Agnès b., figure emblématique de la mode française, est bien plus qu'une styliste. C'est une artiste, une collectionneuse passionnée, une mécène engagée et une femme de convictions. Son parcours, marqué par une sensibilité artistique précoce et un engagement social profond, a façonné son univers créatif et son approche de la mode enfantine.

Une enfance bercée par l'art

Agnès Troublé, de son vrai nom, a grandi dans un environnement familial où l'art occupait une place centrale. Ses parents, mélomanes issus de familles versaillaises traditionnelles, lui ont transmis le goût de la beauté et de l'harmonie. Son père, en particulier, l'a initiée à l'art en l'emmenant visiter des musées, le château de Versailles et les sites de la Renaissance en Toscane. Agnès, surnommée affectueusement "agneau", s'adonne au dessin aux Beaux-Arts de Versailles et se passionne pour la littérature, notamment L'Attrape-cœurs de J.D. Salinger et Le Grand Meaulnes d'Alain Fournier. Elle rêve d'intégrer l'École du Louvre pour devenir conservatrice de musée.

La naissance d'une styliste par nécessité

Le destin d'Agnès b. prend un tournant inattendu lorsqu'elle devient styliste par nécessité. Divorcée et mère de jumeaux à seulement 20 ans, elle doit subvenir à ses besoins. Après avoir travaillé pour Elle et comme styliste indépendante pour des maisons comme Dorothée Bis et Cacharel, elle lance sa propre marque en 1973 : agnès b.

Contrairement à une approche purement axée sur la mode, Agnès b. s'intéresse au vêtement dans sa dimension politique et libératrice. Ses créations se distinguent par leur simplicité, leur intemporalité et leur caractère mixte. Elle s'inspire des tenues d'ouvriers, privilégie une fabrication française et conçoit des vêtements durables.

"Je n’étais pas du tout soutenue, il fallait que je me débrouille, j’ai vendu ma bague de fiançailles, j’ai vendu les deux meubles que j’avais de famille. (…) C’était vraiment la dèche totale mais je n’étais pas du tout malheureuse. Je me débrouillais. (…) C’est de beaux souvenirs où il y avait une solidarité dans notre groupe de trois. J’avais déjà le goût du partage, et j’ai gardé le goût du partage. (…) Dans les années 1970, on avait une vie de hippies à Paris, la musique était tout le temps-là, et c’est à ce moment-là qu’on a ouvert la boutique agnès b. en 1976 au 3 rue du Jour : c’était notre maison du jour et la rue du Bac c’était tout le temps dans le noir. On était des hippies de la rue du Bac."

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L'enfant au cœur de la création

L'attention portée aux enfants est une constante dans l'œuvre d'Agnès b. Dès ses débuts, elle conçoit des vêtements pour enfants qui reflètent les mêmes valeurs que ses collections pour adultes : simplicité, confort, qualité et intemporalité. La ligne agnès b. enfant propose des vêtements pratiques et ludiques, conçus pour accompagner les enfants dans leurs activités quotidiennes tout en leur permettant d'exprimer leur personnalité.

Agnès b. a su créer un univers enfantin qui échappe aux clichés et aux stéréotypes. Ses collections mettent en avant des couleurs vives, des motifs originaux et des coupes confortables, tout en privilégiant des matières douces et résistantes. Elle accorde une importance particulière aux détails, aux finitions et à la qualité des tissus, afin de proposer des vêtements durables et respectueux de l'environnement.

Un engagement artistique et social

L'engagement d'Agnès b. ne se limite pas à la mode. En 1975, elle ouvre sa première boutique rue du Jour, conçue comme un lieu de rencontre où se mêlent art, décoration et vêtements. En 1984, elle crée la Galerie du Jour, un espace dédié à la présentation de ses acquisitions artistiques.

Passionnée d'art contemporain, Agnès b. constitue une collection éclectique de près de 5000 œuvres, qui témoigne de son regard subjectif sur le monde. Son mécénat se concentre sur les jeunes artistes, dont elle acquiert souvent les premières œuvres. Sa collection comprend des photographies, des peintures, des sculptures et des vidéos d'artistes tels que Nan Goldin, Hantaï, Basquiat, Louise Bourgeois et Martin Parr.

Agnès b. souhaite partager sa collection avec le public et ouvre en 2020 La Fab., un lieu dédié à l'organisation d'expositions thématiques.

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"Je rêvais d’avoir un endroit pour partager ma collection. J’ai toujours pensé que quand on a une galerie, on donne à voir mais on se donne à voir aussi, on s’expose en exposant. J’ai appris à faire confiance à mon goût, à mes découvertes, j’ai toujours adoré rencontrer les artistes."

Son engagement social se traduit également par son soutien à des causes qui lui tiennent à cœur, comme la défense des droits de l'homme, la protection de l'environnement et la lutte contre l'exclusion.

Agnès b. photographe et cinéaste

En 2012, Agnès b. réalise un long métrage, Je m’appelle Hmmm…, un film initiatique qui aborde le thème de l'inceste. Elle pratique également la photographie. Le public a pu découvrir ses portraits réalisés à Moscou en 1987 lors de Paris Photo en 2018. L'exposition "Les Drôlesses" est la première entièrement consacrée à son travail photographique.

"Je me suis mise à habiller ces deux drôlesses - mon père nous appelait comme ça avec mes sœurs - à monter sur une échelle, à prendre ma photo de la tenue avec mon téléphone, tout était par terre et finalement j’ai eu 80 tenues avec la blonde et la brune - ce sont deux portraits de la taille réelle d’un visage. Je me suis beaucoup amusée avec elles, car tout d’un coup je me suis retrouvée avec deux personnes que je pouvais arranger comme je voulais, elles avaient l’air toujours de penser à autre chose et j’adorais qu’elles soient comme ça."

Actualités et expositions

Agnès b. continue d'enrichir son univers créatif et de partager ses passions avec le public.

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  • "Vive l’Afrique !!" jusqu’au 24 juillet à la Galerie du Jour agnès b.
  • "Les Drôlesses" jusqu’au 31 juillet hors les murs, à la Galerie MAGNIN-A.
  • "Regards hors champ et paysages dans la collection agnès b." prolongation jusqu'au 10 juillet à La Fab.
  • Lancement, à la Librairie du Jour de Paris la consciencieuse : Paris la guideuse du monde de Frédéric Bruly Bouabré (Editions Syndicat-Empire / Faro) le samedi 3 juillet.
  • et la Galerie du Jour agnès b. l'exposition "Graffiti et la Galerie du Jour, l'Histoire 1985-2021".

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