L'alimentation des animaux d'élevage, en particulier des ruminants, est un facteur déterminant pour leur santé, leur croissance et la qualité de leurs produits. L'utilisation d'aliments concentrés, notamment dans le contexte de l'élevage rustique et de l'allaitement, soulève des questions importantes quant à leur composition, leur rôle et leur impact sur la valorisation de l'herbe et la santé des animaux. Cet article vise à explorer ces aspects, en s'appuyant sur des données issues de la recherche et des témoignages d'éleveurs, afin de fournir une information complète et structurée sur l'alimentation concentrée rustique pour l'allaitement.

Importance de la valorisation de l'herbe dans l'alimentation

La gestion du pâturage est un élément clé de l'alimentation des ruminants. Elle peut être abordée de différentes manières, en fonction de la disponibilité des surfaces et de la qualité des sols. Le pâturage libre, avec un faible chargement, peut être très performant, mais nécessite de vastes surfaces. Dans les exploitations disposant de moins de surface, l'optimisation de la valeur de l'herbe et de son assimilation passe par la mise en place d'un pâturage tournant en paddocks, permettant une intensification à l'hectare.

Le pâturage tournant favorise la pousse de l'herbe au printemps grâce à un chargement instantané important, une durée de pâturage courte et un temps de retour qui permet à l'herbe de se reconstituer en quantité et en qualité entre deux pâtures. Un déprimage pratiqué assez tôt sur la surface complémentaire permet de nourrir les animaux en sortie d’hiver, sans nuire à la quantité de foin récoltés. Il est important de noter que lorsqu'un paddock est pâturé, il est préférable de descendre suffisamment bas pour favoriser la pousse du trèfle, mais sans aller en dessous de 5 cm, afin de ne pas affaiblir les plantes. En général, les éleveurs n'entrent pas sur un paddock tant que l'herbe n'a pas atteint 20-25 cm pour les bovins.

La composition de la prairie est également un facteur important. Un mélange graminée-légumineuse, voire une prairie multi-espèces, permet de maintenir plus longtemps dans la saison une herbe de bonne valeur alimentaire. Pour un paddock à dominante de graminées précoces, un temps de retour trop important peut générer des refus, car ces plantes ont des feuilles qui jaunissent plus rapidement.

Le choix des espèces composant les prairies temporaires est essentiel pour maximiser l'herbe pâturée dans la ration. Plusieurs facteurs sont à prendre en compte : la précocité, la période d'épiaison, la valeur nutritive de l'espèce et l'orientation de la prairie, entre fauche et pâture. Lors du semis, un équilibre doit être recherché entre graminées et légumineuses, notamment le trèfle, qui peut avoir tendance à prendre le dessus sur d'autres espèces. Une base de 3 à 4 kg de trèfle blanc, dans une association avec 12 kg de Ray grass anglais et 8 kg de fétuque élevée semble être un bon compromis.

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Le bon fonctionnement écologique et agronomique d'une prairie permanente, sa capacité à résister aux aléas climatiques et à nourrir un troupeau de ruminants de manière équilibrée dépendent fortement de sa composition, elle-même sous le contrôle des pratiques d'élevage. L'essentiel est de bien connaître ses types de parcelles (précocité, espèces présentes) afin d'arriver à pâturer au moment idéal, et de pouvoir jouer sur les complémentarités d'espèces et de surfaces. Une grande diversité de milieux permet d'engraisser les animaux à l'herbe. La plupart des éleveurs qui témoignent se basent sur des prairies naturelles. Certains systèmes maintiennent un engraissement à l'auge tout en remplaçant une partie des rations classiques par de l'herbe conservée (ensilage ou enrubannage).

Intégration d'herbe conservée dans les régimes

Le projet CAP protéines Elevage a testé plusieurs adaptations de régimes à base de céréales ou ensilage maïs pour la finition de jeunes bovins ou vaches de réforme. L’introduction d’herbe conservée dans les régimes à base de céréales donne de très bons résultats et se traduit par une baisse des consommations de céréales et de tourteaux sans impacter les performances de croissance. Les résultats sont moins notables pour les systèmes à base de maïs. Ce type de systèmes nécessite une très bonne maîtrise technique des récoltes de l’herbe, des conditions météo favorables et une bonne conservation et implique une distribution pouvant être plus difficile dans le cas de l’enrubannage.

