Introduction
L'histoire de la maternité à Châlons-sur-Marne, aujourd'hui Châlons-en-Champagne, offre un aperçu fascinant de l'évolution des pratiques d'accouchement, de la condition des femmes et des enfants, et des attitudes de la société envers la maternité à travers les siècles. Des premiers lieux d'accouchement médiévaux aux maternités modernes, cette histoire est riche en détails sur les défis et les progrès rencontrés.
Les Premiers Lieux d'Accouchement: L'Hôtel-Dieu
Selon Claude Lafauche, guide conférencier passionné d’histoire, le portail de la nouvelle Poste, face à la Cathédrale Saint-Etienne, est le seul vestige de l’Hôtel Dieu. C’est l’un des premiers lieux d’accouchement à Châlons. Les traces écrites le situent au XIIe siècle, mais l’on peut supposer qu’il existait dès le IXe.
L'Hôtel-Dieu, dont les premières traces écrites remontent au XIIe siècle, mais dont l'existence pourrait remonter au IXe siècle, fut l'un des premiers lieux d'accouchement à Châlons. Ce lieu témoigne de l'importance accordée à la naissance et à la prise en charge des mères et des enfants dès le Moyen Âge.
L'Émergence des Crèches et l'Impact de la Révolution Industrielle
En 1844, la première crèche voit le jour à Paris, grâce à Firmin Marbot. « Le concept est arrivé à Châlons peu de temps après. Avec la révolution industrielle, beaucoup de jeunes mamans se sont mises à travailler. Le plus souvent, surtout dans le milieu ouvrier, les femmes devaient confier leurs enfants aux nourrices. D’où la création de ces crèches.
Avec la révolution industrielle, de nombreuses jeunes mères se sont mises à travailler. Le plus souvent, surtout dans le milieu ouvrier, les femmes devaient confier leurs enfants aux nourrices. D'où la création de ces crèches. La condition des enfants, elle aussi, a énormément évolué au fil du temps. Certains pouvaient travailler dès l’âge de huit ans, au même titre que les adultes. « Mais payés quatre fois moins qu’eux, pour des journées de 14 heures !
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L'arrivée des crèches à Châlons, peu après la création de la première crèche à Paris en 1844 par Firmin Marbot, est directement liée à la révolution industrielle. Cette période a vu un nombre croissant de jeunes mères intégrer le marché du travail, en particulier dans les milieux ouvriers. Incapables de prendre soin de leurs enfants pendant leurs heures de travail, ces femmes étaient souvent contraintes de confier leurs enfants à des nourrices. La création de crèches visait donc à répondre à ce besoin croissant de garde d'enfants.
Cette époque est également marquée par une évolution importante de la condition des enfants, qui pouvaient travailler dès l'âge de huit ans, effectuant les mêmes tâches que les adultes, mais avec une rémunération quatre fois inférieure et des journées de travail pouvant atteindre 14 heures.
La Maternité dans l'Entre-Deux-Guerres: Entre Respect et Mépris
L’entre-deux-guerres clame son respect de la maternité, inscrit dans la pierre boulevard Kellermann mais elle fut dure à celles qui ne respectaient pas le modèle d’épouse fidèle et prolifique. Une chape de mépris pèse sur les « filles-mères » (elles sont loin encore les honorables « mères-célibataires ») et ce chapitre expose le tragique de leur condition. Raymonde Machard, dans Le journal de la femme, 11 mai 1935, exprime avec force cette dualité : « Il n'est pas de drame féminin plus poignant et plus universel que la maternité. Toutes les femmes sont sœurs en ces instants sublimes et tragiques. Mais alors que beaucoup, réconfortées par l'amour d’un mari, la présence d’une famille au sein d’un tendre foyer, attendent dans la joie la venue du nouveau-né, il en est d’autres, des solitaires qui sont initiées à la Passion maternelle (aggravée parfois de quel lourd secret) dans les grandes salles communes où naît la vie et où passe hélas ! quelquefois la mort ».
