Introduction

L'histoire des maternités en France, et particulièrement à Tours, est un reflet des évolutions sociales, médicales et architecturales. D'anciens refuges pour les pauvres et mouroirs à des centres modernes d'assistance médico-sociale, les maternités ont connu une transformation radicale. Cet article explore l'histoire de l'ancienne maternité de Tours, en mettant en lumière son évolution, ses défis et son rôle crucial dans la protection maternelle et infantile.

Des maternités insuffisantes au début du XXe siècle

Au début du XXe siècle, les maternités en France étaient souvent jugées insuffisantes, tant en nombre qu'en qualité. En 1919, un rapport d'ensemble sur la tournée des inspecteurs d'hygiène soulignait que « en bien des endroits, les maternités sont insuffisantes comme nombre et comme importance ». Face à ce constat, la circulaire du 28 décembre 1927 de P. Strauss aux préfets préconisait de « poursuivre dans chaque département la création des institutions et des œuvres d’hospitalisation pour les femmes enceintes, pour les mères convalescentes de couches, pour les mères nourrices sans abri ». Cette circulaire précisait également que « l’aménagement des maternités fait naturellement partie de ce programme de protection maternelle avec l’adjonction d’un service social d’entraide et de patronage ».

En 1923, L. Devraigne demandait la généralisation des consultations prénatales, la création d’une maternité par ville de plus de 10.000 habitants, et une action dans les campagnes pour lutter contre les matrones, multiplier les postes de sages-femmes instruites, créer de petites maternités, agrandir les dortoirs pour femmes enceintes malades. Il précisait cependant qu'« en aucun cas, ces dortoirs ne doivent se transformer en refuges ou asiles de femmes enceintes saines ». La maternité ne devait plus être un lieu de charité, comme elle l’était au XIXe siècle, ni un simple mouroir.

La maternité au XIXe siècle : refuge des pauvres et mouroir

Au XIXe siècle, les maternités étaient souvent des lieux insalubres et dangereux, où la mortalité infantile et maternelle était très élevée. Dans Germinie Lacerteux, édité en 1865, Les Goncourt consacrent quelques pages à la Maternité de Paris, où Germinie accouche, faute de pouvoir payer la sage-femme. Ils décrivent une scène poignante où une épidémie puerpérale décime les accouchées : « Il y avait alors à la Maternité une de ces terribles épidémies puerpérales qui soufflent la mort sur la fécondité humaine… ».

Ces lignes décrivent la maternité-mouroir d’avant Pasteur. Aucune précaution n’était prise lors de l’accouchement. Semmelveis, médecin autrichien (1818-1865) eut, comme pionnier, beaucoup de difficultés à imposer un minimum d’asepsie (se laver les mains…) et les accouchées étaient placées avec d’autres dans de grandes salles communes. La fermeture des tours dans les années soixante provoqua la fondation de maternités, lieux d’accueil des pauvres, mais l’hygiène n’y était pas meilleure. Les témoignages contemporains, de Le Fort, du Dr. Charrier ou du célèbre Tarnier sont accablants. En 1856, Tarnier, interne à la Maternité voit mourir d’infection puerpérale 132 femmes sur 2.237 accouchées soit 1 sur 19, alors qu’au même moment la mortalité des accouchées du 12e arrondissement n’est que de 1 sur 322 ; en 1861 la mortalité atteint 10 %. L’hôpital de la Charité est encore plus meurtrier : sur les trois années 1859-1861, 12,6 % des accouchées ne sont pas sorties vivantes. Chaque année, la fièvre puerpérale fait périr 500 femmes de Paris admises dans les hôpitaux. Pour Charrier, « l’agglomération des nouvelles accouchées engendre fatalement le poison puerpéral », et il demande le remplacement des grandes maternités par de petits services dirigés par des accoucheurs. Dans ces conditions, la maternité, véritable mouroir de femmes, n’est peuplée que de pauvres qui ne peuvent faire leurs couches à domicile ou chez une sage-femme, et elle offre une image terrifiante.

