Le Père Mateo Crawley-Boevey, religieux de la Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et Marie, miraculé de Paray-le-Monial et apôtre de l’Intronisation du Sacré Cœur dans les foyers, a exprimé l'importance de la canonisation de sainte Marguerite-Marie. Ses paroles révèlent l’enjeu, le triomphe et l’ampleur prophétique de cet événement pour l’Église universelle et les générations futures.
La Mission Unique de Sainte Marguerite-Marie
Le Père Mateo Crawley-Boevey a souligné que si l'on ne peut comparer les saints, on peut comparer les missions. Marguerite-Marie a une mission unique entre tous les saints, une mission devant atteindre le monde entier, toute la hiérarchie ecclésiastique, tous les foyers, tous les cœurs, jusqu’à la fin des temps. Léon XIII a déclaré qu'après le Calvaire et l'Eucharistie, il n'y a pas eu sur le monde de fait plus grand que Paray-le-Monial. La mission de Marguerite-Marie est inséparable de cet événement unique.
Si cet événement a eu sa préparation et que, dans un certain sens, la Bienheureuse a des précurseurs, il n’en reste pas moins que la Grande Révélation ne s’est présentée qu’aux yeux extasiés de la sainte visitandine. À travers les siècles, quand on prêchera le Cœur de Jésus dans ses desseins miséricordieux sur les âmes et sur les sociétés, on nommera inévitablement l’humble apôtre dont la mission merveilleuse se résume en ces mots : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes !… Mon Cœur veut régner !… »
Dieu nous a donné par elle tout ce qu’il pouvait nous donner en nous livrant son Cœur. Toutes les merveilles d’amour qu’il aura encore pour le monde ne seront qu’un écoulement de ce premier don, un rayon plus ou moins lumineux et réchauffant de ce Foyer qui nous a été ouvert à Paray ; mais rien de plus en principe, Dieu ne pouvant nous donner plus que son Cœur.
L'Enfance et la Jeunesse de Marguerite Alacoque
Marguerite Alacoque est née au hameau de Lhautecour (diocèse d’Autun) le 22 juillet 1647, en la fête de sainte Marie-Madeleine, dans une famille aisée profondément catholique. Elle était la quatrième enfant de Claude Alacoque, juge et notaire royal, et de Philiberte Lamyn. Elle a été baptisée trois jours après sa naissance dans la paroisse de Verosvres, d’où dépendait son village. Un petit frère et une petite sœur viendront compléter la fratrie.
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Dès sa plus tendre enfance, Marguerite a fait preuve d’une extraordinaire dévotion envers le très Saint Sacrement et la Vierge Marie. On la trouvait souvent à l’église, où elle passait ses jours et ses nuits devant Jésus au Saint Sacrement. À l’âge de 5 ans, lors d’un séjour au château de Corcheval, chez sa marraine, la petite Marguerite s’est consacrée à son Seigneur entre les deux élévations de la sainte Messe, dans la chapelle du château, par ces paroles : « Ô mon Dieu, je vous consacre ma pureté et je vous fais vœu de perpétuelle chasteté ».
Notre-Seigneur, qui lui en avait donné l’inspiration, lui en révélera quinze ans plus tard l’amoureux secret : « Je t’ai choisie pour mon épouse et nous nous sommes promis fidélité lorsque tu m’as fait vœu de chasteté. C’est moi qui te pressais de le faire, avant que le monde y eût aucune part, dans ton cœur, car je le voulais tout pur […]. Et puis je te mis en dépôt au soin de ma sainte Mère, afin qu’elle te façonnât selon mes desseins. »
Marguerite, qui a déjà perdu sa petite sœur Gilberte, n’a que huit ans quand meurt son père. Confiée aux Clarisses Urbanistes de Charolles, elle n’a pas encore 10 ans quand elle est admise à la première Communion, à une époque où on ne la recevait pas ordinairement avant l’âge de 13 ans. Dès lors, quand les autres enfants jouent, impossible pour elle de s’associer à leurs divertissements qui l’attiraient pourtant : un appel intérieur l’invite irrésistiblement au retrait pour y réciter la petite couronne du rosaire ou offrir à Jésus, à l’abri des regards, quelque prière prosternée ou genoux en terre, pour lui prouver son amour.
Au milieu des religieuses, Dieu éveille chez Marguerite le désir de vivre comme elles : « J’avais grande envie de faire tout ce que je voyais faire aux religieuses, les regardant toutes comme des saintes, pensant que, si j’étais religieuse, je la deviendrais comme elles ; cela m’en fit prendre une si grande envie, que je ne respirais que pour cela, quoique je ne les trouvasse pas assez retirées pour moi ; mais n’en connaissant point d’autres, je pensais qu’il fallait demeurer là. »
Les Épreuves et les Visions
Après deux ans au pensionnat des Clarisses, une grave maladie vient lui ôter jusqu’à l’usage de ses jambes. Elle est renvoyée chez elle, où elle reste alitée quatre ans dans de grandes souffrances, sans qu’on puisse trouver aucun remède à ses maux. Elle se voue alors à la Sainte Vierge, lui promettant de se faire religieuse dans un Ordre qui lui est dédié si elle la guérissait : le miracle est immédiat.
