L'allaitement maternel, bien plus qu'une simple source de nutrition, est un pilier du développement infantile et un élément central des pratiques culturelles dans de nombreuses sociétés traditionnelles. Cet article explore les aspects de l'allaitement long, les pratiques tribales associées et les bénéfices pour l'enfant et la mère.

L'Allaitement Long : Une Norme dans le Monde, une Surprise en Occident

Dans de nombreuses régions du monde, la durée de l'allaitement se mesure en années plutôt qu'en mois. Cette pratique, courante dans de nombreuses cultures tribales, contraste avec les normes occidentales, où un allaitement prolongé (au-delà de 9 mois) peut susciter des interrogations quant à l'équilibre psychologique de l'enfant et de son futur développement.

Impact de l'Allaitement sur le Développement Cognitif et Psychosocial

Plusieurs études ont mis en évidence une corrélation significative entre la durée de l'allaitement et le développement cognitif et psychosocial de l'enfant. Un meilleur développement mental, évalué par le QI d'enfants âgés de 6 mois à 15 ans, est corrélé à la durée de l'allaitement, avec un impact notable à partir de 23 mois.

Les auteurs de ces études expliquent cette influence par trois mécanismes principaux :

  • Composants du lait maternel : Présence de longues chaînes d'acides gras polyinsaturés, essentiels au développement cérébral.
  • Acides aminés : Présence d'acides aminés primordiaux pour le développement de la sérotonine dans le cerveau.
  • Prévention de l'obésité : L'allaitement favorise la régulation de la satiété dès la petite enfance, limitant ainsi les problèmes d'obésité infantile et adolescente.

Ethno-pédiatrie : L'Étude des Pratiques Tribales

L'ethno-pédiatrie, l'étude des pratiques liées à l'enfance dans différentes cultures, offre un éclairage précieux sur les avantages de l'allaitement long. Prescott a mené des recherches approfondies en ethno-pédiatrie, croisant des données sur plus d'une vingtaine d'ethnies où la durée minimale d'allaitement est de deux ans.

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Allaitement et liens sociaux dans les sociétés berbères marocaines

Dans le sud-est marocain, les pactes de protection et de colactation sont scellés par le sang et le lait, le lait ayant une importance particulière. Le sang symbolise un accord de protection temporaire ou durable entre individus ou groupes, tandis que le lait scelle l'entente et l'intégration en établissant un lien de parenté permanent.

Ces pactes de protection, d'alliance et de colactation sont courants dans les sociétés d'Afrique du Nord et du Sahara, créant des liens sociaux importants. Bien que la littérature coloniale du début du XXe siècle concernant le Maroc, ainsi que des écrits collectifs et des publications d'E. Westermarck, aient abordé ces pratiques, peu d'études ont été consacrées à la pratique du rituel de protection (demande d'excuse et agrégation tribale) et de colactation dans les sociétés berbères marocaines

Dans la société berbère marocaine, les pactes de protection prennent diverses formes (protection, demande d'excuse et intégration) et établissent des relations entre individus et entre groupes. À l'époque où les guerres tribales étaient fréquentes, chaque tribu combattait ses voisins, ennemis et envahisseurs potentiels.

Les Aït Khebbach ont assuré pendant des siècles la protection des caravanes et on leur attribue une vingtaine de contrats durant le XIXe siècle. Les anciens de la tribu affirment que le coutumier (azerf), les conventions passées et les subdivisions tribales seraient conservés dans le village de Talsint, sur une peau de gazelle.

Le pacte de protection crée des relations de dépendance économique entre protecteurs et « tributaires temporaires ». Chez les Aït Khebbach, les catégories sociales ne distinguent pas explicitement les groupes dominants des groupes anciennement tributaires. Par commodité, l'appellation « tributaires temporaires » est utilisée pour désigner une ancienne protection librement consentie entre les Aït Khebbach et certaines populations, n'induisant nullement une situation permanente et une hiérarchie sociale stricte. Ces pactes de protection ont subi des modifications au cours des siècles et n'ont jamais impliqué les partenaires de manière définitive.

