Introduction

L'histoire des institutions dédiées à l'enfance et à la protection de la jeunesse est un domaine riche et complexe, souvent méconnu. Parmi ces institutions, les maternités occupent une place particulière, car elles sont le lieu de naissance et d'accueil des nouveaux-nés, mais aussi un espace où se croisent les enjeux de la santé, de la famille et de la société. Cet article se propose d'explorer l'histoire de l'ancienne maternité de Savigny-sur-Orge, en Essonne, en s'appuyant sur des sources diverses et en la replaçant dans le contexte plus large de l'évolution des politiques de l'enfance et de la justice des mineurs en France.

Un centre d'exposition historique unique

Depuis une décennie, le centre d'exposition historique « Enfants en justice » à Savigny-sur-Orge se distingue comme un lieu unique en France, entièrement consacré à l'histoire de la justice des enfants. Situé au sein même d'une institution judiciaire en activité, ce centre de mémoire et d'histoire se penche scientifiquement, à travers des outils scénographiques et pédagogiques, sur les thèmes majeurs de la déviance et de la délinquance juvéniles depuis le XIXe siècle.

La collection permanente offre aux visiteurs une approche diachronique, tandis que les expositions temporaires mettent l'accent sur des aspects thématiques spécifiques. Parmi les thèmes abordés, on peut citer l'historicité des « bandes de jeunes », la panoplie de l'Apache, les Blousons noirs, ou encore la construction des identités professionnelles dans le champ de la Protection de l'enfance. Les décors permettent de retracer l'histoire des assistantes sociales, les évolutions du métier de policier et les contextes de naissance des juges des enfants et des éducateurs.

"Mauvaises filles" : Une exposition marquante

L'exposition « Mauvaises filles. Déviantes et délinquantes (XIXe/XXIe siècles) », inaugurée en juin 2015 au centre d'exposition « Enfants en justice », a marqué les esprits par son approche novatrice et son questionnement sur la déviance féminine. Présentée ensuite à l'École nationale de protection judiciaire de la jeunesse à Roubaix, aux Archives départementales de Lille, à l'Université d'Angers et à l'IUT de Tours, elle a suscité des réactions particulièrement intéressantes auprès d'un public varié, allant des futurs éducateurs spécialisés aux collégiens, en passant par les étudiants et les particuliers.

L'exposition est née d'un intérêt pour un sujet peu exploré : la délinquance juvénile féminine et son approche genrée. Elle visait à réunir des spécialistes de différentes disciplines (histoire, sociologie, sciences de l'éducation, histoire du droit) afin de répondre à des questions récurrentes sur l'évolution de la délinquance des filles depuis le XIXe siècle. L'un des enjeux était de s'interroger sur la pertinence des alertes médiatiques annonçant une « nouvelle violence au féminin » et l'apparition de « gangs de filles ».

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Une scénographie originale et pédagogique

Pour rendre accessible au grand public les recherches scientifiques sur la déviance féminine, l'équipe de l'exposition a conçu une scénographie originale et pédagogique, sous la forme d'un « jeu de l'oie blanche ». Ce jeu permettait de présenter les chemins sociaux imposés aux jeunes filles par leur éducation et par les rouages juridiques et institutionnels, tout en illustrant les nombreux éléments qui pouvaient perturber cette voie et transformer le « bon chemin » en « mauvaises routes ».

Les pions du jeu étaient trois jeunes filles à des époques différentes, soulignant la dimension diachronique de l'exposition et l'importance du contexte historique. Les thèmes abordés regroupaient les différentes formes de la déviance dite féminine : frivolité, maternité précoce, errance, folie, rébellion, prostitution, etc. Le droit était appréhendé à la fois comme révélateur de la norme sociale et comme objet d'une réflexion spécifique, avec une case « crimes et délits » invitant à un questionnement genré du droit.

Les cases du jeu entraînaient le public vers les stands d'une fête foraine, lieu symbolique de dangerosité sociale pour les jeunes filles. Chaque stand (chamboule-tout des rebelles, roue de la prostitution, confiserie des jeunes mères, buvette) mettait en évidence le caractère contextuel, évolutif et différencié selon les sexes des normes et des réactions sociales. Le traitement institutionnel de cette déviance, qu'il soit judiciaire, médical ou social, était également abordé du XIXe siècle à nos jours.

