La blockchain, issue de décennies de recherches technologiques, philosophiques et économiques, initialement réservée aux transactions de crypto-monnaies, connaît une démocratisation croissante. Aujourd'hui, son influence s'étend à de nombreux secteurs tels que la logistique, l'industrie agroalimentaire, la santé, etc., révélant un potentiel apparemment illimité. Cette technologie, combinée aux smart contracts, promet de transformer radicalement la manière dont les transactions et les accords sont gérés, sécurisés et exécutés.

Comprendre la Blockchain

La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée et fonctionnant sans organe central de contrôle. Elle repose sur plusieurs concepts clés :

  • Bloc (« Block ») : Description d'une ou plusieurs transactions regroupées.
  • Livre (« Ledger ») : Mémorisation séquentielle des blocs, constituant un historique immuable.
  • Nœud : Un dispositif sur un réseau blockchain, qui est le fondement de la technologie, lui permettant de fonctionner et de survivre. Les nœuds sont répartis sur un réseau étendu et exécutent une variété de tâches.
  • Horodatage : L’horodatage est, en fait, un dispositif qui consiste à lier une date et une heure à un événement, à une information ou à une donnée informatique.
  • Clé cryptographique : Ce portefeuille électronique de crypto-monnaies se présente comme une clé USB, qui contient une clé privée digitale.

Un réseau blockchain peut être public (sans restriction d'accès) ou privé (avec un nombre limité de participants autorisés). Dans un réseau privé, le gérant de la chaîne peut modifier le protocole selon ses besoins, et l'accès est soumis à autorisation. La traçabilité offerte par la blockchain sécurise l’historique des transactions, aussi bien des articles que des flux financiers. La mise en place d’un réseau certifiant l’identité permet de créer des référentiels de tiers de confiance, partageant des informations fiables.

Un utilisateur de la blockchain envoie une demande de transaction au réseau, via un nœud donné. Cette demande est sécurisée par signature électronique. Aussi, tous les utilisateurs possèdent leur propre clé de chiffrement. Un bloc de transactions est alors créé par le nœud et répliqué sur l’ensemble des nœuds du réseau. Cette base de données partagée est donc omniprésente sur plusieurs serveurs physiques, disponibles à tout moment.

Qu'est-ce qu'un Smart Contract ?

Les «smart contracts» se développent depuis le milieu des années 90. Longtemps demeuré théorique, ce concept a été formulé dès les années 1990 par le juriste et cryptographe Nick Szabo. Aujourd’hui, son taux d’adoption reste encore marginal, en France notamment. Ces « smart contracts » sont définis dès le départ par les acteurs d’une blockchain. Leur fonctionnalité permet d’automatiser des opérations telles qu’une commande, un réassort ou une transaction financière. Ces contrats aident à définir les conditions qui doivent être remplies pour que les termes de l’accord contractuel soient exécutés. Les smarts contracts sont précis et fiables dans la mesure où ils sont correctement programmés. Les signatures électroniques et la réplication du livre dans tous les nœuds permet de s’assurer que les actifs sont sains et saufs. Les smart contracts utilisent un code logiciel pour automatiser les tâches. Ainsi, cela réduit le temps nécessaire à l’exécution de tous les processus liés à l’interaction humaine. Le contrat est établi par vous et partagé entre les parties. Il confére une autorité totale aux parties concernées. Ainsi, aucune tierce partie n’est impliquée.

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En termes simples, un smart contract est un programme informatique auto-exécutable stocké sur une blockchain. Il contient un ensemble de règles et de conditions qui, une fois remplies, déclenchent automatiquement l'exécution d'une action prédéfinie. Son fonctionnement repose sur une logique conditionnelle simple : if/then (« si telle condition est constatée, alors telle conséquence s’exécute »).

Chaque acteur de la chaîne est responsable des données du bloc qu’il intègre dans la chaîne.

Avantages des Smart Contracts

L'utilisation de la block-chain et des smart contracts commence à se développer. Les smart contracts offrent de nombreux avantages :

  • Automatisation : Réduction du temps et des coûts associés aux processus manuels.
  • Sécurité : Immuabilité et transparence des données stockées sur la blockchain.
  • Fiabilité : Exécution automatique et impartiale des accords, sans intervention humaine.
  • Efficacité : Rationalisation des processus et élimination des intermédiaires.
  • Transparence : Toutes les parties ont accès aux termes du contrat et à son exécution.

