L'allaitement maternel est un processus naturel et bénéfique tant pour la mère que pour l'enfant. Il apporte une nutrition optimale au bébé et favorise un lien affectif fort avec sa mère. Cependant, l'allaitement peut parfois susciter des appréhensions chez les jeunes mamans. Cet article vise à répondre aux questions les plus courantes et à fournir des conseils pratiques pour un allaitement réussi.
Les bases d'un allaitement réussi
L'allaitement est un art qui s'apprend, tant pour la mère que pour le bébé. Quelques règles fondamentales, fruit de l'expérience des mères accumulée durant des millénaires, assurent un allaitement réussi. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l'UNICEF diffusent des recommandations internationales sur la meilleure façon d'alimenter les bébés et des conseils pratiques sur l'allaitement maternel.
Interactions précoces et mise en place de l'allaitement
Dès la naissance, le bébé et la mère mettent en place des interactions indispensables au développement de l'enfant. Après l'accouchement, et sauf indication médicale, la mère et le bébé devraient pouvoir rester ensemble, peau contre peau, en évitant les séparations. Le plus souvent, le bébé se mettra à téter, stimulé par l'odeur de sa mère, son contact, sa voix, sa chaleur, ses mouvements. La mère saura progressivement reconnaître les besoins et les demandes de son bébé.
Tétées à la demande et rythme du bébé
Il n'y a pas de restriction à la demande de téter, ni en terme de fréquence, ni en terme de durée de la mise au sein. Plus le bébé tète, plus la sécrétion lactée est importante. Le réconfort comme l'assouvissement de la faim sont de bonnes raisons pour le bébé de vouloir téter. Si la demande du bébé doit être respectée dans la plupart des cas, un intervalle de 5-6 heures entre deux tétées est un maximum qu'il est prudent de ne pas dépasser les premiers jours. Le nombre de 8 à 12 tétées par 24 heures (y compris la nuit) est souvent proposé comme fourchette moyenne.
Positions d'allaitement
Les tétées suivent toutes à peu près le même schéma. Quand le bébé veut téter, la mère s'installe confortablement, assise ou allongée. Le bébé est placé de façon à ce qu'il puisse téter facilement et efficacement, sans blesser le mamelon. Dans la position classique (maman assise, bébé en travers contre son ventre), la tête du bébé doit reposer librement sur le bras de la mère. Pour être convenablement allaité, le bébé doit avoir son ventre contre le corps de sa mère, le visage face au sein (il ne doit pas avoir à tourner la tête pour attraper l'aréole du sein). Le simple contact du mamelon aux alentours de la bouche déclenche des mouvements de la tête du bébé qui se met à chercher activement le sein en ouvrant la bouche. Les lèvres du bébé sont retroussées, sa langue recouvre ses gencives et masse le dessous de l'aréole (il est parfois possible de l'apercevoir en action). Le nourrisson se met alors à téter vigoureusement. Au bout de quelques mouvements de succion, le mamelon devient turgescent (en érection) et le lait jaillit directement dans l'arrière-gorge du bébé. Souvent alors du lait se met à couler de l'autre sein. Progressivement le rythme et l'intensité de la succion faiblissent. Le bébé repu se détend et pourra avoir un temps d'éveil calme ou s'endormir. S'il le souhaite, la mère proposera le deuxième sein au bébé.
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De nombreuses positions peuvent être adoptées pour donner le sein, en plus de la position classique. Allaiter allongée permet à la mère de se reposer pendant la tétée, voire de dormir. Elle peut s'avérer très utile pour les tétées nocturnes. Le bébé peut également être installé en position dite « ballon de rugby », dans la position « madone inversée » (deux positions qui favorisent le contrôle par la mère de la prise du sein) ou à califourchon, face à sa mère.
Compléments et horaires
Tout complément (lait artificiel, eau, jus de fruit,…) est inutile (sauf indication médicale) et risque de désorganiser l'allaitement. Leur utilisation entraîne des difficultés au niveau de la production de lait de la mère comme au niveau de la technique de succion du bébé. L'utilisation de lait industriel a introduit des horaires pour les prises alimentaires. Les tétées ne doivent pas être restreintes ni en nombre ni en durée.
Questions fréquentes et conseils pratiques
L'allaitement maternel soulève de nombreuses questions chez les jeunes mamans. Voici quelques réponses aux questions les plus courantes :
L'alimentation de la mère qui allaite
Allaiter demande énormément d’énergie, la nouvelle maman devra donc être attentive à son alimentation, afin de ne pas développer de carences, mais aussi fournir à bébé tous les apports dont il a besoin. Il est important de rester en forme et d'éviter les carences.