Mais il y a d’autres parias de la maternité qu’il ne faut pas oublier : l’avortée, coupable et punie ; la femme tuberculeuse, mère sacrifiée ; l’étrangère, procréatrice méprisée.« L’avortée », « la tuberculeuse » et « l’étrangère ».
L'entre-deux-guerres est une période paradoxale pour la maternité. D'un côté, la société affiche un respect ostensible pour la maternité, mais de l'autre, elle se montre impitoyable envers celles qui ne se conforment pas au modèle de l'épouse fidèle et prolifique. Un mépris particulier pèse sur les « filles-mères », terme alors péjoratif, dont la condition tragique est mise en lumière.
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D'autres femmes sont également marginalisées et stigmatisées : les femmes ayant avorté, considérées comme coupables et punies ; les femmes tuberculeuses, considérées comme des mères sacrifiées ; et les femmes étrangères, dont le rôle de procréatrices est méprisé.
Le Traitement des Avortements Criminels
Dans La pratique de l’accoucheur en clientèle, Démelin donne pour les cas d’avortements criminels (la patiente consulte pour hémorragie ou fièvre) les conseils suivants ; « en présence d’une hémorragie grave, le moyen le plus simple de faire face à la perte, c’est de placer un tamponnement aseptique dans la cavité vaginale…, de bourrer le vagin de gaze aseptique ou de compresses stérilisées… L’hémorragie cesse, l’utérus se contracte et quelques heures plus tard, en ôtant le tampon, on trouve l’œuf derrière ». En cas d’infection génitale et d’utérus fermé, il faut « nettoyer sans violence » et attendre que le travail se déclare, mais si l’état est grave, l’hystérectomie vaginale s’impose. De toute façon, il faut « prendre garde au curettage, qui, par ses ensemencements et ses attaques traumatiques est trop souvent responsable d’accidents toxi-infectieux suraigus, mortels en quelques heures ou de perforations gangréneuses ».
Ce respect des femmes ne s’adresse qu’à une certaine catégorie sociale ; les avortées malades et sans ressources qui ne peuvent que s’adresser à la maternité, connaissent un sort peu enviable ; des praticiens peu scrupuleux et pour qui transgression mérite punition, leur font subir le plus souvent un curettage à vif et des propos peu amènes ; cette torture semble d’après des récits militants de l’époque et des témoignages de sages-femmes (pour elles c’est « un très mauvais souvenir ») une pratique courante. Une infirmière se souvient que Devraigne laissait hurler les femmes jusqu’à ce qu’elles avouent la tentative d’avortement. Pour une ancienne sage-femme de Baudelocque, la maternité humilie les femmes qui avortent, les femmes pauvres et celles qui veulent abandonner.
Le traitement des femmes ayant recours à des avortements illégaux était particulièrement dur. Les praticiens, souvent peu scrupuleux, infligeaient des curetages à vif et tenaient des propos humiliants, considérant ces femmes comme des transgressives méritant une punition. Ces pratiques, dénoncées par des militants et des sages-femmes de l'époque, étaient courantes et laissaient des souvenirs traumatisants.
Dans les cas d'avortements criminels, les médecins recommandaient des techniques telles que le tamponnement aseptique vaginal pour arrêter les hémorragies. En cas d'infection, ils préconisaient un nettoyage délicat et, dans les situations graves, une hystérectomie vaginale. Le curettage était déconseillé en raison des risques d'infections et de perforations.
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Il est important de noter que ce respect des femmes ne s'adressait qu'à une certaine catégorie sociale. Les femmes issues de milieux défavorisés, malades et sans ressources, étaient souvent victimes de traitements cruels et inhumains dans les maternités.
La Tuberculose et la Maternité: Un Choix Tragique
Aucun praticien ne veut faire d’avortement thérapeutique aux mères atteintes de tuberculose ; peu disent qu’il y a incompatibilité entre la tuberculose et la maternité qui aggrave le plus souvent la maladie. Ils « préfèrent » pratiquer une césarienne d’urgence sur une femme mourante pour sauver l’enfant. Pour ces femmes, qui sont nombreuses à l’époque, le choix médical est clair : faire naître un enfant plutôt que préserver la mère. Même si la mère ne meurt pas à la maternité, elle est tout de suite, dans l’intérêt du nouveau-né, séparée de l’enfant placé en centre d’élevage pour quatre ans. « Quatre ans après la mère va mieux ou alors… ». Renée Lemaire préfère les points de suspension aux mots trop violents.