Adaptation des pratiques d'élevage pour optimiser l'engraissement à l'herbe

La gestion des lots au pâturage est également importante pour mettre en adéquation les besoins alimentaires des animaux et la valeur nutritionnelle apportée par les prairies disponibles. Caler la période des naissances aux périodes de pousse de l'herbe est important pour pouvoir engraisser au mieux des animaux au pâturage. Le vêlage de printemps permet d'ajuster la période de forts besoins des animaux à la période de pleine pousse de l'herbe. Pour ces mères, l'hiver correspond au tarissement ce qui permet de simplifier leur ration.

Le sevrage des veaux est nécessaire avant la finition pour obtenir les meilleures performances : l'âge au sevrage est donc à adapter selon la période de vêlage. Pour le vêlage de printemps, les veaux peuvent être sevrés à 6 mois avant mise à l'herbe de printemps et 90- 120 j de finition. Le vêlage d'hivers et d'automne permet d'étaler la période de vente et de passer plus facilement une période de sécheresse l'été, au moment du tarissement.

Lors de l’engraissement des animaux à base d’herbe, la composition énergétique ou protéique de la ration distribuée peut nécessiter un allongement de la durée du cycle de production pour arriver au poids carcasse et à l’état d’engraissement voulu. Les aléas climatiques mais aussi le rythme de croissance des bêtes peut retarder le moment où l’animal est prêt pour l’abattage. Cet allongement de la période de croissance peut permettre de mieux faire face aux fluctuations de prix de vente et aux périodes de sécheresse. Si un animal n’est pas prêt à la fin d’une saison de pâturage, il passera l’hiver sur la ferme et reprendra sa croissance au cycle de pâturage suivant, au printemps d’après. Selon son âge, il pourra soit être maintenu en état l’hiver (animaux jeunes comme les génisses de première année) soit perdre un peu de poids et le reprendre rapidement au printemps (animaux en âge de se reproduire). Il s’agit de « l’effet accordéon », qui est une aptitude physiologique des ruminants à reprendre au printemps le poids qui a pu être perdu pendant l’hiver.

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La complémentation (2 à 5 kg de concentrés) est une option pour avancer les sorties (raccourcir la finition). D’après l’IDELE, elle peut être nécessaire pour finir les animaux à plus forts besoins (génisses, races tardives) ou lorsque la qualité de l’herbe se dégrade (été ou automne). Un affouragement trop riche en énergie et/ou un apport en protéines insuffisant durant la période de croissance ou d’engraissement conduit à un dépôt de graisse précoce et indésirable. Cela a pour conséquence une mauvaise valorisation du fourrage. En effet, une couverture de graisse trop importante nécessite jusqu’à 40% d’énergie supplémentaire pour obtenir le même accroissement. Pour les animaux en croissance comme les veaux, il faut fournir les besoins en croissance et en engraissement au même moment, c’est à dire un fourrage de très bonne qualité sur toute la période d’engraissement. Les périodes où les fourrages de qualité sont susceptibles de manquer (sécheresse) entraînent parfois des changements de ration pour la finition d’un lot.

Ainsi, les éleveurs s’orientant sur la finition à l’herbe, cherchent souvent à produire des génisses, bœufs, ou vaches de réformes. Cette orientation implique de garder les animaux plus longtemps sur la ferme que pour la production de broutard par exemple. Pour les éleveurs ovins, dont la production principale sont les agneaux qui ont un cycle de vie court, la production d’agneaux d’herbe passe systématiquement par un calage des agnelages permettant de profiter du pic de croissance de l’herbe au printemps, à faire coïncider avec les besoins des brebis qui atteignent un pic un mois après l’agnelage. A partir d’avril, la mère bénéficie, au pâturage, des premières pousses d’herbe riches en azote. La croissance de l’herbe maximale de mi-mai à début juin coïncide ainsi avec le pic de lactation, période où les brebis ont les plus forts besoins. Aucune complémentation en aliments concentrés n’est nécessaire. D’après le projet Biovandes portant sur la production d’agneaux à l’herbe, la pousse de l’herbe ralentit avant que la plupart des agneaux soient engraissés. Ils nécessitent alors une complémentation en concentrés pour leur finition.

