Introduction

La question de savoir si l'allaitement maternel protège contre l'obésité infantile fait l'objet de débats depuis plus de deux décennies. L'augmentation constante de l'obésité infantile dans de nombreux pays a relancé l'intérêt pour ce sujet, particulièrement dans les pays occidentaux où la prévalence de l'obésité infantile augmente de façon inquiétante, surtout chez les jeunes enfants. Il est donc crucial d'examiner attentivement les relations entre l'allaitement artificiel et les risques d'obésité infantile.

Impact de l'Alimentation Infantile sur la Croissance

Des études ont montré que l'alimentation infantile a un impact significatif sur la croissance. L'étude DARLING, par exemple, a révélé des différences notables dans les paramètres de croissance chez les enfants pendant les deux premières années, selon qu'ils étaient allaités pendant au moins un an ou nourris au lait industriel. Les enfants allaités avaient tendance à être plus minces entre 5 et 24 mois. Des résultats similaires ont été observés dans d'autres études menées en Amérique du Nord et en Europe, indiquant une croissance pondérale plus faible chez les enfants allaités à partir de 3 mois.

Une étude récente de Butte et al. a comparé des enfants exclusivement nourris au lait industriel à des enfants exclusivement allaités pendant au moins 4 mois. Elle a constaté une masse grasse plus importante chez les enfants allaités à 3 et 6 mois, mais cette différence disparaissait par la suite. Il est important de noter que seulement 38 % des enfants allaités suivis dans cette étude étaient encore allaités à 12 mois, et la plupart de ceux qui étaient encore allaités avaient commencé à recevoir du lait industriel ou du lait de vache entre 4 et 6 mois. Cela suggère que l'impact de l'allaitement sur le poids pourrait n'être apparent que chez les enfants allaités pendant une durée suffisante.

Défis Méthodologiques des Études sur l'Allaitement et l'Obésité

Bien que la plupart des études aient constaté une différence dans la masse grasse pendant les deux premières années, cette différence tend à disparaître par la suite. Cependant, de nombreuses études présentent des biais, notamment l'absence de définitions précises de l'allaitement. Pour être fiables, ces études devraient porter sur des cohortes suffisamment importantes, suivre les enfants pendant plus de 3 ans et évaluer le pourcentage d'enfants présentant un surpoids.

Une analyse de 11 études publiées entre 1981 et 2002, répondant à ces critères, a révélé des résultats mitigés. Cinq de ces études ont suivi les enfants pendant un maximum de 6 ans, tandis que les six autres portaient sur des enfants plus âgés ou des adolescents. Un facteur important dans la méthodologie est le contrôle des variables confondantes, en particulier le poids des parents et les habitudes alimentaires. Six de ces 11 études prenaient en compte l'indice de masse corporelle de la mère.

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Impact du Non-Allaitement sur le Risque d'Obésité

Parmi les cinq études portant sur des enfants d'âge préscolaire, trois ont constaté un impact du non-allaitement sur le risque d'obésité, tandis que deux n'ont pas retrouvé cet impact. Sur les six études portant sur des enfants plus âgés ou des adolescents, une seule n'a pas constaté d'impact du non-allaitement. Il serait intéressant de déterminer si cet impact est dose-dépendant.

Huit de ces 11 études ont recherché un tel impact ; quatre l'ont retrouvé, trois ne l'ont pas retrouvé, et la dernière constatait une « tendance » pour un tel impact. Toutefois, la prévalence de l'allaitement exclusif diminuant fortement avec l'âge de l'enfant, la taille des cohortes pourrait ne pas être suffisante pour mettre en évidence un impact dose-dépendant.

