Introduction

L'allaitement maternel est une pratique ancestrale, mais l'histoire du biberon, une alternative ou un complément à l'allaitement, est moins connue. Cet article explore l'allaitement et l'utilisation du biberon dans les sociétés archaïques, en particulier en Mésopotamie et en Grèce antique, en se basant sur des sources textuelles, archéologiques et iconographiques.

L'alimentation de la femme enceinte dans l'Antiquité

Recommandations et interdits alimentaires

La grossesse et la naissance sont des moments de la vie humaine marqués par une série d’interdits et de recommandations fondés sur des observations empiriques ou sur des croyances. La femme enceinte, ou venant d’accoucher, et le nouveau-né peuvent être frappés d’un tabou. R. Kessing indique que le sens général de ce terme est celui d’interdit, mais il convient d’être prudent face à la généralisation de ce mot. Ce concept pose en effet le problème du double sens à la fois négatif de l’interdit et positif du sacré. É. Durkheim propose ainsi une distinction entre deux types d’interdictions, l’un se rapportant au sacré et l’autre au profane, le sacré pouvant être considéré comme pur ou impur.

Bien que le corpus hippocratique propose quelques recettes et recommande certains aliments pour faciliter la conception, les sources cunéiformes et grecques anciennes n’ont pas livré, à notre connaissance, d’interdits alimentaires touchant spécifiquement la femme enceinte, la parturiente et le nouveau-né. La théorie de l’« imagination maternelle » existe cependant dans les deux régions étudiées. Selon cette croyance, l’alimentation pouvait être à l’origine de l’apparition sur le corps du bébé de tâches de naissance. Cette théorie témoigne ainsi des « pouvoirs » que les Anciens prêtaient au « corps maternel ». Selon eux, l’alimentation de la future mère, tout comme ses visions, pouvait influencer le développement du fœtus. Présente dans la littérature grecque ancienne, la théorie de l’imagination maternelle apparaît également dans les sources mésopotamiennes, notamment dans des textes visant à défaire des sortilèges.

Le lait dans les recettes médicales et magiques

Dans le monde mésopotamien, le lait et la crème sont mentionnés dans les ingrédients des rituels visant à faciliter la naissance, de la période sumérienne à la période néo-assyrienne. Dans un certain nombre d’incantations mésopotamiennes accompagnant la naissance, la femme en couches est comparée à une vache qui, dans le mythe, tombe enceinte des œuvres du dieu lune Sîn. L’utilisation de ce mythe dans les incantations accompagnant la naissance viserait à apaiser la parturiente en dressant un parallèle entre sa situation et celle de l’animal mythologique. En outre, le recours au lait et à la crème participe du rapprochement entre la femme en couches et la vache, annonçant la fonction nourricière de la mère allaitante.

Dans une incantation en sumérien datée de l’époque paléobabylonienne, Enki, dieu associé à la magie, conseille à son fils Asarluhi un rituel pour soulager la parturiente : « Prends des roseaux du petit marais d’Eridu. Verse à l’intérieur le lait crémeux d’une vache pure et la crème d’une vache, la poussière de la rue [texte manquant]. »

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Les envies de la femme enceinte

Le statut transitoire de la grossesse permet également de satisfaire d’éventuelles envies, que d’aucuns qualifieraient de caprices. En effet, le tabou qui frappe l’individu en passage permet de mettre en exergue la situation spécifique et l’importance sociale de ce dernier en rappelant son état au reste du groupe.

Deux incantations rédigées en sumérien évoquent la plante ù.làl dont la femme enceinte se « fait grosse » : « Elle commença à manger la plante ú.làl, sa nourriture préférée, elle s’en faisait grosse. » Le fœtus, nageant dans le liquide amniotique, est donc comparé à un poisson qui, d’après les deux incantations citées, déclencherait chez sa mère des envies alimentaires particulières.

Des recommandations alimentaires sont faites dans le monde grec aux femmes enceintes, notamment par Aristote au ive s. av. J.-C., sans que ces conseils ne prennent une dimension religieuse. Les futures mères doivent, pour le philosophe, prendre soin d’elles, demeurer actives et, surtout, bien manger.

