L'allongement du Temps de Céphaline Activée (TCA) est une anomalie fréquemment rencontrée dans les bilans de coagulation chez l'enfant. Il s'agit d'un examen biologique qui explore la voie intrinsèque de la coagulation, impliquant les facteurs XII, XI, VIII et IX, ainsi que les cofacteurs non exclusifs du TP (FX, FV, FII et fibrinogène). Un TCA est considéré comme allongé lorsque le ratio temps malade/témoin est ≥ 1,2. Cet allongement peut révéler diverses anomalies, allant de déficits en facteurs de coagulation à la présence d'anticoagulants circulants. Il est crucial de comprendre les causes potentielles de cet allongement pour orienter au mieux le diagnostic et la prise en charge.
Physiologie de l'Hémostase et Interprétation du TCA
L'hémostase est le processus physiologique complexe qui permet d'arrêter un saignement suite à une lésion vasculaire. Elle se déroule en plusieurs étapes :
- Hémostase primaire : Adhésion et activation des plaquettes au niveau de la brèche vasculaire, grâce au facteur de von Willebrand (FvW) et au fibrinogène.
- Coagulation : Activation en cascade des facteurs de coagulation, aboutissant à la transformation du fibrinogène (soluble) en fibrine (insoluble), formant ainsi un caillot stable. La voie de la coagulation peut être divisée en voie intrinsèque (explorée par le TCA) et voie extrinsèque (explorée par le Temps de Prothrombine ou TP).
- Fibrinolyse : Dissolution du caillot une fois la brèche vasculaire réparée.
Le TCA mesure le temps nécessaire à la formation d'un caillot dans un plasma citraté recalcifié, en présence de phospholipides et après activation complète de la phase contact de la coagulation. Un allongement du TCA suggère un déficit ou une inhibition d'un ou plusieurs facteurs impliqués dans la voie intrinsèque.
Causes d'Allongement du TCA en Pédiatrie
Plusieurs causes peuvent expliquer un allongement du TCA chez l'enfant. Il est essentiel de les explorer de manière systématique afin d'identifier l'étiologie sous-jacente.
Déficits Constitutionnels en Facteurs de Coagulation
Les déficits constitutionnels en facteurs de coagulation sont des maladies génétiques rares, le plus souvent liées à une transmission récessive. Ils peuvent affecter différents facteurs de la voie intrinsèque, notamment :
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- Hémophilie A : Déficit en facteur VIII. La prévalence est d’environ 1/7500 naissances de sexe masculin. Le FVIII est une protéine de la coagulation synthétisée par un gène situé sur le chromosome X. Ce déficit est lié à des mutations génétiques de ce chromosome X. Cette maladie touche essentiellement les garçons alors que les femmes porteuses d’une mutation sur l’un de leurs 2 chromosomes X sont dites conductrices. Dans 30% des cas, il n’y a pas d’antécédents familiaux d’hémophilie : on parle alors d’une néo-mutation ou mutation de novo. Cette mutation nouvellement apparue peut avoir eu lieu dans l’ovule de la mère ou dans le spermatozoïde du père, ou plus tard chez le fœtus lui-même. Le premier signe d’un déficit en facteur VIII est l’allongement du TCA. Dans le cas où la mutation génétique est connue dans la famille, un diagnostic prénatal (avant la naissance) peut être réalisé. Dans un premier temps un diagnostic de sexe sera réalisé par une prise de sang à partir de la 10ème semaine de grossesse ; s’il s’agit d’une fille les investigations s’arrêtent. Dans le cas d’un fœtus de sexe masculin et à la demande des parents, le diagnostic se poursuit par prélèvement de cellules fœtales à la recherche de l’anomalie génétique. Dans le cas d’une hémophilie sévère, il est également possible de réaliser un Diagnostic Pré-Implantatoire (DPI) dans le cadre d’une fécondation in vitro. Le traitement consiste en l’injection par voie intra veineuse du facteur manquant (facteur VIII). Ces médicaments sont fabriqués à partir de dérivés de sang humain (facteurs plasmatiques) ou par génie génétique (facteur recombinant). La prophylaxie, consiste à injecter le facteur manquant de manière préventive par 1, 