Charles Chaplin, figure emblématique du cinéma muet, est surtout connu pour son personnage de Charlot et ses longs métrages poignants. Pourtant, sa filmographie compte également des courts métrages, dont Le Pèlerin (The Pilgrim), une œuvre souvent négligée mais qui mérite une attention particulière. Ce film marque une transition importante dans la carrière de Chaplin, tout en offrant un aperçu de ses préoccupations sociales et de son talent pour mêler humour et émotion.

Un Court Métrage Qui Dépasse les Attentes

Le Pèlerin, réalisé en 1923, est le dernier court métrage de Chaplin. Initialement conçu comme un "2 bobines" d'environ 20 minutes, le projet a pris de l'ampleur pour devenir un "4 bobines" de 40 minutes. Cette expansion a permis à Chaplin de remplir ses obligations contractuelles avec la First National et de gagner son indépendance artistique (1). Le film peut donc être considéré comme un moyen métrage.

Synopsis : Un Évadé Déguisé en Pasteur

L'histoire suit un évadé de prison (Charlie Chaplin) qui, par un concours de circonstances, se retrouve déguisé en pasteur. Dans une gare du Texas, les habitants d'une petite ville le prennent pour leur nouveau pasteur, attendu ce jour-là. Forcé de jouer le rôle, il doit conduire un office, se retrouvant dans des situations à la fois comiques et délicates.

Un Mélange de Comique et de Critique Sociale

Le Pèlerin est un film qui mélange habilement le comique avec une peinture sociale de la bigote petite bourgeoisie d'une ville moyenne. Chaplin utilise l'humour pour dénoncer l'hypocrisie et les préjugés de la société. Cette approche n'a pas été sans susciter des controverses à l'époque. Chaplin a été accusé d'avoir voulu ridiculiser un homme d'église, ce qui a limité la distribution du film dans certaines régions.

Le Pèlerin et l'héritage de Charlot

Dans Le Pèlerin, Chaplin abandonne en partie le personnage de Charlot, tout en conservant certains traits caractéristiques. Comme Charlot, le Pèlerin est un marginal, un étranger qui se retrouve confronté aux normes et aux conventions sociales. Cependant, le Pèlerin est aussi un personnage plus complexe, capable de compassion et de remise en question.

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Une Influence sur les Œuvres Ultérieures

Le Pèlerin peut être rapproché de The Adventurer, le dernier court métrage de Chaplin pour la Mutual, où il interprétait déjà un prisonnier évadé. Si The Adventurer était plus axé sur le slapstick, il comportait déjà un aspect social, le prisonnier se retrouvant immergé dans un univers de riches bourgeois. On retrouve cette thématique dans Le Pèlerin, où le personnage de Chaplin est confronté à la rigidité et à l'étroitesse d'esprit de la bourgeoisie provinciale.

La musique

En 1959, Chaplin a légèrement remonté Le Pèlerin et ajouté la chanson «Bound for Texas», qu'il a lui-même écrite dans le style des cowboy songs. Elle est chantée par l’anglais Matt Monroe. Le film était inclus dans The Chaplin Revue qui comprenait en outre deux autres courts métrages First National : A Dog’s Life et Shoulder Arms.

Un Film Porteur de Finesse et de Sensibilité

Le scénario du Pèlerin, bien écrit, offre un polar social débordant de finesse et de sensibilité avec des scènes hilarantes comme celle du gamin exécrable face au prêtre travesti. Une histoire drôle et romantique dans laquelle Mr Chaplin…

Edna Purviance : Une Collaboration Essentielle

Le Pèlerin est le dernier court métrage où Chaplin joue en compagnie d’Edna Purviance, sans aucun doute un des meilleurs. Le scénario est puissamment élaboré, presque digne d’un long métrage. Abandonnant le personnage de Charlot, Chaplin y joue le rôle d’un prisonnier évadé qui dérobe les habits d’un pasteur et se retrouve à sa place dans le temple puis au domicile du bedeau, dans une société de fidèles. On a … A partir d'un quiproquo dans lequel il est pris pour un pasteur, Charlot le fugitif s'amuse à faire le pitre face aux fidèles de la messe, c'est le grand moment du film.

Edna Purviance a été une collaboratrice essentielle de Chaplin pendant de nombreuses années. Elle a joué dans plus de 30 films à ses côtés, incarnant souvent des personnages féminins forts et indépendants. Leur collaboration a débuté en 1915 et s'est poursuivie jusqu'en 1923, avec L'Opinion publique. Purviance était plus qu'une simple actrice pour Chaplin. Elle était sa muse, sa partenaire à l'écran comme à la ville. Ensemble, ils ont exploré les thèmes de l'amour, de la pauvreté et de l'exclusion sociale.

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De l'autre côté de la caméra

L’acteur qui interprète l’ancien compagnon de cellule est le réalisateur et scénariste Charles Reisner. (1) Rappelons que Chaplin est, avec Mary Pickford, Douglas Fairbanks et David W. Griffith, l’un des quatre fondateurs d’United Artists qui distribuera bien évidemment ses films suivants.

L'Opinion Publique : Un Drame Social Oublié

En 1923, Chaplin réalise L'Opinion publique (A Woman of Paris), un drame social dans lequel il n'apparaît pas à l'écran. Le film raconte l'histoire de Marie St. Clair (Edna Purviance), une jeune femme qui quitte son village pour Paris, où elle devient la maîtresse d'un riche homme d'affaires. Marie se retrouve tiraillée entre son amour pour un jeune artiste et le confort matériel que lui offre sa position.

L'Opinion publique est un film complexe et nuancé qui aborde des thèmes tels que l'amour, la trahison, la pauvreté et la condition féminine. Le film marque un tournant dans la carrière de Chaplin, qui explore des thèmes plus sombres et réalistes. L'Opinion publique a été salué par la critique pour sa réalisation soignée, son scénario intelligent et les performances des acteurs.

A Woman of the Sea : Un Film Perdu

En 1926, Chaplin produit A Woman of the Sea, un mélodrame réalisé par Josef von Sternberg et mettant en vedette Edna Purviance. Le film raconte l'histoire de deux sœurs vivant dans un village de pêcheurs en Californie. L'une des sœurs, Joan (Edna Purviance), est une jeune fille sage et réservée, tandis que l'autre, Magdalen, est plus audacieuse et séductrice. Magdalen s'enfuit avec un écrivain à New York, laissant Joan épouser un pêcheur. Cependant, Magdalen revient à Monterey, semant la discorde dans la vie de sa sœur.

Malheureusement, A Woman of the Sea est considéré comme un film perdu. Chaplin n'a jamais été satisfait du film, qu'il trouvait trop mélodramatique et peu réaliste. Il a ordonné à von Sternberg de refaire certaines scènes, mais sans succès. Finalement, Chaplin a détruit les copies du film en 1933, apparemment pour des raisons fiscales. Seules quelques photos de plateau subsistent, témoignant du travail de von Sternberg et de la présence d'Edna Purviance.

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