Applications Concrètes des Smart Contracts

Les smart contracts trouvent des applications dans de nombreux secteurs :

  • Supply Chain : En exploitant la blockchain, le projet vise à rationaliser les processus de la chaîne d’approvisionnement pour ses expéditions de marchandises. En collaboration avec son partenaire, COSCO-Shipping, acteur majeur des armateurs de porte-conteneurs, Tesla a mis en œuvre une application blockchain. Ces premiers tests du projet pilote mettent en évidence les avantages qu’apportera la Blockchain dans le secteur du fret.
  • Assurance : La première, pour le B2B, concerne la garantie sècheresse couvrant une exploitation agricole contre le risque climatique dans le cadre de la mise en place de smart contracts. L’expérimentation consiste à paramétrer ce contrat dans un protocole Blockchain. La seconde, pour le B2C, introduit l’assurance vol dans la blockchain. Le projet prévoit donc que, SI le vol a plus de deux heures de retard et que les coordonnées de la compagnie aérienne sont chargées dans l’application, le client sera automatiquement informé des possibilités d’indemnisation. Cette utilisation des smart contracts est basée sur l’assurance paramétrique, dans laquelle les utilisateurs ne sont pas indemnisés pour une perte totale, mais plutôt pour une perte en dehors des règles traditionnelles de l’assurance. Les smart contract permettent également une baisse notable des délais d’exécution d’un contrat et de prise en charge des demandes, tels que les délais de remboursement. Fizzy d’Axa, arrêtée en 2019, utilisait un oracle, qui était le tableau de bord de l’aéroport d’arrivée. Cependant, Fizzy a été stoppée après 2 ans et depuis et nous attendons toujours une nouvelle expérience grand public.
  • Finance Décentralisée (DeFi) : Prêts, échanges, gestion d'actifs, etc., sans intermédiaires traditionnels. Un smart contract peut également être programmé pour créer des crypto-actifs, par exemple des jetons numériques (tokens), les vendre, prévoir l’équivalent d’un droit de suite, etc. Les jetons non fongibles (NFT) fonctionnent ainsi grâce à des smart contracts.
  • Immobilier : Automatisation des transactions, gestion des titres de propriété. Dans le cadre d’une vente en l’état futur d’achèvement, un smart contract pourrait prévoir que le transfert de propriété s’exécute automatiquement dès que le paiement du prix est enregistré. Plus encore, le mécanisme pourrait automatiser les appels de fonds successifs en fonction de l’avancement des travaux, constaté par un architecte ou certifié par un notaire. Dans ce cas, le notaire agirait comme oracle, c’est-à-dire comme tiers de confiance transmettant à la blockchain une donnée fiable (par exemple, la livraison d’un palier de construction). Ainsi, le smart contract s’exécuterait uniquement si l’événement certifié par l’oracle survient.
  • Droit des Sociétés : En droit des sociétés, les smart contracts pourraient être utilisés pour automatiser la distribution des dividendes aux associés selon les droits inscrits dans un registre distribué, ou encore pour exécuter des clauses de préemption et de sortie conjointe prévues dans un pacte d’associés.
  • Commerce : En droit commercial, le recours aux smart contracts pourrait sécuriser les relations logistiques. Le paiement d’une livraison pourrait être conditionné à la réception effective des marchandises, vérifiée par un système connecté (capteur IoT, base de données certifiée). Par exemple, le smart contract peut prévoir l’exécution automatique d’une commande lorsque le stock d’un produit en supermarché passe sous un certain seuil (ex. 10 pots de Nutella). Ce chiffre est la condition et l’exécution prévoit un achat automatisé de X unités supplémentaires auprès du fournisseur.
  • Santé : Alors que le nombre de recherches et de découvertes médicales augmentes, la quantité de données disponibles accroît d’autant plus. Utiliser des smart contracts dans le domaine médical pourrait permettre de partager les données de manière efficace et sûre.
  • Gestion de documents : N’importe quel document officiel, tel un acte de naissance, peut être conservé de manière sécurisée et infalsifiable sur une blockchain. Cependant, quid de la consultation et de la modification ? Le programme peut en effet prévoir qu’un document officiel puisse être consulté lorsque la personne X s’est identifiée de manière formelle.
  • Jeux vidéos: Adoptez une nouvelle solution pour attirer vos clients avec des NFT à collectionner et des programmes de points de fidélité qui facilitent les collaborations entre marques.

