Amélie de Montchalin, figure marquante du macronisme, a connu une ascension rapide au sein des institutions françaises. Son parcours, marqué par son expertise en matière budgétaire, l'a menée à être désignée par Emmanuel Macron pour succéder à Pierre Moscovici à la tête de la Cour des comptes. Cette nomination, qui ferait d'elle la première femme à occuper ce poste prestigieux, intervient dans un contexte politique et budgétaire particulièrement délicat pour la France. Parallèlement à son parcours institutionnel, le nom d'Amélie de Montchalin est associé aux débats sur la procréation médicalement assistée (PMA) en France, un sujet qui suscite des opinions contrastées au sein de la majorité présidentielle.

Une nomination à la Cour des comptes dans un contexte budgétaire tendu

La nomination d'Amélie de Montchalin à la Cour des comptes survient à un moment crucial, alors que la France peine à redresser ses finances publiques après plusieurs années de dérapage budgétaire. Le déficit public doit être ramené à 5% du PIB en 2026, après 5,4% en 2025, un objectif que de nombreux observateurs jugent ambitieux. Amélie de Montchalin elle-même a souligné l'importance de revenir au plus vite sous les 3% pour respecter les règles de l'Union européenne, fixant cet objectif au plus tard pour 2029.

La Cour des comptes, institution plus que bicentenaire, joue un rôle essentiel dans le contrôle de la régularité des comptes publics. Elle n'a eu de cesse de rappeler l'exécutif à cet impératif d'assainissement budgétaire, à travers ses nombreux rapports qui épinglent régulièrement la sphère publique. La nomination d'Amélie de Montchalin à sa tête est donc un enjeu majeur pour la crédibilité de la politique budgétaire française.

Sa nomination en tant que Première présidente de la Cour des comptes est uniquement du ressort du chef de l’Etat et ne nécessitera pas d’approbation par les commissions des Finances du Parlement, comme c’est le cas pour d’autres nominations.

Parcours et compétences d'Amélie de Montchalin

Amélie de Montchalin est diplômée de HEC et de Harvard, et a travaillé dans le secteur bancaire (BNP Paribas) et l'assurance (Axa). Avant d'être nommée ministre des Comptes publics, elle a été représentante permanente de la France auprès de l'OCDE. Ses compétences techniques, sa répartie et son ton didactique ont été salués par de nombreux parlementaires lors de ses interventions à l'Assemblée nationale et au Sénat.

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Son profil d'économiste, passé par quatre fonctions ministérielles, a fait d'elle un choix privilégié pour diriger la Cour des comptes, malgré d'autres noms évoqués comme celui de l'ex-Première ministre Elisabeth Borne, du patron de l'Agence française de développement, Rémy Rioux, ou de la présidente de la Commission de régulation de l'énergie, Emmanuelle Wargon.

Sa nomination rue Cambon fait suite au mandat de deux personnalités plutôt issues de l’opposition à l’exécutif en place: Didier Migaud, nommé par Nicolas Sarkozy en 2010, puis Pierre Moscovici, choisi par Emmanuel Macron en 2020. L’ancien ministre de l’Economie sous François Hollande a quitté la Cour des comptes fin 2025 pour rejoindre à Luxembourg la Cour des comptes de l’Union européenne.

La PMA : un sujet de division au sein de la majorité

Bien qu’Emmanuel Macron se soit engagé à ouvrir la PMA aux couples de femmes, des positions contrastées sur les questions de bioéthique et en particulier relatives à la PMA cohabitent au sein de la majorité. Ces atermoiements illustrent les positions contrastées qui cohabitent au sein des troupes macronistes sur les questions de bioéthique et en particulier celles relatives à la PMA. « Tout le monde se pose des questions, ce sont des sujets très compliqués », reconnaît Amélie de Montchalin, vice-présidente du groupe LRM de l’Assemblée nationale. « Il y a dans la majorité beaucoup de questions sur ce que contiendra la loi notamment sur la question de l’égalité hommes-femmes, sur la prise en charge par la Sécurité sociale de la fécondation in vitro ou encore sur l’accès à ses origines », abonde Marie Lebec (Yvelines).