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Les progrès de l'antisepsie et la révolution obstétricale

Les découvertes de Pasteur sur l'étiologie de la fièvre puerpérale ont marqué un tournant décisif. Tarnier supputait et déclarait que la fièvre puerpérale est contagieuse ; il en a la confirmation grâce aux recherches sur l’étiologie de Pasteur qui le 11 mars 1879 fait connaître l’agent infectieux : le streptocoque. Dès 1875, Tarnier faisait construire un pavillon d’isolement dans les jardins de la Maternité, et la mortalité des accouchées tombait de 10 % à 2,3 % ; dès lors il se fait l’apôtre de l’antisepsie en obstétrique : en 1882, seulement 1,1 % des femmes mourut de fièvre puerpérale. La décennie quatre-vingt consacre « une véritable révolution » selon les termes du Professeur Couvelaire dans sa leçon inaugurale le 6 novembre 1919 à Baudelocque : progrès de l’antisepsie, création par l’arrêté du 18 octobre 1881 de services spéciaux d’accouchements confiés à un corps de médecins spécialisés : les accoucheurs (les chefs de service se désintéressant auparavant des lits d’accouchées).

La maternité Baudelocque : un modèle d'organisation

La maternité Baudelocque, située dans le 14e arrondissement de Paris, est souvent citée comme un modèle d'organisation et de fonctionnement. En 1938, A. Valero Bernai constatait avec enthousiasme l’évolution : « avec ses services de consultation, la maternité constitue non seulement l'œuvre fondamentale pour la prophylaxie contre la mortalité infantile et la mortinalité mais aussi une grande école, tant pour les mères que pour le personnel qui doit se spécialiser dans la puériculture ». Le Professeur Lacomme évoquait même le « palais Baudelocque ».

Le principe qui préside à l’organisation des maternités entre les deux guerres a été si fortement exprimé par Couvelaire, dans sa brochure explicative de 1930, « La Nouvelle maternité Baudelocque », que les termes suivants sont repris dans de nombreux ouvrages et rapports : « une maternité ne doit pas être seulement une maison d’accouchement, mais un centre d’assistance médico-sociale et de travail scientifique consacré à la fonction de reproduction ; c’est la conception dont nous devons poursuivre la réalisation dans nos maternités françaises, groupant autour du service d’accouchement à l’ancienne mode, des services de gynécologie et de puériculture». Le champ d’action de la maternité s’étend donc de la procréation au sevrage, dans la pratique d’une médecine préventive. Ce que le Pr. G. Roussy, doyen de l’Académie de médecine, un des laudateurs de Couvelaire, appelle l'obstétrique moderne n’est plus seulement l’art d’assister les femmes en couches mais « la science de l’heureuse et bienfaisante reproduction ».

L'évolution des maternités à Tours

À Tours, comme ailleurs, les maternités ont connu une évolution significative. En 1773, un hôpital-hospice est créé dans le Prieuré du Rocher, près de Tours. Pendant la Révolution, l’hôpital-hospice fut transféré à l’Abbaye-Blanche alors laïcisée et ne revint à son emplacement qu’à la Restauration. C’est l’époque où sont hébergés des enfants abandonnés dans un tour qui ne sera supprimé qu’en 1853.

Au sommet d'un portail d'entrée boulevard Tonnellé à Tours se trouvait l'"Hospice général Bretonneau". Des photographies d'époque montrent des scènes de la vie hospitalière, avec des religieuses, des femmes en blouse blanche s'occupant de bébés, et des passants se promenant dans les jardins.

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Plus récemment, la ville de Tours a mis en place des initiatives pour améliorer l'accueil et l'accompagnement des personnes en situation de vulnérabilité, notamment avec la création de la Maison de l'Hospitalité.

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