Albert Ier, roi des Belges, a marqué l'histoire de son pays et de l'Europe, particulièrement pendant la Première Guerre mondiale. Son courage, sa détermination et son sens de l'humanité ont fait de lui une figure emblématique, surnommé le "Roi-Chevalier".

Un roi préparé par le destin

Né le 8 avril 1875, Albert n'était pas destiné à régner. Fils cadet du comte et de la comtesse de Flandre, il n'était pas l'héritier direct du trône. Son oncle, Léopold II, régnait et reportait ses espoirs sur son neveu Baudouin. Cependant, le destin en décida autrement lorsque Baudouin décéda prématurément. Albert devint alors l'héritier présomptif.

Conscient de ses responsabilités futures, Albert se consacra à parfaire sa culture et ses connaissances. Il épousa Élisabeth de Wittelsbach en 1900, une union heureuse dont naîtront trois enfants : Léopold (futur Léopold III), Charles et Marie-José. Le 23 décembre 1909, Albert accéda au trône, succédant à Léopold II.

La Première Guerre mondiale : un tournant

En 1914, la Première Guerre mondiale éclata. L'Allemagne exigea le libre passage de ses troupes à travers la Belgique pour attaquer la France. Face à cet ultimatum, Albert Ier fit preuve d'une détermination sans faille. Il refusa de céder à la pression allemande et décida de défendre la neutralité de son pays.

Le 4 août 1914, les troupes allemandes envahirent la Belgique. Albert Ier prit personnellement le commandement de l'armée belge, composée d'environ 281 000 hommes. Il prit des initiatives stratégiques, notamment la décision d'évacuer Anvers pour éviter l'encerclement de l'armée belge. Il crée la ligne de l'Yser pour contenir l'avance allemande vers la mer.

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La résistance belge permit de ralentir l'avancée allemande et de protéger le réduit national anversois. Malgré l'infériorité numérique et matérielle, l'armée belge se battit avec acharnement. Albert Ier resta aux côtés de ses troupes, partageant leurs conditions de vie et leur courage. Il installa son quartier général à Furnes, tandis que le gouvernement belge s'exila à Sainte-Adresse, près du Havre, en France. La reine Elisabeth se dévoua auprès des blessés et des réfugiés, fondant un hôpital à La Panne où elle servit comme infirmière.

La Belgique fut presque entièrement occupée par les Allemands. Seule une petite portion de territoire, autour de La Panne, resta libre grâce à l'inondation de la plaine de l'Yser. Albert Ier et son armée maintinrent leur présence sur ce territoire, symbolisant la résistance belge face à l'envahisseur.

Un roi engagé pour la paix

Convaincu qu'aucun des deux camps ne pouvait l'emporter, Albert Ier engagea en 1917, avec l'aide de l'empereur d'Autriche, la plus grande négociation de paix du conflit. Il mena en parallèle une action diplomatique vigoureuse dans le but d'aboutir au plus vite à une paix de compromis. Les deux officiers ont l'avantage d'être les frères de Zita, épouse de Charles Ier et vont user de cette relation familiale pour transmettre les messages entre les négociateurs des deux camps. Ces tentatives restèrent cependant vaines.

En septembre 1918, lors de la grande offensive alliée, le maréchal Foch nomma le roi Albert à la tête du groupe d'armées des Flandres. Albert Ier participa activement à l'offensive décisive déclenchée par Foch pour la conquête de la crête des Flandres et la bataille de Torhout-Tielt, qui aboutit à la reconquête de Bruges. Le 22 novembre 1918, à Bruxelles, la foule enthousiaste accueillit le Roi Albert Ier - désormais connu comme le « Roi-chevalier » - en héros. Celui-ci s’adresse à nouveau à toute la Nation, représentée par les députés et les sénateurs réunis.

L'après-guerre : reconstruction et réformes

Le jour même de l'armistice, Albert Ier reçut les députés et les sénateurs au château de Loppem. Il y prononça le fameux "discours du Trône", dans lequel il se déclara favorable au suffrage universel aux élections et à l'égalité entre les langues : le français et le néerlandais. Constatant l’égalité de tous les Belges face aux souffrances de la guerre, son discours jette les bases d’une nouvelle société belge. Le Roi plaide ainsi en faveur de l’instauration du suffrage universel pur et simple pour les hommes et prône la solidarité entre le travail et le capital ainsi que des mesures favorisant le bien-être des travailleurs. La première grande réforme ne se fait pas attendre: lors des élections législatives du 16 novembre 1919, tout citoyen belge de sexe masculin dispose d’une (et d’une seule) voix. Les veuves de guerre non remariées et les mères de soldats morts à la guerre qui sontveuves ont également le droit de vote.

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Après la guerre, Albert Ier s'engagea activement dans la reconstruction du pays. Il encouragea vivement la reconstruction rapide de la Belgique : villes rebâties, usines remises en marche, voies ferrées réparées. Le pays connut ensuite une économie prospère qui ne sera compromise que par la crise économique mondiale de 1929. Des traités de commerce sont signés avec le Luxembourg en 1921, avec la France, les Pays-Bas et les pays scandinaves en 1928. En 1930, le roi inaugure le creusement du canal Albert et le port d'Anvers est agrandi.

Son règne voit également d'importantes réalisations sociales : l'obtention du suffrage universel en 1918, la loi des huit heures en 1921, la semaine de quarante-huit heures. Des réformes linguistiques entrent en vigueur : la flamandisation de l'université de Gand en 1930, l'unilinguisme des deux parties du pays en 1932. Sur le plan culturel, les Belges doivent à l'initiative personnelle du roi la fondation du Fonds national de la recherche scientifique. La reine Élisabeth et le roi patronnent le développement des arts et des lettres.

Lors de la signature du traité de Versailles, Albert 1er refuse d'accabler l'Allemagne. Il obtient que soit abrogé le statut de neutralité de 1831, qui a si mal servi la Belgique.

Un roi aimé et respecté

Albert Ier était un roi proche de son peuple, respectueux de la Constitution et soucieux du bien-être de ses concitoyens. Il était admiré pour son courage, sa modestie et son intégrité. Ses combats sont aussi sociaux : suffrage universel masculin, liberté syndicale, extension de la législation sociale…

Passionné d'alpinisme, Albert Ier trouva la mort accidentellement le 17 février 1934, lors d'une escalade à Marche-les-Dames. Ses funérailles rassemblèrent une foule immense d'anonymes et d'officiels étrangers. Il est inhumé dans la crypte royale de l'église Notre-Dame de Laeken.

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