L'alimentation des veaux allaitants en système fermier est un élément clé pour assurer leur croissance optimale et la rentabilité de l'élevage. Elle doit être adaptée à leurs besoins spécifiques, en tenant compte de l'évolution de leur système digestif et des ressources disponibles sur l'exploitation. Cet article explore les différentes stratégies d'alimentation, les types d'aliments à privilégier et les bonnes pratiques à adopter pour réussir l'alimentation des veaux allaitants.

Besoins nutritionnels des veaux allaitants : une évolution constante

Les besoins nutritionnels des veaux évoluent considérablement au cours de leur vie. Avant l'âge de trois mois, le lait maternel suffit généralement à couvrir leurs besoins. Cependant, après cette période, un aliment spécifique est nécessaire pour soutenir leur croissance et faciliter la transition vers un système digestif de ruminant.

L'importance d'un aliment spécifique après 3 mois

Cet aliment spécifique doit être de qualité, avec un équilibre énergie/azote approprié. Il est recommandé de viser une valeur UFV (Unité Fourragère Viande) supérieure ou égale à 0,90 et une teneur en MAT (Matières Azotées Totales) de 17 à 20 %. La teneur en MAT doit être ajustée en fonction de la race, certaines races comme les Blondes d'Aquitaine ou les Parthenaises ayant des besoins plus élevés en protéines.

Un taux de cellulose supérieur à 12 % est également important pour favoriser le bon fonctionnement du rumen. Il est crucial d'éviter d'apporter trop d'énergie à ce stade, car un excès de céréales peut entraîner une acidose, endommageant les papilles ruminales et réduisant la capacité digestive future de l'animal.

Stratégies d'alimentation : adapter l'offre aux besoins et aux ressources

Après le sevrage, différentes stratégies alimentaires peuvent être mises en place, en fonction des fourrages disponibles sur l'exploitation. Il est préférable de réserver les fourrages de meilleure qualité aux génisses de première année, car leurs besoins sont importants et leur rumen est plus petit.

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L'analyse des fourrages : un outil indispensable

L'analyse des fourrages est essentielle pour ajuster l'alimentation et la complémentation en fonction des stades physiologiques des animaux. La valeur nutritionnelle de l'herbe varie considérablement en fonction des espèces présentes et du stade de récolte. Le maïs peut également présenter des fluctuations de valeur, avec une tendance à la baisse des concentrations minérales.

Des correcteurs azotés ou énergétiques peuvent être utilisés pour équilibrer la ration.

Les différentes stratégies alimentaires après le sevrage

On distingue trois principales stratégies alimentaires pour les génisses laitières et les veaux de races allaitantes après le sevrage :

  • Le mélange fermier + fibre: Cette stratégie permet de valoriser les céréales produites sur l'exploitation et de limiter les achats aux protéines et aux minéraux. Cependant, elle peut entraîner une consommation de fibres facultative et une croissance irrégulière dans le lot.
  • Le granulé du commerce + fibre: Cette option offre une plus grande facilité de travail et une régularité de la présentation de l'aliment. Cependant, elle peut entraîner des coûts alimentaires élevés et une consommation de fibres facultative.
  • Le mash fibreux fermier: Cette stratégie permet d'améliorer les performances techniques en termes de développement et de croissance des veaux. Il simplifie l'organisation du travail, permet des lots un peu moins hétérogènes et favorise une bonne appétence et une bonne maîtrise de la digestion.

Le mash fibreux fermier : une solution économique et performante

Le mash fibreux fabriqué à la ferme présente de nombreux avantages. Il est composé à plus de 70 % d'ingrédients issus de la ferme, ce qui favorise l'autonomie de l'exploitation. Il s'agit d'un aliment complet et sécurisé grâce aux fibres, qui assure une bonne appétence et une bonne maîtrise de la digestion, favorisant ainsi une bonne croissance.

Le mash fibreux peut être distribué à volonté pendant plusieurs jours, ce qui simplifie l'organisation du travail. Son coût est généralement inférieur à 200 €/tonne, minéraux inclus.

