Chaque année, des milliers d'enfants sont témoins de violences conjugales, avec des conséquences dévastatrices sur leur développement et leur bien-être. Face à ces situations dramatiques, la question de la garde des enfants devient cruciale. Les violences conjugales, qu'elles soient physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques, ont des répercussions graves sur toute la famille. Les enfants exposés à ces violences peuvent développer des troubles anxieux, des problèmes de comportement, des difficultés scolaires et relationnelles. Dans ce contexte, il est impératif de mettre en place une protection juridique adaptée, tant pour l'enfant que pour le parent victime, en garantissant la sécurité de tous et en préservant autant que possible les liens familiaux, lorsque cela est dans l'intérêt supérieur de l'enfant.
Comprendre la Violence Conjugale et son Cycle
La violence conjugale n’apparaît pas toujours soudainement. La grossesse peut modifier le comportement du conjoint, notamment s’il a peur de perdre l’attention qui lui était portée ou de ne plus pouvoir exercer le même contrôle sur la future mère. Souvent, la violence s’installe petit à petit, et de nombreuses femmes expliquent qu’elle suit un schéma qui se répète. On appelle cela le cycle de la violence, qui se déroule généralement en plusieurs étapes :
- Tension : Le conjoint devient plus nerveux, irritable ou colérique. Parfois, il boude ou garde le silence pour montrer son mécontentement. La victime ressent alors de l’anxiété et essaie d’éviter tout ce qui pourrait déclencher la colère de l’autre.
- Agression : La tension accumulée conduit à un passage à l’acte.
- Justification : Après l’agression, le conjoint minimise ce qui s’est passé.
- Lune de miel : Vient ensuite une période d’accalmie. Le conjoint s’excuse, promet de changer et adopte un comportement gentil et attentionné. La victime reprend espoir : elle veut croire que la situation peut s’améliorer et que l’agression ne se reproduira plus.
Les femmes qui en sont victimes ressentent souvent de la peur, de la honte ou un profond isolement. Si vous êtes victime de violence, il est essentiel de demander de l’aide.
Les Différentes Formes de Violence Conjugale
Les violences conjugales sont des violences commises au sein du couple ou par un ancien conjoint, partenaire de Pacs ou concubin. Elles peuvent être physiques, sexuelles, psychologiques ou économiques.
- Violence physique : La violence physique se caractérise par l'emploi de gestes violents dans le but de vous blesser. Plusieurs actes peuvent être considérés comme de la violence physique : être giflé, recevoir des coups de poing, des coups de ceinture ou autre, être tiré par les cheveux ou être poussé.
- Violence psychologique : La violence psychologique est un comportement ou un ensemble d'actes qui visent à vous rabaisser ou à vous dénigrer. Plusieurs actes peuvent être considérés comme de la violence psychologique : tenir des propos dévalorisants ou dénigrants, tenus en privé ou en public, insulter l'autre membre du couple, menacer son conjoint, concubin ou partenaire de Pacs.
- Violence économique : La violence économique est un comportement qui vise à vous priver d'autonomie financière, et à vous placer sous le contrôle de la personne avec laquelle vous vivez en couple. Voici quelques exemples de violence économique : contrôle total des ressources du couple et de leur utilisation, privation de ressources de l'autre membre du couple, mise en danger de votre patrimoine (signature d'hypothèque, souscription de crédits à la consommation).
Mesures de Protection Juridique d'Urgence
L'Ordonnance de Protection
L'ordonnance de protection est une mesure d'urgence qui peut être sollicitée par le parent victime auprès du juge aux affaires familiales. Elle permet de mettre en place rapidement des mesures de protection, comme l'éloignement du parent violent, l'attribution du logement familial à la victime, ou encore la suspension de l'autorité parentale. La procédure est simple et rapide : le juge statue dans un délai de 6 jours à compter de la saisine. L'ordonnance de protection a une durée maximale de 12 mois, renouvelable si nécessaire si une demande en divorce, en séparation de corps ou relative à l'exercice de l'autorité parentale a été déposée devant le juge aux affaires familiales. Elle peut être applicable dans toute l'Union européenne si la victime de violences conjugales en fait la demande.
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Démarche pour Demander une Ordonnance de Protection
Vous pouvez solliciter une ordonnance de protection en expliquant les motifs de votre demande par requête : Requête au juge aux affaires familiales : délivrance d'une ordonnance de protection. Vous devez joindre à la demande toutes les preuves des violences subies : certificats médicaux, compte-rendu de l'UMJ, photo des blessures, témoignages, SMS, etc. Votre demande doit être transmise au juge aux affaires familiales : De votre domicile, en cas de résidence commune ou lorsque vous avez des enfants ensemble Ou, si ce n'est pas le cas, du domicile de l'auteur présumé des violences conjugales.
