Introduction

L'histoire de l'ancienne maternité de la Croix-Rousse est intimement liée à l'évolution des Hospices Civils de Lyon et à l'essor démographique de la ville. Cet article explore le contexte de sa création, son développement, et son rôle dans le paysage hospitalier lyonnais, tout en tenant compte des particularités du quartier de la Croix-Rousse.

La Genèse des Hospices Civils de Lyon

Les Hospices Civils de Lyon ont été créés lors du passage de Bonaparte à Lyon au début de 1802, suite à la loi du 16 vendémiaire an V (8 octobre 1796) qui confiait l'administration des hospices d'une même ville à une commission de cinq membres. Le 24 janvier 1802, Bonaparte installe un Conseil général d'administration, dans lequel est choisie une commission exécutive de cinq membres, comprenant l'Archevêque de Lyon, le Préfet du Rhône (président-né), et le Maire de Lyon, suite à un arrêté du Ministre de l'Intérieur Chaptal du 28 nivôse an X (18 janvier 1802). Dès lors, la prééminence du Maire de Lyon sur le Conseil d'Administration s'est constamment renforcée, même si le Préfet du Rhône nomme aujourd'hui deux fois plus de membres du Conseil que le Maire.

À leur création, les Hospices Civils regroupaient deux grands établissements anciens : l'Hôtel-Dieu (Hôpital Général des Malades) et l'Hôpital Général de la Charité. L'Hôtel-Dieu offrait près de 1100 places pour hommes et femmes malades. Dès 1802, le Préfet du Rhône décide de réorganiser le dépôt de la Quarantaine, l’ancien Bicêtre, qui servait à l’enfermement des filles publiques, des malades vénériens, et des insensés. Par décret impérial de 1805, le bâtiment de l'Antiquaille est affecté à un hôpital pour aliénés, incurables et vénériens, sous le contrôle de la municipalité. L'anomalie d'un hôpital à administration séparée prit fin en 1845, quand l'Antiquaille fut réunie aux Hospices Civils.

L'Émergence de l'Hôpital de la Croix-Rousse

Dès 1845, la Ville et les Hospices Civils sont confrontés à une situation de plus en plus difficile. La population de la ville, et plus encore de ses faubourgs, augmente à un rythme qui s'amplifie, et les deux hôpitaux, même agrandis de l'Antiquaille, ne suffisent plus. De 1820 à 1860, la population a plus que doublé, et seul l'hôpital pour malades incurables ouvert en 1844 sur le domaine du Perron à Oullins (aujourd'hui Pierre-Bénite), a augmenté la capacité d'accueil des hôpitaux lyonnais. La situation est devenue insupportable avec le rattachement à Lyon des trois faubourgs de la Croix-Rousse, La Guillotière et Vaise en 1852.

Avant la fin du Second Empire, trois opérations nouvelles sont réalisées : construction et aménagement du premier hôpital « moderne » ouvert à Lyon, édifié au centre du quartier des ouvriers en soie, terminé en 1861 : l’Hôpital de la Croix-Rousse. Pour la première fois, une conception nouvelle, de rapprochement des malades, et de haute technicité pour l’époque, est appliquée. En même temps les Hospices Civils, grâce à des dons, ouvrent l'Hospice Sainte Eugénie à St Genis-Laval, pour décongestionner l’Hôtel-Dieu de ses convalescents, et acquiert l’Hospice de Vieillards de La Guillotière.

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L'hôpital de la Croix-Rousse est donc né d'une nécessité d'adapter les infrastructures hospitalières à la croissance démographique et à l'évolution des besoins médicaux. En 1854-1855, trois propriétés sont achetées pour établir un nouvel hôpital à la Croix-Rousse sous le vocable de Saint-Joseph. Les travaux débutent en 1856 et l'inauguration a lieu le 7 décembre 1861, l'architecte étant Hugues François Dubuisson de Christot, architecte en chef des Hospices civils de Lyon.

L'Architecture et les Agrandissements de l'Hôpital

L'architecte Hugues-François Dubuisson de Christot, né à Lyon le 27 avril 1804 et décédé dans la même ville le 5 avril 1887, a joué un rôle clé dans la conception de l'hôpital de la Croix-Rousse. Architecte en chef des Hospices civils de Lyon à partir de 1834, il a fait restaurer le pont d’Ainay, réparer les hôtels du Parc et de Provence, et exécuter les travaux du passage de l’hôtel-Dieu. Il est nommé architecte des Hospices civils de Lyon en 1870.

Par la suite, un terrain est acheté pour édifier un bâtiment isolé destiné au service des varioleux, dont les travaux de construction s'achèvent en 1891-1892 (pavillon RST), le petit bâtiment V en constituant probablement une annexe. Dans la deuxième moitié du 20e siècle, de nombreux bâtiments viennent s'y ajouter au détriment du grand parc, parmi eux celui du service de polyomélitiques (W), érigé en 1959-1960 par les architectes J. Favier et R. Genin, et celui de logements de garde (U) dans les années 1970.

