Cet article explore les traditions d'accouchement chez les femmes arabes, en se concentrant particulièrement sur les pratiques des Bédouins Ghrib, une tribu vivant au sud-est du lac salé Chott al-Djerid, dans le territoire Nefzaoua. Bien que les Ghrib soient aujourd'hui en grande partie sédentarisés et tournés vers l'agriculture oasienne, leurs traditions ancestrales liées à la grossesse et à la naissance restent prégnantes.

Les Bédouins Ghrib : Aperçu d'une communauté en transition

La tribu Ghrib, estimée à environ 7 000 individus, est une confédération de neuf sous-groupes. Leurs origines sont incertaines, certains revendiquant une ascendance marocaine, tandis que d'autres affirment être originaires de la péninsule Arabique. Autrefois nomades et éleveurs, les Ghrib se sont progressivement sédentarisés, mais leurs traditions ancestrales, notamment celles liées à la maternité, continuent de marquer leur culture.

La Stérilité : Un défi majeur pour la femme

Dans la société Ghrib, la stérilité est considérée comme un défaut majeur chez une femme. Une femme incapable de concevoir risque d'être répudiée par son mari, et son avenir conjugal est fortement compromis. La stérilité est généralement imputée à la femme, et un mari n'hésitera pas à affirmer publiquement qu'une femme sans enfant est susceptible d'être renvoyée.

Pour prévenir ou combattre la stérilité, les femmes Ghrib peuvent recourir à diverses pratiques :

  • Visite d'un saint (ûlî) : La femme stérile se rend sur la tombe d'un saint pour implorer sa bénédiction (baraka).
  • Port d'un charme (h'irz) : Un meddeb (professeur d'école coranique) confectionne un charme contenant des versets du Coran, que la femme porte sur elle.
  • Lavage avec une infusion d'‘alga : La femme se lave le corps avec une infusion de feuilles d'‘alga (Henophyton deserti) réduites en poudre et bouillies dans l'eau.
  • Fumigation des parties génitales : La femme se soumet à une fumigation des parties génitales avec la fumée d'un caméléon brûlé.

La Grossesse : Une période de joie et de précautions

L'annonce d'une grossesse est accueillie avec joie et soulagement, car elle témoigne de la fécondité de la femme et renforce sa position au sein de la famille. Cependant, la grossesse est aussi considérée comme une période vulnérable, nécessitant des précautions particulières.

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La femme enceinte garde souvent le secret de sa grossesse, surtout durant les premiers mois, pour protéger le fœtus (d’nâ) des influences néfastes. On attribue souvent les problèmes de grossesse à des influences extérieures.

Durant les trois premiers mois, la femme est choyée par son mari et sa famille, qui s'efforcent de satisfaire ses envies (chahwa) pour éviter des malformations chez l'enfant. Il est déconseillé d'exposer la femme enceinte à des personnes handicapées ou à des animaux difformes, de peur que ces images n'affectent le fœtus. De même, elle ne doit pas se rendre dans un lieu où est exposé un défunt.

Certains aliments sont à éviter durant les trois premiers mois, tels que les câpres (gabbâr), le thym (za’ter), la rue (fîjel) et le romarin (klîl). Après cette période, la femme peut manger ce qu'elle souhaite, sans restriction.

Il est important de ne pas déranger une femme enceinte dans son sommeil, car cela pourrait causer la mort de l'enfant ou provoquer une naissance prématurée. Cette précaution est d'autant plus importante si la femme est enceinte pour la première fois (bekr).

La vulnérabilité de la femme enceinte est exprimée par le proverbe : "l-mrâ h’âmel sâg l-barra wa sâg fi l-gbar" (une femme enceinte a un pied dans le monde des vivants et un autre dans la tombe).

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En été, il est conseillé à la femme enceinte de se baigner fréquemment à une source ou à un puits, et de se rendre tous les vendredis sur la tombe de ses proches. Il est également recommandé de visiter la tombe d'un saint pour implorer sa bénédiction.

Si la femme a eu des problèmes lors d'une grossesse précédente, elle doit impérativement se rendre sur la tombe d'un saint et l'invoquer pour obtenir un enfant en bonne santé.

Du quatrième au huitième mois, il n'y a pas de prescriptions particulières pour la femme enceinte. Ce n'est qu'au cours du neuvième mois que ses mains et ses pieds sont enduits de henné, en prononçant les paroles : "khallî nh’ennî bâch yh’enn ‘alîya rabbî" (Qu’il me soit permis de m’enduire de henné afin que mon Seigneur ait pitié de moi !). Cette pratique est censée faciliter l'accouchement.

Durant ces mois, la femme prépare les vêtements de l'enfant : l’‘açâba (un petit bandeau), le durrâ’a (une petite chemise) et les gumât’a (des langes).

Prédiction du sexe de l'enfant : Entre croyances et divination

Dans la culture Ghrib, la naissance d'un garçon est souvent préférée, car elle assure la continuation du lignage. Un proverbe exprime cette préférence : "l-ûled ‘amâra wa t’-t’ufla khçâra" (un garçon apporte la prospérité, une fille la ruine !).

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Durant la grossesse, la femme peut consulter une teggâza (diseuse de bonne aventure) pour connaître le sexe de l'enfant. La diseuse invoque Allah et les ancêtres avant de dévoiler ses prédictions.

