L'allergie aux protéines de lait de vache (APLV) est l'une des allergies alimentaires les plus courantes chez les nourrissons. Bien que de nombreux enfants finissent par surmonter cette allergie, elle peut, dans certains cas, entraîner des complications telles qu'un retard de croissance. Cet article vise à explorer les liens entre l'APLV et le retard de croissance chez le nourrisson, en abordant les causes possibles, les méthodes de diagnostic et les stratégies de prise en charge.
Prévalence et manifestations de l'APLV
L'allergie aux protéines de lait de vache (APLV) touche environ 1 à 3 % des nourrissons. Elle se manifeste généralement très tôt dans la vie, souvent avant l'âge de trois mois. L'APLV est une réaction du système immunitaire à une ou plusieurs protéines présentes dans le lait de vache, telles que les caséines, la bêta-lactoglobuline, l'alpha-lactalbumine, la sérum-albumine bovine ou la lactoferrine.
Les symptômes de l'APLV peuvent varier considérablement d'un enfant à l'autre, ce qui rend parfois le diagnostic difficile. Les manifestations les plus courantes comprennent :
- Symptômes cutanés : Dermatite atopique (eczéma), urticaire.
- Symptômes digestifs : Vomissements, diarrhée, reflux gastro-œsophagien, pleurs excessifs après le biberon, syndrome d’entérocolite aux protéines alimentaires (SEIPA).
- Autres symptômes : Irritabilité, tortillements, réveils nocturnes, manifestations extradigestives (œsophagites, gastroentérites, asthme).
- Retard de croissance pondérale: Un des signes d'alerte.
Retard de croissance : définition et causes
Le retard staturo-pondéral (RSP), ou retard de croissance, est un terme médical utilisé pour décrire une croissance insuffisante ou l'incapacité à maintenir une croissance normale chez un nourrisson. Il est considéré comme un signe de sous-nutrition et peut avoir des causes variées. Les causes du RSP et du retard de croissance chez le nourrisson peuvent être à la fois non organiques et organiques ; toutefois, dans la plupart des cas, la cause est multifactorielle. Les causes non organiques peuvent être la pauvreté et une mauvaise alimentation.
Causes constitutionnelles
Ces causes sont souvent liées à des caractéristiques génétiques de l'enfant. Dans ces cas, le retard de croissance n'est qu'un symptôme parmi d'autres, plus spécifiques, liés à des maladies génétiques. Certaines causes constitutionnelles ne sont pas forcément liées à un problème génétique.
Lire aussi: Boutons liés à l'allergie au lait
Causes acquises
Ces causes sont liées à un autre problème de santé sous-jacent. L'APLV peut être une cause acquise de retard de croissance, en particulier si elle n'est pas diagnostiquée et traitée précocement.
Retard de croissance idiopathique
Lorsqu’un retard de croissance avéré est observé sans qu’une cause puisse être identifiée, on parle de retard de croissance idiopathique, une forme fréquente de retard de croissance.
Impact du sport sur la croissance
Il est important de noter que l'idée selon laquelle la pratique sportive excessive empêcherait la croissance est une idée fausse. Bien que l'entraînement intensif puisse parfois retarder la puberté et, par conséquent, la croissance, cet effet est généralement temporaire. Un enfant en pleine croissance a besoin d’une nourriture riche, variée et équilibrée.
Lien entre APLV et retard de croissance
Chez les enfants ayant une APLV, des publications ont rapporté l’existence de troubles de la croissance avec une diminution des valeurs moyennes de la taille pour l’âge et du poids pour la taille comparativement à une population témoin. Quand une APLV sévère touche un enfant nourri au sein, un des symptômes décrits est un retard staturo-pondéral qui peut avoir des conséquences néfastes pour un bébé en pleine croissance.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce lien :
Lire aussi: Diagnostic et traitement : Allergie à la fraise
- Malabsorption: L'inflammation de l'intestin causée par l'APLV peut entraîner une malabsorption des nutriments essentiels, ce qui entrave la croissance.
- Régime d'éviction: Le régime d'éviction des protéines de lait de vache, bien que nécessaire pour gérer l'APLV, peut entraîner des carences nutritionnelles si la substitution n'est pas adéquate. Les enfants souffrant d’APLV présentent le plus souvent un retard de croissance. Ce déficit de taille et de poids a été mis en évidence autant avant le diagnostic d’APLV que pendant le suivi du régime d’éviction. Le diagnostic tardif et la présence d’autres allergies alimentaires peuvent augmenter ce risque.
- Autres allergies alimentaires: L'APLV peut parfois s'inscrire dans le cadre d'une polyallergie alimentaire, nécessitant un régime d'éviction multiple et augmentant le risque de carences nutritionnelles.
La croissance et la santé osseuse peuvent être affectées chez les enfants allergiques aux protéines du lait de vache.
Diagnostic de l'APLV et du retard de croissance
Le diagnostic de l'APLV repose sur une combinaison d'éléments :
- Anamnèse et examen clinique: Le médecin interrogera les parents sur les symptômes de l'enfant et effectuera un examen physique.