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Plusieurs modalités rituelles permettent d'acquérir la protection, mais seul l'engagement durable nécessite le sacrifice. Le terme amur (en kabyle canaya) sert à désigner la protection temporaire accordée à l'étranger qui pénètre sur le territoire d'une tribu.

Chez les Aït Khebbach et pour l'ensemble des Aït Atta, l'expression bab n-umur, littéralement « l'homme à la lance », renvoie, dans l'organisation politico-sociale, au chef de tribu ou de fraction. La lance représente le pouvoir et la puissance guerrière. On retrouve cette symbolique à propos notamment des traités de protection établis entre les Aït Atta et les Merabtines de la zaouïa de Mellouka-Belbala.

Le lien de fonction à symbole est explicite entre le pouvoir du chef et sa lance. La lance n'est pas associée à la seule puissance guerrière mais témoigne aussi de l'existence d'un pacte inviolable dont le chef de fraction ou de tribu serait le dépositaire et/ou le représentant.

Très généralement, on note, à propos du pacte de protection, l'intervention du rituel sacrificiel à l'origine même de la création de la convention permanente. Quiconque désire un protecteur égorge, selon ses moyens, un veau, une brebis, un mouton ou une chèvre devant la tente de celui dont il recherche la protection, et le prie d'être son protecteur. Ce dernier accepte généralement sans difficulté de le prendre sous son égide.

Le légendaire et l'histoire orale des Aït Khebbach font constamment référence aux pactes conclus avec de nombreuses tribus sédentaires. Les Aït Khebbach sont connus pour avoir été de valeureux guerriers. Les rapports qu'ils entretenaient avec les populations sédentaires particulièrement exposées aux assauts des tribus voisines étaient déterminés par leur supériorité dans tous les combats. Aussi les oasiens faisaient-ils souvent appel à eux, sollicitant leur protection.

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Plus globalement, ce sont les tensions entre nomades et sédentaires qui expliquent l'existence de contrats durables ou temporaires. En effet, ces contrats étaient nécessaires aux nomades pour se procurer les denrées indispensables qu'ils ne produisaient pas, à savoir les dattes et les céréales.

En 1971, les hommes de la tribu partirent en groupe demander réparation à un marabout, Sidi Lmadani, afin que la bénédiction divine dont jouissait ce saint rende plus favorables les conditions climatiques du territoire. Un incident majeur entre l'agurram et une famille de la tribu avait contraint celui-ci à quitter la région, région sur laquelle il avait jeté la malédiction sous la forme d'une sécheresse qui ne devait plus cesser. Le différend semble remonter à l'époque du Protectorat quand le fils d'un des Aït Khebbach fut accusé d'espionnage au profit des colonisateurs français et fut exécuté par les hommes de la tribu. Sidi Lmadani tenta d'apaiser la famille de la victime pour éviter le déclenchement mécanique de la vendetta. Devant l'échec de sa médiation et vexé de voir son arbitrage refusé, il décida de quitter la région accompagné de l'ensemble des familles maraboutiques.

La demande de réparation consiste à immoler un animal devant l'habitation de la famille à qui on adresse des excuses. Chez les Aït Khebbach, il semblerait que la pratique de la tacrgiba (couper les jarrets de l'animal avant le sacrifice) soit inconnue. Dans la majorité des cas, la viande n'est pas consommée par les deux parties en présence. C'est par la médiation du sang versé que le pardon est obtenu : c'est une sorte d'offrande. La cuisine et la consommation du sacrifice sont prises en charge par le groupe sollicité. Cependant, dans l'hypothèse d'un refus de la famille lésée, la non-acceptation de l'excuse doit impérativement être formulée avant que le sang ne coule. Car, si le sang de l'animal a touché le sol, il est devenu impossible de refuser le pardon demandé sous peine de « couper le sang » entre les deux familles. Au niveau des représentations le sang d'individus appartenant à une même tribu est identique, par conséquent lorsqu'on dit de deux hommes qu'ils ont « coupé le sang entre eux » cela signifie la suppression de leur communauté d'appartenance.

