Le co-allaitement, aussi appelé allaitement en tandem, est une pratique qui consiste à allaiter deux enfants d’âges différents, généralement un nouveau-né et un enfant plus âgé qui n’a pas encore été sevré. Encore peu connue et parfois entourée de préjugés, cette pratique est pourtant naturelle, physiologiquement possible et peut présenter de nombreux avantages, tant pour la mère que pour ses enfants. Cet article vous offre un tour d'horizon complet sur le co-allaitement pour vous aider à prendre une décision éclairée.
Qu'est-ce que le co-allaitement ?
Le co-allaitement peut débuter de deux façons :
- Allaitement pendant une grossesse puis poursuite après la naissance du bébé.
- Reprise de l’allaitement d’un aîné après la naissance du cadet, même si les tétées avaient diminué voire cessé.
Contrairement à certaines idées reçues, il est tout à fait possible, et même courant dans certaines cultures, d’allaiter deux enfants en parallèle. Le corps de la mère est capable de produire du lait en quantité suffisante et de s’adapter à la demande.
Mise en route et ajustements nécessaires
L’arrivée d’un nouveau-né dans une fratrie allaitée demande toujours un peu d’adaptation. Dans les premiers jours après l’accouchement, le nouveau-né reçoit le colostrum, très riche en anticorps. La montée de lait se produit ensuite rapidement, souvent plus vite et plus intensément chez les mères qui allaitent déjà un aîné. Cela peut entraîner une sensation d'engorgement et une production abondante.
Dans cette phase, si l’aîné continue à téter, il peut être un véritable allié pour soulager les tensions mammaires. Sa succion plus efficace peut aider à désengorger les seins, ce qui évite douleurs et complications comme les mastites.
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Certains enfants plus âgés ne sont plus aussi empressés à téter et peuvent refuser le sein sur le moment pour vaquer à d’autres occupations plus importantes pour eux. Dans ce cas, la mère peut recourir à l’expression manuelle ou au tire-lait pour éviter l’inconfort comme dans un allaitement simple. L'aîné peut avoir un transit accéléré les premiers jours lors de la phase colostrale, car le colostrum produit est laxatif. Certaines mamans peuvent ressentir une aversion envers l’aîné lorsqu’il tète.
Organisation pratique du co-allaitement
Le co-allaitement ne signifie pas forcément que les enfants tètent toujours ensemble. Chaque famille trouvera son propre rythme. Il est essentiel, en revanche, de veiller à ce que le nourrisson passe toujours en priorité. Cela garantit qu’il bénéficie du lait en quantité suffisante et qu’il prend bien du poids. Voici quelques conseils pour une mise en place harmonieuse du co-allaitement :
- Garder les premières semaines le nouveau né le plus possible contre maman en portage pour répondre à ses besoins.
- Alterner les seins ou réserver un sein à chaque enfant selon les besoins.
- Surveiller la courbe de poids du nourrisson.
Fatigue, complexité et accompagnement
Allaiter deux enfants demande de l’organisation, mais ce n’est pas forcément plus fatigant qu’un allaitement simple. Ce qui fait la différence, c’est souvent l’accompagnement et la qualité de l’information reçue.
Certaines mères peuvent ressentir un sentiment d’étonnement, voire de gêne, lors des premières tétées en tandem. Cela peut demander du temps pour trouver sa place et vivre cette expérience avec confiance. D’autres trouvent rapidement une grande fluidité dans ces moments partagés.
Il est important de :
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- S’écouter : si le co-allaitement devient une source de stress, il est tout à fait possible de poser des limites ou de proposer à l’aîné d'autres moyens de réassurance.
- Se faire accompagner : une consultante en lactation certifiée IBCLC ou une conseillère en allaitement formée peut vous aider à surmonter les défis techniques ou émotionnels du co-allaitement.
Allaitement pendant la grossesse : est-ce sûr ?
De nombreuses questions se posent pour bien des mamans. La poursuite de mon allaitement présente-t-elle un risque pour mon futur bébé ? C’est un choix personnel, sans contre-indication médicale (sauf cas très spécifique), qui revient entièrement à la maman et qui surtout, doit être respecté.
Certaines mères craignent que l’ocytocine rejetée dans l’organisme lors de l’allaitement déclenche des contractions utérines entraînant une fausse couche. En effet, l’hormone n’est pas produite en quantité suffisante au cours des tétées pour déclencher le travail. D’autant que les hormones liées à la grossesse bloquent les effets de l’ocytocine jusqu’à l’accouchement. Pas d’inquiétude donc. Aussi, si la grossesse se passe bien, il n’y a aucun problème ou contre-indication à poursuivre l’allaitement de l’aîné.