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Les années qui suivirent son rétablissement furent particulièrement éprouvantes. La mort de Monsieur Alacoque avait réduit son épouse à céder l’administration de leurs propriétés à des membres de la famille qui, venus habiter au domicile familial, infligèrent une véritable persécution à Marguerite et à sa mère, malade, dont elle soigna héroïquement la tumeur putride à la joue sans la moindre compétence médicale, n’ayant pour appui que sa seule confiance en Dieu, et pour seuls onguents que « ceux de la divine Providence », puisqu’on la réduisait même à mendier le strict nécessaire pour ces soins.
Privée aussi du soutien de ses quatre frères, l’un étant décédé en 1663, et les trois autres étudiant dans différentes villes, elle trouvait tout son réconfort dans la sainte Communion, le service des pauvres qu’elle assistait et catéchisait en secret, et dans la prière, au pied de son crucifix, où elle passait ses nuits dans les larmes. C’est en ces temps difficiles qu’elle est favorisée de ses premières visions, dont elle ne s’étonnera pas, croyant que tout le monde recevait de telles visites du Ciel.
Notre-Seigneur qui « voulait se rendre le maître absolu de [son] cœur », se présentait continuellement à elle crucifié, ou en Ecce Homo, pour lui apprendre à se conformer à sa vie souffrante dans cette épreuve, la faisant agir comme il agissait parmi ses souffrances ici-bas, qu’il lui montrait avoir souffertes pour son amour. Cette ressemblance à son Seigneur faisait toute sa joie, aussi ne laissait-elle échapper ni une plainte, ni un murmure contre ces personnes qu’elle considérait comme de « véritables amis de son âme ».
Le Combat pour la Vocation
Madame Alacoque, ne voyant d’issue à leur misère que dans le mariage de sa fille, presse Marguerite, maintenant âgée de 17 ans, de rencontrer plusieurs partis qui se présentaient afin de s’établir dans le monde. La jeune femme est tiraillée entre l’appel de Dieu, le vœu qu’elle lui a fait, et la tendre affection qui la liait à sa mère, et dont le diable se servait pour lui représenter que cette mère déjà veuve mourrait de douleur de la voir partir, que d’ailleurs elle n’avait qu’elle pour la soigner, qu’elle aurait à répondre à Dieu de cet abandon, et mille autres tentations contre sa vocation.
Malgré son absence totale d’attrait pour le mariage, elle cède à la douleur de ce martyre intérieur et aux pleurs de sa mère, et tente dès lors, mais en vain, de résister à Dieu et d’étouffer les mouvements de la grâce, pour s’adonner au monde, se parer, se divertir. Notre-Seigneur, jaloux de son cœur, se présente souvent à elle après ses soirées mondaines, défiguré comme en sa flagellation, lui reprochant son ingratitude après qu’il lui ait donné tant de preuves de son amour.
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Ces peines durent plusieurs années, jusqu’à ce que, vers le mois de juin 1668, le Seigneur fixe ses irrésolutions : « Après la communion, il me fit voir qu’il était le plus beau, le plus riche, le plus puissant, le plus parfait et accompli de tous les amants ; et que, lui étant promise depuis tant d’années, d’où venait donc que je voulais tout rompre avec lui pour en prendre un autre. » L’âme inondée de paix, elle se résout sur le champ à être religieuse à quelque prix que ce soit. Elle commence alors à comprendre le vœu qu’elle avait fait enfant et le renouvelle.
Il lui faudra pourtant attendre trois ans encore dans le monde au milieu de combats qu’on lui livrait de toutes parts, mais aidée de son divin Maître, et se gardant par de grandes pénitences, elle vaincra tous les obstacles. On tente de la dissuader : la divine Providence fait passer par le logis familial un prêtre de l’Ordre de Saint-François, à qui elle fait une confession générale, et qui, apprenant que sa vocation est empêchée, en donnera de grands scrupules à son frère qui la retient dans le monde.
On essaie alors tout au moins de la détourner de l’Ordre de la Visitation Sainte-Marie pour les Ursulines où une de ses cousines était religieuse, son frère insiste, mais elle répond, invariable : « Je veux aller aux Sainte-Marie, dans un couvent bien éloigné, où je n’aurai ni parente, ni connaissance ; car je ne veux être religieuse que pour l’amour de Dieu. Je veux quitter le monde tout à fait, en me cachant dans quelque petit recoin, pour l’oublier et en être oubliée, et ne plus le voir. » En effet, une secrète voix lui disait, à chaque proposition de couvent qu’on lui faisait : « Je ne te veux point là, mais à Sainte-Marie. » Cela correspondait de fait à tous ses attraits, et répondait au vœu qu’elle avait fait à la Sainte Vierge, mais le Ciel vint encore la conforter dans sa vocation de Fille de la Visitation.