Le bâtiment RST, construit en pisé de mâchefer enduit, présente un plan symétrique formé de trois ailes parallèles reliées par une aile transversale. À la jonction de celle-ci avec chacune des trois ailes se trouve un escalier monumental en pierre. L'extrémité sud de chacune des trois ailes se terminait par des loggias superposées, portées par des piliers en pierre dans les angles et des colonnes en fonte. Elles sont actuellement fermées. Le bâtiment V, en rez-de-chaussée, est en pisé de terre enduit. Le bâtiment W est en béton armé et présente un plan en T asymétrique. Il possède un sous-sol, et un étage carré dont seul le petit côté de l'aile transversale, où se trouve l'entrée principale, est de plain-pied avec le site. Sa toiture en tuile mécanique est à longs pans. Le bâtiment U a un sous-sol, trois étages carrés et un toit en terrasse.

L'Hôpital de la Croix-Rousse : Un Établissement Moderne

L'hôpital de la Croix-Rousse se distingue comme le premier hôpital « moderne » de Lyon, appliquant une conception novatrice pour l'époque, axée sur le rapprochement des malades et l'utilisation de technologies avancées. Cette modernité se traduit par des équipements et des services adaptés aux besoins de la population croissante et aux progrès de la médecine.

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L'eau et des égouts sont installés, faisant disparaître les corvées d'eau, souvent réservées aux enfants. De nouveaux réverbères sont installés, alors que les canuts devaient s'éclairer à la lampe à pétrole ou à la bougie. La ville fournit un gros effort pour le pavage des rues, qui sont repavées.

La Maternité de la Croix-Rousse : Un Lieu de Naissance

La maternité de l'hôpital de la Croix-Rousse a joué un rôle central dans la vie du quartier. Les Croix-Roussiens attachent une grande importance à ce que leurs enfants naissent sur le Plateau. Lorsqu’une Croix-Roussienne attend un enfant, on dit souvent qu’elle n’a qu’une règle : accoucher sur le Plateau. S’il vient à manquer de place à la maternité, il y a donc une mobilisation immédiate pour trouver une solution. Il est hors de question que cela se passe ailleurs !

Le suivi individuel des enfants était consigné dans des registres dont nous conservons des collections presque complètes depuis la deuxième moitié du 17e siècle. L’organisation de ce suivi a connu une modification fondamentale en novembre 1783. A cette date, la Charité est devenue l’unique établissement responsable de la prise en charge des enfants abandonnés. La loi du 5 mai 1869 officialise le transfert de la charge des enfants abandonnés au département du Rhône. La Charité n’est plus qu’un établissement dépositaire (selon les termes de la loi du 27 juin 1904). Les registres qui sont en ligne permettent de retracer les différentes étapes de la vie d’un enfant abandonné de sa naissance à sa majorité.

Les Hospices Civils de Lyon : Une Évolution Constante

L'évolution des Hospices Civils de Lyon se caractérise par une adaptation continue aux besoins de la population et aux progrès de la médecine. Après la Seconde Guerre mondiale, l'urgence n'est pas dans la construction d'hôpitaux nouveaux, mais dans l'adaptation des établissements existants aux nécessités d'une médecine et d'une chirurgie qui ont pris une nouvelle dimension.

Dans les années 1960, les Hospices Civils engagent une nouvelle politique d'investissements lourds, avec l'ouverture de l'Hôpital neurologique et de l'Hôpital cardiologique, ainsi que de l'hôpital Henry Gabrielle, spécialisé dans la rééducation fonctionnelle.

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La Capacité d'Accueil des HCL : Un Indicateur Complexe

Le nombre de lits est souvent utilisé comme indicateur de l'investissement hospitalier. Cependant, il est difficile de comparer les chiffres dans le temps, car la nature des soins et les durées de séjour ont considérablement évolué.

Une statistique de 1853 portant sur 1 035 hospices et hôpitaux français (sur un total de 1 324) n'attribue à cet ensemble que 69 007 lits - une moyenne de 67 lits par établissement. C'est dire la taille considérable des quatre établissements lyonnais à cette époque, qui contiennent ensemble un peu plus de 4 000 lits (près de 7 % de l'ensemble national).

La Croix-Rousse : Un Village dans la Ville

L'histoire de la Croix-Rousse est marquée par son identité particulière, son esprit villageois, et son attachement à ses traditions. L'ancienne commune indépendante absorbée par Lyon par décret impérial au XIXe siècle a longtemps été séparée de la grande ville par un rempart.

Les Croix-Roussiens se considèrent souvent comme différents des Lyonnais, et revendiquent leur spécificité. Cette culture insulaire souvent érigée en étendard irrite parfois.

La Croix-Rousse devient ensuite une commune indépendante avant d’être rattachée à Lyon en 1852. C’est le ministre de l’Intérieur de l’époque, Léon Faucher qui a imposé le rattachement des trois faubourgs (Croix-Rousse, Guillotière, Vaise) à Lyon par décret impérial. Ce n’est en aucun cas une décision de la grande ville. Mais je crois aussi que c’est une occasion de faire passer en force le projet de ligne de chemin de fer Paris-Lyon Marseille. En effet, les trois faubourgs y étaient opposés pour des raisons commerciales. Ils vivaient essentiellement du transport par voie routière ou par navigation. Les faubourgs étaient opposés, mais ils n’ont pas eu d’autres choix que de s’incliner devant cette mesure dictatoriale. Une fois intégrée à Lyon, la Croix-Rousse, beaucoup plus pauvre, a bénéficié d’une période de grands travaux (funiculaire, boulevard, eaux, égouts, éclairage).

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