L'alimentation du nourrisson : allaitement et alternatives

L'allaitement maternel : norme et représentations

L’allaitement au sein est une pratique bien attestée dans l’Antiquité. Les vertus du lait maternel étaient reconnues, et cet ingrédient entrait dans la composition de certaines recettes médicales dans le monde grec. Il existe de nombreuses représentations de femmes allaitantes dans le monde mésopotamien. Ainsi, le département des Antiquités orientales du Louvre compte parmi ses collections une figurine en terre cuite découverte à Tello et datée de l’époque d’Isin-Larsa, représentant une femme allaitant un enfant.

Dans l'Iliade, Homère mentionne des personnages héroïques comme Hécube et Thétis qui ont allaité respectivement Hector et Achille. D'autres figures maternelles comme Andromaque et Jocaste sont également associées à l'allaitement dans les œuvres d'Euripide.

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L'allaitement artificiel : le biberon dans l'Antiquité

Bien qu'il n'ait pas été identifié dans les mondes cunéiformes, il semble que le recours au biberon, bien que rare, existait dans le monde grec. Cette pratique apparaît tardivement dans les textes, notamment chez Soranos d’Éphèse, bien qu’une terre cuite béotienne du début du ve siècle figure une femme faisant boire un très jeune enfant à l’aide d’un récipient à anse qui rappelle les vases-biberons découverts en contexte funéraire. En outre, des vases à bec tubulaire, datés également du ve siècle, ont été découverts sur l’agora d’Athènes. Ces objets présentent des traces de dents qui seraient celles de bébés de quelques mois.

Le recours à l’allaitement artificiel en Grèce ancienne peut témoigner d’un interdit religieux ou bien de l’impossibilité d’allaiter l’enfant au sein, par exemple en cas de décès de la mère. En outre, il faut envisager une utilisation de ces biberons en complément d’un allaitement, par la mère ou par une nourrice, par exemple pour hydrater l’enfant.

Les réflexes archaïques du nourrisson

Dès la naissance, bébé réalise des mouvements étonnants : comment peut-il prendre le sein seulement quelques heures après qu’il soit né ? Les réflexes archaïques sont des mouvements involontaires automatiques réalisés suite à un stimuli extérieur (bruit, lumière, toucher,…). Certains réflexes sont même intégrés in utero afin que bébé puisse se tourner ou se fléchir pour être guidé vers la sortie.

Ce n’est un secret pour personne, bébé tète automatiquement dès que nous lui présentons un élément à téter (un sein, un doigt, un biberon ou une tétine). C’est relativement pratique car pour survivre, bébé a besoin de se nourrir et de téter du lait :) et la tétine pour le calmer c’est aussi pratique. Lorsque vous chatouillez la joue de bébé, vous voyez sa tête se tourner du côté de la zone stimulée par le toucher.

Dès les premiers jours de vie, les réflexes archaïques sont des réactions involontaires naturelles que l'on retrouve chez tous les nourrissons, ils se développent in utero, pendant la grossesse. Ces réflexes primitifs sont innés et normaux chez le nourrisson. Testés par le pédiatre dès les premiers jours de vie du nourrisson, les réflexes archaïques jouent un rôle essentiel dans la survie du bébé. Ils ont un rôle protecteur pour l'enfant. Ils lui permettent de se nourrir (réflexe de succion), de se protéger (réflexe de retrait), de se mouvoir (réflexe de ramper, également appelé réflexe de reptation)…

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Le réflexe de succion est probablement le plus connu des réflexes primitifs de Bébé. Il tient une place importante dans la vie de bébé, il lui permet de téter le sein de sa mère ou son biberon et d'avaler.

Le portage kangourou : une approche naturelle

Le portage kangourou est une méthode de soins néonatals qui met l'accent sur le contact peau à peau entre la mère et son enfant. Des études biologiques, physiologiques, neurocomportementales, évolutionnaires et anthropologiques montrent que le contact peau à peau entre la mère et son enfant représente la norme pour tous les nouveau-nés, et que dans cette norme il y a une « niche comportementale » qui, en post-partum immédiat, est l’allaitement. Le programme neurocomportemental de la reproduction a été étudié de façon extensive chez les mammifères. Chaque étape de la grossesse a son climat hormonal spécifique, et ses composantes autonomiques et somatiques. Les recherches biologiques sur de nombreux mammifères ont montré que les phénomènes neuraux de la grossesse sont « fortement conservés », qu’ils sont presque identiques dans toutes les espèces.

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