Introduction
Anne Vernon, née Édith Antoinette Alexandrine Vignaud, est une figure marquante du cinéma français des années 1950 et 1960. Son parcours, riche et diversifié, l'a menée des plateaux de cinéma français aux studios hollywoodiens, en passant par une carrière de peintre passionnée. Cet article explore les différentes facettes de sa vie, de ses débuts prometteurs à son retrait du monde du cinéma et à son épanouissement dans les arts visuels.
Jeunesse et Débuts d'une Carrière Prometteuse
Née le 9 janvier 1924 à Saint-Denis (Seine), Anne Vernon a été remarquée très tôt pour sa beauté et son talent. Sous l'Occupation, Marcel Rochas la remarque. Sa Maison signant des costumes pour de multiples productions, elle côtoie très vite Cocteau, le monde du cinéma et ses plateaux. "En me voyant à l’image je me suis étonnée car je ne savais pas que j’étais belle. Après le reste est arrivé tout seul… ", laisse planer Anne Vernon qui va donner la réplique à Claude Dauphin dans Ainsi finit la nuit, alors immense vedette, dont elle tombera "amoureuse au premier regard". Quant au rôle, il la bombardera "Révélation de l’année" dans Les Cahiers du Cinéma.
Elle a rapidement gravi les échelons, collaborant avec des réalisateurs de renom tels que Maurice de Canonge, Jean Dréville et Giorgio Bianchi. Vedette des années 1950 et 1960, elle a tourné en France, en Italie, au Royaume-Uni ainsi qu'aux États-Unis.
Le Cinéma: Une Carrière Internationale
La carrière cinématographique d'Anne Vernon a pris une dimension internationale, lui permettant de travailler dans divers pays et de côtoyer des acteurs et réalisateurs de renom. Son film le plus connu est Les Parapluies de Cherbourg, où elle joue la mère de la jeune Catherine Deneuve.
Elle a tourné dès 1947 avec ce procédé révolutionnaire de l’Independent Frame. Les décors les plus fous étaient directement incrustés dans la caméra alors que nous évoluions d’après des traits tracés au sol à la craie!
Lire aussi: École Maternelle Anne Sylvestre : Analyse Complète
Elle a fait des essais à la 20th Century Fox avec qui elle était en contrat. Une copine débutante, encore châtain à l‘époque, qui s’était fait remarquer dans Quand la ville dort de John Huston. C’est affreux de dire ça, mais elle était vraiment considérée comme la "pute" dans le milieu… Tout était bon pour y arriver. Vous auriez vu le milliardaire qu’elle se traînait et avec qui j’ai dansé d’ailleurs (rire). Elle était incapable de faire du théâtre, mais au cinéma elle était extraordinaire, touchante… Son côté pathétique, ses fêlures ressortaient… Bien que très "basique" fille de ferme, Ava Gardner aussi avait cela. On ne devient pas un mythe par hasard, même si parfois il y a des accidents… Martine Carol par exemple était jolie, mais il n‘y avait rien derrière. Moi je ne couchais pas, mais j’ai souffert parce qu’on en choisissait une autre! De grandes actrices couchaient avec tous leurs partenaires et metteurs en scène et ne s’en cachaient pas… Autant vous dire que leurs femmes étaient sur le qui-vive (rire). Et #MeToo ou pas, ça continue. Je parle de se "donner", pas de viols! La sortie d’Adèle Haenel m’indiffère. Ah l’affiche avec Catherine Deneuve! Une gentille femme, très intelligente et libre. Elle a réussi à avoir une adhésion populaire jusqu’au bout, alors que de mon temps dès qu’on vieillissait, on était rayée!
Vie Privée: Amours et Épreuves
La vie privée d'Anne Vernon a été marquée par des moments de bonheur mais aussi par des épreuves difficiles. Elle a épousé Robert Badinter le 31 octobre 1957. Robert Badinter, lui, exerçait déjà comme avocat au barreau de Paris, où il a commencé sa carrière en 1951 après ses études de droit. Dans une interview accordée à nos confrères de Nice Matin soixante ans plus tard, en février 2024, juste après le décès de Robert Badinter, Anne Vernon a évoqué les raisons de l’échec de leur union. «Nous avons eu deux enfants. Morts quelques jours après la naissance, au huitième mois, contaminés je pense par l’un de mes reins malades», a-t-elle expliqué. Avant de poursuivre : «Cela a pesé sur notre mariage. Lui qui était juif me disait : “On a tué tellement de juifs. Il faut que j’aie des enfants”. Pour moi ce n’était plus possible de recommencer».
Après son divorce avec Robert Badinter, Anne Vernon a refait sa vie avec le réalisateur René Gainville, avec qui elle avait collaboré sur deux films. Ils ont finalement divorcé en 1975 après cinq ans de mariage. Robert Badinter, lui, a épousé la femme de lettres et philosophe Élisabeth Bleustein-Blanchet, devenue Élisabeth Badinter en 1966.