Mécanismes Potentiels Expliquant la Relation entre Non-Allaitement et Obésité

Il existe trois principales possibilités permettant d'expliquer la relation entre le non-allaitement et un risque plus élevé d'obésité :

  1. La régulation par l'enfant de ses apports énergétiques : L'allaitement permet à l'enfant de mieux contrôler ses apports. Des études ont constaté que le principal facteur déterminant la quantité de lait produite par la mère était la demande de l'enfant et la quantité de lait qu'il consommait. On a aussi constaté que les enfants s'adaptaient au taux de graisses du lait maternel en modifiant le volume de lait consommé : un taux plus bas en graisse était corrélé à l'absorption d'un volume plus important de lait. Cela pourrait avoir un impact sur la capacité à réguler ses apports plus tard dans la vie, mais on ignore si c'est exact, et quels sont les mécanismes en cause. On a toutefois constaté que les enfants nourris au lait industriel avaient des apports énergétiques plus importants dès les premiers mois de vie. Or, des études ont montré que la prise de poids pendant les 4 premiers mois était fortement corrélée au risque de surpoids à l'âge de 7 ans, après ajustement pour le poids à 12 mois.
  2. Les propriétés spécifiques du lait maternel : Certains facteurs du lait maternel peuvent aussi jouer un rôle. Les enfants nourris au lait industriel ont des taux sériques d'insuline plus élevés que les enfants allaités à J6. Des taux plus élevés d'insuline augmentent la prise de poids. Le non-allaitement est corrélé à un risque plus élevé de diabète de type II. Les enfants nourris au lait industriel ont des apports protéiques supérieurs de 66 à 70 % à ceux des enfants allaités à 3 et 6 mois, et à 12 mois leurs apports protéiques peuvent être 5 à 6 fois supérieurs à leurs besoins, en fonction des autres aliments consommés. Des études ont constaté une relation entre les apports protéiques pendant les premières années et le surpoids, mais d'autres études n'ont pas retrouvé cette relation. L'allaitement pourrait aussi avoir un impact sur le métabolisme de la leptine, une hormone qui régule l'appétit et les réserves lipidiques.
  3. La non-prise en compte de variables confondantes : On ne peut toutefois pas exclure la possibilité de variables confondantes qui n'auraient pas été prises en compte. En particulier, deux variables sont difficiles à évaluer avec précision : le contrôle éventuellement exercé par les parents sur l'alimentation de l'enfant, et l'activité physique. Une étude a observé que les mères qui allaitaient pendant au moins 12 mois contrôlaient moins les apports de leurs enfants à 18 mois que les mères qui n'avaient pas allaité pendant aussi longtemps. Un tel contrôle pourrait affecter la capacité de l'enfant à réguler lui-même ses apports. Par exemple, une étude a constaté que la pression exercée par les parents sur l'enfant était à l'origine de 15 % des variations constatées chez ces enfants entre 7 et 14 ans ; mais il est difficile de savoir si le contrôle des parents était la réponse à un surpoids de l'enfant ou sa cause. Les familles dont les enfants sont allaités pendant une longue période peuvent aussi avoir un style de vie de meilleure qualité, tant sur le plan de l'alimentation que sur celui de l'exercice physique. Seulement deux des 11 études passées en revue décrivaient comment elles avaient pris en compte ces facteurs, sans que cela modifie l'impact du non-allaitement sur l'obésité ; toutefois, on ne peut pas être absolument sûr de la fiabilité de cette prise en compte.

Étude du CDC sur l'Allaitement et le Surpoids

Une étude menée par Grummer-Strawn et Mei (2004) a analysé des données longitudinales du Centers for Disease Control and Prevention Pediatric Nutrition Surveillance System pour examiner les relations entre la durée de l'allaitement et le risque de surpoids chez des enfants âgés de 4 ans appartenant à une population défavorisée. Les enfants ont été répartis en six catégories en fonction de l'alimentation reçue : alimentation exclusive au lait industriel, allaitement de moins d'un mois, allaitement de 1 à 2 mois, de 3 à 5 mois, de 6 à 11 mois, et de 12 mois et plus.