Dans le cadre d'une demande d'ordonnance de protection, l'assistance d'un avocat n'est pas obligatoire, mais reste conseillée. Si vous avez de faibles revenus, vous pouvez demander l'aide juridictionnelle pour régler les frais d'avocat.
Traitement de la Requête
Dès qu'il reçoit la requête, le juge aux affaires familiales rend une ordonnance qui fixe la date de l'audience au cours de laquelle il examinera votre demande. Le greffe du Jaf prévient immédiatement le procureur de la République et vous notifie cette ordonnance. Si vous avez un avocat, c'est lui qui doit se charger de signifier cette ordonnance à la personne avec laquelle vous êtes marié, pacsé ou en concubinage. Il dispose d'un délai de 2 jours à compter de la date de fixation de l'audience. Si vous n'avez pas d'avocat, le greffe du Jaf ou le procureur de la République se chargera de la signification. L'audience doit avoir lieu dans un délai de 6 jours à compter de sa date de fixation.
Lors de cette audience, le Jaf analyse votre situation et celle de la personne avec laquelle vous êtes marié, pacsé ou en concubinage. Puis, il se prononce sur votre demande d'ordonnance de protection. Il peut accepter ou rejeter votre demande.
En cas de décision favorable, l'auteur présumé des violences a l'obligation de respecter les obligations et interdictions contenues dans l'ordonnance de protection. Les enfants du couple peuvent également bénéficier d'une protection. Ces mesures sont applicables pour une durée de 12 mois à compter du moment où l'ordonnance de protection lui a été notifiée.
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En cas de violation de l'ordonnance de protection, vous devez en informer la police qui prévient le procureur de la République. Cette violation est punie de 3 ans d'emprisonnement et de amende de 45 000 € d'amende. En cas de rejet de votre requête, le juge peut fixer une autre audience pour statuer sur les autres demandes que vous avez formulées dans le cadre du conflit familial.
L'Ordonnance Provisoire de Protection Immédiate (en Cas d'Urgence)
Lorsque vous sollicitez une ordonnance de protection, vous pouvez également donner votre accord pour que le ministère public demande une ordonnance provisoire de protection immédiate au juge aux affaires familiales. Le juge aux affaires familiales doit rendre sa décision dans un délai de 24 heures à compter du moment où il a été saisi.
L'ordonnance provisoire de protection immédiate est délivrée à condition que : Les faits de violences soient vraisemblables, et qu'il existe un danger grave et immédiat de violences sur vous ou sur vos enfants.
Dans le cadre de cette ordonnance, le juge aux affaires familiales peut prononcer plusieurs mesures contre l'auteur présumé des violences : Interdiction d'entrer en contact avec vous et, éventuellement, vos enfants, interdiction de paraître dans certains lieux (domicile conjugal, travail de la victime, etc.), interdiction de détenir ou de porter une arme, obligation de remettre au service de police ou de gendarmerie le plus proche du lieu de son domicile les armes qu'il détient, suspension du droit de visite et d'hébergement de l'auteur des violences, dissimulation de votre adresse postale (si vous logez dans un autre endroit que le domicile conjugal).
L'ordonnance provisoire de protection immédiate est valable à compter de sa notification à la personne avec laquelle vous êtes marié, pacsé ou en concubinage (ou à la personne avec laquelle vous étiez en couple). Elle s'applique jusqu'au prononcé de l'ordonnance de protection que vous avez précédemment demandée.
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Le Téléphone Grave Danger
Le téléphone grave danger est un dispositif de protection complémentaire, attribué par le procureur de la République aux victimes de violences conjugales en danger immédiat. Il permet d'alerter rapidement les forces de l'ordre en cas de menace, grâce à un bouton d'appel d'urgence géolocalisé. Ce dispositif est particulièrement utile pour protéger le parent victime lorsqu'il exerce son droit de visite ou lorsque les enfants sont chez le parent violent.
La Garde des Enfants dans un Contexte de Violences Conjugales
Lorsqu'il statue sur la garde des enfants dans un contexte de violences conjugales, le juge aux affaires familiales doit concilier deux impératifs : la protection de l'enfant et le maintien des liens avec ses deux parents. Le juge doit veiller à ce que la décision de garde préserve la sécurité, la santé et l'équilibre de l'enfant. Si le danger est avéré, le juge peut décider de confier la garde exclusive à la victime et de suspendre ou d'aménager le droit de visite du parent violent (visites médiatisées, interdiction de sortie du territoire, etc.).
La prise en compte de l'intérêt supérieur de l'enfant est primordiale dans ces décisions.