La femme peut également tenter de déterminer elle-même le sexe de l'enfant en se basant sur certains signes :

  • Signes annonçant un garçon : la femme s'assied les jambes croisées, l'enfant se situe dans la partie droite du sein, la mère souffre de convulsions dans l'abdomen, elle sent des mouvements à partir du cinquième mois, son visage s'amincit, les vaisseaux sanguins deviennent visibles, et son ventre prend de l'ampleur.
  • Signes annonçant une fille : en s'asseyant, la femme étend les jambes, l'enfant se situe dans la partie gauche du sein, des douleurs se manifestent dans le ventre et dans la partie supérieure du corps, après trois mois, la mère sent de légers mouvements, le ventre ne grossit pas, et le visage jaunit.

Activité sexuelle pendant la grossesse et après l'accouchement

Durant les menstruations (‘âda ou h’îd’a), l'homme s'abstient de tout rapport sexuel avec sa femme. Celui qui ne respecte pas cette règle risque de souffrir de mard’ l-mislân (une inflammation de la colonne vertébrale), qu'il ne pourra guérir qu'en ayant des relations sexuelles avec une négresse ou une ânesse.

La femme doit être pure lors des relations intimes, sinon l'enfant risque d'émettre une mauvaise odeur. Avant d'approcher sa femme, le mari doit invoquer Dieu pour se protéger contre le chayt’ân (le diable) et les t’âlh’în (des démons souterrains).

L'homme peut continuer à avoir des relations sexuelles avec sa femme jusqu'à la naissance, car cela est considéré comme bénéfique pour la mère et le fœtus. Le sperme (zal) est même considéré comme une source de nourriture pour l'enfant.

Après l'accouchement, l'homme s'abstient de relations sexuelles pendant quarante jours, afin de permettre à la femme de recouvrer sa force et sa santé.

La Naissance : Un événement entouré de rituels

Lorsqu'une femme est enceinte pour la première fois, sa mère vient la rejoindre peu avant la naissance pour s'occuper d'elle. Après l'accouchement, la nâfsa (femme en couches) reste auprès de sa mère de dix à quarante jours pour se reposer.

Dès les premiers signes de l'accouchement, une gâbla (sage-femme) est appelée. Le mari se retire et laisse la place aux femmes, parentes et amies, qui affluent pour assister à la naissance. Les enfants de moins de six ans sont également autorisés à y assister.

Tous les jours de la semaine sont favorables à la naissance, sauf le mercredi, car un garçon né ce jour-là serait impuissant, et une fille n'aurait pas d'hymen.

La sage-femme prépare le lieu de l'accouchement en attachant une corde au poteau de la tente (ou au plafond) pour que la parturiente puisse s'y agripper. Elle dispose également d'un ktib (cadre en bois d'un bât) et d'une jellam (paire de ciseaux) pour protéger l'enfant et la mère contre les maladies. Si l'enfant meurt durant l'accouchement, la sage-femme ferme les ciseaux au-dessus de son corps pour conjurer le mauvais sort. Elle enterre également le placenta immédiatement.

Pendant le travail, les femmes posent leurs mains sur la tête de la parturiente et prononcent des paroles pour faciliter l'accouchement.

Rituels marocains modernes autour de la naissance

Au Maroc, plusieurs rituels et traditions entourent la naissance d'un enfant, allant de la célébration prénatale à des pratiques spécifiques après l'accouchement. Ces traditions varient selon les régions et les familles, mais elles partagent un objectif commun : assurer la santé et le bonheur de la mère et de l'enfant.

La Kamoussa : Célébration prénatale du 7ème mois

La Kamoussa est une cérémonie prénatale marocaine, célébrée au cours du 7ème mois de grossesse, qui vise à choyer la future maman et à la préparer à l'arrivée de son bébé. Elle peut être comparée à la "baby shower" occidentale. Au programme : hammam, soins de beauté, musique, henné et la "kemoussa", un porte-bonheur accroché à la cheville de la future maman. Cette fête est organisée par la famille et les amies de la future maman, et se déroule généralement dans l'après-midi. Les femmes se réunissent autour de pâtisseries et de thé à la menthe, et une nakacha applique du henné sur les mains et les pieds de la future maman.

Rites et règles islamiques à la naissance

L'Islam prescrit un certain nombre de rites et de règles à respecter à la naissance d'un enfant :

  • La récitation de l'Adhan : L'Adhan (appel à la prière) est récité à l'oreille du nouveau-né.
  • La circoncision : La circoncision est une sounna (tradition prophétique) à appliquer pour les garçons.
  • Les règles du 7ème jour : Au 7ème jour, il est recommandé de prier pour le bébé, de lui choisir un prénom musulman et de sacrifier un ou deux moutons (aqiqa).

Coutumes et superstitions

Diverses coutumes et superstitions sont également associées à la naissance :

  • Pour protéger le bébé des mauvais génies, un couteau est placé sous son matelas.
  • Pour détourner le mauvais œil, les yeux du bébé sont entourés d'un trait de khôl noir.
  • Sept jours après la naissance, un motif au henné est appliqué sur la main du bébé.

L'alimentation de la mère après l'accouchement

La soupe d'orge est une tradition marocaine en post-partum, à base de thym, d'eau et d'ail. Cette soupe, riche en collagène et en vitamines, est censée réconforter et régénérer le corps de la maman.

Le Caftan : Un vêtement emblématique de la femme marocaine

Le caftan, vêtement traditionnel marocain, est souvent porté lors des fêtes et cérémonies liées à la naissance. Riche d'une histoire millénaire, le caftan a évolué au fil des siècles, s'enrichissant de diverses influences culturelles. Aujourd'hui, il est un symbole de l'élégance et de la féminité marocaine.

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