femme
- Les chimiothérapies : De nombreuses chimiothérapies perturbent le cycle menstruel pour les femmes, entraînant des cycles irréguliers, des modifications de la quantité de saignement ou l'interruption totale des règles.
- Les opioïdes : Les médicaments de la famille des opioïdes (type morphine, fentanyl…) pourraient potentiellement faire diminuer la fertilité.
- Les antidépresseurs : Les antidépresseurs de la famille des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) comme la fluoxétine ou la paroxétine sont susceptibles de faire diminuer la fertilité.
- La sulfasalazine : La sulfasalazine est prescrite pour le traitement de la rectocolite hémorragique (RCH) et la maladie de Crohn. Il est également utilisé dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde.
- Le Méthotrexate : Le méthotrexate a les mêmes indications que la sulfasalazine mais peut également être utilisé contre certains types de cancers du sang.
Chez l'homme
- Les chimiothérapies : Chez l’homme, le nombre de spermatozoïdes peut être diminué. Certains traitements anticancéreux peuvent même rendre stérile.
- Les opioïdes : Chez les rats mâles, il a été observé une réduction de la fertilité et des spermatozoïdes anormaux. Chez l’homme, une étude sur les effets des abus de morphine a démontré une diminution de la mobilité ainsi que de la qualité des spermatozoïdes et une augmentation du taux de mortalité (apoptose) des spermatozoïdes.
- La sulfasalazine : Ce traitement altère la fertilité masculine en réduisant le nombre et la mobilité des spermatozoïdes.
- Les stéroïdes anabolisants : Les stéroïdes anabolisants pris par certains sportifs peuvent entraîner une baisse de la sécrétion d'hormones mâles et une atrophie testiculaire ; cela induit une diminution, voire une suppression de la production de spermatozoïdes.
Optimisation de la fertilité : équilibre inflammatoire
La grossesse est considérée comme un état de semi-allogreffe. Il est reconnu qu'une grossesse réussie nécessite un équilibre entre cytokines pro-inflammatoires (Th1) et anti-inflammatoires (Th2) afin de réguler le dialogue à l'interface mère-embryon. Une étude s'est concentrée sur deux cytokines anti-inflammatoires, l'IL-10 et le TGF-ß1 dont le profil d'expression dans le liquide folliculaire est cohérent avec un rôle potentiel dans l'implantation.
Les résultats ont montré que l'IL-10 était significativement diminuée dans le groupe de femmes avec un bon pronostic de grossesse comparé au groupe avec un mauvais pronostic, et négativement corrélée au taux de fécondation, au taux de blastulation et au taux de grossesse. D'après les résultats obtenus, il semblerait que le dosage de l'IL-10 avant un transfert d'embryon, et au jour de la ponction ovocytaire pourrait être informatif sur la chance d'obtenir une grossesse évolutive.
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