La tuberculose, maladie répandue à l'époque, posait un dilemme tragique pour les femmes enceintes. Les médecins refusaient souvent de pratiquer des avortements thérapeutiques, préférant pratiquer une césarienne d'urgence sur une femme mourante pour tenter de sauver l'enfant. Le choix médical était clair : privilégier la naissance de l'enfant à la préservation de la mère.
Même lorsque la mère survivait à l'accouchement, elle était immédiatement séparée de son enfant, qui était placé dans un centre d'élevage pour une durée de quatre ans. Cette séparation, souvent synonyme de mort pour la mère, était justifiée par l'intérêt supérieur du nouveau-né.
Le Sort des Femmes Étrangères
Celles qui ont les moyens accouchent chez elles ; les plus démunies vont à l’hôpital : ce sont surtout des Polonaises à tel point que « la Pologne » est devenue une expression des maternités. Comme toutes les étrangères, elles sont mal aimées du corps médical parce qu’elles se soumettent difficilement à la médicalisation de la maternité ; Devraigne déplore très fréquemment que sur 100 femmes accouchant à Lariboisière en 1928, 21 n’ont pas consulté dont 42 % d’étrangères ; « il y a là, dit-il, surtout à Paris qu’on a pu appeler récemment l’hôpital du monde, un danger du fait de la clientèle étrangère de passage ». Peut-être parce qu’elles sont originaires d’un pays plus lointain et slave, parce qu’elles sont plus pauvres, les Polonaises sont particulièrement maltraitées. Henriette Valet, Mme 60 Bis, les décrit, cantonnées dans un coin du dortoir, en butte aux tracasseries des autres pensionnaires qui ne « pensent pas au destin des Polognes, chassées de leur pays par la faim et qui font les gros travaux agricoles » et qui s’amusent des plus faibles. Elles subissent en outre le mépris du personnel infirmier et médical ; comme toute malade qui gémit la nuit, elles peuvent s’entendre dire par l'infirmière : « pas tant d’histoires… ça se fait faire un gosse et c’est pas capable de souffrir ! t’a pas dit non pour te le faire faire hein ! », mais elles seules auront droit, de la part des médecins, à cet anonymat grossier : « Pologne lève ton cul qu’on regarde dedans ».
Ces attitudes semblent caractéristiques des grandes structures parisiennes où les étrangères sont nombreuses ; une Polonaise interviewée dans un village de l’Aisne n’a pas du tout ressenti de discrimination à son égard dans la maternité rurale de Fargniers tenue par des religieuses. Dans les maternités de ville, les réfugiées espagnoles ne sont guère mieux accueillies à la fin des années trente. Cette attitude de mépris est le lot de celles qui sont porteuses d’une double tare : être étrangère et fille-mère.
Les femmes étrangères, en particulier les Polonaises, étaient particulièrement mal traitées dans les maternités. Elles étaient souvent perçues comme réticentes à la médicalisation de la maternité et étaient victimes de discrimination et de mépris de la part du personnel médical et des autres patientes. Henriette Valet décrit les Polonaises comme étant cantonnées dans un coin du dortoir, subissant les moqueries et les tracasseries des autres pensionnaires. Elles étaient également victimes d'un anonymat grossier et de propos dégradants de la part des médecins.
Cette discrimination semble avoir été plus prononcée dans les grandes structures parisiennes, où les femmes étrangères étaient plus nombreuses. Dans les maternités rurales, comme celle de Fargniers tenue par des religieuses, les femmes polonaises ne ressentaient pas la même discrimination. Les réfugiées espagnoles étaient également mal accueillies dans les maternités à la fin des années trente.