- Magnésium: Lorsque vous allaitez, l’apport recommandé en magnésium augmente, il faut donc trouver des sources pour éviter les carences. Pour cela, vous pouvez consommer des céréales complètes, du chocolat, ainsi que des légumes verts comme les haricots, les épinards, ou encore l’artichaut qui est aussi riche en fer.
- Calcium: Pour avoir des os solides, vous pouvez insister sur les produits laitiers : le lait, le fromage et les yaourts. Cependant, d’autres aliments sont également des sources, souvent méconnues, de calcium : les amandes, le tofu ou encore les légumes verts comme le brocoli, le cresson ou le chou.
- Vitamines: Parmi les vitamines à privilégier, la vitamine D est nécessaire à la croissance et au bon développement de bébé. Cette vitamine est présente notamment dans de nombreux poissons, le lait, la margarine ou encore le jaune d’œuf. La vitamine C permet de renforcer votre système immunitaire, comme celui de bébé, mais également de lutter contre les infections. Vous pouvez consommer du poivron, kiwi, fraise, litchi ou encore des agrumes comme l’orange ou le citron.
- Boire beaucoup: Les femmes qui allaitent ont besoin d’énormément d’eau ou autres boissons. En effet, le lait maternel étant constitué à presque 90% d’eau, il vous faudra donc augmenter votre consommation. N’hésitez pas à boire très régulièrement, y compris quand vous donner le sein, moment où vous aurez le plus soif .
En plus des apports quotidiens recommandés, certains aliments peuvent favoriser l’allaitement et la production de lait. Il est également prouvé que, outre ces aliments « magiques », plus vous donnerez le sein, plus vous produirez du lait. Proposez donc régulièrement le sein à bébé. Parmi les aliments recommandés, la bière (sans alcool bien sûr) ou levure de bière en paillettes pourront augmenter la quantité de lait produite. De même que certaines plantes comme le fenouil, l’anis, la verveine, ou encore la feuille de framboisier rouge. Les lentilles, amandes, noix de cajou, et dattes ont également une influence positive.
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Certains aliments peuvent donner un arôme particulier au lait, qui peut alors gêner ou favoriser l’allaitement de bébé. Certains épices comme le curry ou le cumin apportent une saveur qui devrait plaire à bébé, qui tétera alors plus longtemps, ce qui augmentera votre quantité de lait. Au contraire, plusieurs légumes seraient connus pour déranger bébé, par exemple l’ail, les oignons, le poireau, le céleri, le chou-fleur ou l’asperge. N’écartez cependant pas forcément ces aliments, chaque enfant est différent et le votre pourrait apprécier ces saveurs parfumées.
De même que pendant une grossesse, certains aliments sont déconseillés durant l’allaitement. Les boissons énergétiques, caféine, thé, boissons gazeuses ou encore l’alcool sont à éviter si vous allaitez. En effet, les stimulants présents dans ces boissons sont véhiculés par votre lait maternel et donc consommées aussi par bébé. Si vous faîtes un écart et consommez de l’alcool, sachez que le taux sera plus fort l’heure suivante, et que l’élimination complète prendra plusieurs heures. Certains aliments comme le chou, le persil, la sauge, l’aneth, la menthe ou encore l’oseille ont la réputation de diminuer la production de lait. Cependant, aucune étude n’a pour le moment prouver de véritable lien scientifique. Certains poissons peuvent être nocifs pour votre enfant car ils contiennent des polluants, notamment du mercure.
Allaiter et travailler
Il est tout-à-fait possible de continuer à allaiter votre bébé tout en reprenant votre activité professionnelle. Dans ce cas, vous devrez sûrement acheter (ou louer en pharmacie) un tire-lait, manuel ou électrique, selon vos préférences. Sachez que le droit du travail permet aux salariées d’allaiter leur enfant pendant un an à compter de sa naissance, durant les heures de travail. Vous pouvez donc également tirer votre lait à ce moment-là, soit durant deux périodes de 30 minutes, matin et après-midi par exemple, en vous isolant dans une salle prévue à cet effet ou en salle de réunion que votre employeur pourra mettre à votre disposition. Bon à savoir : le lait maternel se conserve à température ambiante (entre 19 et 22°C) au 6 heures maximum.