Le candidat Emmanuel Macron avait fait une promesse claire sur le sujet : « Le fait, aujourd’hui, que la PMA ne soit pas ouverte aux femmes seules, aux couples de femmes de même sexe, c’est une discrimination qui ne se justifie pas, ni sur le plan éthique-philosophique, ni sur le plan politique » avait-il par exemple déclaré en février 2017. La « PMA pour toutes » fera finalement partie intégrante du projet de loi révisant les lois bioéthiques. Elle sera présentée en Conseil des ministres fin 2018 avant d’être débattue au Parlement début 2019.

La « PMA pour toutes » fera finalement partie intégrante du projet de loi révisant les lois bioéthiques. Elle sera présentée en Conseil des ministres fin 2018 avant d’être débattue au Parlement début 2019. Signes de tension chez LREM Le sujet de la PMA a déjà révélé quelques signes de tension au sein de LREM, qui pourraient avoir des conséquences au moment du vote.

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Alors qu'une discipline stricte a été appliquée depuis le début de la législature, les députés marcheurs pourraient exercer, à l'occasion du projet de loi bioéthique, une liberté de vote prévue par leur règlement intérieur. « Dans la vie parlementaire, les membres du Groupe se doivent de manifester, dans leurs paroles, leurs écrits et leurs votes, une solidarité avec la majorité du Groupe et s’engagent à appliquer une discipline de vote, hormis sur les questions d’éthique », indique ce texte, dévoilé l'an dernier par Contexte .

Certains points risquent d'être âprement débattus par les députés. La République en marche a déjà fait savoir qu'elle était favorable au remboursement intégral de la « PMA pour toutes », alors même que certains membres du groupe à l'Assemblée nationale ont émis des réserves. Agnès Thill, députée LREM de l'Oise, n'a pas caché son agacement. « C'est insupportable, dès qu'on émet une réserve sur ces sujets de bioéthique, on est vu comme des membres de Sens commun (le mouvement politique de droite issu de la Manif pour tous, ndlr) », expliquait-elle le 17 juillet au « Monde ». Le député LREM Thomas Mesnier, médecin et partisan du remboursement intégral, admet que la question est « difficile ». « Soit nous prenons uniquement en charge les femmes étant victimes d’infertilité, soit -sur un principe d’égalité d’accès à la PMA pour toutes- on la rembourse intégralement », estime néanmoins l'élu. « Seules les femmes en ayant les capacités financières peuvent se permettre la PMA à l’étranger, si demain, cette pratique n’est pas remboursée, l’inégalité persistera », ajoute Guillaume Chiche.

L’Assemblée nationale a adopté en troisième lecture, dans la nuit de mercredi à jeudi, le projet de loi relatif à la bioéthique. Le texte est désormais renvoyé au Sénat, qui l’examinera en séance publique le 24 juin, avant la lecture définitive par les députés le 29 juin. Et de trois ! Les députés ont une nouvelle fois adopté le texte relatif à la bioéthique, rétablissant pour l’essentiel la version qu’ils avaient élaborée en deuxième lecture, et que les sénateurs avaient ensuite largement modifiée. C'est la mesure emblématique du texte : l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux femmes seules et aux femmes en couple. Le recours à cette technique sera remboursé par l'Assurance maladie. "Cet article vient concrétiser l'engagement fort du président de la République Emmanuel Macron", s'est réjoui lors des débats le député La République en marche Laurent Saint-Martin.