Être étrangère et fille-mère était une double tare qui rendait ces femmes particulièrement vulnérables au mépris et à la discrimination.
La Fille-Mère: Mère mais Déviante
La France de l’entre-deux-guerres se moralise ; il n’y a en 1936 que 41.000 naissances vivantes illégitimes contre 83.000 en 1920 et 65.000 en 1911 ; le taux d’illégitimité n’est que 6,4 % alors qu'il avoisinait 9 % avant la Grande Guerre. Bien sûr, les trois années qui suivent le long cauchemar connaissent une recrudescence de l'illégitimité : le désir d’oublier, l’éclatement des familles, les naissances retardées, la mort des maris et même la contestation des morales anciennes peuvent en rendre compte. Mais dès 1922, le taux d’illégitimité est inférieur à celui de 1911, alors que les circonstances - l’énorme déficit des sexes - pourraient l’enfler ; stable dans les années vingt, il diminue régulièrement pendant la décennie trente, et plus fortement que la part des femmes célibataires : réduction d’1/7 entre 1926 et 1936 alors que l’illégitimité recule d’1/4. Paris connaît une évolution identique mais reste la ville de perdition avec une illégitimité deux fois et demie supérieure à la moyenne française, pour la population domiciliée intra-muros : c’est pourquoi elle attire aussi les jeunes femmes de province qui veulent cacher leur grossesse.
Qui sont chaque année, ces 40 à 60 mille filles-mères ? : rarement des mères volontaires comme Henriette Valet, souvent des « éclopées de l’amour » qui n’ont pas de recours contre les hommes sans scrupule et que A. Danan rencontre dans les hôpitaux parisiens comme « cette petite vosgienne engrossée par un riche parisien», ou l’étudiante de Strasbourg à qui un fonctionnaire colonial a fait un enfant à 19 ans. Selon Danan « les trois fins classiques de la jeune mère abandonnée sont la tuberculose, la Seine, la Prostitution ». C’est en effet dans les bas-fonds de Marseille que se retrouve Spirita, l'héroïne de Ton corps est à toi, mais elle recule devant l’alternative « crève ou couche » et demande asile à la maternité. Plus souvent que les filles de milieu aisé, qui cherchent à avorter, les femmes travailleuses, modestes, s’adressent aux institutions d’assistance. De nombreuses institutions s’occupent des filles-mères et leur permettent de passer ce moment difficile dans des conditions matérielles correctes, mais leur capacité d’accueil est souvent limitée et leur fonctionnement traduit le mépris dans lequel la société les enferme.
La France de l'entre-deux-guerres est marquée par une moralisation croissante, qui se traduit par une diminution du taux d'illégitimité. En 1936, on ne compte que 41 000 naissances illégitimes, contre 83 000 en 1920 et 65 000 en 1911. Le taux d'illégitimité n'est que de 6,4 %, alors qu'il avoisinait les 9 % avant la Première Guerre mondiale.
Les filles-mères sont souvent des femmes vulnérables, victimes d'hommes sans scrupule. Elles sont confrontées à des difficultés économiques et sociales importantes, et sont souvent rejetées par leur famille et leur communauté. Les institutions d'assistance leur offrent un soutien matériel, mais leur capacité d'accueil est limitée et leur fonctionnement reflète le mépris de la société envers ces femmes.
Selon A. Danan, les trois fins classiques de la jeune mère abandonnée sont la tuberculose, la Seine et la prostitution. Spirita, l'héroïne de Ton corps est à toi, illustre le désespoir de ces femmes, qui sont souvent confrontées à des choix impossibles.
Les Efforts pour la Protection de la Maternité et l'Évolution des Mentalités
La plupart des témoins qui ont évoqué le sort des filles-mères soulignent qu’elles sont « mal considérées », « méprisées », « reniées par les leurs et mises au ban de la Société » ; une seule femme dit qu’« à la campagne, on les aidait ». La société de l’entre-deux-guerres semble s’ouvrir quelque peu à la tolérance. Comme avant guerre, les militants, malthusiens, féministes dénoncent le sort réservé aux filles-mères ; en 1934, la Ligue des Droits de l’homme, forte de ses 200.000 adhérents leur apporte une aide précieuse, en adoptant à Marseille une déclaration des droits et devoirs du citoyen et de l’humanité dont l’article 13 précise : « la maternité étant considérée comme fonction sociale doit être protégée et respectée par la société sans aucune distinction d’origine quant aux circonstances de la conception».