En effet, au plus fort de ses combats, Notre-Dame l’encourage : « Ne crains rien, tu seras ma vraie fille, et je serai toujours ta bonne Mère », puis saint François de Sales lui-même, fondateur de l’Ordre de la Visitation, l’assure confidemment de sa place dans sa famille religieuse : un jour qu’elle regardait un tableau qui le représentait, elle l’entendit l’appeler « sa fille », avec un regard si « paternellement amoureux » qu’elle ne le regardait plus dès lors que comme son bon père.
La Vie Religieuse à la Visitation
Judicieuse et sage, Marguerite-Marie avait l’esprit bon, le naturel doux, l’humeur agréable, et un cœur extrêmement charitable. Mère Marguerite-Hiéronyme Hersant, alors Supérieure de la communauté, discerna bien vite en la nouvelle recrue une fille de choix, et la maîtresse des novices, Sœur Anne-Françoise Thouvant, prit un soin particulier de cette âme qu’elle voyait aller à la perfection à pas de géant, n’oubliant rien pour la former dans toutes les vertus. Marguerite-Marie de son côté, les regardait toutes deux « comme son Jésus-Christ en terre », sûre qu’elle n’aurait plus rien à craindre en faisant tout par obéissance.
Affamée de l’oraison, la jeune prétendante demanda un jour à sa maîtresse de lui apprendre à la faire, mais elle n’eût que cette réponse : « Allez vous mettre devant Notre-Seigneur comme une toile d’attente devant un peintre ». Elle entend alors intérieurement : « Viens, je te l’apprendrai ». Elle obéit donc simplement et se rend à l’oraison : « Mon divin Maître me fit voir que mon âme était cette toile d’attente, sur laquelle il voulait peindre tous les traits de sa vie souffrante, qui s’est toute écoulée dans l’amour et la privation, la séparation, dans le silence et le sacrifice, dans sa consommation, et qu’il ferait cette impression, après l’avoir purifiée de toutes les taches qui lui restaient, tant de l’affection aux choses terrestres que de l’amour de moi-même et de la créature, pour lesquelles mon naturel complaisant avait beaucoup de penchant. Mais il me dépouilla de tout en ce moment, et après avoir vidé mon cœur et mis mon âme toute nue, il y alluma un si ardent désir de l’aimer et de souffrir, qu’il ne me donnait point de repos ».
Après son postulat, elle est admise à la Vêture. Elle prend l’Habit de l’Ordre de la Visitation et commence son noviciat le 25 août 1671 : « étant donc revêtue de notre saint habit, mon divin Maître me fit voir que c’était le temps de nos fiançailles, lesquelles lui donnaient un nouvel empire sur moi, qui recevais aussi un double engagement de l’aimer d’un amour de préférence. Ensuite, il me fit comprendre qu’à la façon des amants les plus passionnés, il ne me ferait goûter pendant ce temps que ce qu’il y avait de plus doux ». Elle reçut en effet de si grandes grâces qu’elle en était hors d’elle-même. On la reprenait, lui disant que ce n’était pas conforme à l’esprit des Filles de Sainte-Marie, qui ne voulait rien d’extraordinaire, et que si cela ne cessait, on ne la recevrait pas à la Profession. On essaya de la retenir dans les voies ordinaires de la vie spirituelle, l’envoyant travailler ou balayer à l’heure de l’oraison : rien ne put l’ôter de cette voie, malgré tous ses efforts pour correspondre aux intentions de ses Supérieures. C’est à cette époque qu’elle compose ce petit chant :
« Plus on contredit mon amour,Plus cet unique bien m’enflamme.Que l’on m’afflige nuit et jour,On ne peut l’ôter à mon âme.Plus je souffrirai de douleur,Plus il m’unira à son Cœur. »
Sa Maîtresse et sa Supérieure, inquiètes de sa vie spirituelle si peu commune, s’appliquent à discerner l’esprit qui la guide par les humiliations et les contradictions auxquelles elle se prête avec une parfaite docilité. Elle surmonte ces épreuves, allant chercher asile et force auprès du très Saint Sacrement et s’exhortant dans ses répugnances : « Il faut mourir ou vaincre ! » Notre-Seigneur l’encourage : « Il ne faut point de réserve à l’amour », et après un premier grand sacrifice qu’elle lui fit, en mangeant d’un aliment pour lequel elle avait une répugnance extrême, redouble ses faveurs à son égard, si bien qu’elle est souvent contrainte de lui dire : « Suspendez, ô mon Dieu, ce torrent qui m’abîme, ou étendez ma capacité pour le recevoir ! »
Mais à l’approche de sa Profession, on lui déclara qu’elle n’était pas propre à prendre l’esprit de la Visitation qui craignait toutes ces sortes de voies sujettes à l’illusion. Sœur Marguerite-Marie s’en plaignit douloureusement à son divin Maître : « Hélas ! mon Seigneur, vous serez donc la cause que l’on me renverra ? » - « Dis à ta Supérieure, répondit-il, qu’il n’y a rien à craindre pour te recevoir, que je réponds pour toi, et que je serai ta caution ». Mère Marie-Françoise de Saumaise, nouvellement Supérieure, lui demande pour preuve qu’il la rendre utile à la sainte religion par la pratique exacte de toutes ses observances, ce que le Seigneur lui accorda, l’assurant encore : « Je te rendrai p…
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