Importance de la race et de l'éducation alimentaire

Contrairement aux idées reçues, avoir des animaux de race rustique n’est pas primordial pour réaliser de la finition au pâturage. De nombreux éleveurs réalisent la finition à l’herbe avec les animaux de leur terroir : Limousines en Limousin, Charolaises, Salers ou Aubrac en Auvergne, races mixtes ou rustiques. Ce sont les choix de conduite des animaux (date de vêlage, élevage des jeunes…) et les choix de système (chargement de l’exploitation, types d’animaux commercialisés) qui importent. La race est le principal facteur de variation de la quantité et de la répartition de gras sur les carcasses, notamment à travers un gabarit et une capacité d’ingestion (CI) spécifique, qui représentent deux caractéristiques essentielles pour l’engraissement. Certains éleveurs orientent leur sélection génétique vers des animaux herbagers, avec un forte capacité d’ingestion. En élevage ovin, le cheptel peut être constitué de brebis de race herbagère.

Là encore, contrairement aux idées reçues, l’animal est rarement limité par son temps d’ingestion mais plutôt par la capacité du rumen en volume. Les projets menés par le réseau Agriculture Durable de Moyenne Montagne (ADMM) préconisent donc d’offrir des aliments grossiers dès les premiers temps de vie afin d’augmenter le potentiel de valorisation des fourrages. Pâturer de l’herbe fraîche, oui mais de l’herbe mâture : un bon compromis entre protéine, azote et fibre. Des temps de retour suffisamment long entre deux passages de pâture le permettent (aux alentours du mois). Outre l’éducation alimentaire du troupeau, ces critères peuvent se sélectionner génétiquement à travers le choix de la souche du troupeau et de la race. Quelques éleveurs assument une éducation alimentaire stricte dans ce sens. L’état des animaux recherché est inférieur aux standards attendus dans un premier temps. Un engraissement de longue durée permet d’augmenter considérablement la part de gras intramusculaire.

Impact de l'alimentation à l'herbe sur la qualité de la viande

Chez les bovins, comme chez les ovins, l’alimentation à l’herbe fraîche augmente leur composition en acides gras polyinsaturées (AGPI) dont les Oméga 3 font partie. Une synthèse bibliographique récente (Normand et Gruffat, 2023) montre que comparativement à une finition à base d’ensilage de maïs ou de concentré, l’utilisation d’herbe dans la ration de finition des bovins permet de diminuer la teneur en lipides totaux de leur viande, tout en en augmentant les proportions des acides gras (AG) connus pour leurs propriétés bénéfiques sur la santé humaine. Cette étude précise que la forme de présentation de l’herbe joue un rôle important. Ces effets sont particulièrement marqués pour les gros bovins finis au pâturage, lorsque l’herbe consommée est jeune et feuillue. L’herbe conservée sous forme d’ensilage a un impact légèrement plus faible sur les teneurs en acides gras polyinsaturés n 3 (AGPI n 3) de la viande que l’herbe fraiche.

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Concernant les qualités organoleptiques des viandes (couleur, goût et tendreté), les connaissances sur le sujet sont peu nombreuses. Il est reporté que la couleur de la viande en engraissement à l’herbe serait plus rouge que les autres, mais les résultats sur l’impact de l’engraissement sur la couleur de la viande ne sont pas homogènes : certaines études portées sur les carcasses entières dans les abattoirs, indiquent que le type de ration ingérée semble également avoir un impact sur la couleur du gras de couverture des bovins, certains auteurs ayant rapporté une pigmentation jaunâtre sur les animaux nourris à l’herbe, en faisant le lien avec certains carotènes spécifiques, effectivement plus présents dans les tissus des ruminants nourris à l’herbe, l’ensilage de maïs ne contenant que très peu de ce pigment. Toutefois, cette observation n’est pas systématiquement possible à l’œil nu chez les bovins, et ce n’est jamais le cas chez les ovins.