Les rituels de protection et de réparation par l'instrumentalisation du sang président tous deux à des formes de garantie de paix.

Les unna ighrsn, littéralement « ceux qui ont sacrifié, égorgé », sont les fractions allogènes de la tribu des Aït Khebbach qui ont accueilli de nombreux membres par le moyen de l'intégration.

À l'origine, les Aït Khebbach ne comprenaient que quatre fractions issues des enfants de l'ancêtre éponyme Khebbach : Amar, Arjdel, Alhyane et Azulaï. Exclus souvent pour des motifs violents de leur tribu d'origine (le crime d'honneur est l'élément le plus cité), les fractions et/ou familles allogènes se sont réfugiées auprès des Aït Khebbach. Ces derniers se présentent donc non seulement comme un groupe puissant mais ayant également su offrir sa protection à des individus honorables puisque auteurs de crimes d'honneur.

Le groupe agrégé meurt à sa généalogie d'origine pour renaître dans une autre fraction à laquelle désormais il appartient. Néanmoins, si les groupes se voient intégrés dans la généalogie de ceux qui les accueillent (la fraction est appelée ighs, littéralement l'os, le squelette ou le noyau), qu'il s'agisse des groupes conquis, tels les actuels descendants d'esclaves, ou des groupes agrégés, chacun conserve la mémoire précise de son origine. Ainsi, s'ils sont bien intégrés, ils ne sont jamais assimilés. L'image que la tribu, dans son ensemble, offre d'elle-même est remise en cause par la distinction fondamentale établie entre groupes endogènes et groupes allogènes. L'ambiguïté structurale du statut social des allogènes est notamment évidente au regard des prescriptions matrimoniales. Seuls les groupements Aït Amar, Irjdeln, Ilhyane et Izulaï peuvent, théoriquement, pratiquer n'importe quel type d'alliance. La filiation étant patrilinéaire, tout homme issu de l'un des quatre groupes endogènes transmet cette « pureté généalogique » à ses enfants, même si son épouse appartient à l'une des familles allogènes.

Tout comme les rituels de protection et de réparation, celui de l'a-filiation (i. e. l'adoption) témoigne d'une volonté de construire des liens sociaux durables. Le sacrifice suivi du repas pris en commun scelle l'accord.

Les trois modalités rituelles décrites (protection, réparation et affiliation) témoignent d'une équivalence sémantique et statutaire entre sang de l'animal versé et protection. Autrement dit, la protection transite par le sang de l'animal, considéré ici comme une substance éminemment positive car, par elle, passent les liens entre individus et entre groupes, sous la forme d'un don : celui de la protection. Le sang apparaît comme le support, sinon le véhicule, de l'acte de protection. La valeur symbolique du sacrifice est associée à son intérêt pratique (consommation de nourriture carnée), le reliant aux nécessités sociales et culturelles de la commensalité.

Parallèlement aux pactes de protection une autre catégorie de rituels spécifiques associent des tribus ou des individus entre eux : ce sont les pactes d'alliance.

Les auteurs de cette époque signalent l'existence de pactes de colactation que la plupart des populations berbères marocaines nomment tada (de la racine TD : têter).

Si la plupart des textes ont décrit ces pactes de colactation, peu d'ouvrages en ont fourni une étude détaillée, à l'exception de celui de G. Marcy à propos des Berbères du Maroc central dont voici, en substance, un aperçu.

