Introduction

Le 26 novembre 1974, Simone Veil, alors ministre de la Santé, prononça un discours historique devant l'Assemblée nationale pour défendre son projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Ce discours, qui précéda l'adoption de la loi Veil dépénalisant l'avortement, est un modèle de rhétorique et d'argumentation. Il mérite une analyse approfondie pour comprendre les enjeux de l'époque, les stratégies discursives employées par Simone Veil et la portée de son intervention dans le débat public.

Contexte de la controverse

Il n’est pas aisé de citer une définition consensuelle de « controverse », des usages et des définitions contradictoires circulent dans les textes savants. De surcroît, ce terme apparaît pour certains auteurs comme interchangeable avec notamment « polémique », « débat » ou « querelle », que d’autres spécialistes distinguent nettement des controverses. Sans vouloir entrer dans cette discussion terminologique, on se contentera de prendre comme point de départ quelques traits que notre objet d’étude semble respecter : il s’agit d’une tension entre des points de vue ayant pris forme dans l’espace public et préfigurant des positions dichotomiques.

Une controverse évolue avant tout à partir des discours publics qui la façonnent. La tension qui structure la controverse est ainsi redevable de l’apparition dans la sphère publique de textes qui seraient classés en général comme « argumentatifs ». Traditionnellement, pour la rhétorique, la fonction essentielle d’un texte argumentatif est la persuasion, ce qui in fine correspond à la modification d’un état mental individuel, fonction dans laquelle le logos a un caractère central. Or, plusieurs auteurs constatent que les interventions dans des polémiques ou des controverses, loin de tendre vers une modification interindividuelle, reposent sur une logique de la dichotomisation (Amossy 2014, Dascal 1995, Garand 1998), sinon d’une interincompréhension indépassable (Maingueneau 1983). Il ne s’agit pas seulement du fait que les mots signifient différemment selon le langage propre à chaque « camp », comme le signale Maingueneau - idée que l’on doit mettre en rapport au problème de l’idéologie (Bakhtine & Voloshinov 1972, Pêcheux 1975). Les participants de ces échanges souvent n’espèrent « même pas se faire comprendre » (Angenot 2008). Si l’horizon de travail du texte de controverse n’est donc pas l’interlocuteur, où se situe-t-il ?

Notre emploi du terme « controverse » converge avec celui qu’en fait Charaudeau. Nous supposons que les textes de controverse agissent dans un espace qui n’est pas l’esprit individuel mais, au contraire, un espace collectif (Amossy 2014, Charaudeau 2015) : la tension qui est le « noyau dur » de la controverse a lieu dans un espace social irréductible à l’individu. Cet espace est sans doute proche sur bien de points de l’« interdiscours » de Pêcheux (1975), car c’est là que l’on trouve « ce qui peut être énoncé », c’est là où sont constituées déjà des positions à occuper. Cependant, si l’interdiscours est conçu comme l’ensemble des conditions de production de tout discours, lesquelles sont inconscientes ou que l’on dissimule dans une prétendue objectivité du discours (Pêcheux, op.cit., Courtine 1981, Paveau 2011), l’espace d’une controverse ajoute une autre dimension, en se montrant comme l’horizon explicite où le texte de controverse prétend jouer un rôle, « avoir son mot à dire ». L’un des buts de ce travail est d’illustrer cette thèse.

En effet, certains textes de controverse, sans être « constituants » (Maingueneau & Cossutta 1995), aspirent à « donner le ton » du conflit, et tout en s’inscrivant dans l’un des pôles de la tension, se présentent comme organisant ou réorganisant l’espace de la controverse, et ainsi établissent - ou tentent d’établir - les points sur lesquels doit porter la discussion. Amossy le montre bien à partir d’un texte journalistique autour de l’« affaire de la burqa » (op.cit.). L’intervention de Simone Veil à l’Assemblée nationale en 1974 en faveur de la légalisation de l’avortement, dont nous étudierons un fragment, appartient également à cette catégorie.