A ces inconditionnels des droits de la femme se joignent les réalistes, qui invoquent les circonstances - dénatalité et déséquilibre des sexes - pour demander respect et aide matérielle envers toutes les mères, mariées ou non. Pinard, suivi par Devraigne, a là aussi joué un rôle moteur ; « il y a en France, à l’heure qu’il est, 1,5 million de jeunes filles qui ne se marieront pas… Une femme ne se porte bien que si elle est mère et autant que possible avant l’âge de 25 ans… la stérilité est contre nature, une législation qui l’encourage est inhumaine, partant contraire à la morale », écrit-il au début des années vingt et Devraigne demande dans son interview au Matin (9 septembre 1925) sous le titre « Honorons et protégeons toutes les mères » le remplacement du terme « fille-mère » par « mère abandonnée», beaucoup moins culpabilisant pour la femme. Un journal de 1925 demande « un peu de justice et d’indulgence pour ces ouvrières de la maternité et de la société ». Ce mouvement prend quelque ampleur ; devant le 9e congrès des Commissions départementales de la Natalité, le haut-fonctionnaire Sarraz-Bournet, qui présente une enquête sur les « maternités secrètes », conclut : « Ne peut-on proclamer que la maternité hors mariage n’est pas un sujet de honte quand la mère accomplit tout son devoir ? ». La même attitude s’exprime au premier congrès international des sages-femmes catholiques à Lille en 1934 : « en ces temps de démoralisation, on ne peut jeter la pierre à une fille-mère ; elle a au moins le mérite de n’avoir pas attenté à la vie de son enfant et d’avoir plutôt supporté le déshonneur».
Mais ces voix sont encore minoritaires ; au nom de l’Alliance Nationale et d’une majorité silencieuse, Boverat dit haut et fort qu’« il importe grandement, dans l’intérêt du pays, d’éviter de faire à la Fille-mère, une situation privilégiée vis-à-vis de la mère légitimement mariée ». Elles sont surtout plus charitables que tolérantes ; pour presque toutes, les filles-mères restent des mères déviantes qu’il faut secourir, ou racheter. Le même Sarraz-Bournet poursuivait : « pour remplir nos berceaux vides, notre réseau de protection maternelle et infantile doit être renforcé en faveur de toutes celles qui ont succombé un instant devant les forces de l’instinct, de l’ignorance, et de la misère ». En témoignent le débat sur les maisons maternelles et le fonctionnement des institutions envers les filles-mères.
Malgré le mépris généralisé envers les filles-mères, des voix s'élèvent pour dénoncer leur sort et demander plus de tolérance et d'aide matérielle. Des militants, des malthusiens et des féministes se mobilisent pour défendre les droits des femmes et des enfants. En 1934, la Ligue des Droits de l'homme adopte une déclaration qui stipule que la maternité doit être protégée et respectée par la société, sans distinction d'origine quant aux circonstances de la conception.
Des personnalités comme Pinard et Devraigne plaident également pour une évolution des mentalités et une meilleure prise en charge des mères célibataires. Devraigne propose de remplacer le terme « fille-mère » par « mère abandonnée », moins culpabilisant pour la femme.
Cependant, ces voix restent minoritaires. Une majorité silencieuse, représentée par Boverat, s'oppose à toute forme de privilège pour les filles-mères. Pour beaucoup, ces femmes restent des mères déviantes qu'il faut secourir ou racheter.