Obstacles potentiels durant la grossesse
Quelques obstacles peuvent toutefois venir troubler un allaitement pendant une grossesse. Souvent, au troisième trimestre de la deuxième grossesse, l’aîné délaisse naturellement le sein car la quantité de lait maternel diminue naturellement et le goût à tendance à changer. Pourquoi ? En prime, la grossesse a tendance à rendre les seins (et en particulier les mamelons) plus sensibles, voire douloureux. Les tétées peuvent rapidement devenir un calvaire et amener la maman à faire une pause voire à stopper l’allaitement du plus grand.
Autre obstacle possible, lors de leur deuxième grossesse, certaines mamans peuvent ressentir quelques émotions négatives lorsqu’elles allaitent leur aîné. Une sorte d’aversion, voire de dégoût, pendant la tétée. Si c’est votre cas, n’hésitez pas à en parler à un professionnel de santé. Surtout, ne vous sentez pas coupable, ces possibles ressentiments sont naturels et dus à la grossesse, qui pousse la mère à se concentrer sur son prochain enfant.
Allaitement après la naissance : prioriser le nouveau-né
Même si c’est rare, il arrive que les enfants sevrés durant la deuxième grossesse redemandent le sein à la naissance du deuxième. Par envie, pour goûter, par besoin de réassurance, ou pour faire comme son petit frère ou sa petite sœur, l’aîné peut vouloir reprendre des tétées. Certaines mamans aimeront allaiter deux enfants en même temps, tandis que d’autres préféreront allaiter tour à tour.
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Les premiers jours post-accouchement, le colostrum, dont la composition est particulièrement riche en anticorps et en nutriments essentiels, doit aller en priorité au nouveau-né. Par la suite, rien n’empêche d’allaiter ses deux enfants en même temps, sans avoir à privilégier l’un ou l’autre. De toute façon, le sein étant particulièrement stimulé, la maman a généralement suffisamment de lait pour ses deux enfants. La lactation s’adapte de la même manière que lorsqu’une maman doit allaiter des jumeaux.
Naturellement, la maman pourra se tourner davantage vers les besoins lactés de son nourrisson. Parce qu’elle constate qu’il est plus petit, qu’elle fait attention à correctement le nourrir et parce qu’il existe souvent une forte connexion avec un nouveau-né. C’est un sentiment normal qui ne signifie pas que vous aimez moins le plus grand.
Concernant l’hygiène, rien de particulier n’est à signaler si ce n’est les consignes habituelles de votre professionnel de santé.
Avantages du co-allaitement
Le co-allaitement présente bien des avantages et en premier lieu, une bonne stimulation de la lactation. L’aîné toujours allaité permet une lactation optimale avant l’arrivée du nouveau-né. Quant aux apports nutritionnels du lait maternel, il faut savoir que la composition du lait maternel sera adaptée aux besoins du nouveau-né.
Co-allaiter, c’est aussi l’occasion de créer un lien différent entre ses deux enfants, de partager tous les trois des moments uniques, de câlin, de réassurance, qui renforce le sentiment d’attachement. C’est finalement une aventure qu’une mère peut vivre absolument comme elle l’entend. L’essentiel est de trouver un rythme et une organisation qui conviennent à tout le monde, en s’assurant bien sûr, de ne pas s’épuiser. Le co-allaitement peut être poursuivi sans limite de temps, du moment que la mère comme les enfants restent en bonne santé.
Le partage de lait : une option alternative
Certaines mères sont dans l’incapacité d’allaiter leur enfant avec leur propre lait. Parfois, l’échange informel sans passer par un lactarium est également utilisé comme une option. Comme il est précisé dans l’article, l’alimentation d’un bébé par du LHE est vu différemment dans le monde, souvent pour des raisons religieuses ou culturelles. Pourtant, l’utilisation du lait humain, même d’une autre mère que la sienne, reste préférable à l’utilisation de lait artificiel, grâce aux bienfaits liés à la composition du lait maternel.
Le partage de lait informel désigne le fait pour une mère de partager gratuitement son lait avec une autre sous la forme d'un don ou via l'allaitement croisé (cross nursing) de l'enfant. Pratique ancestrale habituellement réalisée dans un cadre familial ou de l'entourage proche, elle est en pleine augmentation, avec notamment l’apparition, depuis 2010, de réseaux de partage sur internet. Une étude de 2019 réalisée auprès d’un réseau de partage a montré que les mères qui ont recours à ce type de plateformes le font pour diverses raisons parmi lesquelles : difficultés d’allaitement, impossibilité pour la mère d’allaiter liée à une pathologie, maladie de l’enfant, adoption, familles LGBTQ+, intolérance de l’enfant au lait industriel. La plupart des mères interrogées dans le cadre de cette étude estimaient "que les risques du lait maternel provenant d’autres mères étaient plus faibles que ceux d’un lait industriel pour la santé de leur enfant […] elles percevaient le don du lait provenant d’autres mères comme étant le meilleur choix après leur propre lait".