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Notre analyse est « sémantique » à double titre. D’une part, elle essaie de reconstruire une région de l’espace de la controverse autour de l’avortement dans sa composante conceptuelle, autrement dit, on cherche à caractériser l’organisation sémantique d’une région de la controverse. D’autre part, on mène cette étude à partir d’une analyse sémantique d’énoncés, en se concentrant tout particulièrement sur le rôle de la paire « pourquoi » / « parce que ». Ajoutons que ce n’est pas un hasard si le titre de notre article fait écho à la Sémantique de la polémique de Dominique Maingueneau.

Il peut sembler surprenant que l’on prétende aborder une controverse, phénomène pluri-discursif, en « décortiquant » quelques énoncés d’un texte isolé, en observant minutieusement le comportement de certaines particules linguistiques. Cela se justifie cependant par l’objectif principal de cet article, qui reste partiel, car on se limite ici à montrer que bien qu’il puisse être caractérisé comme « argumentatif », le texte de controverse remplit une fonction qui n’est pas celle de « persuader », et utilise des moyens qui ne sont pas ceux du « raisonnement », du logos. La fonction du texte de controverse est d’effectuer un travail sur l’espace public ; les moyens qu’il met en place ne font intervenir ni preuves ni conclusions, mais des relations entre des signifiants entrant dans des configurations conceptuelles.

La situation avant 1973

Avant novembre 1973, la loi de 1920 s'appliquait en France en matière d'interruption volontaire de grossesse. Cette loi réprimait sévèrement l'avortement, le considérant comme un crime passible de peines d'emprisonnement tant pour la femme que pour le médecin ou toute personne ayant participé à l'acte.

Les destinataires du discours

Le discours de Simone Veil s'adressait en premier lieu aux députés de l'Assemblée nationale, chargés de voter la loi. Mais au-delà des parlementaires, il visait également l'ensemble de la société française, profondément divisée sur la question de l'avortement. Simone Veil cherchait à convaincre l'opinion publique de la nécessité d'une réforme législative pour mettre fin à une situation intolérable.

Les précautions oratoires et arguments d'autorité

Simone Veil prend de nombreuses précautions oratoires avant d'entamer véritablement son discours, témoignant de la sensibilité du sujet et de la nécessité de ménager les susceptibilités. Elle commence par exprimer son "profond sentiment d'humilité devant la difficulté du problème, comme devant l'ampleur des résonances qu'il suscite au plus intime de chacun des Françaises, et en pleine conscience de la gravité des responsabilités que nous allons assumer ensemble." Cette introduction vise à désamorcer les critiques et à montrer qu'elle est consciente des enjeux moraux et éthiques soulevés par l'avortement.

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Elle s'appuie également sur des arguments d'autorité pour renforcer son propos. Elle mentionne notamment le président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, qui a exprimé le souhait de "mettre fin à une situation de désordre et d'injustice et d'apporter une solution mesurée et humaine à un des problèmes les plus difficiles de notre temps." Elle rappelle également que le gouvernement de M. Messmer avait déjà soumis un projet novateur et courageux sur l'avortement, et que de nombreux députés ont entendu les représentants de toutes les familles d'esprit et les principales personnalités compétentes en la matière au sein d'une commission spéciale. En faisant référence à ces différentes instances et personnalités, Simone Veil cherche à légitimer son projet de loi et à montrer qu'il est le fruit d'une réflexion approfondie et d'un large consensus.

Une conviction de femme

« Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme - je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes. » Simone Veil use de cette phrase pour faire appel à la sensibilité et à l'expérience des femmes, tout en reconnaissant la prédominance masculine de l'Assemblée. Elle souligne qu'"aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes. C'est toujours un drame et cela restera toujours un drame." Cette affirmation vise à humaniser le débat et à rappeler que l'avortement est une décision difficile et douloureuse pour les femmes.

Les arguments de Simone Veil

Simone Veil avance plusieurs arguments pour justifier la nécessité d'une réforme législative sur l'avortement. Elle dénonce d'abord le "désordre et l'anarchie" qui règnent en France, où la loi est "ouvertement bafouée, pire même, ridiculisée." Elle souligne que 300 000 femmes avortent chaque année dans des conditions souvent indignes et dangereuses pour leur santé. Elle met en avant l'injustice de la situation, où les femmes riches peuvent avorter à l'étranger sans risque ni pénalité, tandis que les femmes pauvres sont contraintes de recourir à des avortements clandestins.