Sevrage
Quelle que soit la durée de votre allaitement, il aura été bénéfique pour votre bébé. Dans tous les cas, c’est à vous seule de décider quand vous souhaitez le sevrer. Si le sevrage est à votre initiative, procédez en douceur et par étapes : diminuez progressivement les tétées, de manière à ce que le changement ne soit pas trop brusque pour votre bébé et qu’il ait le temps de s’y habituer. En fonction de son âge, vous pouvez également remplacer l’une des tétées par un biberon ou une tasse de lait infantile adapté et recommandé par votre pédiatre. Une fois votre bébé habitué à cette tétée en moins, vous pouvez en supprimer une nouvelle quelques jours plus tard, et ainsi de suite jusqu’à l’arrêt total de l’allaitement : votre production de lait diminuera également en conséquence, jusqu’à s’épuiser.
Allaiter en été
Allaiter en été demande quelques adaptations : il est essentiel de bien s’hydrater, de privilégier des vêtements légers et d’allaiter toujours à l’ombre. Les fortes températures estivales peuvent vite devenir un défi pour l’allaitement de votre bébé.
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- Hydratation: Allaiter demande beaucoup d’énergie et d’eau car votre corps produit du lait, qui est principalement constitué d’eau. En période de chaleur, vous perdez davantage de liquides par la transpiration, ce qui augmente encore votre besoin en hydratation. Pour rester bien hydratée, n’attendez pas d’avoir soif pour boire. Gardez toujours une bouteille d’eau fraîche à portée de main, surtout pendant les tétées.
- Besoins en eau du bébé: Si votre enfant est allaité exclusivement, le lait maternel suffit entièrement à couvrir ses besoins en hydratation - même en plein été. Le lait maternel est composé à plus de 80 % d’eau et s’adapte naturellement à la météo et aux besoins de votre bébé. Le corps de la maman ajuste la composition du lait en temps réel, le rendant plus aqueux lors des premières gorgées pour désaltérer bébé efficacement. Donner de l’eau à un nourrisson allaité peut s’avérer inutile, voire risqué : cela remplit son estomac sans lui fournir les nutriments essentiels dont il a besoin. En revanche, il est tout à fait normal que votre bébé demande à téter plus fréquemment en période de chaleur.
- Vêtements: La chaleur peut rendre les tétées plus inconfortables si vous portez des vêtements trop serrés ou en matières synthétiques qui ne laissent pas la peau respirer. Pour vous, les hauts d’allaitement amples ou les brassières légères facilitent la mise au sein rapidement, surtout en extérieur.
- Protection solaire: Le soleil direct peut rapidement fatiguer et déshydrater bébé comme maman. En plein soleil, la peau de bébé est très fragile et peut brûler facilement. Si vous êtes en extérieur, un chapeau et des lunettes de soleil pour bébé sont de bonnes protections. Protéger votre peau du soleil est important, surtout si vous passez du temps à allaiter en extérieur. Appliquez la crème solaire sur vos bras, épaules, jambes ou visage avant l’allaitement, et protégez les zones exposées avec des vêtements légers ou un châle. Il est déconseillé d’appliquer de la crème solaire sur les zones de tétée, car bébé pourrait en ingérer. Allaitez à l’ombre, portez des vêtements légers et respirants, et évitez le peau-à-peau prolongé en plein soleil.
Préparer les aînés à l'allaitement
Quand un nouveau bébé s’annonce, tout le monde se prépare… mais qu’en est-il des aînés ? L’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur, c’est déjà un grand chamboulement. Mais si, en plus, maman allaite, cela peut éveiller chez les enfants des émotions, des questions, voire de la jalousie.
- Pour les tout-petits (2-4 ans): Utiliser des mots simples, du visuel, et surtout de la cohérence entre ce qu’il entend et ce qu’il voit. Expliquer l’allaitement à un petit :- “Quand bébé va naître, il ne pourra pas manger comme toi. Il boira le lait de maman, qui sort de mes seins. C’est comme ça que je vais lui donner à manger.”- “C’est un peu comme quand tu buvais ton biberon quand tu étais petit, sauf que là, c’est directement dans mes bras.”Utiliser des livres illustrés. Ne jamais minimiser ses émotions.
- Pour les enfants de 5 à 8 ans: Rassurer, impliquer, valoriser. Expliquer que le lait de maman est comme un super-pouvoir qui aide le bébé à grandir en pleine forme. Proposer à votre enfant de “s’occuper” aussi de son propre bébé (poupée, doudou). Donnez-lui son “coussin d’allaitement”, un lange, un petit sac de portage. Cela valorise son rôle, et il se sent utile. Fabriquer une carte ou un dessin pour souhaiter la bienvenue à bébé.
- Pour les plus grands (9 ans et +): Normaliser, informer, faire confiance. Ce n’est ni bizarre, ni honteux. C’est une façon naturelle de nourrir un bébé. Impliquer votre aîné dans l’aventure. Lui proposer de vous aider à choisir les vêtements du bébé, à préparer les affaires de maternité, ou à installer le coussin d’allaitement dans le coin de la maison où vous allaitez.
