L'avortement, l'interruption volontaire de grossesse, est un sujet polémique depuis des siècles. En latin, il est désigné par le terme abortus, dérivé du verbe aborior signifiant « mourir, périr ». Ce terme tire son origine d’orior « se lever, commencer, tirer son origine de » donc « naître ». Cela amène au mot aborto qui veut dire « avorter ». Bien que largement répandue et commune dans plusieurs pays aujourd'hui, cette pratique a une longue et complexe histoire, remontant à l'Antiquité. Cet article explore les outils et les méthodes utilisés pour l'avortement dans les temps anciens, ainsi que les attitudes sociétales et juridiques envers cette pratique.

L'Avortement dans l'Antiquité Romaine

L'avortement et la contraception existaient dans l'Antiquité romaine et étaient utilisés par les femmes de cette époque. Les femmes recouraient à l'avortement pour diverses raisons, notamment limiter le nombre d'enfants, supprimer le fruit d'un adultère ou simplement maintenir leur beauté.

Accès à l'Avortement

L'accès à l'avortement variait selon le statut social. Emiel Eyben affirme que les femmes riches pouvaient s'offrir les services de médecins et acheter des abortifs, tandis que les femmes moins aisées devaient pratiquer l'avortement elles-mêmes ou se tourner vers des praticiens moins compétents. Cependant, le satiriste romain Juvénal avance le contraire, suggérant que si toutes les femmes romaines le pouvaient, elles avorteraient. Dans sa Satire VI, il écrit : « Celles-là du moins acceptent le danger de l’accouchement et toutes les fatigues d’une nourriture : leur pauvreté les y oblige. Mais sur un lit doré on ne voit guère de femmes en couches, tant sont efficaces les pratiques et les drogues qui rendent les femmes stériles et tuent à prix fait les enfants dans le sein de leur mère. » (trad. Pierre de Labriolle et François de Villeneuve). Il est important de noter que Juvénal mélange contraceptifs et abortifs dans son œuvre.

Méthodes d'Avortement

Les médecins antiques proposaient plusieurs techniques d'avortement, bien que certaines soient douteuses et peu ragoûtantes. Soranos d'Éphèse, médecin grec exerçant à Rome, conseillait de faire de violents mouvements, de porter des choses lourdes, de boire du vin avant les repas, de manger des mets irritants, de boire des boissons diurétiques pour amener aux règles ou encore de faire des saignées (Traité sur les maladies des femmes I, 62-64). D'autres méthodes incluaient des potions, des fumigations et des infusions. L'opération chirurgicale était également possible, mais déconseillée par Soranos en raison des risques liés aux instruments tranchants.

Attitudes des Anciens envers l'Avortement

Les avis sur l'avortement étaient partagés dans l'Antiquité. Aristote estimait que l'avortement pouvait être une mesure acceptable si la population dépassait un certain point, à condition qu'il soit pratiqué pendant les premières semaines de grossesse, lorsque la mère ne ressent pas de signe de vie chez le fœtus (Politique, VII, 14.10). Il fixe un délai après lequel l'avortement n'est plus possible, soit 40 jours pour un garçon et 90 jours pour une fille. Les philosophes stoïciens pensaient que l'embryon était une part de la mère qui ne recevait son âme qu'à la naissance, ce qui excluait l'avortement du meurtre. Plutarque, quant à lui, insistait sur le devoir d'aimer et d'élever ses enfants (Œuvres morales, V, 497).

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D'un point de vue social, les jeunes filles célibataires enceintes à la suite d'un viol étaient censées supporter les conséquences de leur grossesse, voire épouser l'homme responsable. Bien que les femmes célibataires ne soient pas punies pour avoir avorté, la société attendait d'elles qu'elles évitent cette pratique.

Avec le développement du christianisme, l'avortement est devenu un sujet de débat religieux. Les chrétiens considéraient le fœtus comme ayant une âme et le droit à une existence sur Terre, ainsi que la chance d'accepter la grâce et de sauver son âme du péché originel. La Doctrine des Apôtres (II, 2) et d'autres textes chrétiens condamnaient l'avortement.

Aspects Juridiques de l'Avortement dans l'Antiquité Romaine

Juridiquement, l'enfant à naître était rarement considéré comme une persona, un être humain défini légalement avec des droits garantis. Il était donc difficile de considérer l'avortement comme un meurtre. Sous la République, le censeur ou le paterfamilias pouvaient infliger une punition et décourager cette pratique. La législation d'Auguste favorisant la fécondité était indirectement contre l'avortement.

Les premières sanctions légales contre l'avortement apparaissent sous les Sévères. La femme qui avorte est exilée pour avoir retiré une descendance à son mari. Ceux qui vendaient des abortifs étaient également pénalisés. La peine de mort était réservée aux cas où l'avortement avait causé la mort de la mère.

Sous l'empereur Justinien, l'avortement était considéré comme une raison valable pour divorcer, car il affectait l'espoir du mari d'avoir des enfants. L'avortement était donc considéré comme un crime contre le mari, et non contre l'enfant à naître. Une femme célibataire ne pouvait pas être poursuivie pour avoir avorté, mais une divorcée pouvait être envoyée en exil temporaire.

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L'Avortement à Travers les Âges

Méthodes Traditionnelles et Automédication

Depuis l’Antiquité, l’automédication par les plantes a constitué la pratique traditionnelle la plus fréquente pour éviter les naissances. Des plantes comme la myrrhe, le silphium, l’ergot de seigle, la camomille, la sabine, le gaïac, l’absinthe, l’armoise, l’achillée et le safran étaient ingérées sous forme de tisanes ou de décoctions pour interrompre une grossesse. Les femmes utilisaient également des produits courants comme l’ail, le poivre, la cannelle, le café et la moutarde.

Procédés Mécaniques

Le XIXe siècle marque un tournant avec la démocratisation des procédés mécaniques d’avortement. Les aiguilles à tricoter, les baleines de parapluie, les épingles à cheveux, les bigoudis, les scoubidous, les branches d’arbres, les tiges de persil et les fils de fer étaient utilisés pour percer la poche des eaux et provoquer une fausse couche.

Méthode Karman et Mouvements Féministes

Dans les années 1960, Harvey Karman a mis au point une méthode par aspiration utilisant une canule souple reliée à une seringue. Cette méthode a été popularisée par les mouvements féministes, notamment le MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception) en France, qui organisaient des avortements sûrs et militants.

L'Avortement Aujourd'hui

Aujourd'hui, l'avortement reste un sujet de débat et de tension dans de nombreux pays. Il est interdit dans environ 18 pays et soumis à des restrictions dans d'autres. Les personnes pro-avortement estiment que c'est un droit que la femme doit avoir et qu'elle peut disposer de son corps librement. Les mouvements opposés à l'avortement sont motivés par des raisons religieuses ou par la conviction que chaque être humain a droit à la vie.

En France, la loi Veil de 1975 a légalisé l'avortement, mais le droit à l'avortement reste fragile et nécessite une vigilance constante.

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