Elle insiste sur le fait que "l'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue." Elle affirme que le projet de loi vise à contrôler et à dissuader l'avortement, et non à l'encourager. Elle souligne que le gouvernement est conscient du risque de dénatalité et qu'il mettra en place une politique familiale généreuse et constructive pour aider les mères à élever leurs enfants.

L'avortement de convenance

Simone Veil évoque l'avortement dit "de convenance" pour le distinguer des situations de détresse où l'avortement apparaît comme l'ultime recours. Elle sous-entend que l'avortement de convenance est moins fréquent que les situations où les femmes se sentent acculées à une situation sans autre issue que le suicide, la ruine de leur équilibre familial ou le malheur de leurs enfants. Cette distinction vise à rassurer les opposants à l'avortement et à montrer que la loi ne légalisera pas l'avortement pour des raisons futiles.

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Sémantique d'une controverse

Quelle sémantique mobiliser pour analyser une controverse ? Dans une controverse, la question de la vérité du contenu, centrale pour la plupart des sémantiques, et allant de soi pour la grande majorité des pragmatiques, devient moins prégnante que celle de l’imbrication de signifiants formant des points de vue complexes ou des tensions entre des points de vue. Nous adoptons une sémantique délibérément non véritative et non représentationnelle, où les éléments de sens sont des schémas mettant en relation des formes linguistiques. Cette sémantique des controverses prend pour point de départ, fondamentalement, les acquis de la Théorie des Blocs sémantiques (TBS) de Marion Carel (1992, 2011 ; Carel & Ducrot 1999) et de la Théorie argumentative de la polyphonie, que nous développons avec Marion Carel et Oswald Ducrot. Étant donné que dans cet article on ne prend appui sur cette dernière que marginalement, on se limite ici à établir la filiation de nos propos avec la TBS.

Il est assez largement accepté en sémantique que lorsqu’on énonce une phrase, disons, une phrase déclarative telle que « Jean dort » - pour prendre le cas le plus simple -, on donne une description du monde, on communique une information dans laquelle l’objet dénoté par le sujet grammatical a la propriété dénotée par le groupe verbal. Dans cette perspective, cette représentation du monde que les logiciens appellent « proposition », peut être énoncée avec vérité ou avec fausseté, dépendant de la configuration du monde, à savoir si Jean dort ou pas. La TBS propose un cadre bien différent. Pour la TBS, qui est l’une des déclinaisons du programme de l’Argumentation dans la langue (Anscombre & Ducrot 1983), énoncer une phrase ce n’est jamais mobiliser des représentations d’états de choses vérifiables dans le monde, mais mettre en discours un entrelacs de mots particulier. Imaginons que Jean a six ans, et que l’un de ses parents - qui attendent qu’il s’endorme pour placer ses cadeaux sous le sapin de Noël - énonce « Jean dort ». Dans ce contexte, l’énoncé affirme que même si Jean est là, il ne peut pas voir (ou entendre, mais restons-en à « voir »).

Le nom d’un aspect argumentatif représente une structure sémantique, une interdépendance entre deux expressions linguistiques. Ces connexions peuvent être de deux types : en DONC ou en POURTANT. La première peut être rendue explicite en discours par les connecteurs « donc », « si » conditionnel ou « parce que » ; la seconde, par « pourtant », « même si » ou « bien que ».

L’énoncé « Jean dort », dans ce scénario, pourrait également donner à voir la possibilité de faire ce qu’on voulait faire sans que ce soit perçu par Jean, à savoir placer les cadeaux sous le sapin.

Supposons maintenant que les parents de Jean le voient soudainement debout au milieu du salon.

