La figure d'Abdelkader Haddad, plus connu sous le nom de Nacer El-Djinn, est au cœur des dynamiques complexes du pouvoir algérien. Son parcours, marqué par une ascension fulgurante et une disgrâce soudaine, révèle les luttes intestines qui agitent le régime. Cet article se propose d'explorer la biographie de cet homme influent, son rôle dans les services de renseignement algériens, et les controverses qui l'entourent.

Origines et Surnom

Abdelkader Haddad a hérité de son sobriquet sulfureux, El Djinn, qui signifie "le diable" ou "l'ange malfaisant", à l'époque où il officiait à la tête de la lutte antiterroriste et contre la subversion. Ce surnom, qui lui colle depuis les années quatre-vingt-dix lors de la guerre avec les islamistes, témoigne de sa réputation sulfureuse. Plus connu sous le nom de « Nacer El-Djen » (nom de guerre qui signifie le « djinn vainqueur »), il traîne une réputation sulfureuse.

Ascension au sein des Services de Renseignement

Nacer El Djinn a été promu général il y a environ quatre ans, après son retour d’exil en Espagne. Il avait quitté l’Algérie à l’été 2018, au moment des purges lancées par le défunt chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah. Réhabilité par la suite, il s’était vu confier des postes stratégiques dans les services de renseignement.

Il a gravi les échelons au sein des services de renseignement algériens, occupant des postes clés qui ont façonné son influence et son pouvoir. D’abord, il prend la direction du tristement célèbre centre de détention et d’interrogatoire « Antar », situé au cœur d’Alger, connu pour les exactions qui y auraient été commises. Puis, en juin 2024, il est nommé à la tête de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), l’appareil central du renseignement algérien.

Patron de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure), la principale branche du renseignement et du contre-espionnage algérien, de juillet 2024 à mai 2025, Nacer El Djinn a faussé compagnie aux agents chargés de sa surveillance pour disparaître dans la nature.

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Controverses et Accusations

Cette ascension fulgurante avait suscité de vives polémiques, compte tenu de sa réputation sulfureuse et des accusations récurrentes de violences, de tortures et d’abus imputés à son passage dans les structures sécuritaires notamment pendant ces années noires (1992-1998) où l’armée algérienne est parvenue à éliminer le danger islamiste, mais souvent au prix de graves dérapages, alimentant une polémique sur l’origine des massacres commis pendant cette sale guerre connue sous l’apellation du « qui tue qui? ». C’est sur les ordres de ce général que Boualem Sansal a été inculpé d’atteinte à la sécurité de l’État et jeté en prison. Pour le général, mission accomplie.

À la tète du « Centre Principal militaire d’investigation » (CPMI), chargé d’interroger sans ménagement les suspects soupçonnés d’ »activité subversive » après une courte disgrâce où il s’était installé en Espagne, Nacer ElDjinn était connu comme un proche de l’ex DRS de Toufik -« l’État profond », aux cotés de qui il a oeuvré pendant les années noires (1992 à 1998) avec une brutalité connue de tous.

Disgrâce et Arrestation

L'éviction inattendue d'Abdelkader Haddad de la tête de la DGSI a alimenté les rumeurs de règlements de comptes internes au sein du régime algérien. Son éviction brutale avait d’autant plus surpris qu’il était réputé proche du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, dont il avait accompagné la réélection à un deuxième mandat en septembre 2024.

Arrêté très rapidement après son limogeage, Nasser El-Djinn avait été placé en détention à la prison militaire de Blida puis à Béchar, dans l’ouest du pays, avant d’être assigné à résidence dans une villa sur les hauteurs d’Alger. Les raisons de sa disgrâce n’ont jamais été claires. D’après l’une des hypothèses circulant parmi les observateurs de la scène algérienne, il aurait enquêté sur l’affairisme de certaines familles de la nomenklatura.

Selon des témoignages relayés dans l’entourage militaire, le général Haddad lorsqu’il a été écarté brutalement de ses fonctions aurait été la cible d’humiliations et même de mauvais traitements infligés par certains de ses pairs, notamment au sein du CPMI (Centre principal militaire d’investigation) de Blida. Après avoir été emprisonné, il a été placé en résidence surveillée. Cette semaine, le général el Djinn devait être présenté à un juge.

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Fuite et Conséquences

La fuite de Nacer El-Djinn, alors qu'il était assigné à résidence, a provoqué une onde de choc au sommet de l'appareil dirigeant algérien. Sa récente disparition - alors qu'il était sous surveillance - et le déploiement sécuritaire massif mis en place autour du grand Alger et de certaines grandes villes du pays pour tenter de le retrouver nourrissent encore davantage sa légende de djinn. La cavale du général Nacer el Djinn embarrasse gravement le pouvoir algérien. Les services de sécurité quadrillent Alger et ses environs, multipliant les contrôles et les opérations de ratissage.

Alger et sa périphérie ont été le théâtre, jeudi 18 et vendredi 19 septembre, d’un quadrillage sécuritaire d’une ampleur inconnue depuis la « décennie noire » des années 1990. Barrages de policiers ou de militaires, blocages de rues et fouilles de véhicules - y compris par des agents en civil - ont provoqué de gigantesques embouteillages dans l’agglomération. Assorti de survols d’hélicoptères, ce déploiement massif, qui a finalement été levé vendredi soir, est la conséquence d’une disparition, celle d’un militaire aux arrêts qui fut l’un des hommes les plus puissants du pays : le général-major Abdelkader Haddad, alias Nasser El-Djinn, ex-patron de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) de juillet 2024 à mai.

La cavale n’a apparemment duré que trois jours. Selon des informations relayées par des influenceurs algériens installés à l’étranger, le fugitif aurait été arrêté dimanche, vraisemblablement après s’être rendu de lui-même, à la suite de l’intervention d’un médiateur. Selon les dernières informations, les services viennent d’arrêter le fugitif à Khemis El-Khechna, une localité à trente kilomètres à l’est d’Alger, l’un des fiefs du terrorisme durant les années noires.

Implications et Interprétations

La fuite de Nacer el Djinn, si elle est confirmée, risque de provoquer un séisme au sommet du régime. Elle met en lumière les rivalités intestines entre clans militaires et révèle l’extrême fragilité d’un système où les généraux les plus puissants d’hier deviennent, du jour au lendemain, des fugitifs traqués.

Ainsi vont les règlements de comptes au sein du régime algérien, qui n’en finit pas d’être déchiré par de féroces luttes de factions.

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