Comme lors des précédentes lectures du texte à l'Assemblée nationale, la droite s'est opposée à la mesure : "Vous allez créer des orphelins de père au nom de la République française", a ainsi commenté Patrick Hetzel (Les Républicains). Alors que la majorité a vanté une "avancée qui ne retire rien à personne", Annie Genevard (LR) préfère y voir une "loi qui ne retire rien à personne, sauf à l'enfant". Avec le soutien de certains députés "UDI et indépendants" comme Valérie Six et Agnès Thill, les députés Les Républicains ont tenté d'obtenir la suppression de la mesure, comme leurs homologues avaient réussi à le faire au Sénat. Pour la droite, la quête d'"égalité" revendiquée par la majorité finira par ouvrir la voie à la gestation pour autrui (GPA). Les députés ont en revanche repoussé la PMA "post mortem", qui permet à une femme de poursuivre son processus de procréation médicalement assistée déjà amorcé avec des embryons préalablement conçus, même si son mari est décédé. L’interdit de la méthode FIV-ROPA a également été maintenu, le gouvernement s'étant déjà opposé à son principe lors des précédentes lectures. Cette conception de la double-maternité entre en contradiction avec toute la philosophie du projet de loi, selon laquelle le projet parental repose sur l'amour que l'on souhaite donner à un enfant sans que la biologie ne prime. Si le rapporteur, Jean-Louis Touraine, s'est prononcé à titre personnel en faveur de la mesure, arguant notamment qu’au sein du couple hétérosexuel, les gamètes du conjoint étaient privilégiées dans le cadre d’une FIV avant de recourir si besoin à celles d’un donneur, Adrien Taquet s'est opposé au principe du don dirigé d'ovocytes au sein du couple de femmes. Avant de pouvoir recourir à la PMA, les deux femmes devront préalablement y consentir devant notaire : la filiation des enfants nés de PMA dans un couple de femmes se fera de manière automatique à l'égard de la mère qui accouche. L'autre femme verra sa filiation établie grâce à cet acte de reconnaissance anticipé établi devant le notaire.

Autre mesure notable du projet de loi : le texte crée un droit à l'"accès aux origines" pour les enfants nés de PMA. Une fois le texte adopté, les donneurs de gamètes devront accepter que leurs données non identifiantes mais aussi leur identité soit révélée aux futurs enfants nés de leurs dons. Ainsi, l'enfant né du don, à sa majorité, et s'il le désire, pourra connaître les informations relatives à son donneur, à condition d'en faire la demande. "Une culture d'Etat change", a expliqué la rapporteure, Coralie Dubost, qui entend mettre fin au "déni" et à "l'institutionnalisation du mensonge et du secret" sur l'origine des enfants nés de PMA. Le projet de loi ouvre également le recours à l'autoconservation des gamètes sans raison médicale. Les députés ont adopté l'article 4 bis du texte relatif à la reconnaissance des enfants nés de GPA à l'étranger : "Vous ne pouvez pas interdire à des couples d'y avoir recours", a commenté le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti, qui a toutefois prôné un "contrôle" lors de l'arrivée de l'enfant sur le territoire national. Les députés ont adopté un amendement déposé tardivement par le gouvernement qui vise à réformer les règles en vigueur vis-à-vis du don du sang. Mais "toutes les attentes ne sont pas encore satisfaites", a commenté Adrien Taquet, qui explique que le gouvernement souhaite désormais mettre en oeuvre "une nouvelle méthode de sélection des donneurs, plus individualisée". Cette évolution sera rendue possible grâce à un nouveau questionnaire qui permettra "d'éviter toute différenciation fondée sur le sexe". C’est l’un des grands motifs d’inquiétude des opposants au texte, la question des "chimères", terme souvent contesté par les scientifiques, qui lui préfèrent celui de xénogreffe, désignant les pratiques amalgamant cellules humaines et tissus humains, et inversement, ce à des fins expérimentales. La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, a par ailleurs indiqué que ces pratiques étaient en cours depuis des décennies dans le monde scientifique, sans être jusqu’à présent couvertes par la loi. Surprise de cette troisième lecture, à la faveur d'une seconde délibération concédée par la présidente de la commission spéciale, Agnès Firmin Le Bodo (Agir ensemble), en fin d’examen du texte, et malgré l'avis défavorable du gouvernement qui l'avait considéré superfétatoire, les députés ont adopté un amendement de Caroline Fiat (La France insoumise). Le texte, adopté dans la nuit de mercredi à jeudi, est désormais renvoyé au Sénat, qui devrait de nouveau le détricoter, avant la lecture définitive de l'Assemblée le 29 juin, qui comme la procédure institutionnelle le prévoit, aura le dernier mot.

