L'allaitement est une expérience enrichissante et naturelle, mais il soulève de nombreuses questions, surtout lorsqu'une nouvelle grossesse survient. Cet article explore les aspects liés à l'allaitement pendant la grossesse, les risques potentiels, les avantages, et les considérations nutritionnelles et de contraception.

Allaitement et Grossesse : Est-ce Possible et Sûr ?

Lorsqu'une femme allaite son enfant, qu'il ait six mois, un an ou deux ans, il n'est pas rare qu'elle redevienne enceinte et choisisse de poursuivre cet allaitement jusqu'à la naissance, voire au-delà. Rassurez-vous, la nature l'a prévu, il est faisable d'allaiter un enfant quand on est enceinte.

Dans une grossesse normale, allaiter enceinte reste possible. Les études disponibles indiquent que l’allaitement maternel n’augmente pas le risque de fausse couche ou d’accouchement prématuré. En effet, dans une grossesse physiologique, allaiter enceinte ne présente pas de risque identifié pour la mère, le fœtus ou l’enfant allaité. Plusieurs études publiées dans le Journal of Nursing Research ou le Journal of Human Lactation évaluent l’impact sur la santé fœto-maternelle et confirment l’absence de danger lorsque la femme enceinte est en bonne santé.

Les Changements Physiologiques et Hormonaux

Baisse de la Lactation et Changements du Lait

Il faut savoir cependant que la lactation va baisser naturellement… et que le lait va redevenir progressivement du colostrum à partir de 4 mois de grossesse. Ceci pour pouvoir assurer les besoins du bébé à naître. Le lait sera donc moins abondant, son goût sera différent ce qui ne plaira pas forcément au "grand" ! Côté nutritif, il ne manquera cependant de rien et puisera ailleurs les nutriments qu'il lui manque (son alimentation ayant été diversifiée aux alentours de ses 6 mois). Sachez que 60 % des enfants allaités alors que leur mère est enceinte se sèvrent spontanément.

Au fil des semaines, la grossesse modifie progressivement la lactation. Les hormones, dont la progestérone, réduisent la production de lait maternel. Cette baisse commence souvent au premier trimestre et devient plus marquée au deuxième. Le tissu mammaire change pour préparer la production de colostrum. Vous pouvez remarquer un réflexe d’éjection du lait moins puissant ou un rythme de tétées modifié. Ces ajustements sont naturels et liés au système hormonal.

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Le lait peut changer légèrement de goût pendant la grossesse. Des études rapportent une augmentation de certaines protéines et minéraux, et une diminution du lactose. Le lait devient parfois plus salé. Ces modifications n’ont pas démontré d’effet négatif sur l’enfant allaité. Elles peuvent toutefois l’amener à réduire les tétées ou à se sevrer naturellement. Pour les enfants qui mangent déjà des aliments solides, cette transition est souvent mieux tolérée.

Sensibilité des Mamelons et Émotions

En début de grossesse, il y a une sensibilité accrue des mamelons, d'origine hormonale. D'ailleurs, c'est souvent ce "symptôme" qui met la puce à l'oreille des femmes sur une éventuelle grossesse… C'est une réaction hormonale, les futures mamans peuvent ressentir une certaine ambivalence. Elles adoraient allaiter mais n'en ont soudainement plus trop envie avec parfois une sensation de rejet du "grand".

Il est normal d’observer des émotions nouvelles pendant les tétées. Certaines femmes ressentent de l’agacement ou un besoin de distance. Ces sensations restent liées aux variations hormonales. Les techniques de relaxation (respiration lente, pauses régulières, musique douce) apportent souvent un vrai confort.

Rôle de l'Ocytocine

Contrairement à ce qu'on peut entendre ici et là, il n'y a pas plus de risques de faire une fausse couche ou d'accoucher prématurément. Un tel risque n'a jamais été avéré même si allaiter fait sécréter de l'hormone ocytocine, responsable également des contractions de l'accouchement. On n'a jamais empêché une femme enceinte d'avoir des relations sexuelles parce qu'elles entraîneraient des contractions (sauf si problème inhérent à la grossesse) ! Sachez que l'ocytocine est également l'hormone de l'attachement, de l'amour, du bonheur et du bien-être. Chacun d'entre nous en produit tous tous les jours, même en mangeant du chocolat !

Pourtant, dans une grossesse normale, le système hormonal rend l’utérus moins sensible à l’ocytocine. Les études disponibles n’ont pas observé d’augmentation du risque de fausse couche ou d’accouchement prématuré liée à l’allaitement. Une étude comparative publiée en 2012 n’a pas non plus mis en évidence de différence statistique entre les femmes enceintes allaitantes et non allaitantes.

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Besoins Nutritionnels Accrus

Allaiter enceinte demande beaucoup d’énergie, surtout au premier trimestre. La fatigue augmente, car votre organisme soutient la croissance du fœtus et l’allaitement. Les besoins en fer, minéraux et calories sont plus élevés. Une revue systématique des recommandations nutritionnelles montre l’importance d’une alimentation équilibrée. Les autorités sanitaires recommandent aussi une hydratation suffisante avec de l’eau potable.

L’alimentation joue un rôle essentiel dans le confort quotidien. Une femme enceinte qui allaite doit consommer des repas équilibrés, comprenant légumes, protéines, féculents et produits laitiers adaptés. L’hydratation soutient la lactation. Il n’existe pas d’aliments capables d’augmenter la production de lait pendant la grossesse, mais une alimentation variée aide à maintenir l’énergie.