2 ou 3 injection(s) par semaine selon les besoins. Dans le cas de l’hémophilie A mineure, la desmopressine est utilisée avec de bons résultats. Un inhibiteur est une réponse immunitaire de l’organisme qui produit un anticorps dirigé contre le facteur VIII injecté lors de du traitement anti-hémophilique conduisant à la suppression de l’action du facteur de coagulation. Le développement d’inhibiteurs contre un facteur de coagulation est la complication la plus grave du traitement de l’hémophilie. La Recherche, très active ces dernières années, donnera lieu à des avancées considérables dans le traitement des hémophiles, une fois que les médicaments à l’essai seront sur le marché. La réduction de la fréquence des injections par la mise à disposition de médicaments à demi-vie prolongée. Le remplacement du facteur de coagulation manquant par un anticorps monoclonal qui reproduit l’effet normal du facteur VIII activé dans la cascade de la coagulation. La thérapie génique : Plusieurs essais cliniques de thérapie génique sont en cours, utilisant une seule injection intraveineuse d’un adénovirus associé, un vecteur viral recombinant véhiculant le gène du facteur VIII.
- Hémophilie B : Déficit en facteur IX. La prévalence est d’1/30000 pour les naissances de sexe masculin. Le FIX est une protéine de la coagulation synthétisée par un gène situé sur le chromosome X. Ce déficit est lié à des mutations génétiques de ce chromosome X. Cette maladie touche essentiellement les garçons alors que les femmes porteuses d’une mutation sur l’un de leurs 2 chromosomes X sont dites conductrices. Le traitement consiste en l’injection par voie intra veineuse du facteur manquant (facteur IX). Ces médicaments sont fabriqués à partir de dérivés de sang humain (facteurs plasmatiques) ou par génie génétique (facteur recombinant). La prophylaxie, consiste à injecter le facteur manquant de manière préventive par 1, 2 ou 3 injection(s) par semaine selon les besoins. En cas d’une hémophilie B modérée ou mineure, il n’existe pas de traitement dont les propriétés favorisent l’augmentation du taux de facteur IX. Un inhibiteur est une réponse immunitaire de l’organisme qui produit un anticorps dirigé contre le facteur IX injecté lors de du traitement anti-hémophilique conduisant à la suppression de l’action du facteur de coagulation. La thérapie génique : Plusieurs essais cliniques de thérapie génique sont en cours, utilisant une seule injection intraveineuse d’un adénovirus associé, un vecteur viral recombinant véhiculant le gène du facteur IX.
- Déficit en facteur XI : Rare, souvent associé à des saignements modérés.
- Déficit en facteur XII : Généralement asymptomatique, découvert fortuitement lors d'un bilan de coagulation.
L’importance des manifestations hémorragiques est proportionnelle à la sévérité du déficit en FVIII ou FIX. Dans les formes sévères, en l’absence d’antécédent familial connu, les premières manifestations surviennent généralement à l’âge de la marche. Les principaux saignements sont les atteintes articulaires (hémarthroses) ou les hématomes profonds (musculaires ou plus rarement viscéraux) ; ils surviennent spontanément ou pour des traumatismes minimes.
Déficit en Facteur de von Willebrand (FvW)
Le déficit en FvW est la plus fréquente des pathologies hémorragiques constitutionnelles. Le FvW se lie au FVIII dans la circulation afin de le protéger de la dégradation. La forme modérée ou mineure (type 1) est la plus fréquente des pathologies hémorragiques constitutionnelles. Les types 1 et 2 ont une transmission autosomique dominante. Le syndrome hémorragique est essentiellement cutanéo-muqueux : ecchymoses, purpura pétéchial, épistaxis, gingivorragies, ménométrorragies et hémorragies digestives. Sur le plan biologique, on s’oriente le plus souvent par un allongement isolé du TCA (ou éventuellement du temps d’occlusion). l’administration de desmopressine ou DDAVP ou hormone antidiurétique (dans les types 1 ou certains types 2) qui relarguent les réserves endothéliales chez les bons répondeurs.