Présentée ainsi, on pourrait avoir l’impression que la TBS porte sur la façon dont la langue connecte des « sèmes » ou des « prédicats » qui se trouveraient en principe isolés les uns des autres (« percevoir », « faire », « être là »…), ou sur la façon dont les individus relient, dans leurs raisonnements, des propositions (« Jean perçoit », « Jean ne perçoit pas », « Jean est là », « nous pouvons mettre les cadeaux »…). Mais ce seraient des impressions erronées. Les aspects argumentatifs sont des entités atomiques, indécomposables. Le rapport entre les deux segments d’un aspect ne représente ni une liaison sémantique entre des composantes indépendantes (sèmes ou prédicats logiques), ni un raisonnement qui partirait d’une proposition pour arriver à une autre grâce à une inférence. Un aspect ne représente pas un état de choses dans le monde, la connexion en DONC ou en POURTANT n’est pas vérifiable. Un aspect argumentatif est une structure sémantique pouvant être concrétisée dans des paraphrases, que Carel appelle « enchaînements argumentatifs ». Ainsi l’enchaînement (7) concrétise l’aspect (5) être là DONC voir et (8) concrétise l’aspect (6) être vu DONC NEG-faire.

Outre leur expression par des énoncés, les aspects argumentatifs peuvent être « prêts-à-l’emploi », encodés dans des mots. Autrement dit, la TBS fait l’hypothèse que la signification d’un mot est faite d’ensembles d’aspects argumentatifs. Ainsi, on pourrait défendre l’idée que l’aspect argumentatif (1) fait partie de la signification linguistique du verbe « dormir », et (5) de celle de « s’être réveillé » - sans que ces aspects épuisent bien entendu la signification de ces verbes.

Comme toute démarche inspirée de l’Argumentation dans la Langue, la TBS ne caractérise pas des raisonnements.

Nous avons des raisons de croire que la conception du sens linguistique que propose la TBS pour caractériser la signification de mots et d’énoncés peut être élargie avec profit pour rendre compte des concepts qui peuplent l’espace social. En effet, cette sémantique du mot et de l’énoncé qu’est la TBS se fonde sur la découverte d’une relation (la relation atomique DONC / POURTANT) qui permet non seulement la description des entités du système de la langue ou le sens d’un énoncé dans l’économie du texte individuel (qui sont, rappelons-le, les objectifs de la TBS), mais la description des concepts qui circulent dans cet espace instable et en tension qu’est une controverse. Si les concepts participent d’une économie, ce n’est pas celle qui est interne au texte, mais celle de l’espace où opèrent les textes, car ils sont à la fois les conditions (cf. les travaux déjà cités de Pêcheux, Courtine et Paveau) et les produits des paroles singulières.

Mais qu’est-ce qu’un concept ? Pour les approches logicistes, en particulier les approches extensionalistes, un concept est fait de l’ensemble des êtres du monde qui le vérifient. Pour les logiques intentionnalistes, en revanche, un concept est une définition. On sait que Wittgenstein combat cette conception des concepts en lui opposant l’idée de « ressemblance de famille » (1961). Les approches cognitivistes s’en sont inspirées pour leur « prototype », qui ne contient pas de définition mais des attributs qui permettent de reconnaître si un objet appartient plus ou moins à une catégorie (Rosch 1978). Ces approches partagent une description du concept comme une entité à structure intensionnelle : un concept serait toujours « à propos de quelque chose », suppose que « quelque chose » (un objet) peut être saisi indépendamment du concept, comparé au concept, occuper un emplacement vide du concept. Nous croyons, au contraire, que les objets mis en place par les discours dans l’espace public sont fondamentalement de nature conceptuelle. Le concept, tel que nous le concevons (Lescano 2013, 2015a, 2015b, 2015c), s’apparente davantage à ce qu’Angenot (1982) et Faye (1972) appellent « idéologème », aux « pré-construits » de Pêcheux, aux « schèmes cognitifs » de Bourdieu (2000), ou à ce que Paveau appelle « prédiscours », qu’à ce qu’on entend normalement par « concept ». Nous appelons « concept » des entités signifiantes qui ne sont pas nécessairement « encodées » dans la signification d’un mot, ni dont l’origine soit forcément liée à l’apparition d’un énoncé singulier, mais qui se trouvent en circulation dans un espace public donné -bien qu’en l’occurrence, on n’étudiera que des concepts dans leurs rapports à des énoncés concrets. Les concepts sont toujours des prises de position (même lorsque ces prises de position sont inconscientes et passent pour des évidences), des fragments de conceptions du monde, des rapports de formes qui constituent des micro-idéologies.

