Anna Roy, sage-femme et chroniqueuse de renom dans l'émission "La Maison des Maternelles" sur France 5, a récemment publié un livre intitulé "Énorme" (éditions Larousse). Dans cet ouvrage, elle se livre avec une sincérité désarmante sur son combat contre l'addiction au sucre, un combat qui l'a menée jusqu'à un poids de 126 kg et qui a failli lui coûter la vie. Son récit, loin de toute moralisation, est une source d'inspiration pour ceux qui luttent contre des problèmes similaires. Elle y raconte comment elle a perdu près de 60 kg et comment cette perte de poids lui a sauvé la vie.

Le sucre, un réconfort illusoire

Pour Anna Roy, le sucre était bien plus qu'un simple aliment. C'était un réconfort, une "solution à tout". Elle se souvient avec nostalgie du fondant au chocolat de sa grand-mère, un délice riche en beurre, en chocolat corsé et en jaunes d'œufs. "Être privé de dessert, c'est être privé d'enfance", confie-t-elle. Pourtant, c'est précisément cette privation qu'elle s'est imposée à partir de mars 2022.

Comme elle le dit elle-même, « La cigarette, à côté, c’est une promenade de santé », elle a arrêté de fumer beaucoup plus facilement qu'elle a banni le sucre.

Mais à partir de 2013, Anna Roy a pris 58 kilos et a commencé à avoir des problèmes de santé.

Le déclic : un avertissement amical

C'est son amie Agathe Lecaron, la présentatrice de "La Maison des Maternelles", qui a tiré la sonnette d'alarme. Inquiète pour sa santé, elle lui a dit qu'elle était en train de se suicider. Ces mots ont eu l'effet d'un électrochoc. Anna Roy a pris conscience du danger qu'elle courait et a décidé d'agir.

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En juin 2022, vous pesez plus de 120 kg. Vous décrivez dans votre livre votre prise de poids comme une descente sur une pente glacée. A. R. : Je ne me voyais pas grossir. Je devais m’acheter des vêtements tout le temps car je ne rentrais plus dans rien. Mais je continuais à dévorer des produits sucrés dès la fin d’après-midi… Mon conjoint était malheureux pour moi, ne savait pas quoi faire. Il essayait parfois de m’en parler mais sans insister. Quand il m’a rencontrée, j’étais l’archétype de la nana bien foutue : grande, pulpeuse, taille hyperfine… Les médecins me prescrivaient des régimes équilibrés. Mais je n’ai jamais mal mangé, je cuisine. Et j’ai toujours beaucoup bougé. Personne ne voyait que mon problème venait d’une addiction au sucre et qu’il fallait le supprimer complètement. J’étais une obèse “active” et “successfull”, donc on ne pensait pas à des causes psychologiques.

Le sevrage : une épreuve difficile

Le sevrage du sucre s'est avéré être une épreuve extrêmement difficile, bien plus ardue que l'arrêt du tabac. Anna Roy a ressenti des symptômes de manque intenses : vertiges, sueurs, palpitations, tremblements, douleurs abdominales… Surtout les cinq premières semaines. Elle décrit cette période comme étant dix fois pire que l'arrêt du tabac. Elle a du s'astreindre à un régime impitoyable à partir de mars 2022. Sur les conseils de son amie Agathe Lecaron, la présentatrice de « la Maison des Maternelles », elle a arrêté le sucre, et ça lui a « sauvé la vie ».

Elle y écrit : « À partir de 2013, j'ai pris 58 kilos. En quelques mois je suis devenue énorme. 126 kilos, ça pèse. Le 1er mars 2023, j'ai décidé de tout perdre parce que je n'avais pas envie de mourir. Et pour ça, je me suis sevrée du sucre.

A. R. : Oui ! Et la plus difficile. À côté du sevrage du sucre, la grossesse c’est le paradis ! Je n’ai jamais pensé que ça serait si difficile. On ressent des symptômes de manque tellement forts : vertiges, sueurs, palpitations, tremblements, douleurs abdominales… Surtout les cinq premières semaines. C’est dix fois pire que l’arrêt du tabac !

Une nouvelle alimentation, une nouvelle vie

Aujourd'hui, Anna Roy a banni de son alimentation les pâtisseries et le chocolat. Elle continue de manger des féculents et des fruits, mais elle est consciente des dangers du sucre et elle est scandalisée qu'on ne mette pas plus en garde contre ces dangers, tant pour les adultes que pour les enfants. Anna Roy continue de manger des féculents et des fruits, mais plus jamais de pâtisseries, chocolat… C’est très dur. Le manque vous donne envie de vous recroqueviller en position fœtale. Quand je me prive de ces aliments, je n’ai plus de béquilles, plus de refuge. Je suis à poil. Mais au fur et à mesure, j’ai compris que le sucre était un faux ami qui m’aidait à supporter des choses que je n’aurais pas dû supporter… Je suis scandalisée qu’on ne mette pas plus en garde contre les dangers du sucre, pour les adultes et les enfants. C’est une drogue si “mignonne”.