D'après l'auteur, l'origine des pactes de colactation est à rechercher dans l'organisation berbère traditionnelle et trouve sa justification dans la représentation du groupe social calquée sur ce qu'il nomme une « fiction ethnique » où tous les individus se réclament d'un même ancêtre éponyme. G. Marcy, et il faut replacer son étude dans le contexte de l'époque coloniale, suppose que cette représentation est inadéquate puisque le groupe s'accroît par d'autres procédés que « celui de la génération naturelle », comme la protection d'étrangers nouvellement établis sur le territoire tribal, ou l'adoption, dont participe l'alliance par colactation. Anciennement, la colactation consistait à échanger réciproquement un récipient de lait dont le contenu était bu par les membres des deux groupes en présence. On choisissait sept femmes allaitantes dont on mêlait les laits dans un bol, lequel passait de main en main. L'auteur évoque le pacte de colactation scellé par la Kahina (698) avec un prisonnier arabe capturé par ses troupes : elle confectionna une galette d'orge pétrie sur ses seins et demanda à son fils et au prisonnier de la manger sur sa poitrine.

Le rituel instaurant la colactation aurait ensuite été remplacé par le tirage au sort des sandales ou d'un vêtement et par un repas pris en commun.

D'une manière générale, écrit G. Marcy, le pacte de colactation crée symboliquement une parenté de lait et donc un lien de parenté utérin. S'il note une islamisation formelle du rituel, il évoque aussi le recours langagier à une « sorte de divinité femelle incarnant l'esprit du groupe fraternel ».

La colactation une fois établie, les protagonistes se doivent assistance et accord mutuels.

Les écrits coloniaux de la première moitié du XXe siècle attestent la fréquence de ces pratiques.

L'Importance du Contact et de la Réponse aux Besoins du Bébé

Jean Liedloff, lors de son expérience avec les Indiens d'Amérique du Sud, a observé que les bébés sont constamment portés dès leur naissance, allaités à la demande et dorment avec leur mère. Cette relation de grande proximité, où les besoins du tout-petit sont comblés, sert le continuum de l'enfant mais aussi celui de sa mère. Ces enfants grandissent rapidement, deviennent indépendants et coopèrent avec plaisir à la vie de la tribu.

À l'inverse, les bébés occidentaux qu'on laisse pleurer seuls dans leurs berceaux peuvent développer un manque de confiance en eux et avoir plus de mal à s'adapter à la vie en société.

L'ocytocine : L'Hormone de l'Amour et du Bien-Être

L'ocytocine, également appelée « hormone de l'amour » ou « hormone du bonheur », est sécrétée par l'hypophyse. Le Professeur Uvnäs Moberg a fait des découvertes scientifiques majeures sur ses bienfaits. Ses recherches fournissent une explication physiologique à l'effet et à l'importance du massage et des caresses sur notre bien-être, car le toucher est la voie royale pour sécréter l'ocytocine. Sa libération permet la relaxation, la réduction du stress, la récupération, le développement de la mémoire, la croissance et la digestion.

Allaitement et Évolution Culturelle

Les nouvelles techniques obstétricales modifient profondément la physiologie de la naissance et ont des conséquences avancées sur la santé humaine. Assistées par des palliatifs hormonaux de synthèse qui imitent les effets de l'ocytocine naturelle, les femmes n'ont plus besoin de sécréter le cocktail d'hormones nécessaire à l'enfantement et à la mise en place de l'attachement maman/bébé. C'est un exemple sans précédent d'une fonction physiologique humaine, cruciale pour la survie de l'espèce, rendue obsolète par de nouveaux comportements culturels ; une obsolescence qui a un impact considérable sur la santé physique et émotionnelle humaine.

Conseils et réflexions

Il est essentiel de se préserver de la fatigue et du surmenage, et de prendre au mieux sa place de parent auprès de son bébé. Vivre la relation avec son bébé, maintenir le contact corporel et la stimulation, et gérer les tétées nocturnes ou tirer puis conserver son lait peuvent être des solutions efficaces aux problèmes de sommeil souvent rencontrés.

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