L'expression "pays les moins avancés" (PMA) a été forgée en 1971 par le Conseil Économique et Social de l’ONU (CESNU, ECOSOC en anglais). Elle désigne une liste de pays confrontés à des difficultés importantes en matière de développement et nécessitant, de ce fait, un appui particulier de la communauté internationale. Sur les 44 pays figurant sur cette liste, 33 sont situés en Afrique, 8 en Asie, 3 en Océanie et un dans les Antilles.

I. Définition et Caractéristiques des PMA

Qu'est-ce qu'un PMA ?

L'ONU dénombre 44 pays les moins avancés (PMA), localisés pour l'essentiel en Afrique subsaharienne (Mali, Tchad, Éthiopie, République démocratique du Congo - RDC -, etc.), en Asie du Sud (Afghanistan, Myanmar, Laos, etc.) et en Amérique (Haïti).

Indicateurs de Pauvreté et de Développement Humain

Les PMA sont d'abord définis par leur grande pauvreté. Une grande partie de la population (80 % au Burundi, 84 % au Libéria, 88 % en Tanzanie) vit en dessous du seuil de pauvreté tel que défini par l'ONU (moins de 1,25 $ par jour). Avec un revenu moyen par personne inférieur à 750 $ par an (soit environ 1 000 € par an et par habitant), la pauvreté des PMA impacte fortement leur indice de développement humain (IDH). Il est inférieur à 0,470 mais peut descendre très bas : 0,309 au Mali, 0,261 au Niger, 0,239 en RDC, 0,140 au Zimbabwe, un pays en état de catastrophe humanitaire.

L'espérance de vie, qui dépasse 80 ans dans les pays développés, tombe à 57 ans au Lesotho. Le risque de mourir en couche est de 1/16 dans les PMA, contre 1 sur 3 500 en Amérique du Nord par exemple. D'ailleurs, les principales causes de mortalité témoignent de la faiblesse des systèmes de santé : paludisme, sida, voire malnutrition. 50 % de la population est sous-alimentée à Haïti. Leur situation s'améliore ; le nombre de PMA a diminué ces dernières années. L'espérance de vie progresse et s'établit à 67 ans en 2023, se rapprochant de la moyenne mondiale de 73 ans.

Économies Fragiles et Vulnérabilité

Les PMA sont tous des pays à économie fragile, encore fondamentalement agricole, avec une population rurale souvent majoritaire (83 % au Niger, 85 % au Rwanda, 89 % au Burundi). Les exportations sont souvent faiblement diversifiées, rendant ainsi le pays dépendant des cours mondiaux pour ses recettes en devises.

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Instabilité Politique et Corruption

Enfin, la plupart des PMA sont en situation de crise politique plus ou moins grave, plus ou moins structurelle. Les régimes en place sont souvent des régimes autoritaires et la corruption y est générale, ruinant toute tentative de développement autonome. Ces pays sont parfois en état de guerre civile, ou de conflit frontalier, ce qui ne fait qu'aggraver la situation.

II. Insertion Incomplète et Dominée dans la Mondialisation

Faible Participation au Commerce Mondial

Les PMA sont les pays les moins bien insérés dans la mondialisation, ce qui explique en partie leur retard de développement. De plus, leur insertion est le plus souvent incomplète et dominée. Ce sont essentiellement des pays exportateurs de matières premières brutes, souvent non transformées, ce qui laisse la plus grande part de la valeur ajoutée aux acheteurs qui transforment ces matières premières en produits intermédiaires ou finis. Cela explique, qu'en valeur, les exportations des PMA ne représentent que 1 % des exportations mondiales.

Nature des Exportations et des Importations

Les produits exportés sont typiquement : des matières premières agricoles (bois au Libéria, café au Burundi, cacao en Côte d'Ivoire, coton au Mali, etc.) ; des matières premières énergétiques (pétrole au Soudan ou en Angola, gaz naturel au Myanmar, uranium au Niger, etc.) ; des matières premières minières (bauxite en Guinée, cuivre en Zambie, diamants en RDC, platine au Zimbabwe, etc.). À l'inverse, les PMA importent des produits manufacturés, à plus forte valeur ajoutée : les termes de l'échange sont donc en leur défaveur. Par ailleurs, les 2/3 des PMA importent plus de denrées alimentaires qu'ils n'en exportent, du fait de l'incapacité des agricultures à nourrir les populations, souvent en forte croissance.

Dépendance Financière et Aide Internationale

Les PMA sont donc souvent en difficulté financière, donc souvent endettés, même si les créanciers effacent parfois tout ou partie de leur dette. L'aide publique au développement en provenance des pays riches et, de plus en plus, des pays émergents est souvent vitale pour des États dont les ressources sont dramatiquement faibles. Les flux financiers de l'aide au développement vers les PMA ont représenté environ 30 milliards de dollars par an ces dernières années.