Défis et Enjeux Juridiques

L’essor de la blockchain ouvre une nouvelle ère pour le droit des contrats. Les smart contracts, mécanismes d’automatisation fondés sur cette technologie, ne créent pas un nouveau droit, mais bouleversent la pratique juridique. Entre qualification, sécurisation et responsabilité, ils posent des enjeux majeurs.

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L’enthousiasme suscité par les smart contracts ne doit pas occulter les nombreux défis juridiques qu’ils soulèvent.

  • Interprétation : Le code informatique repose sur une logique binaire, tandis que le droit exige la recherche de l’intention commune des parties (article 1188 du Code civil). Or, une clause traduite en langage de programmation - par exemple en Solidity - peut perdre en nuance par rapport au texte rédigé en langage naturel. Cela soulève la question : en cas de contradiction entre la version « codée » et la version « rédigée », laquelle doit primer ? Comment concilier cette rigidité avec l’imprévision prévue à l’article 1195 du Code civil ?
  • Modification et Révocation : Un smart contract, une fois déployé, ne peut être modifié sans créer une nouvelle version. La résiliation ou la révocation posent également un défi majeur. Un smart contract, une fois exécuté, produit des effets souvent irréversibles. Or, le droit positif admet des hypothèses où la révocation doit être possible (ex. Dans ce contexte, des mécanismes techniques pourraient être envisagés : un kill switch, qui permettrait de suspendre ou désactiver l’exécution d’un smart contract, ou un selfdestruct, qui en supprimerait définitivement le code de la blockchain.
  • Responsabilité : Si un bug dans le code ou une faille de sécurité entraîne une exécution indue, qui doit en répondre ? Le développeur, pour défaut de conception ? Les parties, pour absence de contrôle ? Ou encore l’avocat ou le notaire ayant participé à la traduction juridique du contrat ?
  • Loi Applicable et Compétence Juridictionnelle : La blockchain étant décentralisée et transnationale, quel droit s’applique en cas de litige ? Le droit français, dès lors que les parties sont établies en France ? Ou bien celui du lieu d’exécution du code, souvent impossible à déterminer ?

Ces défis montrent que l’automatisation par les smart contracts n’exclut en rien l’intervention du droit.

Le Rôle des Professionnels du Droit

C’est ici que se dessine le rôle central des professionnels du droit. Le notaire, quant à lui, voit son rôle de tiers de confiance prolongé dans l’univers numérique. Sans cette collaboration étroite entre juristes et développeurs, le smart contract risquerait de demeurer un code imparfait, incapable de traduire fidèlement la volonté des parties et générateur d’insécurité juridique.

Le smart contract ne crée pas un nouveau droit des obligations : il en prolonge la portée, en lui apportant un support technologique inédit. Avocats et notaires ne sont pas appelés à disparaître face à la blockchain : ils sont, au contraire, les garants de la sécurité juridique de ces mécanismes. Car demain, les contrats seront « smart ».

Plateformes et Outils pour Smart Contracts

De nombreuses plateformes facilitent le développement, le déploiement et la gestion des smart contracts. Parmi elles :