Les résultats ont montré une relation dose-dépendante entre la durée de l'allaitement et le risque de surpoids, mais seulement chez les enfants blancs non hispaniques. Par rapport aux enfants blancs non hispaniques qui avaient été allaités pendant 6 à 12 mois, le risque de surpoids chez les enfants qui n'avaient pas été allaités était 1,42 fois plus élevé ; il était environ 2 fois plus élevé chez ces enfants par rapport aux enfants qui avaient été allaités pendant 12 mois et plus. Il était intéressant de noter que le non-allaitement augmentait aussi le risque de faible prise de poids (index de masse corporelle inférieur au 5ème percentile), dont la prévalence était la plus élevée chez les enfants qui n'avaient pas du tout été allaités. Aucun impact sur le surpoids n'était constaté chez les enfants qui avaient été allaités pendant moins de 3 mois.

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L'allaitement semble avoir un effet « régulateur » sur l'index de masse corporelle : il en limite la variabilité et abaisse le risque de surpoids comme le risque de poids insuffisant. Un allaitement long était corrélé à un risque plus bas de surpoids chez les enfants blancs non hispaniques. Le principal avantage de cette étude est l'importance de la cohorte étudiée, et le fait que le niveau socio-économique était relativement homogène. Ses principales limitations sont la possibilité d'un impact de variables non prises en compte (comme par exemple l'alimentation reçue par l'enfant après le sevrage, ou le niveau d'activité physique, ou encore la durée de l'allaitement exclusif). Le fait que cet impact soit significatif uniquement chez les enfants blancs non hispaniques permet de penser qu'il existe des facteurs comportementaux liés à l'appartenance ethnique. Par exemple, parmi les enfants blancs, le risque d'obésité est 2 fois plus élevé chez les enfants hispaniques que chez les enfants non hispaniques.

Étude Allemande sur les Déterminants Précoces de l'Obésité

Une étude longitudinale prospective allemande menée par Bergmann et al. (2003) a évalué l'impact de l'alimentation au début de la vie sur le risque d'obésité à l'âge de 6 ans. Les enfants ont été répartis en deux groupes suivant qu'ils avaient été allaités pendant 3 mois et plus, ou qu'ils avaient été allaités pendant moins de 3 mois ou pas du tout.

Les résultats ont montré que l'indice de masse corporelle était similaire dans les deux groupes à la naissance. À 3 mois, les enfants non allaités avaient un indice de masse corporelle significativement plus élevé que les enfants allaités. À l'âge de 6 mois, le pourcentage d'enfants présentant un surpoids ou une obésité était plus important chez les enfants non allaités. Aux âges de 4, 5 et 6 ans, la prévalence du surpoids et de l'obésité était respectivement presque 2 fois et 3 fois plus élevée chez les enfants qui n'avaient pas été allaités ou l'avaient été pendant moins de 3 mois.

Effet Protecteur de l'Allaitement Maternel : Étude de la Cohorte ELANCE

Marie Françoise Rolland-Cachera et ses collaborateurs de l'Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle (EREN) ont analysé les données de la cohorte ELANCE et ont montré que l'allaitement a un effet protecteur sur le risque d'obésité à 20 ans. Les chercheurs soulignent également que les apports nutritionnels à l'âge de deux ans sont déterminants pour assurer cet effet bénéfique.

Les résultats montrent que l'effet bénéfique de l'allaitement apparaît nettement lorsque l'on prend en compte les apports nutritionnels jusqu'à 2 ans et est significativement associé à une diminution de la graisse corporelle à 20 ans. Par ailleurs, dans le modèle statistique, les apports élevés en lipides à 2 ans sont associés à une diminution de la masse grasse à 20 ans.

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L'alimentation des jeunes enfants est souvent caractérisée par des apports élevés en protéines et faibles en lipides, or le lait maternel est riche en graisse et contient une faible proportion de protéines. D'après les recommandations officielles, les lipides ne doivent pas être restreints chez les jeunes enfants afin de répondre à leurs besoins élevés en énergie pour la croissance et pour le développement rapide de leur système nerveux. En particulier, les laitages allégés qui comportent peu de lipides et une proportion élevée de protéines ne sont pas indiqués avant l'âge de 2-3 ans.