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Exemple de mash fibreux à base d'épeautre pour des mâles charolais âgés de plus de 7 mois :

  • Mélasse de canne : 60 kg
  • Paille de blé : 50 kg
  • Minéraux : 20 kg
  • Tourteau de colza : 40 kg
  • Tourteau de lin : 40 kg
  • Céréales enzyme urée : 610 kg
  • Epeautre : 180 kg

Ce mélange présente une valeur de 1 UFL/kg MS et une teneur de 15.5 % de MAT. Il est distribué à volonté à raison d'environ 10 kg par animal de 450 kg de poids vif.

L'alimentation au pâturage : optimiser l'utilisation de l'herbe

Le pâturage est une source d'alimentation importante pour les veaux allaitants. Cependant, il est important de gérer le pâturage de manière à éviter le surpâturage et à assurer une alimentation de qualité.

La complémentation au pâturage : quand et comment ?

La complémentation des veaux au pâturage ne doit pas être un palliatif à une déficience chronique du système fourrager. Elle vise à couvrir les besoins constants du couple mère/veau, en particulier lorsque la quantité de lait maternel et d'herbe disponible ne suffit plus.

La complémentation se justifie notamment en cas de chargement élevé, de sécheresse prononcée ou pour les stratégies de vêlages à 2 ans. Pour les génisses, une bonne gestion de l'herbe permet généralement de maintenir un gain moyen quotidien (GMQ) suffisant.

La quantité de concentrés à distribuer doit être progressive, de 1 kg/jour au démarrage à 3-3,5 kg/jour avant le sevrage. Il est important de trouver un compromis entre la valorisation par l'animal et l'intérêt économique.

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Les types de concentrés à privilégier

La composition du concentré à distribuer doit tenir compte de la disponibilité et de la qualité du fourrage. Il est recommandé d'utiliser un aliment équilibré en énergie et en protéines, avec une teneur en MAT d'environ 16 % et un rapport UF/PDI entre 100 et 110 g.

Les teneurs en amidon et en cellulose doivent être adaptées au mode de distribution. Les aliments riches en amidon et pauvres en cellulose doivent être rationnés pour éviter les risques d'acidose. Pour les distributions à volonté, il est important de privilégier les aliments riches en cellulose (au moins 11 à 12 %).

Il est possible de réaliser un concentré fermier en mélangeant différentes matières premières, telles que des céréales aplaties, des tourteaux ou des protéagineux et des aliments cellulosiques. Il est important d'incorporer des minéraux à ce type de mélange.

Les méthodes de distribution au pâturage

Il existe deux méthodes de distribution au pâturage : rationnée ou à volonté en libre-service (nourrisseur). Le rationnement journalier présente un risque de surconsommation et un manque de contrôle de la consommation. Le libre-service nécessite un nourrisseur adapté et une surveillance régulière.

Adaptation aux conditions difficiles : sécheresse et déficit fourrager

En cas de conditions difficiles, telles que la sécheresse ou le déficit fourrager, il est important d'adapter l'alimentation des veaux allaitants pour maintenir leur état corporel et assurer leur croissance.

Les stratégies d'adaptation

Plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre :

  • Anticiper les ventes d'animaux à réformer: Cela permet de réserver l'herbe disponible aux reproductrices.
  • Sevrage précoce des veaux: Cela permet de décharger les prairies et de réduire les besoins des vaches.
  • Restriction alimentaire temporaire des vaches: Une restriction modérée peut être appliquée, en veillant à ne pas descendre en dessous d'une note d'état corporel de 2 (sur une échelle de 0 à 5) avant la reproduction, puis en dessous de 1,5 une fois la période de reproduction terminée.
  • Complémentation des veaux: Une complémentation adaptée permet de compenser le déficit fourrager et de maintenir la croissance des veaux.
  • Utilisation de matières premières alternatives pour la litière: Il est possible de remplacer la paille de litière par des plaquettes de bois.
  • Favoriser la repousse de l'herbe automnale: Il est important de laisser le temps aux prairies de récupérer et de maintenir la distribution de fourrages grossiers jusqu'à ce que le stock d'herbe sur pied soit reconstitué.

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