Du point de vue de sa structure interne, un concept est une connexion en DONC ou en POURTANT entre deux signifiants /a/ et /b/, qui peuvent être la matérialité d’un morphème, d’un mot ou d’une phrase, toujours pris comme indépendants de toute interprétation externe à la connexion dans laquelle le concept les fait entrer. On voit donc qu’un concept est une connexion, une union n’allant pas forcément de soi : un concept connecte « être là » à « voir », un autre « être vu » à « ne pas faire »… Outre sa connexion à un autre signifiant à l’intérieur d’un concept, une forme linguistique donnée peut être sémantisée par son association à un ou plusieurs concepts (c’est le cas de « dormir », sémantisé par son association au concept [être là POURTANT NEG-voir]).

En ce qui concerne sa fonction, un concept est une puissance (et c’est en cela qu’il est une entité « signifiante ») : c’est un dispositif permettant l’engendrement de discours. Un concept peut être plus ou moins actif, à un moment donné, dans un espace donné. Le propre du texte de controverse est de chercher à promouvoir certains concepts afin qu’ils deviennent ou restent productifs et de tenter d’amoindrir la productivité d’autres. Certains textes, comme celui dont on s’occupera dans notre étude, ont en plus l’ambition (réussie ou pas) d’imposer une organisation à l’espace de la discussion.

Rhétorique et présence

Le discours de Simone Veil est construit selon la rhétorique classique, avec un exorde, une narration, une argumentation, une réfutation et une péroraison. Elle fait preuve d'une forte présence sans arrogance, en utilisant un ton juste et une voix bien timbrée. Elle regarde souvent l'assemblée, ce qui lui permet de ne pas la perdre lorsqu'elle baisse les yeux pour lire ses notes. Elle se limite modestement mais opiniâtrement à faire sonner les mots de son discours, rendant ainsi ses lettres de noblesse à la déclamation.

Portée du discours et de la loi Veil

Le discours de Simone Veil a marqué un tournant dans l'histoire du droit des femmes en France. La loi Veil, adoptée en 1975, a dépénalisé l'avortement et a permis à des milliers de femmes de ne plus recourir à des avortements clandestins dangereux pour leur santé. Aujourd'hui, l'interruption volontaire de grossesse est considérée comme une liberté fondamentale des femmes, le "droit de disposer de son corps" pour lequel le mouvement féministe des années 1970 s'est battu.

La loi de 1920 n’est pas abrogée, une exception y est faite pour une durée limitée (cinq ans, cela doit permettre de voir l’effet sur la démographie, et de rassurer éventuellement les populationnistes comme Michel Debré, permettre aussi que l’agitation retombe). Le délai est limité, à celui où l’IVG est un acte médical sans danger. En donnant aux médecins un rôle important, Simone Veil espère rallier le Conseil de l’Ordre, et entraîner ainsi les députés médecins. L’opposition du Conseil de l’Ordre est pour elle un coup dur.

Aujourd’hui, l’IVG est passée dans les mœurs, la gauche a fait voter le remboursement, la droite à fait plusieurs tentatives infructueuses pour la remettre en question (ou le remboursement). Mobilisation militante et sondages d’opinion l’ont vite fait renoncer. La santé publique n’a plus besoin d’être avancée comme argument, dès lors que l’amélioration de la santé des femmes est devenue évidente. C’est désormais en termes de liberté qu’on peut parler. C’est ce qui a été reconnu avec la modification du texte, supprimant la notion de détresse au profit de la volonté de la femme, qui ne désire pas poursuivre une grossesse. Des opposants ont saisi le Conseil Constitutionnel, arguant que supprimer la notion de détresse aboutissait à banaliser l’avortement. Le Conseil Constitutionnel ne les a pas suivis. Ce qui indique bien l’évolution des mentalités. L’IVG est désormais perçu comme un droit de la femme. Le droit sur son propre corps.

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