Accompagnement Global et Pluridisciplinaire
Au-delà des mesures judiciaires, la protection durable de l'enfant et du parent victime passe par un accompagnement global et pluridisciplinaire. Cela inclut :
- Un suivi psychologique et social pour aider les victimes à se reconstruire et à restaurer leurs capacités parentales.
- Des programmes de parentalité positive pour promouvoir une éducation bienveillante et non-violente.
- Une médiation familiale adaptée aux situations de violence, pour faciliter la communication et la coparentalité lorsque cela est possible et souhaitable.
- La formation de l'ensemble des professionnels intervenant dans ces situations (juges, avocats, travailleurs sociaux) aux spécificités des violences conjugales et à leurs impacts sur les enfants.
Les Conséquences des Violences Conjugales sur les Enfants
Les répercussions que les violences conjugales entraînent sur les enfants qui y sont exposés sont trop peu prises en considération. Les enfants restent encore trop souvent les victimes oubliées, tant au niveau des interventions qui leur sont proposées, que dans les recherches. L’exposition à la violence conjugale fait référence au fait pour un enfant d’être exposé directement ou indirectement à des scènes de violence répétées. L’enfant peut être exposé à la violence dès la période prénatale. En effet, la violence débute bien souvent lors de la grossesse. Ainsi, le fœtus peut être affecté par l’état psychologique de la mère qui se dégrade à cause des violences vécues et, d’autre part, par la violence physique, par exemple si la mère est bousculée ou reçoit un coup dans le ventre.
Dès son plus jeune âge, l’enfant peut être témoin oculaire de la violence exercée envers sa mère, lorsque les scènes de violences se déroulent directement devant lui. Il peut alors intervenir pour protéger sa mère et par exemple s’interposer verbalement ou physiquement pour interrompre la violence. L’enfant peut aussi ne pas être présent dans la pièce où ont lieu les scènes de violences, mais être le témoin auditif des paroles ou des gestes violents.
La plupart des enfants gardent secrètes les scènes dramatiques qu’ils observent chez eux. D’ailleurs, la violence n’est souvent jamais évoquée au sein de la famille, même si tous les membres la subissent directement ou indirectement. Suite à un épisode de violence, chacun des deux parents agit en général comme si de rien n’était, laissant souvent l’enfant en état de choc ou de stress, sans aucune explication. Ce dernier n’ose alors plus revenir sur les actes et scènes qu’il a pu voir ou entendre et vit avec ces images et souvenirs, sans pouvoir en parler, exprimer ses émotions ou encore être rassuré. Dans ce contexte, tous ces évènements ne seront pas sans conséquences sur son développement.
Les conséquences sont observables dès la naissance chez le nourrisson qui très souvent refuse catégoriquement de s’alimenter, pleure sans raison apparente ou, au contraire, ne manifeste aucune émotion de façon à se faire oublier. Les centres de protection maternelle infantile observent souvent un retard staturo-pondéral, des troubles de l’attention, mais aussi des retards au niveau du développement ainsi que des maladies chroniques répétées.
Lorsqu’il est plus âgé, l’enfant rencontre des difficultés scolaires. En classe, il a du mal à rester concentré et attentif. Il refuse de faire son travail scolaire le soir ou en retarde sans cesse l’heure. Il rencontre aussi des difficultés pour retenir les leçons et réaliser les exercices. Ces enfants ont en effet du mal à établir des relations interpersonnelles significatives avec leur entourage, que ce soit avec les professeurs, les membres de leur famille ou les pairs. Ils peuvent être considérés comme étant hyperactifs par les professeurs de par leur comportement en classe. Face à l’adulte, l’enfant adopte aussi bien des comportements de séduction, que de manipulation ou d’opposition. Les problèmes comportementaux se manifestent également dans l’interaction avec leurs camarades. Ils ont en effet tendance à se replier sur eux-mêmes, à s’isoler en refusant de s’ouvrir aux autres et faire confiance. Certains sont gravement traumatisés par ce qu’ils ont vécu et développent un syndrome de stress post-traumatique.
Au niveau affectif, il apparaît que ces enfants sont souvent tristes, anxieux, dépressifs, ont une faible estime d’eux-mêmes. Ils possèdent également des relations d’attachements insécurisées à l’origine de certaines craintes et peurs face au monde qui les entoure, qui apparaissent souvent disproportionnées. L’enfant perçoit sa famille comme étant divisée entre l’abuseur contrôlant et cruel, habituellement le père, et la victime, souffrante et sans ressources, souvent la mère. Il peut conclure que le monde dans lequel il évolue est un lieu dangereux et terrorisant, l’amenant à une extrême méfiance et de l’hypervigilance. Certains dilemmes affectifs peuvent aussi être vécus par le fait qu’il se retrouve constamment déchiré entre ses deux parents, l’amenant à vivre de véritables conflits de loyauté.