Co-allaitement ou Allaitement en Tandem

On appelle cela co-allaitement ou tandem nursing et cela ne nuit pas à l'un ou l'autre des enfants. Le lait devenu du colostrum subvient aux besoins du nouveau-né, il est prioritaire. Le grand s'en contentera (il mange solide par ailleurs) et on l'a vu, si cela ne lui plaît pas, il se sèvrera spontanément !

Les mères voient souvent des avantages à allaiter deux enfants à la fois. Comme le grand "pompe" bien, le colostrum sera produit plus rapidement et en plus grande quantité. Ainsi, si le tout-petit a du mal à téter, le lait coulera plus facilement et l'allaitement sera facilité. C'est bien pratique, avec des jumeaux par exemple ou un nouveau-né malade, un peu faible. En pompant le sein, le "grand" peut également aider à endiguer un engorgement.

Allaitement et Fertilité : Ce Qu'il Faut Savoir

Allaitement et fertilité sont intimement liés. Ce lien s’explique par l’effet de la lactation sur l’équilibre hormonal de la femme après l’accouchement. Pendant l’allaitement, le corps produit davantage de prolactine, une hormone qui stimule la montée de lait… mais qui freine aussi la sécrétion des hormones nécessaires à l’ovulation (notamment la FSH et la LH). Mais attention : cela ne signifie pas que vous êtes à l’abri d’une grossesse. Il est tout à fait possible de tomber enceinte en allaitant, même sans retour de règles visible.

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Méthode MAMA et Contraception

L’allaitement peut servir de méthode de contraception naturelle seulement lorsqu’il est exclusif, à la demande, et en l’absence de retour de couches. Dès qu’un critère change, la fertilité peut revenir.

La méthode MAMA (Méthode de l’Allaitement Maternel et de l’Aménorrhée) n’est fiable qu’à condition de respecter trois critères (fiabilité de 98 %). La femme ne doit nourrir son bébé qu’au sein (allaitement exclusif), sans lui donner aucun biberon de lait artificiel ni aliment solide. Cette méthode de contraception naturelle ne peut être envisagée qu’en l’absence totale du retour de couches, et uniquement pour les femmes ayant des bébés de moins de 6 mois. Ainsi, la mère peut tout à fait retomber enceinte lorsqu’elle allaite un bébé qui fait ses nuits, qui mange des aliments solides ou qui a plus de 6 mois.

Il est important de noter que certaines femmes ovulent avant leur première vraie menstruation post-partum.

Retour de Couches et Ovulation

Le retour de couches correspond au retour des règles après l’accouchement. Pourquoi ce délai ? Parce que l’allaitement stimule la prolactine, qui inhibe l’ovulation. Dès que bébé commence à espacer les tétées (la nuit, par exemple ou moins de 6 par jour) ou lorsqu’il entame la diversification alimentaire (introduction de solides), la production de prolactine diminue.

En général, le retour des règles survient 6 à 8 semaines après l’accouchement chez les femmes qui ne donnent pas le sein. Sécrétée à des taux élevés pendant la grossesse et l’allaitement, la prolactine bloque l’ovulation et retarde le retour de couches. Mais la femme peut tout à fait ovuler - et donc tomber enceinte - pendant qu’elle allaite.

Options de Contraception Post-Partum

Pour éviter de tomber enceinte juste après votre accouchement, il est important de penser à votre contraception dès le jour de la naissance. Si vous souhaitez un contraceptif hormonal, comme la pilule ou un implant, il vous sera ainsi prescrit à la sortie de la maternité et vous pourrez commencer à la prendre 3 semaines plus tard.

Voici quelques options de contraception post-partum :

  1. Contraception progestative (pilule, implant sous-cutané, injection intramusculaire) : les progestatifs peuvent être utilisés à partir de 21 jours après l’accouchement, en l’absence de contre-indications.
  2. Contraception oestroprogestative (pilule, anneau vaginal, patch transdermique) : Les oestroprogestatifs ne sont pas recommandés chez les femmes qui allaitent dans les 6 mois suivant l’accouchement.
  3. DIU (dispositifs intra-utérins, ou stérilet) : Ils peuvent être prescrits à partir de 4 semaines après la naissance de l’enfant, que la femme allaite ou non.
  4. Méthodes barrières (préservatif masculin et féminin, cape cervicale et diaphragme, spermicides) : le préservatif masculin est le seul mode de contraception qui protège également contre les IST (infections sexuellement transmissibles), y compris contre le sida. Les diaphragmes, capes cervicales et spermicides ne doivent pas être utilisés avant 42 jours après l’accouchement.
  5. Méthodes naturelles : en plus de la méthode MAMA, plusieurs autres modes de contraception naturelle peuvent être envisagés (retrait, abstinence périodique, auto-observation de la glaire cervicale, prise de la température…). Elles présentent néanmoins un taux d’échec élevé.

Signes de Grossesse Pendant l'Allaitement

Les signes d’une grossesse pendant l’allaitement ressemblent à ceux d’une grossesse classique : fatigue, tension mammaire, odorat plus sensible ou tiraillements. Une séance d’allaitement peut parfois amplifier certaines sensations.

Le Sevrage Pendant la Grossesse

Certaines mères choisissent de sevrer pendant la grossesse en raison de la fatigue. Mais le sevrage naturel, où l’enfant se détourne progressivement, reste fréquent au deuxième trimestre. Le sevrage progressif consiste à espacer les tétées ou à remplacer une tétée par un câlin ou une activité apaisante.

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