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Les causes profondes de l'addiction

Dans son livre, Anna Roy explore les causes profondes de son addiction au sucre. Elle évoque la mort de son père, un événement douloureux qui l'a profondément marquée. Elle parle aussi de son travail, dans lequel elle s'est surinvestie, absorbant les drames de ses patientes. Mais elle révèle surtout avoir été victime de deux viols, des traumatismes qu'elle a longtemps enfouis et qui ont contribué à sa prise de poids.

Votre témoignage est aussi destiné à lutter contre les préjugés sur l’obésité. A.R. : Je ne peux plus supporter les jugements sur les gros. Il y a certaines personnes en obésité qui sont heureuses, mais c’est rare. D’après mon expérience, il y a toujours des histoires sordides d’inceste, d’agressions et autres derrière la prise de poids. C’est fou comme on nous juge, comme on ose nous faire des remarques méchantes : « T’as qu’à moins bouffer », « Tu arrives encore à te regarder dans une glace ? ». Le surpoids renvoie chacun à une peur très profonde. Ce qui explique pourquoi on se sent aussi parfois invisible, on ne nous regarde pas. C’est un comble car l’obésité nous rend véritablement encombrant. C’est un vrai handicap. On ne peut pas s’asseoir dans les transports en commun. On se cache pour faire de l’exercice. Et puis, on nous induit en erreur en nous disant qu’il ne faut pas faire de régime restrictif.

A.R. : Oui, on était très proches. Son regard plein d’amour et d’admiration me portait, me donnait confiance en moi. Le perdre a été très compliqué. Mais pendant l’écriture du livre, j’ai réalisé que j’avais mis tout mon mal-être sur le compte de la mort de mon père, à tort. Ce deuil était dur, mais “dans l’ordre des choses”. Dans les causes de ma prise de poids, il y avait aussi mon travail, dans lequel je me suis surinvestie. J’ai compris que j’étais victime du stress post-traumatique vicariant : j’absorbais les drames des autres.

A.R. : Les deux fausses couches ne m’ont pas aidée dans cette période trouble. Et j’ai minimisé leur impact. Mais les viols que j’ai subis encore plus. Le premier surtout, en 2011. J’ai été droguée, violée et battue. Je me suis réveillée avec des ecchymoses. J’ai tout de suite compris ce qui m’était arrivé et ça a été confirmé par des examens médicaux. L’auteur du viol n’a pas nié. Mais j’ai pensé que ça n’était pas si grave, au regard de la maladie de mon père, de tout ce que vivaient mes patientes. Je l’ai rangé dans un placard. Meetoo n’était pas encore passé par là. Le deuxième viol, j’étais ivre, ce qui m’a donné un grand sentiment de culpabilité. Et je ne parle pas des innombrables agressions sexuelles dont j’ai été victime, main dans la culotte, placage… J’ai toujours encaissé, foncé malgré les pensées intrusives, les souvenirs qui remontaient par bribes. Aujourd’hui, je sais que je suis une victime. J’attends une demande de pardon, je n’ai pas porté plainte, je ne veux pas ajouter de la souffrance à la souffrance.

Les bienfaits de la perte de poids

La perte de poids a eu des conséquences positives considérables sur la vie d'Anna Roy. Elle est devenue plus résistante aux virus, plus énergique et elle a retrouvé le plaisir de s'habiller et de prendre les gens dans ses bras. Elle a également renoué avec sa passion pour le sport.

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A.R. : Les conséquences positives sont énormes ! D’abord pour la santé. On devient plus résistant aux virus. Plus énergique. Et puis, sans le sucre, j’ai beaucoup plus de facilité à poser mes limites. Je sens quand je ne suis plus capable de donner du temps, de l’énergie aux autres. Je dis beaucoup plus non à mes enfants, je respecte enfin mes besoins. Je retrouve aussi le plaisir de m’habiller, une part de ma féminité. Et celui de prendre les gens dans mes bras. Quelle joie ! Quand on est gros, on est physiquement loin des autres. J’ai aussi retrouvé une ancienne addiction, celle du sport. Bien sûr, tout ça n’est pas si simple. C’est encore dur de se priver, de faire les derniers efforts pour atteindre le poids que je me suis fixée. Et c’est très bizarre de changer autant. Je me sens fragile, parfois je ne sais plus qui je suis. Les gens vont-ils continuer à m’aimer ? C’est une vraie mutation, c’est plus fort que la naissance d’un enfant. On me regarde différemment. Certains retrouvent mon visage d’avant. D’autres n’osent pas faire de compliments. On en a besoin ! Mes enfants le font, mais ils me trouvent anguleuse, dure. Et je ne veux pas le devenir, l’hypercontrôle, la maigreur me font peur. Ce qui est sûr c’est que je ne mangerai plus jamais de sucre.

Un message d'espoir

Le témoignage d'Anna Roy est un message d'espoir pour toutes les personnes qui luttent contre l'addiction au sucre et contre les problèmes de poids. Elle prouve qu'il est possible de se libérer de cette addiction et de retrouver une vie saine et épanouissante. Son livre est un appel à la bienveillance envers soi-même et envers les autres, et une invitation à ne jamais perdre espoir.

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