Anticoagulants Circulants
La présence d'anticoagulants circulants, tels que l'anticoagulant lupique, peut interférer avec les tests de coagulation et entraîner un allongement du TCA. Ce type d’anticoagulant circulant est très fréquent chez le jeune enfant (notamment en cas d’infection ORL à répétition) ; il n’est pas associé à un risque hémorragique sauf en cas de spécificité contre un facteur plasmatique (par exemple anti-FII).
Carence en Vitamine K
La vitamine K est essentielle à la synthèse des facteurs de coagulation vitamine K-dépendants (FII, FVII, FIX, FX) par le foie. Une carence en vitamine K peut donc entraîner un allongement du TCA, ainsi qu'une diminution du TP. En pédiatrie, elles touchent principalement le nouveau-né qui n’a aucun stock vitaminique, pas de flore microbienne et un apport alimentaire pauvre. Jusqu’à la substitution systématique en vitamine K1, elle était la principale cause de la maladie hémorragique du nouveau-né survenant entre 2 et 6 jours. Le traitement consiste à apporter de la vitamine K1 per os, par voie IV ou IM en fonction de la cause initiale. Il est important de prévenir ces carences chez les patients à risque (nouveau-né : 2 mg per os à J1, nutrition parentérale : apport IV).
Insuffisance Hépatique
Le foie est le lieu principal de synthèse des facteurs de l’hémostase (procoagulant ou inhibiteurs). Elle est évoquée comme précédemment sur l’association d’un allongement du TCA et du TQ (baisse du TP) avec une atteinte de tous les facteurs synthétisés par le foie : facteur de la coagulation vitamine K-dépendant (FII, FVII, FIX, FX) ou non (FV, fibrinogène) mais également des protéines inhibitrices (antithrombine [AT], protéines C et S). Lors des atteintes sévères, il existe le plus souvent une thrombopénie associée (séquestration splénique). La prise en charge dépend principalement du traitement de l’étiologie de l’insuffisance hépatique. En cas de syndrome hémorragique secondaire à un déficit en facteur de coagulation, l’apport de plasma frais congelé sécurisé est le plus adéquat. L’apport de vitamine K est inutile.
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Coagulation Intravasculaire Disséminée (CIVD)
Il s’agit d’une activation systémique et excessive de la coagulation. Elle peut être localisée (malformation artério-veineuse, angiomes) ou le plus souvent généralisée (choc septique). Elle peut apparaître sous une forme aiguë (plus fréquente) ou chronique (malformation ou néoplasie). Elle associe des manifestations cliniques et biologiques variables. Cette activation anormale de la coagulation va aboutir à une production de thrombine (FII) en excès, entraînant la transformation du fibrinogène en fibrine et l’activation des plaquettes qui va aboutir à la formation de micro-thrombi dans la circulation. Le diagnostic biologique est parfois délicat dans les formes aiguës de coagulation intravasculaire disséminée. On observe un allongement du TQ (baisse TP) secondaire à la diminution des FII, FVII, FIX, FX puis du FV. Le fibrinogène diminue. Une thrombopénie s’associe rapidement au tableau. Le dosage des D-dimères est essentiel. Leur présence témoigne de l’action directe de la plasmine sur la fibrine. En cas de négativité, ceci exclut le diagnostic de coagulation intravasculaire disséminée.
Prise Médicamenteuse
Certains médicaments peuvent interférer avec la coagulation et entraîner un allongement du TCA. Il est donc crucial de relever les prises médicamenteuses du patient, en incluant les compléments alimentaires et la phytothérapie, qui peuvent avoir une action antiagrégante.