Il est également possible d’assister à un renversement des rôles entre l’enfant et ses parents, ce que l’on appelle la « définition ». L’enfant assume alors certains rôles parentaux souvent peu appropriés à son âge et qui peuvent être à l’origine de lourdes conséquences sur son développement. À l’adolescence, comparativement aux enfants non exposés à la violence conjugale, ces enfants pratiquent plus l’école buissonnière et ont tendance à fuguer. Ils ont également aussi plus de conduites addictives (drogues, alcool) et adoptent des comportements suicidaires. De même, ils ont été marqués durant leur enfance par des apprentissages erronés sur le rôle des femmes et des hommes dans les relations intimes qui vont augmenter le risque de reproduction intergénérationnelle de la violence dans les futures relations amoureuses ou conjugales.
Dès son plus jeune âge, l’enfant exposé à la violence conjugale se retrouve donc agressé par une ou parfois même, ses deux figures parentales en lesquelles il ne peut plus croire, auprès desquelles il ne peut plus se reposer, s’identifier en tant que modèle de référence, qui ne le protègent plus. L’enfant se trouve donc seul, face au monde, il est ainsi fragilisé dans l’ensemble de son développement.
Déposer Plainte
Pour que l'auteur présumé des violences conjugales soit poursuivi et condamné par juridictions pénales, vous devez déposer plainte. Lors du dépôt de plainte, munissez vous de toutes les preuves permettant de justifier que vous êtes victime de violences conjugales (certificat médical, compte-rendu de l'UMJ, photos, main courante, etc.). Pour vous aider dans vos démarches, vous pouvez faire appel à une association d'aide aux victimes et/ou à un avocat. Si vous n'avez pas les ressources financières suffisantes, vous pouvez solliciter l'aide juridictionnelle. Le dépôt de plainte peut avoir lieu avant, après ou au même moment qu'une demande d'ordonnance de protection.
Vous pouvez déposer plainte en vous déplaçant à la gendarmerie ou au commissariat de police. Vous pouvez également porter plainte en vous adressant au procureur de la République par courrier postal.
Pour cela, vous devez envoyer un courrier au tribunal judiciaire du lieu de l'infraction ou du domicile de l'auteur de l'infraction. Votre courrier doit préciser les éléments suivants : Votre état civil et vos coordonnées complètes (adresse et numéro de téléphone), récit détaillé des faits, date et lieu de l'infraction, nom de l'auteur supposé si vous le connaissez (sinon, la plainte sera déposée contre X), nom et adresse des éventuels témoins de l'infraction, description et estimation provisoire ou définitive du préjudice, vos documents de preuve : certificats médicaux, arrêts de travail, photographies, vidéos, factures diverses, constats…
Vous pouvez envoyer votre plainte en lettre recommandée avec accusé de réception (de préférence), par lettre simple ou par lettre suivie. Vous pouvez aussi déposer votre plainte directement à l'accueil du tribunal. Dans tous les cas, un récépissé vous est transmis dès que les services du procureur de la République ont enregistré votre plainte.
Votre plainte entraîne une enquête de police qui peut mener à la mise en examen de l'auteur présumé des faits. Dans le cadre d'une mise en examen, le juge des libertés et de la détention ou par le juge d'instruction peut le placer sous contrôle judiciaire. Ainsi, l'auteur présumé des violences sera soumis à plusieurs obligations et interdictions (interdiction d'entrer en contact, de quelle que façon que ce soit, interdiction de résider au domicile conjugal, obligation de justifier qu'il paye les pensions alimentaires qu'il doit et qu'il contribue aux charges du mariage, etc.).
Ressources et Contacts Utiles
- 3919 : Service spécialisé dans les violences faites aux femmes (numéro non accessible depuis l'étranger). Ce numéro permet d’assurer une écoute et une information, et, en fonction des demandes, effectue une orientation adaptée vers dispositifs locaux d’accompagnement et de prise en charge. Le 3919 n’est pas un numéro d’appel d’urgence.
- 116 006 : Associations du réseau France Victimes.
- Arrêtons les violences : Plateforme de signalement en ligne, permet d'échanger avec des forces de police ou de gendarmerie formées aux violences sexistes et sexuelles qui peuvent déclencher des interventions. Si vous êtes française résidant à l’étranger, pour accéder à cette plateforme numérique : vous pouvez y accéder directement via un lien dédié ou sélectionner n’importe quel code postal.
- Centres d'information des droits des femmes (CIDFF) : Proposent un accompagnement juridique et social.
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