L'allaitement maternel est une période cruciale pour le développement du nourrisson, et la santé de la mère est primordiale pour assurer une production laiteuse de qualité. Cependant, des situations médicales peuvent survenir, nécessitant la prise de médicaments. La question de la compatibilité entre la prise d'anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et l'allaitement est donc une préoccupation majeure pour les mères et les professionnels de santé. Cet article vise à fournir des informations claires et précises sur les recommandations concernant l'utilisation des AINS pendant l'allaitement, en s'appuyant sur les données scientifiques disponibles et les conseils d'experts.
Le Principe de Précaution et l'Allaitement
En matière d'allaitement, le principe de précaution est de mise afin de protéger au mieux le nourrisson. Il est fortement déconseillé de prendre des médicaments, des compléments alimentaires ou des produits à base de plantes sans avis médical, même si ces produits ont été prescrits pendant la grossesse. La raison principale réside dans la difficulté d'évaluer la toxicité d'un médicament pendant l'allaitement lors des études cliniques précédant sa commercialisation, pour des raisons éthiques évidentes.
Bien que le passage éventuel d'un médicament dans le lait soit étudié chez l'animal, ces informations ne sont pas toujours transposables à l'être humain. Ainsi, les données concernant le passage d'un médicament dans le lait maternel chez la femme sont limitées à quelques médicaments spécifiques.
Le CRAT : Une Ressource Inestimable
Le Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT) est un organisme essentiel qui compile et met à disposition des informations validées sur l'usage des médicaments pendant la grossesse et l'allaitement. Il permet aux professionnels de santé et aux mères de prendre des décisions éclairées concernant les médicaments compatibles avec l'allaitement.
Le CRAT recense les données disponibles sur l’usage des médicaments pendant la grossesse ou l’allaitement. Il met à disposition des informations validées sur les médicaments qu’il est possible de prendre lorsqu’on souffre d’un problème de santé pendant l’allaitement. En cas de doute sur la compatibilité d'un médicament avec l'allaitement, il est fortement recommandé de consulter le site web du CRAT et de renseigner le nom du médicament concerné.
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Risques Potentiels des Médicaments Pendant l'Allaitement
Lorsque le médicament passe dans le lait maternel, il est absorbé par le nourrisson et peut potentiellement provoquer des effets indésirables similaires ou supérieurs à ceux observés chez l'adulte. Certains médicaments peuvent entraîner des troubles digestifs bénins comme la constipation ou la diarrhée, tandis que d'autres peuvent provoquer des troubles plus graves, voire une intoxication. Les nouveau-nés prématurés ou ceux souffrant de maladies rénales ou hépatiques sont particulièrement vulnérables aux effets toxiques des médicaments.
Il est également possible qu'un nouveau-né soit sensibilisé à un médicament via le lait maternel et développe une réaction allergique ultérieurement. Par exemple, la codéine, un dérivé de la morphine présent dans certains médicaments contre la douleur ou la toux, peut être dangereuse pour certains nourrissons. Bien que la codéine soit généralement présente à des doses faibles dans le lait maternel et peu susceptible de causer des effets indésirables, certaines femmes métabolisent la codéine en morphine de manière anormalement élevée. Dans ces cas rares, le lait peut contenir des taux élevés de morphine, entraînant une somnolence, des difficultés à téter, des pauses respiratoires, voire une dépression respiratoire potentiellement fatale chez l'enfant.
De nombreux médicaments peuvent passer du sang maternel dans le colostrum et le lait maternel. Certains médicaments, comme les diurétiques, peuvent diminuer la sécrétion de lait, ce qui les contre-indique pendant l'allaitement. Les dérivés de l'ergot de seigle (bromocriptine, cabergoline) peuvent également freiner la libération de prolactine, l'hormone responsable de la montée de lait. Les terpènes (camphre, eucalyptus, lévomenthol) peuvent altérer le goût du lait.
Contraception et Allaitement
Bien que l'allaitement exclusif puisse avoir un effet contraceptif, il ne constitue généralement pas une méthode de contraception fiable. Les pilules estroprogestatives sont déconseillées pendant les six premiers mois suivant l'accouchement, tandis que les progestatifs (pilule progestative microdosée ou implant sous-cutané) peuvent être prescrits.
AINS et Allaitement : Ce Qu'il Faut Savoir
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont couramment utilisés pour soulager la douleur et l'inflammation. Cependant, leur utilisation pendant l'allaitement nécessite une attention particulière. Il est impératif de ne pas prendre d'AINS de sa propre initiative. Tout traitement par AINS pendant l'allaitement doit être prescrit par un médecin, qui évaluera la nécessité du traitement, prescrira la dose efficace la plus faible et limitera la durée du traitement au minimum.