Certaines mères, pour des raisons culturelles ou religieuses, pourront préférer faire appel à d’autres mères plutôt qu’à un lactarium. Pour d’autres, le partage informel sera la conséquence d’une impossibilité d’obtenir tout ou partie du lait souhaité auprès d’une telle structure. Le lait ainsi obtenu par les mères est utilisé de différentes manières : pour nourrir exclusivement le bébé, en complément du lait maternel ou d’un lait industriel. Les mères qui donnent de manière informelle ont des caractéristiques visiblement proches de celles qui donnent à un lactarium.
Cependant, il est important de noter que : “Le lait humain peut contenir des germes pathogènes et diverses molécules susceptibles de présenter des risques. De nombreuses études ont évalué la présence de virus dans le lait maternel, soit des virus pour lesquels une transmission via le lait maternel a été constatée, soit des virus dont la présence dans le lait maternel a été constatée mais sans que cela induise forcément une contamination de l’enfant. Les virus susceptibles d’être transmis via le lait maternel sont le VIH, les HTLV I et II et le CMV. De nombreuses études ont été menées sur ces virus ainsi que sur les stratégies permettant de limiter ou d’éliminer le risque de transmission. La bactérie responsable de la brucellose peut également être transmise via le lait maternel (Arroyo Carrera ; Ceylan). Pendant longtemps, le lait humain a été considéré comme un fluide stérile, mais on sait maintenant qu’il contient une flore abondante, complexe et diversifiée […] Le lait humain peut également contenir des bactéries pathogènes qui peuvent proliférer si le lait maternel est exprimé et/ou stocké dans des conditions insuffisantes d’hygiène, ou si la mère souffre de mastite par exemple. Toutefois, le lait humain cru contient également de nombreux facteurs protecteurs et immunocompétents qui limitent la prolifération des germes pathogènes (Marín ; Sosa & Barnes). […] On sait que la plupart des médicaments pris par une mère allaitante sont excrétés dans son lait, à un taux qui sera fonction des caractéristiques physiques et pharmacocinétiques du produit, de la posologie, de la durée du traitement. Cette excrétion lactée est faible pour la majorité des médicaments, et peu d’entre eux sont réellement susceptibles d’induire un problème chez l’enfant allaité (Hale).
La Leche League International a pour priorité d’aider les mères à allaiter leurs bébés au sein. Une priorité secondaire est de les aider, quand c’est nécessaire, à exprimer, conserver et gérer leur propre lait en toute sécurité pour leurs bébés. Lorsque le lait de leur mère n’est pas disponible, les bébés peuvent avoir besoin de lait humain donné par d’autres mères. Il est toujours important que l’animatrice LLL encourage la mère à parler de sa situation à son médecin et au médecin du bébé. Si une mère contacte une animatrice en cherchant à obtenir du lait de donneuses ou à discuter des options qui s’offre à elle, le rôle de l’animatrice est de lui donner de l’information et du soutien, y compris des informations sur les bénéfices et risques de pratiques telles que la lactation induite, la relactation, l’allaitement par une nourrice ou le cross-nursing (NdT : le fait d’allaiter à l’occasion d’autres enfants que les siens). Si une mère est intéressée par donner son lait ou recevoir du lait donné, l’animatrice l’encouragera à se renseigner sur les différentes façons d’en donner comme d’en recevoir. La mère devrait être encouragée à prendre une décision éclairée qui soit la meilleure pour elle et son bébé, et qui soit en accord avec les attentes de la société où elle vit. Une animatrice peut fournir les coordonnées des banques de lait à but non lucratif (NDT : en France, les lactariums), d’autres centres de collecte réglementés, ainsi que des réseaux d’échange de lait formels et supervisés médicalement ou informels (comme Human Milk 4 Human Babies ou Eats on feet). Les protocoles régissant la collecte et la manipulation du lait humain en toute sécurité sont de la responsabilité des banques de lait et des réseaux, et l’animatrice devrait encourager la mère à évaluer ces protocoles.
Allaitement mixte : une alternative flexible
L’allaitement mixte est une solution qui combine l’allaitement maternel et l’apport de lait maternisé pour nourrir un bébé. Dans le cadre de l’allaitement mixte, le bébé reçoit du lait maternel directement au sein de sa mère et/ou tiré au biberon, ainsi que du lait infantile au biberon.