Exploration Diagnostique
Face à un allongement du TCA, une démarche diagnostique rigoureuse est nécessaire pour identifier la cause sous-jacente. Cette démarche comprend généralement :
- Anamnèse et examen clinique : Recherche d'antécédents personnels et familiaux de saignements, de prises médicamenteuses, de pathologies associées (insuffisance hépatique ou rénale chronique, pathologie oncologique ou hémopathie, sepsis, choc hémorragique, situation obstétricale [accouchement], malformation vasculaire étendue). L’examen clinique est essentiel et oriente vers une pathologie acquise, conséquence d’une maladie associée, ou vers une pathologie constitutionnelle.
- Bilan biologique initial : NFS-plaquettes, TP, TCA.
- Dosages spécifiques des facteurs de coagulation : Si le TCA est allongé et le TP est normal, il est nécessaire de doser les facteurs VIII, IX, XI et XII.
- Recherche d'anticoagulant circulant : Si les dosages des facteurs sont normaux ou si l'allongement du TCA est inexpliqué, il faut rechercher la présence d'un anticoagulant circulant de type lupique.
- Dosages spécifiques du facteur de von Willebrand : Il s’agit de dosages spécifiques de l’activité ou de la molécule de facteur de von Willebrand.
- Tests d’agrégation plaquettaire : Il s’agit de tests sur sang total réalisés en centre spécialisé.
Prise en Charge
La prise en charge d'un allongement du TCA dépend de la cause identifiée. Elle peut inclure :
- Traitement substitutif : En cas de déficit en facteur de coagulation (hémophilie A ou B), le traitement consiste en l'administration du facteur manquant, soit à la demande (en cas de saignement), soit en prophylaxie (pour prévenir les saignements).
- Desmopressine (DDAVP) : Dans certains types de déficit en FvW, l'administration de desmopressine peut être efficace pour augmenter le taux de FvW.
- Vitamine K : En cas de carence en vitamine K, l'administration de vitamine K permet de corriger les anomalies de la coagulation.
- Traitement de la cause sous-jacente : En cas d'insuffisance hépatique, de CIVD ou de prise médicamenteuse, le traitement doit cibler la cause sous-jacente.
Manifestations Hémorragiques
Lors d’une brèche vasculaire ou d’un traumatisme, un saignement plus ou moins important se produit.
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- Hématomes musculaires : saignements au niveau des muscles. Ils peuvent apparaitre sur tout le corps, forment une « boule/bosse » et son généralement douloureux.
- Hémarthroses : saignements au niveau des articulations. Elles peuvent être spontanées (dans les formes sévères de la maladie et parfois les formes modérés) ou traumatiques (pour les formes modérées et mineures). Toutes les articulations peuvent être touchées mais certaines sont plus fréquentes comme les genoux, les chevilles, les coudes ; d’autres comme l’hémarthrose de hanche sont moins fréquentes mais plus à risque de complications. Les signes d’une hémarthrose sont une sensation de compression, un gonflement de l’articulation, une douleur et une gêne à la mobilité de cette articulation. La précocité du traitement permettra une résorption plus rapide de l’hémarthrose et de limiter les complications qui peuvent en découler.
- Arthropathie hémophilique : les saignements répétés sur une même articulation entraînent une accumulation de fer contenu dans le sang au sein de la membrane synoviale (mince paroi très vascularisée tapissant l’intérieur de l’articulation) et une augmentation de la pression intra-articulaire. Celles-ci conduisent à l’inflammation de la membrane synoviale et à une destruction du cartilage. L’hyper vascularisation induite dans la membrane synoviale provoque alors une répétition des hémarthroses sur l’articulation cible, ainsi le saignement articulaire devient un cercle vicieux. Les complications articulaires liées aux hémarthroses répétées peuvent conduire à des interventions chirurgicales qui ont pour but de stabiliser ou de remplacer l’articulation abîmée.
- Les hématuries : les hématuries sont des événements fréquents, spontanés chez les hémophiles.
- Les saignements du nez et de la bouche liés ou non à une extraction ou un soin dentaire ainsi que les saignements menstruels peuvent être prévenus et/ou traités à l’aide de deux médicaments qui contribuent à favoriser la stabilité d’un caillot : l’acide tranexamique (Exacyl®) et l’acide aminocaproïque.
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