- Tests de dépistage: Des tests cutanés (Prick Test) ou des analyses sanguines (recherche d'IgE spécifiques) peuvent être réalisés pour identifier une sensibilisation aux protéines de lait de vache. Un patch test (test épicutané) peut être effectué pour diagnostiquer une allergie alimentaire à réaction non immédiate.
- Régime d'éviction et test de provocation orale: Un régime d'éviction des protéines de lait de vache est mis en place, suivi d'un test de provocation orale pour confirmer le diagnostic. La décision de maintenir le régime ou de reprendre progressivement les produits lactés peut être prise en fonction de la réaction allergique ou non à une ingestion fortuite. En son absence, un bilan annuel avec test de provocation orale permet généralement de trancher.
Le diagnostic du retard de croissance repose sur :
- Courbes de croissance: Le suivi régulier du poids et de la taille de l'enfant permet de détecter un ralentissement de la croissance.
- Examens complémentaires: Des analyses sanguines et des examens d'imagerie peuvent être nécessaires pour identifier la cause sous-jacente du retard de croissance.
Prise en charge de l'APLV et du retard de croissance
La prise en charge de l'APLV et du retard de croissance vise à soulager les symptômes de l'allergie, à assurer une croissance et un développement optimaux, et à prévenir les complications à long terme.
Allaitement maternel
L’allaitement maternel, accompagné de l’élimination des produits laitiers chez la mère allaitante, est préconisé pour les nourrissons atteints d’APLV. AVIS IMPORTANT : Le lait maternel est l'aliment idéal du nourrisson. Il est conseillé de poursuivre l'allaitement même lorsque le bébé souffre d'une allergie aux protéines de lait de vache.
Lire aussi: Causes de l'allergie aux couches
Formules infantiles spécifiques
Pour les enfants non nourris au sein, il est recommandé d’utiliser des formules infantiles fortement hydrolysées à base de caséine ou de lactosérum, ou des formules à base d’acides aminés. Au cours de l’APLV du nourrisson, si la mère ne peut plus allaiter, un régime d’éviction à base d’hydrolysats poussés de PLV de caséine ou lactosérum (HPP) ou d’hydrolysats poussés des protéines du riz, voire en cas d’APLV sévère de formules à base d’acides aminés (FAA) anallergiques, sera instauré [2]. Toutes ces préparations infantiles utilisées au cours de l’APLV devront être adaptées en termes d’efficacité antigénique et de sécurité nutritionnelle à l’âge de l’enfant [2].
Diversification alimentaire
Le suivi nutritionnel des enfants atteints d’APLV et de leur famille est primordial dès la diversification et doit être poursuivi même après la disparition des symptômes allergiques. Il est important d'introduire les aliments solides de manière progressive et de surveiller attentivement les réactions de l'enfant. L’incorporation de lait cuit dans l’alimentation des enfants peut aider à la désensibilisation.
Supplémentation
Une supplémentation en calcium et en vitamine D est souvent nécessaire pour compenser l'éviction des produits laitiers. Ce suivi doit prioriser les apports en calcium et en vitamine D avec une attention spécifique à destination des enfants les plus à risque d’une faiblesse osseuse (allergies multiples, carence en vitamine D ou eczéma sévère). Une supplémentation qui concerne également les jeunes enfants allergiques.
Suivi médical régulier
Un suivi régulier par un pédiatre ou un allergologue est essentiel pour surveiller la croissance de l'enfant, ajuster le régime alimentaire si nécessaire et détecter d'éventuelles complications.
Traitement des symptômes
En plus du régime d’éviction, la prise d’antihistaminiques ou de corticoïdes est souvent recommandée pour traiter certains symptômes de l’allergie, notamment l’urticaire ou l’eczéma. Par ailleurs, un choc anaphylactique doit obligatoirement être traité par injection intramusculaire d’adrénaline.
Prévention des allergies alimentaires
Aucune méthode de prévention des allergies alimentaires ne fait aujourd’hui consensus auprès de la communauté scientifique. Plusieurs études récentes ont toutefois fait évoluer les pratiques des allergologues et des professionnels de santé. Ces études ont en effet pu démontrer que l’introduction précoce des aliments lors de la diversification alimentaire (en particulier des aliments à risque) réduisait les réactions allergiques chez le jeune enfant. Il est par exemple désormais conseillé de faire goûter du poisson à l’enfant dès l’âge de 4/6 mois, et d’introduire les fruits à coque sous forme de purée d’oléagineux par exemple (dont les cacahuètes) vers les six mois de l’enfant (mais pas avant). Par ailleurs, il peut aussi être recommandé de ne pas faire de régime d’exclusion lors de la grossesse et de l’allaitement.
Évolution et pronostic
Dans la plupart des cas, après un régime d’éviction plus ou moins prolongé, la guérison survient spontanément et le lait de vache peut être réintroduit. Sur une cohorte française, le taux de guérison naturelle est 75 % au bout de 3 ans et 91 % à l’âge de 8 ans. Le CNSFP déconseille de prolonger le régime d’éviction après la désensibilisation, pour éviter les effets négatifs à long terme.
tags: #allergie #au #lait #de #vache #nourrisson