Allaitement et Graisses Corporelles à l'Âge de 9 Ans

Une nouvelle étude présentée lors du congrès annuel de l'Association européenne de l'étude du diabète (EASD) à Hambourg (Allemagne) met en évidence un lien entre l'allaitement ou non dans la petite enfance et les niveaux de graisses corporelles à l'âge de 9 ans. Les chercheurs ont constaté que les enfants qui avaient été allaités durant moins de 6 mois avaient en moyenne 3,5 % de graisse corporelle en plus à l'âge de neuf ans que ceux allaités pendant 6 mois ou plus. L'étude souligne par ailleurs les potentiels effets délétères d'une consommation précoce de sodas sur la masse grasse plus tard dans la vie.

Recommandations de l'OMS et Importance de l'Allaitement Exclusif

Une vaste étude de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) menée dans seize pays européens auprès de 30 000 enfants âgés de 6 à 9 ans a révélé que "les enfants qui n'ont jamais été allaités ont 22 % de probabilité en plus d'être obèses" par rapport à ceux qui ont été nourris au moins en partie au lait maternel pendant six mois ou plus. L'OMS recommande un allaitement exclusif au sein jusqu'à l'âge de six mois et espère qu'"au moins 50 %" des enfants en bénéficieront d'ici 2025. L'organisation voudrait d'autre part que l'allaitement puisse se poursuivre "de six mois à deux ans, voire plus", complété par une autre alimentation.

Marketing des Substituts du Lait Maternel et Informations Impartiales

L'OMS et l'UNICEF ont mené une étude dans plusieurs pays pour comprendre comment le marketing de l'industrie des substituts du lait maternel influence nos décisions sur l'alimentation des enfants. L'étude révèle que le marketing des substituts du lait maternel est très avancé et ciblé, exploitant les angoisses et les aspirations maternelles. L'étude souligne l'importance cruciale de bien comprendre la problématique et le contexte, en précisant que le rapport concerne le marketing et non le produit, et qu'il porte sur le droit fondamental des parents, mères et soignants d'accéder à des informations exactes et impartiales sur l'alimentation de leurs enfants.

Lait Maternel vs Préparations pour Nourrissons : Différences Fondamentales

Le lait maternel reste la norme de l'alimentation du bébé humain. En France, comme dans les pays industrialisés, pour beaucoup de parents et de professionnels, le lait maternel et les préparations pour nourrissons sont presque équivalents. La dimension neurobiologique de l'allaitement et ses effets sur la mère et le bébé sont la plupart du temps ignorés dans notre société.

Le lait humain est une substance spécifique de notre espèce, perfectionnée depuis des millénaires d'évolution et destinée à faciliter la croissance et le développement des nourrissons. Les préparations pour nourrissons contiennent de l'eau, des protéines, des graisses, des sucres, des vitamines et des sels minéraux issus d'une autre espèce animale ou végétale. Contrairement au lait maternel, les préparations pour nourrissons restent stables dans le temps et ne s'adaptent pas à l'évolution continue du petit être humain.

Dans le lait artificiel, il n'y a pas de cellules vivantes, pas de facteurs de croissance, pas d'hormones, pas d'enzymes et de composants immunologiques. Les bébés recevant des préparations pour nourrissons ont un développement cognitif moins avancé, un QI moins élevé à tous les âges jusqu'à l'adolescence, et une maturation neurologique et de la rétine retardée. Les enfants non allaités ont une réponse immunitaire moins bonne lors des vaccinations de la première année de vie et un risque plus accru d'allergies, d'asthme, d'obésité et d'autres maladies.

Étude sur les Singes et Impact du Lait Infantile sur l'Obésité

Une étude réalisée par des chercheurs de l'Université de Californie a révélé que les enfants nourris au lait infantile seraient davantage sujets à l'obésité, aux problèmes de foie et du système cardiovasculaire. Les singes nourris au lait artificiel ont grossi plus vite et leurs taux d'insuline et d'acides aminés ont augmenté davantage que les autres singes. Selon les chercheurs, une piste fiable serait la présence trop forte d'un type de protéine dans le lait infantile qui accélérerait anormalement le processus de croissance et de prise de poids.

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