Albert Koski est une figure aux multiples facettes, dont la vie a été marquée par des expériences extraordinaires et des contributions significatives au monde de la musique et du cinéma. Né dans des circonstances tragiques, il a surmonté des épreuves inimaginables pour devenir un producteur de concerts de rock influent en France, puis un partenaire créatif dans le monde du cinéma. Cet article explore les différentes étapes de sa vie, de ses origines modestes à ses succès retentissants, en passant par ses collaborations artistiques et ses épreuves personnelles.
Une naissance tragique et un passé marqué par la guerre
La vie d'Albert Koski commence dans des circonstances dramatiques. "Je suis né sur le quai de gare de Bialystok, dans un train en partance pour les camps de concentration", confie-t-il. Cette naissance, marquée par la menace constante de la persécution, a profondément influencé sa vision du monde. "Sortant de là, j’ai eu des visions toute ma vie de la cruauté. Ça permet d’apprendre beaucoup sur la nature humaine."
Après la guerre, la famille Koski se retrouve sans ressources près de Vienne. Un incident particulier marque un tournant dans leur vie : "Un matin à côté de la gare, je repère une fille de mon âge dans une petite robe. Je la suis pour tenter de l’embrasser. On se retrouve sur les quais, où étaient entreposés des dizaines de wagons pleins d’anciens billets qui ne valaient plus rien. Dans ma course, je glisse sur une crotte. Je sens dans cette merde une capote anglaise. J’avais vu dans les camps les juifs mettre leur argent dedans. Je comprends immédiatement ce que c’est. Je ramène l’ensemble à ma mère. Il y avait 500 dollars dedans, soit l’équivalent de 500 000 dollars actuels. Nous étions sauvés."
La reconnaissance envers sa mère est immense : "C’est elle qui a sauvé mon père, enterré vivant, prêt à être exécuté par les nazis, en allant quémander sa tête. Si on s’est échappés du goulag, c’est aussi grâce à elle."
L'arrivée en France et la découverte de l'Amérique
En 1951, les Koski s'installent en France, où le jeune Albert est pris en charge par United Jewish Appeal. Cette organisation lui permet de partir aux États-Unis en 1956 pour évaluer son aptitude à suivre des études. C'est ainsi qu'il arrive à New York, au moment de l'ascension d'Elvis Presley. "C’était un grand boum."
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À New York, Albert multiplie les petits boulots, notamment vendeur de chaussures sur Madison Avenue, et passe ses étés en France. C'est lors d'un voyage en paquebot qu'il rencontre sa première épouse, une dessinatrice pour "Vogue". Grâce à elle, il entre en contact avec les jeunes photographes de l'époque, tels qu'Irving Penn, Richard Avedon et David Bailey. "Les mecs étaient payés à la séance et ne touchaient aucun droit. Je gagnais bien ma vie à Wall Street, mais je leur ai proposé d’être leur agent en Europe, il m’a fallu trois ans pour y parvenir. Quand j’ai réussi, les mecs sont devenus milliardaires du jour au lendemain. Et moi, je ne touchais rien."
Producteur de concerts de rock : l'âge d'or de KCP
Après une expérience infructueuse à Hollywood, Albert Koski revient sans le sou. Il contacte une amie qui s'occupe des tournées de Bowie et T.Rex en Angleterre, et découvre un nouveau monde. "Quand Marc Bolan montait sur scène, il se prenait 2 500 petites culottes dans la figure. J’ai compris que ce job était pour moi."
En 1972, Albert Koski fonde KCP, sa société de production de concerts. À cette époque, la France manque d'infrastructures pour accueillir les stars internationales du rock. "Quand je me suis lancé, en 1972, les agents anglais ne voulaient plus venir en France. Il n’existait pas de structures pour accueillir les artistes. Tout était à faire. Alors j’ai tout monté moi-même, au point d’avoir le monopole sur tout le monde du rock d’alors."
Koski déniche le Pavillon de Paris, à la Villette, qu'il transforme en une salle de concert de 7 800 places. Il y fait jouer les plus grands noms du rock : Led Zeppelin, les Rolling Stones, les Who, Bruce Springsteen, Pink Floyd, Lou Reed, Bob Dylan, et bien d'autres. "Un soir de concert des Stones, un camion manque de renverser une fillette. Je me suis jeté pour la rattraper. C’était la gamine d’un Hells Angels. Le mec m’a dit : “On t’aidera jusqu’à la fin de tes jours”, et il a tenu parole."
La fin de KCP et la reconversion dans l'art
L'aventure KCP prend fin brutalement en 1987. "Jean-Claude Camus, mon ennemi juré [il a encore du mal à prononcer son nom], a adressé une lettre au fisc pour dire que j’avais des comptes planqués en Suisse. L’administration a envoyé 22 agents lors d’un concert de Santana. Ils n’ont rien trouvé. Puis ils sont venus chez moi et ont tout bloqué. Comme j’étais un homme de parole, je n’avais par exemple pas de contrats avec les Stones, ma parole ne valait plus rien. J’ai tout perdu."
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Après cette épreuve, Albert Koski se relève et se reconvertit dans l'art. "Heureusement, j'avais acheté quelques tableaux, dont des Basquiat. Alors je me suis mis dans l'art, j'ai eu une galerie pendant vingt ans." Il expose également ses propres œuvres, réalisées à partir de souches de billets de ses concerts et d'affiches sérigraphiées.
La rencontre avec Danièle Thompson et le cinéma
La vie d'Albert Koski prend un nouveau tournant lorsqu'il rencontre Danièle Thompson, une scénariste et réalisatrice de renom. "Il y a 47 ans, la scénariste rencontrait Albert Koski, un rebelle qui a chamboulé ses idéaux." Leur rencontre a lieu en 1975, dans les coulisses du théâtre des Champs-Élysées. "Dans les coulisses, on m'a présentée au jeune producteur, Albert Koski, qui m'a présentée à sa femme - elle venait d'avoir un bébé ! Ce n'était pas franchement bien parti", confie Danièle Thompson. "La suite est un peu longue. Pour résumer, j'ai quitté mon mari, lui, sa femme, et nous ne nous sommes plus quittés."
Depuis, Albert Koski et Danièle Thompson forment un couple uni et collaborent dans le monde du cinéma. Albert est devenu producteur de films aux côtés de sa femme.
Danièle Thompson : Une carrière cinématographique remarquable
Danièle Thompson, née le 3 janvier 1942 à Monaco, est issue d'une famille de cinéma. Son père, Gérard Oury, est réalisateur, et sa mère, Jacqueline Roman, est actrice. Après une année de droit, elle part à New York avec sa mère et débute sa carrière en tant que scénariste aux côtés de son père. Ensemble, ils écrivent La Grande Vadrouille.
En 1999, Danièle Thompson passe derrière la caméra et réalise son premier film, La Bûche, co-écrit avec son fils Christopher Thompson. Elle enchaîne ensuite avec Décalage horaire en 2002. Ses films abordent souvent le thème de la famille, avec ses défauts, ses mœurs et ses dysfonctionnements.
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En plus de sa carrière de réalisatrice, Danièle Thompson a également été membre du jury au Festival de Cannes en 1986 et vice-présidente de l'Académie des Césars en 2017.
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