Malgré toute la préparation, votre enfant pourra ressentir de la jalousie. Verbaliser votre amour pour lui. Tous les jours, plusieurs fois. Prévoir du temps seule à seule avec lui, même 10 minutes par jour. En lui laissant un rôle actif dans les routines familiales : apporter le lange, choisir le pyjama du bébé, bercer le petit frère, etc.
Créer un “coin allaitement” dans la pièce principale. Prévoir une boîte à goûters ou une “boîte surprise spéciale tétée” pour l’aîné.
Difficultés et douleurs
Allaiter ne doit pas faire mal. Un début d'allaitement douloureux est souvent dû à une mauvaise position de la bouche de bébé avec une mauvaise prise du sein, qui peut provoquer des crevasses par exemple. Dans ce cas, on met délicatement le petit doigt dans le coin de la bouche de bébé pour arrêter la tétée, puis on observe et on améliore la position de maman, de bébé et sa prise du sein. Si le début d'allaitement est inconfortable, difficile ou que l'on se pose des questions, on n’hésite pas à demander conseil auprès de professionnels de santé compétents et diplômés en allaitement (sages-femmes, puéricultrices, auxiliaires de puériculture, médecins, consultants en lactation…). On pourra les trouver à la maternité, au centre de PMI ou en libéral. On peut aussi trouver du soutien auprès d’associations ou de groupes de mamans.
Conseils supplémentaires
- Se préparer: Profitez de votre grossesse pour lire et faire le plein d’informations.
- Consulter une pro: Faire appel à une consultante en lactation certifiée peut vraiment sauver un allaitement. N’hésitez pas en cas de problème (prise de poids insuffisante, douleurs…). Elle peut aussi accompagner le sevrage ou tout simplement vous aider à vous préparer pendant la grossesse.
- Boire: Pour avoir du lait, il faut boire, et plus qu’en temps normal (plus de 2 litres par jour).
- Identifier un frein de langue « serré »: Si votre bébé ne prend pas assez de poids, n’arrive pas à prendre le sein ou vous fait mal en tétant, c’est peut-être que l’un de ses freins (ces membranes situées dans la bouche, notamment sous la langue), trop court, l’empêche de téter.
- Le coussin d’allaitement: Un accessoire extrêmement précieux, pour caler le bébé contre votre sein, reposer vos bras et aussi faire office de support de livre, de téléphone, d’assiette…
- Les bouts de sein: Votre meilleur anti-douleur en cas de crevasses !
- Créer ma bulle: Les situations stressantes bloquent la lactation.
- Ne pas compter: Oublier les consignes horaires rigides et autres plannings de tétées « toutes les 4 heures ». Donnez à la demande !
- Les coquillages d’allaitement: Ces coquillages naturels que l’on place sur les mamelons entre les tétées permettent de les maintenir hydratés en permanence par le lait maternel et favorisent la cicatrisation des crevasses.
- La confiance en moi et en mon bébé: Vous savez mieux que quiconque ce qui est bon pour lui.
- Le tire-lait: Pour nourrir un bébé prématuré qui n’arrive pas encore à téter, pour stimuler la lactation, pour constituer un stock de lait en vue de la reprise du travail, pour désengorger les seins au moment du sevrage…
- Les feuilles de chou: Une astuce naturelle pour soulager les engorgements.
- Le sandwich: S'assurer que le bébé ouvre grand la bouche (comme pour manger un sandwich) quand vous le mettez au sein.
- Les vêtements d’allaitement: Des pièces dotées d’ouvertures latérales zippées ou boutonnées pour allaiter discrètement par-tout, sans montrer son ventre et sans avoir froid.
- L’aide du conjoint: Vous vous occupez de nourrir votre bébé, il/elle s’occupe du reste, notamment de vous nourrir vous.
- Le cododo: La solution pour ne pas se lever 30 fois par nuit et épuiser toutes ses ressources : apprendre à allaiter couchée et opter pour le cododo avec un équipement adapté.
- La lanoline: Cette crème très grasse et 100% naturelle (elle est issue de la laine de mouton) prévient et soigne à vitesse grand V les crevasses.
- La visualisation: Si vous avez l’impression que vous « n’avez pas (assez) de lait », essayez la visualisation : imaginez des cascades de lait qui jaillissent de vos seins et votre bébé qui boit goulûment cette abondance.
- Trouver la bonne position: Les positions d’allaitement sont nombreuses, n’hésitez pas à expérimenter pour trouver celle qui vous convient à vous et à votre bébé.
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