Réflexions sur la "mauvaise fille"

L'exposition invitait à réfléchir aux mécanismes qui conduisent certaines jeunes filles à être désignées comme des « mauvaises filles ». Être une « mauvaise fille », c'est d'abord être perçue et qualifiée comme telle, être « étiquetée ». Quels actes a-t-elle commis ? Quelles règles a-t-elle enfreintes ? Quels comportements a-t-elle eus pour être regardée comme une « mauvaise fille » ? La « mauvaise fille » est l'adolescente jugée comme ne répondant pas aux critères de la « bonne fille », celle qui ne se conforme pas aux attentes de la société.

L'exposition soulignait l'importance des normes légales et sociales imposées aux jeunes filles au XIXe siècle et invitait à s'interroger sur la permanence ou la relativité de ces normes, ainsi que sur la continuité ou la rupture qu'elles constituent avec celles du XXIe siècle. Elle mettait en lumière la complexité du contrôle social, relayé ou non de manière institutionnelle, la norme sociale suppléant, relayant, voire s'opposant à la norme juridique.

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L'enfermement et la parole des anciennes pensionnaires

Une partie de l'exposition était consacrée à l'enfermement des « mauvaises filles » dans des institutions à l'atmosphère monacale et carcérale. Pendant plus de cent vingt ans, de nombreuses jeunes filles ont été enfermées dans de tels établissements. La scénographie de cette partie de l'exposition se voulait oppressante, avec de grandes images illustrant les questions de l'enfermement et de l'évolution immobile de ces établissements.

Des extraits de témoignages d'anciennes pensionnaires permettaient de percevoir les effets de la claustration à travers le temps, révélant la dure réalité de ces lieux et l'impact de l'enfermement sur la vie des jeunes filles.

Portraits de figures de la déviance juvénile féminine

L'exposition affirmait qu'il n'existe pas un portrait unique de la « mauvaise fille », mais différentes figures de la déviance juvénile féminine à travers les deux derniers siècles. Pour donner des visages et des histoires à ces silhouettes silencieuses, l'équipe de l'exposition a fait le choix d'une écriture romancée et historique.

L'idée était de créer des portraits fictionnels, composites mais construits uniquement à partir d'éléments réels et vérifiés, en s'appuyant sur les archives, les sources et la méthodologie de l'histoire. Il ne s'agissait pas de retracer la biographie d'Augustine (la patiente du Dr Charcot) ou le parcours d'Albertine Sarrazin (l'écrivaine « enfermée » des années 1950), mais de créer une Augustine et une Albertine qui deviennent des personnages représentatifs de l'hystérique au XIXe siècle ou de la rebelle dans les années 1940.

Les archives : Un patrimoine à partager

L'exposition « Mauvaises filles » a également mis en lumière l'importance des archives comme source d'information et comme patrimoine collectif à partager. Les fonds d'archives, souvent considérés comme un matériau indispensable aux travaux des historiens, concernent en réalité tous les acteurs associés de près ou de loin à l'histoire du secteur de la protection de l'enfance.

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Le Cnahes (Centre national d'histoire des institutions et des professions sociales) joue un rôle essentiel dans la collecte et la valorisation de ce patrimoine. Grâce à un réseau de correspondants et à une campagne de sensibilisation auprès des associations gestionnaires, le Cnahes a permis de mobiliser de nombreuses archives, qui sont désormais conservées et mises à disposition des chercheurs et du grand public.

Les associations et leur rôle dans l'histoire de la protection de l'enfance

L'histoire de la protection de l'enfance est étroitement liée à celle des associations, qui ont joué un rôle majeur dans la mise en place et le développement des institutions et des pratiques. De nombreuses associations ont contribué à améliorer la prise en charge des enfants et des jeunes en difficulté, en proposant des solutions innovantes et en défendant leurs droits.

Parmi ces associations, on peut citer l'association française des magistrats de la jeunesse et de la famille (Afmjf), l'association nationale des éducateurs de jeunes inadaptés (Aneji), l'ancienne association des travailleuses sociales (Ats), la Fédération Croix-Marine, la Nouvelle Étoile des Enfants de France, l'Union nationale des associations régionales pour la sauvegarde de l'enfance et de l'adolescence inadaptées (Unarsea) et l'Union nationale interfédérale des œuvres sanitaires et sociales (Uniopss). Chacune de ces associations a contribué à sa manière à l'évolution du secteur de la protection de l'enfance et à la construction d'une société plus juste et plus solidaire.

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