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Guillaume Chiche aurait-il été la mouche du coche? Le député la République en marche (LREM) des Deux-Sèvres, en annonçant son intention de présenter une proposition de loi sur la PMA pour les femmes célibataires et les couples de femmes, a secoué la majorité et le gouvernement. S'il l'a finalement retiré mi-juillet, il n'en a pas moins obtenu que l'exécutif commence à préciser son calendrier. « Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation », avait souligné le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux le 18 juillet. « On m’a taxé de vouloir partir en solo et de mener cette proposition de loi comme une mission personnelle, ce qui n’est pas le cas », assure quant à lui le parlementaire, qui dit se ranger du côté du « collectif ». « Comme je suis plutôt méthodique, je me suis dit qu’il y avait plusieurs véhicules législatifs pour élargir la PMA à toutes les femmes. » A ses yeux, dit-il, « la lutte contre les discriminations est ma boussole politique : elles ont vocation à disparaître le plus rapidement possible ».

Les critiques entourant la nomination d'Amélie de Montchalin

La nomination d'Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes a suscité des critiques de part et d'autre de l'échiquier politique. Certains, comme le président insoumis de la Commission des finances de l'Assemblée, Eric Coquerel, ont demandé à Emmanuel Macron de revenir sur sa décision, afin de garantir le minimum de neutralité et d'indépendance indispensable à l'institution. Ils estiment qu'elle pourrait être "juge et partie", étant donné qu'elle a préparé le budget sur lequel elle devra donner un avis.

D'autres, comme le vice-président du Rassemblement national, Sébastien Chenu, ont dénoncé un "verrouillage par les copains de la Macronie de tous les organes" institutionnels. Eric Ciotti (UDR) a également critiqué la nomination d'Amélie de Montchalin "à un poste inamovible", soulignant que son mandat n'a pas de limite de temps, seulement une limite d'âge fixée à 68 ans.

Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a quant à lui défendu la nomination d'Amélie de Montchalin, la décrivant comme "quelqu'un qui saura gouverner cette institution en toute indépendance" et lui apporter "une énergie nouvelle".

La Manif pour tous en embuscade

Une partie de la bataille pourrait se jouer dans la rue, loin du Parlement. La Manif pour tous avait mené le combat contre le mariage pour les couples de même sexe en 2013; une croisade qui avait électrisé la frange conservatrice de la droite. Ludovine de la Rochère, présidente de l’association, avertit : « Nous préparons des opérations de tractage massives. Je pense que nous publierons également d’autres sondages sur ce que veulent vraiment les Français concernant la "PMA sans père" », dit-elle, en employant l'appellation choisie par l’association. « L’égalité, c’est de donner un papa à tous les enfants, le contraire serait de la science-fiction », martèle l'activiste. L'association a profité des « états généraux de la bioéthique » pour affûter ses arguments, compilés dans un long document de 400 pages publié en juin dernier. Pour l'heure, Ludovine de la Rochère affirme toujours penser que la « sagesse » et le « pragmatisme » d’Emmanuel Macron devraient plutôt le conduire à ne pas avancer sur la PMA. Cependant, au cas où le président de la République ferait une « tentative de passage en force », la présidente de l’association assure qu’il y aurait « encore plus de monde » à prévoir dans les rues que lors du passage de la loi Taubira.

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