Valorisation économique de la finition au pâturage

Sur un mode de commercialisation en circuit court, la finition au pâturage est bien valorisée. Pour les circuits de commercialisation longs, ces gages de qualité ne sont pas encore suffisamment reconnus et valorisés. Dans la grande majorité des cas, cette pratique n’induit aucune plus-value sur le prix d’achat par rapport à des animaux finis à l’auge. La conformation des animaux est un élément déterminant pour la rémunération de l’éleveur en filière longue. Quelques projets traitent de ces aspects pour les animaux engraissés à l’herbe ; les défauts de carcasses le plus souvent observés, sont une conformation peu satisfaisante et des poids de carcasse peu valorisable par les filières, défauts essentiellement rencontrés sur des races précoces. L’hétérogénéité des carcasses est également une problématique évoquée par les opérateurs de l’aval. Les résultats du projet Bioviandes, montrent que parmi les exploitations enquêtées, en bovin, les carcasses produites sont très hétérogènes. Seuls 2 élevages sur 8 obtiennent des carcasses conformes aux attentes de la filière (> 320 kgc et R = 3). L’atteinte de conformation par l’engraissement à l’herbe semble ainsi relativement difficile.

Dans la mesure où les impacts de la viande engraissée à l’herbe sont positifs, mais peu valorisée dans les circuits longs de commercialisation, la constitution d’une filière spécifique est aujourd’hui soulevée. Plusieurs études concluent qu’à performance de finition (durée, poids) presque équivalente, l’avantage économique de ce mode d’engraissement est notable. Une étude réalisée par l’institut de l’élevage compare des animaux finis à l’herbe sur des prairies de ray gras anglais trèfles blancs et des animaux finis à l’auge. Pour des génisses en filière viande (charolaises), le coût est de 0,55€/kg carcasse au pâturage contre 2,72€/kg carcasse à l’auge. Dans les deux cas, la durée de finition n’est supérieure que de 2 à 6 jours et le gain de poids carcasse n’est inférieur que de 5 à 6 kg au pâturage par rapport à une finition à l’auge. Des travaux similaires réalisés par le Civam du Haut Bocage et les Chambres d’Agriculture de Lozère et des Deux Sèvres confirment qu’une ration herbagère coûterait jusqu’à cinq fois moins cher par animal qu’une ration à l’auge.

Compléments alimentaires et besoins spécifiques des poulains

L'alimentation des poulains est un sujet de préoccupation pour de nombreux éleveurs. Les aliments pour chevaux adultes sont rarement suffisants pour couvrir les besoins en vitamines ou minéraux des poulains, et il est souvent préférable d'apporter un CMV, surtout si le cheval ne mange pas les rations recommandées par le fabricant. Les rations ne semblent pas monstrueuses sur les marques que j’ai repéré. Mais j’aurais bien du mal à savoir si les apports sont justes. A savoir qu’il est impossible d’analyser le foin, et qu’elle sera dans un pré immense, donc elle aura toujours un peu d’herbe à manger, même l’hiver. Il est important de noter qu'à cet âge, la digestion de la cellulose est bien plus faible que chez l'adulte, donc qu'ils profitaient peu du foin et que l'aliment concentré était d'autant plus important.

Le plus important chez un foal…c'est le mouvement! Le risque de la suralimentation c'est l'OCD.

Il est préférable d'opter pour un aliment sans céréale (donc pauvre en sucre), riche en protéine, avec un CMV (pour le dosage duquel la nutritionniste m'a déjà dit de ne pas tenir compte de la compo des autres aliments). Il est conseillé de faire appel à un.e nutritionniste, qui s'adaptera à votre cas et vous aidera à répondre au mieux aux besoins d'un poulain. Il faut vraiment éviter une alimentation trop riche et trop sucrée.

Les légumineuses : une source de protéines pour les ruminants

Les légumineuses sont une source d’apport en protéines pour les ruminants. Parmi elles, le sainfoin (Onobrychis viciifolia Scop.) présente de fort taux de protéine sans risque de météorisation du fait de la présence de tannins dans sa composition. Il s’agit d’une plante pérenne rustique prospérant sur sols secs et calcaires. La repousse automnale est appréciée car elle peut être pâturée en automne et hiver, après une saison de production de foin (fourrage « charnier »). Le but de ce travail est d’identifier les variétés présentant le meilleur potentiel fourrager ainsi que la valeur nutritive de la repousse automnale la plus élevée.

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