Anne Wiazemsky, figure marquante du cinéma et de la littérature française, est décédée le 5 octobre à l'âge de 70 ans des suites d'un cancer. Sa vie, riche et complexe, a été marquée par son rôle de muse de Jean-Luc Godard, son œuvre littéraire d'inspiration autobiographique et son héritage familial prestigieux.

Un héritage familial prestigieux

Née à Berlin le 14 mai 1947, Anne Wiazemsky est la petite-fille de l'écrivain François Mauriac. Son père, Yvan Wiazemsky, était un diplomate issu d'une famille princière russe ayant émigré en France en 1919, après la révolution russe. Sa mère, Claire Mauriac, était la fille de l'écrivain François Mauriac. Anne passe son enfance à l'étranger, notamment à Genève et Caracas, avant de rentrer à Paris en 1961, peu avant la mort de son père. Elle grandit alors avec sa mère et son frère Pierre chez les Mauriac, dans le XVIe arrondissement de Paris.

Muse de la Nouvelle Vague

Adolescente, Anne Wiazemsky se lance dans le cinéma. Elle interprète le rôle principal dans Au hasard Balthazar de Robert Bresson (1966), ce qui la révèle au grand public. L'année suivante, elle rencontre Jean-Luc Godard et tourne avec lui La Chinoise (1967). Leur collaboration marque le début d'une relation amoureuse et artistique intense. Ils se marient en juillet 1967.

Jusqu'en 1972, Anne Wiazemsky joue dans plusieurs films de Godard, tels que Week-end, Vladimir et Rosa, Tout va bien, Vent d'est et Le gai savoir. Elle travaille également avec d'autres réalisateurs de renom, comme Pier Paolo Pasolini (Théorème, 1968 ; Porcherie, 1969), Carmelo Bene (Capricci, 1969) et Michel Deville (Raphaël ou le Débauché, 1971). Plus tard, elle tourne avec Philippe Garrel (L'Enfant secret, 1982 ; Elle a passé tant d'heures sous les sunlights, 1984).

Anne Wiazemsky a été la muse, la compagne de Jean-Luc Godard et surtout l’inoubliable héroïne de « La Chinoise ». Elle est devenue une figure emblématique de la Nouvelle Vague, ce mouvement cinématographique qui a révolutionné le cinéma français dans les années 1960.

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L'épanouissement littéraire

À partir de 1988, Anne Wiazemsky se consacre à l'écriture. Elle publie son premier roman, Mon beau navire (1989), dans lequel elle évoque son adolescence et ses voyages. Suivent d'autres romans, dont Canines (1993), qui reçoit le prix Goncourt des lycéens, et Une poignée de gens (1998), qui retrace l'histoire de sa famille russe et obtient le grand prix du roman de l'Académie française et le prix Renaudot des lycéens.

L'œuvre littéraire d'Anne Wiazemsky est marquée par l'autobiographie. Elle puise dans sa propre vie, ses souvenirs d'enfance, ses expériences amoureuses et ses origines familiales pour créer des romans sensibles et attachants. Elle a écrit une quinzaine de livres au total. Son dernier roman, Un saint homme, est paru au début de l'année.

Le canevas autobiographique, forme privilégiée de l’écriture d’Anne Wiazemsky, s’impose dès ses premières œuvres, enclines à fixer sans tristesse les émois vifs et mélancoliques de l’adolescence et de la jeunesse. Dans son premier roman, Mon beau navire (1989), l’adolescente embarque à Caracas sur un transatlantique, pour une traversée à destination de Paris. Observatrice troublée des jeux adultes de séduction et d’abandon, entre promenades et fêtes nocturnes, la narratrice s’initie au désenchantement de la perte de l’enfance. Dans Canines (prix Goncourt des lycéens 1993), le souvenir de l’expérience théâtrale est porté par l’émerveillement de jouer au festival d’Avignon.

Le premier volet de l’histoire familiale russe, Une poignée de gens (1998) - grand prix du roman de l’Académie française et prix Renaudot des lycéens - a pour centre le meurtre du grand-oncle Adichka Belgorodsky par les bolcheviques au premier étage d’une gare, à quelques kilomètres de son domaine. Des personnages contemporains se mêlent à la narration de ce drame ; sa petite-nièce, Marie Belgorodsky, écrit la saga familiale à partir du Livre des destins, le journal de la princesse Nathalie, l’épouse d’Adichka, exilée aux États-Unis, qu’un cousin remet entre ses mains. Cette narratrice constitue un double de la romancière, partie enquêter avec un cousin anglais sur les lieux de l’assassinat. Si l’itinéraire historique des personnages est exact, jusqu’aux rapports de police, l’auteur n’en adapte et réécrit pas moins cette vie mouvementée, bâtie sur le goût de vivre et les craintes. C’est là une de ses constantes ; raconter la vie de figures réelles grâce à l’invention et l’intuition romanesques, tout en se montrant respectueuse des documents d’époque, des mémoires et correspondances d’exilés.

Le Redoutable : un film sur sa relation avec Godard

En 2017, Michel Hazanavicius réalise Le Redoutable, un film inspiré des romans d'Anne Wiazemsky Une année studieuse et Un an après, qui racontent sa relation avec Jean-Luc Godard dans les années 1960. Le film, dans lequel Anne Wiazemsky est incarnée par Stacy Martin, a suscité des réactions contrastées, mais a permis de mettre en lumière cette période de la vie de l'écrivaine et son rôle dans l'œuvre de Godard.

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Anne Wiazemsky était présente en mai au Festival de Cannes pour la présentation du Redoutable de Michel Hazanavicius. Faire d'un être "odieux" un personnage "émouvant et drôle" : c'était ainsi que Anne Wiazemsky, ex-épouse de Jean-Luc Godard, saluait ce film consacré au cinéaste de légende. Pour Le Redoutable, le réalisateur Michel Hazanavicius s'était en effet inspiré du roman Un an après (Gallimard) de la petite-fille de François Mauriac, qui épousa Godard en juillet 1967. Dans le film, elle est incarnée par la jeune franco-britannique Stacy Martin.

L'héritage d'Anne Wiazemsky

Anne Wiazemsky laisse derrière elle une œuvre riche et diversifiée, qui témoigne de son talent d'actrice et d'écrivaine. Elle a marqué le cinéma français par sa présence et son engagement, et a su trouver sa propre voix dans la littérature, en explorant les thèmes de la mémoire, de la famille et de l'identité. Elle restera une figure importante de la culture française, dont l'œuvre continue d'inspirer et de fasciner.

Louis Garrel, qui interprète Godard dans Le Redoutable, souligne l'importance de son héritage : "Tous les metteurs en scène s’en réclament parce que tous ont eu un choc en découvrant ses films. Ma génération a été très fascinée. Mais les jeunes de 20 ans ont probablement un autre rapport à lui, moins fétichiste."

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