Retrait du Cinéma et Passion pour la Peinture
En dépit de sa carrière cinématographique, Anne Vernon ne se visite pas comme un monument. Cette éternelle "mademoiselle", jadis en contrat avec Universal Studios puis Warner, encore à l’antenne avec Les Parapluies de Cherbourg ce 16 mai, en a fini avec le clinquant de la vie de comédienne depuis les années 70, pour s’investir corps et âme dans cet art qu’elle vénère et la porte depuis son plus jeune âge. Le "dessin".
Je cherchais un nom d’artiste. Robert Badinter avec qui j’étais mariée à l‘époque avait une DS. Pour Citroën c’était la référence explicite à une "déesse". Je me suis dit, tiens, moi qui ne suis que de passage, je vais choisir FMR! Avec la peinture, je me suis libérée, sans idée de carrière ou de cote. D’ailleurs, comme mon ami Jean Marais qui s’en fichait, je ne vends pas cher. Avant je peignais quotidiennement. Aujourd’hui c’est moins fréquent.
Lire aussi: Anne Consigny : Entre théâtre et cinéma
Concernant Cannes c’est très politique. Vous stoppez tout de vous-même en 1973, comme Brigitte Bardot. Après mon mariage avec Gainville (lire plus bas), je me sentais tellement libérée, heureuse d’être seule que j’ai racheté en 1970 des ruines et passé dix ans dans la nature grimaudoise du Val de Gilly, à peindre, entourée d’animaux. Je connaissais les environs car ma sœur avait une résidence secondaire à Ramatuelle. C’était une retraite dans les deux sens pour moi. L’isolement et la fin de ma carrière. Ce qui me déplaisait surtout c’était le bling-bling, les apparences… On me téléphonait, mais fouler à nouveau les plateaux ou les planches ne me disait plus rien, au point que je me détournais quand je croisais des gens de la profession comme Brialy (ils tournèrent Arsène Lupin contre Arsène Lupin, 1962, Ndlr)! Cela aura duré trente ans tout de même! Je souhaitais revenir à ce pour quoi j’étais partie dans la vie: peindre.
Anecdotes et Réflexions
Anne Vernon a partagé des anecdotes et des réflexions sur son parcours et sur le monde du cinéma.
J’étais la doublure théâtre de Gaby Sylvia dans Huis Clos de Sartre. Un simple arrangement pour gagner un peu d’argent sous l’Occupation, époque où nous mangions des haricots aux vers pour faire des "protéines" Et puis un jour, elle n’est plus venue, donc il a bien fallu m’y mettre! J’ai plu et en 1946 j’ai suivi la Comédie Française pour une tournée de neuf mois en Amérique du Sud. C’est là que tout a vraiment commencé… Dont ma carrière anglo-saxonne où j’ai pu tourner dès 1947 avec ce procédé révolutionnaire de l’Independent Frame. Les décors les plus fous étaient directement incrustés dans la caméra alors que nous évolions d’après des traits tracés au sol à la craie!
Je parle de se "donner", pas de viols! La sortie d’Adèle Haenel m’indiffère. Ah l’affiche avec Catherine Deneuve! Une gentille femme, très intelligente et libre. Elle a réussi à avoir une adhésion populaire jusqu’au bout, alors que de mon temps dès qu’on vieillissait, on était rayée!
Vous savez je ne me considère pas comme quelqu’un de très intéressant, ni important… Je me mesure vraiment à ma taille. Je ne suis ni Garbo ni Picasso pour la peinture. Mais je reçois encore beaucoup de courriers, de l’Ukraine en guerre, de la Russie, etc. C’est en partie dû à l’Alliance Française qui montre de vieux classiques pour diffuser le français à l’étranger. Des gens des États-Unis m’écrivent aussi des tartines assorties de dollars pour que je signe leurs photos!
Lire aussi: Le couple Anne Le Nen et Muriel Robin se confie
"Il m’a levée comme on dit (rire) à une terrasse parisienne. Je me méfiais… Lui m’avait vu dans La Loterie de l’amour avec David Niven. Nous avons eu deux enfants… Morts quelques jours après la naissance, contaminés je pense par l’un de mes reins malade… Cela a pesé sur notre mariage qui aura duré huit ans. Je l’ai beaucoup aimé. Nous sommes restés proches et je lui ai encore envoyé un carton pour mon exposition. Suit le réalisateur René Gainville, qui lui propose un film (L’Homme de Mykonos, 1966, Ndlr) et finit par lui demander sa main. "Pour me consoler de Robert", confesse Anne qui l’a effacé de ses mémoires parues en 1988 par peur de trahir son souvenir. "Un bel homme mais sur lequel je ne pouvais pas compter. Il était insatiable en conquêtes féminines. En 1980, le hasard l’amène au mariage du fils de Jean-Pierre Prouteau, secrétaire d’État de Valéry Giscard d’Estaing et longtemps "Monsieur Afrique" de la France. Lui divorce, et elle l’épouse en troisièmes noces. Elle quitte Grimaud pour s’installer avec lui à Cogolin, où il disparaîtra en 1998.
tags: #Anne #Vernon #lieu #de #naissance