Les Maternités Secrètes et l'Abandon Prohibé
Dans le contexte de l’époque, il est difficile à une fille-mère d’assumer sa grossesse au sein de la famille, et dans une petite ville. Assez souvent, elle fuit son milieu d’origine et cherche à cacher sa grossesse puis à abandonner l’enfant. D’après l’enquête de Sarraz-Bournet, il existe dans 30 départements « des établissements spéciaux publics ou privés recevant les femmes enceintes désireuses de cacher leur état de grossesse et d’accoucher clandestinement », comme la Maison des Mères à Gerland (429 femmes accueillies en 1931) ou l’établissement de Grézy les Meaux, le plus proche de Paris. Dans 31 autres départements, toute femme voulant conserver le secret de son accouchement peut accoucher dans une maternité sans enquête ou formalité administrative préalable (par exemple dans la Seine), mais dans 18 départements comme le Nord le secret de l’accouchement n’est pas garanti.
Si on admet avec le Dr Pelissier qu’il y a chez les femmes enceintes célibataires trois types de demandes - « la femme qui demande à ce que son nom ne soit pas connu mais à qui il est indifférent d’être vue par le personnel ou par les autres pensionnaires » ; « la femme originaire de la région qui veut bien donner son nom mais ne pas être vue » ; celle qui veut le secret absolu - la situation est quantitativement et qualitativement déficiente ; selon ce médecin, qui n’oublie pas que l’hôpital est encore rarement le lieu des classes aisées, « une maternité secrète doit posséder des dortoirs en commun à petit nombre de lits, pour qu’il soit possible à la direction de catégoriser suivant le milieu social les entrantes et un quartier entièrement secret en chambres séparées, dans lesquelles une pensionnaire peut entièrement s’isoler ».
La Maternité de Port Royal, tout comme Baudelocque, peut fonctionner comme maternité secrète ; elle comprend une salle pour « les femmes enceintes qui ne peuvent plus travailler pour vivre et qui sont venues là en avance » et quelques lits offerts à celles qui n’ont pu trouver de place dans des asiles de nuit. « On n’exige de la femme qui arrive aucun papier ; elle donne son nom et son adresse, on lui permet, si elle le désire, le secret ; mais elle peut très bien donner un faux nom ou n’en pas donner du tout » ; dans ce cas, notée X, elle est priée d’inscrire sa véritable identité dans une enveloppe cachetée, rendue intacte à la sortie, ouverte seulement en cas d’accident. A Renée Lemaire qui enquête, l’Administration donne l’exemple d'une « jeune fille de bonne famille » qui a glissé une feuille blanche dans l’enveloppe et qui, morte, a été envoyée dans une salle de dissection parce que personne n’a pu la réclamer.
Face à la difficulté d'assumer une grossesse hors mariage, de nombreuses filles-mères fuient leur milieu d'origine et cherchent à cacher leur grossesse, voire à abandonner leur enfant. Pour répondre à ce besoin de discrétion, des maternités secrètes se développent, offrant aux femmes la possibilité d'accoucher anonymement.
Ces maternités secrètes, comme la Maison des Mères à Gerland ou l'établissement de Grézy les Meaux, accueillent les femmes enceintes désireuses de cacher leur état de grossesse et d'accoucher clandestinement. Dans certains départements, comme la Seine, les femmes peuvent accoucher dans une maternité sans formalité administrative préalable, mais dans d'autres, comme le Nord, le secret de l'accouchement n'est pas garanti.
Le Dr Pelissier distingue trois types de demandes chez les femmes enceintes célibataires : celles qui souhaitent que leur nom ne soit pas connu, mais acceptent d'être vues par le personnel ; celles qui acceptent de donner leur nom, mais ne veulent pas être vues ; et celles qui souhaitent le secret absolu. Il souligne que la situation est déficiente, car les maternités secrètes devraient idéalement disposer de dortoirs à petit nombre de lits pour catégoriser les femmes selon leur milieu social, ainsi que d'un quartier entièrement secret avec des chambres séparées pour celles qui souhaitent s'isoler complètement.
La Maternité de Port Royal, tout comme Baudelocque, peut fonctionner comme maternité secrète, offrant aux femmes la possibilité d'accoucher anonymement et de bénéficier d'un soutien matériel.
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