III. Améliorations et Défis Persistants

Progrès Économiques et Sociaux

Toutefois, les PMA ont connu une certaine amélioration dans la dernière décennie. Dans les années 2000, la croissance économique des PMA a, en effet, été supérieure à celle du reste du monde. Les niveaux d'endettement et de pauvreté ont diminué, les infrastructures se sont globalement améliorées, les marchés intérieurs sensiblement développés. Les maux les plus criants en matière de santé, de chômage, d'analphabétisme ont été réduits. Des évolutions notables ont également eu lieu sur les questions de gouvernance.

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Inégalités et Disparités Régionales

Certes, ces progrès ne sont pas généraux : les parties des territoires touchées par les améliorations sont celles qui sont le plus en contact avec le reste du monde, comme les grandes régions urbaines ; les zones rurales reculées et enclavées demeurent dans une situation dramatique.

Facteurs Entravant le Développement

Selon le «Rapport 2016 sur les pays les moins avancés: Le processus de reclassement et au-delà: tirer parti de la dynamique» - un nouveau rapport publié par la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) - la pauvreté mondiale est de plus en plus concentrée au sein du groupe de 48 pays les moins avancés, qui sont encore en retard par rapport au développement économique mondial. Les PMA souffrent généralement de trois types de pièges pour le développement: d'abord, les faibles revenus qui conduisent à un investissement faible, à une croissance économique limitée et à des niveaux élevés de pauvreté; deuxièmement, un faible niveau de diversification économique et une forte dépendance vis-à-vis des exportations de produits de base, et enfin une faible capacité de production.

IV. Stratégies de Sortie du Statut de PMA

Transformation Structurelle et Diversification Économique

Le rapport indique que sortir de la catégorie des PMA devrait être obtenu parallèlement à la transformation structurelle rapide de l'économie afin que les pays puissent tirer profit de l'économie mondiale.

Investissements Publics et Développement Rural

Il a été noté que seul un nombre très limité de PMA avaient pu sortir ce statut- quatre pays seulement au cours des 45 dernières années depuis la création de cette classification (Botswana en 1994, Cap-Vert en 2007, Maldives en 2011 et Samoa en 2014) . M. Mold a demandé que les pays de la région augmentent les investissements publics, y compris les projets dans le secteur productif et accélèrent la transformation des économies rurales en améliorant l'agriculture et la promotion des activités non agricoles.

Aide Internationale et Coopération

M. Mold a également souligné que les pays pourraient sortir du statut des pays les moins avancés rapidement avec une aide plus efficace de la communauté internationale en termes de financement, de commerce et de technologie.

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V. Liste des PMA et Évolutions Récentes

Composition et Évolution de la Liste

La liste des PMA a été créée en 1971. Depuis, le nombre des pays qui en font partie est passé de 25 à 49. En 2016, 34 pays en Afrique étaient considérés comme PMA : Angola, Bénin, Burkina Faso, Burundi, République centrafricaine, Comores, République démocratique du Congo, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée-Équatoriale, Lesotho, Liberia, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Mozambique, Niger, Ouganda, Rwanda, São Tomé-et-Príncipe, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Tanzanie, Tchad, Togo, Zambie.

L'inscription sur la liste proposée par l'ONU est acceptée ou non par les gouvernements. Cela peut expliquer que des pays tels que le Zimbabwe, la Bolivie ou la Corée du Nord n’en fassent pas partie.

Pays Sortis de la Catégorie PMA

Huit pays ont pu s’extraire de cette catégorie : le Botswana (1994), le Cap-Vert (2007), les Maldives (2011), les Samoa (2014), la Guinée Équatoriale (2017), le Vanuatu (2020), le Bhoutan (2023) et São Tomé-et-Principe (2024). Le Soudan du Sud l’a intégrée en 2011. Plusieurs pays en attente de sortie sont finalement prolongés, notamment en raison de la pandémie de covid-19. Parmi eux, l'Angola, le Bangladesh, le Laos, le Népal et les Îles Salomon.

VI. Enjeux et Perspectives d'Avenir

Allègement de la Dette

Les PMA supportent une dette extérieure extrêmement élevée si on l'exprime en pourcentage du produit national brut (PNB). Cet allégement devrait être beaucoup plus étendu et plus rapide, les délais étant actuellement longs : 6 ans au minimum pour qu'un PPTE obtienne que l'encours de sa dette soit réduit, sauf si la « performance » du pays évaluée par le F.M.I. amène à douter de l'efficacité de l'aide publique.

Concentration Géographique et Défis Spécifiques à l'Afrique

Actuellement, environ 80 pour cent des PMA sont africains. Selon les projections, le groupe des PMA sera composé majoritairement de pays africains. En Afrique de l'Est, il existe une concentration particulière des pays qui se classent comme PMA - 12 des quatorze sont actuellement membres du groupe des PMA (Burundi, Comores, Djibouti, Érythrée, Ethiopie, Madagascar, Rwanda, Somalie, Sud Soudan, Ouganda et Tanzanie).

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