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Certaines études ont suggéré que la prise d'AINS en début de grossesse pourrait légèrement augmenter le risque de fausses couches et de malformations cardiaques ou abdominales. En fin de grossesse, les AINS peuvent provoquer une fermeture prématurée du canal artériel du fœtus, entraînant une hypertension pulmonaire et potentiellement la mort fœtale, même après une seule prise.
Si une femme enceinte a pris un AINS par inadvertance après le sixième mois de grossesse, une consultation médicale est nécessaire pour mettre en place une surveillance cardiaque et rénale du fœtus ou du nouveau-né, en fonction du terme de l'exposition.
Ibuprofène et Allaitement : Une Option Possible ?
L'ibuprofène, un AINS largement prescrit comme antidouleur, est souvent utilisé par les femmes qui allaitent. Il est connu depuis les années 1960 et est couramment prescrit par les gynécologues en cas de douleurs post-partum, d'épisiotomie ou de déchirure périnéale. L'ibuprofène agit sur l'œdème et l'inflammation, ce qui en fait un choix courant pour soulager les douleurs.
L'ibuprofène est souvent prescrit car il agit sur l’œdème et l’inflammation. La jeune maman peut alors amenée à prendre des médicaments, dont de l’ibuprofène, pendant son séjour à la maternité, pour calmer ses douleurs. Ou plus tard, en raison d’une mastite par exemple.
L'ibuprofène est disponible sous différents noms commerciaux (Advil, Nurofen, Spifen, etc.) et peut être délivré sans ordonnance en pharmacie. Cependant, il est préférable qu'il soit prescrit par un médecin, qui déterminera le dosage approprié et évaluera la nécessité réelle du traitement. La posologie classique est de 400 mg, généralement administrée pendant 72 heures après l'accouchement, à la demande, en fonction des douleurs. La posologie habituelle est de trois comprimés par jour maximum, espacés de six heures, soit un à chaque repas environ, sans dépasser cinq jours. Les comprimés doivent être avalés avec un grand verre d'eau.
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Risques et Précautions avec l'Ibuprofène
L'ibuprofène passe très peu dans le lait maternel. On estime qu'environ 1 % de la dose prise par la mère est transférée dans le lait, ce qui est considéré comme très faible et ne présente quasiment pas de risques pour l'enfant. Par conséquent, l'ibuprofène peut être prescrit aux femmes qui allaitent si nécessaire.
Cependant, il est crucial de noter que l'ibuprofène est strictement contre-indiqué pendant la grossesse. Il peut provoquer une fermeture prématurée du canal artériel, entraînant une insuffisance cardiaque fœtale et potentiellement la mort in utero.
Recommandations du CRAT pour l'Ibuprofène
Selon le CRAT, la quantité d'ibuprofène ingérée par le lait est très faible, l'enfant recevant moins de 1 % de la dose pédiatrique usuelle. Par conséquent, l'utilisation de l'ibuprofène est possible pendant l'allaitement, quelle que soit la voie d'administration. En cas d'application sur les seins, il est recommandé de nettoyer la peau avant chaque tétée.
Autres Médicaments et Allaitement : Les Recommandations du CRAT
Le CRAT fournit également des recommandations pour d'autres médicaments courants pendant l'allaitement :
- Paracétamol (Doliprane, Dafalgan, Efferalgan…) : L'utilisation est possible pendant l'allaitement, la quantité ingérée via le lait étant faible (jusqu'à 4 % de la dose pédiatrique).
- Amoxicilline (Antibiotique) : L'utilisation est possible pendant l'allaitement, la quantité ingérée via le lait étant très faible (moins de 1 % de la dose pédiatrique). Sauf si l’enfant est allergique aux bêta-lactamines.
- Antihistaminiques H1 (Zyrtec, Aerius, Telfast, Xyzall, Clarityne, Allergodil) : Utilisables en cours d'allaitement, la quantité ingérée via le lait étant très faible et aucun événement particulier n'étant rapporté chez les enfants allaités.
- Anxiolytiques : La prescription d'un anxiolytique ne doit pas être banalisée chez une femme qui allaite. L'oxazépam (Séresta®) est l'anxiolytique de choix en cours d'allaitement, si possible dans la limite de 10 mg trois fois par jour et pour la durée la plus courte possible.
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