L’allaitement mixte permet de fournir au bébé une alimentation équilibrée en combinant les bienfaits du lait maternel et les nutriments essentiels présents dans le lait infantile.
Avantages de l'allaitement mixte :
- Maintien des bienfaits du lait maternel : Le lait maternel est riche en anticorps et autres nutriments essentiels pour le développement et la santé du bébé.
- Confort de la mère : Certaines mères éprouvent des difficultés à allaiter exclusivement, en raison de douleurs, de fatigue ou de stress.
Inconvénients potentiels :
- Risque de préférence du biberon : Lorsque bébé est habitué à téter au sein et reçoit également des biberons, il peut préférer la tétine car la succion est plus facile.
- Possibilité de diminution de la production de lait maternel : Lorsque la mère introduit des biberons de lait infantile dans le régime alimentaire du bébé, cela entraîne une diminution de la stimulation de la production de lait maternel.
- Complexité de la logistique : L’allaitement mixte peut nécessiter une certaine organisation et préparation supplémentaire.
Quand commencer l'allaitement mixte ?
Le moment de commencer un allaitement mixte peut varier en fonction des envies et des besoins de chacun. Dans certains cas, bébé peut avoir des besoins nutritionnels supplémentaires qui ne peuvent être entièrement satisfaits par l’allaitement maternel. Il est généralement recommandé d’attendre que l’allaitement maternel soit bien établi avant d’introduire le lait artificiel. Cela peut prendre quelques semaines, voire un mois ou plus, selon les mères et les bébés. Une fois que le bébé et la mère sont à l’aise avec l’allaitement, il est plus facile d’intégrer le lait artificiel sans perturber la lactation.
Comment alterner sein et biberon ?
Pour alterner efficacement entre l’allaitement au sein et le biberon, il est essentiel d’attendre que l’allaitement soit bien établi, généralement après 4 à 6 semaines. Introduisez progressivement le biberon, en privilégiant le lait maternel tiré et une tétine à débit lent, donnée de préférence par une autre personne pour éviter la confusion entre le sein et la tétine. Cette alternance permet de préserver la production de lait tout en offrant plus de souplesse aux parents.
Choisir le bon lait maternisé
Le choix du lait maternisé (ou lait infantile) dépend des besoins et des tolérances du bébé. Il existe différents types de lait infantile sur le marché, élaborés pour répondre aux besoins nutritionnels spécifiques des nourrissons. Il existe des laits relais d’allaitement. Il n’est plus recommandé d’utiliser des laits hypoallergéniques mais au contraire directement des laits standards avec protéines de lait de vache.
Conseils supplémentaires :
- Suivez les signaux de votre bébé : Observez attentivement les signaux de faim de votre enfant et répondez à ses besoins. Certains bébés peuvent préférer le sein pour se nourrir, tandis que d’autres peuvent être plus à l’aise avec le biberon.
- Établissez une routine : Une routine régulière peut être bénéfique pour vous et votre bébé. Vous pouvez choisir de donner le sein à certains moments clés de la journée, comme le matin et le soir, et d’introduire des biberons à d’autres moments.
- Réduisez progressivement les tétées ou les biberons de lait maternel : Commencez par éliminer une tétée ou un biberon de lait maternel à la fois, en les remplaçant par du lait infantile ou des aliments solides adaptés à l’âge de votre bébé.
- Favorisez le lien affectif avec votre bébé : Pendant cette période de transition, assurez-vous de maintenir une connexion affective avec votre petit.
- Soyez à l’écoute de votre bébé : Observez attentivement les signaux de votre bébé pour vous assurer qu’il est satisfait et bien nourri pendant la transition.
Que faire en cas de refus du sein ?
Lorsqu’on pratique l’allaitement mixte, il arrive que bébé se détourne progressivement du sein, préférant le biberon. Ce refus peut être dû à une succion plus facile avec la tétine, un débit de lait plus rapide ou une confusion sein-tétine. Ce changement peut inquiéter les parents qui souhaitent poursuivre l’allaitement maternel. Heureusement, il existe des solutions : proposer le sein dans un moment calme, favoriser le peau à peau, utiliser une tétine à débit lent, ou encore tirer son lait pour maintenir la lactation. Une approche douce et bienveillante peut suffire à relancer l’allaitement.
Réussir la mise en place de l'allaitement mixte
Passer de l’allaitement exclusif au sein à l’allaitement mixte peut demander des ajustements. Cela peut prendre du temps pour que vous vous adaptiez à la nouvelle routine et que votre bébé s’habitue à la combinaison du sein et du biberon. Soyez patient et donnez-vous et à votre bébé le temps nécessaire pour vous habituer à ce changement. Soyez convaincue et votre bébé s’adaptera.
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