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  • Circle Smart Contract Platform: Déployez, gérez et surveillez des smart contracts en un seul endroit. Accédez à une bibliothèque de modèles audités pour vous lancer rapidement.
    • Tokenisation simplifiée: Créez des fungible tokens et des non-fungible tokens (NFT) pour représenter des devises, des matières premières, des biens immobiliers et d’autres actifs sur la blockchain.
    • Gestion intégrale: Consultez, déployez, surveillez et interagissez avec les smart contracts en un seul endroit. Supervisez l’intégralité de leur cycle de vie.
    • Des lancements en quelques minutes: Personnalisez, testez et lancez des smart contracts avec des modèles prêts à l’emploi. Vous n’avez pas besoin d’apprendre des langages de programmation blockchain comme Solidity.
    • Simplifiez les interactions avec les smart contracts en chaîne: Effectuez des développements sur la blockchain en toute facilité et intégrez des portefeuilles adaptés à votre application.
    • Une console tout-en-un: Déployez rapidement et en toute sécurité des contrats ERC-20, ERC-721 et ERC-1155 pour la tokenisation d’actifs, l’automatisation des paiements et plus encore.
    • Intégration de contrats DeFi: Générez des extraits de code pour intégrer facilement des fonctionnalités de contrats DeFi comme Aave et Uniswap dans votre application.
    • Surveillance des événements: Restez toujours au courant des événements clés des smart contracts. Prenez des mesures proactives grâce aux notifications d’événements par le biais de webhooks.
    • Gas abstraction: Utilisez Gas Station, un moyen simple de couvrir les frais de transaction pour vos utilisateurs. Établissez des politiques personnalisées par blockchain et évitez d’avoir à vous procurer des jetons natifs comme l’ETH ou le MATIC.
    • Déployez facilement des smart contracts grâce aux modèles: Faites votre choix dans notre bibliothèque de modèles low-code et sécurisés pour personnaliser et déployer rapidement vos propres jetons.
    • Airdrop: Distribuez des actifs numériques à vos utilisateurs dans le cadre de programmes de fidélité, de promotions marketing et de développement communautaire.
    • ERC-20: Créez et gérez des fungible tokens pour votre entreprise. Idéal pour la tokenisation d’actifs, la gouvernance d’entreprise, les récompenses communautaires et plus encore.
    • ERC-721 (NFT): Concevez des ensembles uniques d’actifs numériques connus sous le nom de non-fungible tokens (NFT). C’est la solution idéale pour la tokenisation d’actifs, le commerce à accès par jeton, la provenance d’adresses IP et plus encore.
    • ERC-1155: Créez et gérez des fungible tokens (ERC-20) et des non-fungible tokens (NFT) dans un seul contrat. C’est la solution idéale pour les jeux vidéo et les programmes de fidélité.

Défis et Risques Juridiques

Bien qu'ils soient déjà très répandus, les smart contracts se situent encore dans un flou juridique qu’il n’est pas toujours évident de dissiper. Surtout, ces contrats atypiques comportent un certain nombre de risques juridiques.

  • Manque d'encadrement juridique : Le droit encadre encore très peu tout ce qui touche spécifiquement aux smart contracts. A l’échelle européenne, des règles sont fixées pour l’utilisation des smart contracts en ce qui concerne notamment l’utilisation des données. En 2022, ces comités ont publié quatre nouvelles normes relatives aux Distributed Ledger Technologies (DLT), dont la Blockchain. De fait, le cadre légal qui entoure les smart contracts reste donc encore très mince.
  • Difficulté d'application des règles classiques : En ce qui concerne les smart contracts, on considère que doivent s’appliquer les règles classiques afférentes à la formation du contrat. Cependant, ces principes sont difficilement applicables aux smart contracts. Ne serait-ce que parce que ces programmes informatiques sont complexes.
  • Vulnérabilité des internautes : L’internaute qui contracte en ligne est placé dans une position de vulnérabilité importante. La qualification juridique des smart contracts, elle-même, manque de clarté, ce qui peut poser un certain nombre de problèmes quant à leur validité en tant que contrats légaux.
  • Responsabilité en cas de problème : Autre risque juridique lié aux smart contracts : qui est responsable en cas de problème ? Techniquement, il s’agit de celui qui a manqué à l’une de ses obligations légales ou contractuelles. Mais comment l’identifier ? S’agit-il d’une erreur dans le code ? D’une interprétation des termes et conditions générales qui diffère entre les parties ?
  • Modes alternatifs de règlement des conflits (MARC) : En cas de litige portant sur un smart contract, il peut être intéressant de se tourner vers les modes alternatifs de règlement des conflits (MARC) pour obtenir une réponse rapide. Selon cet expert, l’arbitrage jouera d’ailleurs un rôle de plus en plus prépondérant dans le règlement des litiges liés à la blockchain. Une plateforme de type DAO (Decentralized Autonomous Organization) a d’ailleurs été créée en 2017 pour la résolution des litiges. Cette plateforme, baptisée Kleros, permet de mettre en œuvre une saisine automatique si un différend est généré lors de l’exécution d’un smart contract.

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