L'article propose une analyse critique des dérives idéologiques contemporaines, en s'appuyant sur des exemples concrets tirés de la société française et internationale. Il aborde des thématiques telles que le wokisme, le transgenrisme, la déconstruction, l'égalitarisme et l'écriture inclusive, en explorant leurs implications sur les valeurs fondamentales de la civilisation occidentale.

Le wokisme et la logique binaire

Le wokisme, mouvement idéologique associé à la mouvance décoloniale et intersectionnelle, est marqué par une logique binaire récurrente. Il oppose l'Occident, perçu comme une entité dominante, coloniale, blanche et patriarcale, aux minorités (femmes, personnes LGBT+, groupes raciaux, personnes transgenres), considérées comme des victimes de cette domination. Cette logique binaire empêche toute reconnaissance de l'ambivalence psychique et conduit à une vision manichéenne du monde.

Dans ce contexte, certains responsables politiques plaident pour inscrire dans la Constitution la liberté du choix de genre et promouvoir les études de genre à l'université. Ils exhortent à « déconstruire le faux genre humain », soutenant que l'homme serait violent par construction.

La mutation du rapport au symbolique et à l'identité

L'année 1983 marque un tournant décisif pour la gauche au pouvoir en France. Des slogans comme « Black Blanc Beur » et « Touche pas à mon pote » témoignent d'une identité raciale et ethnique qui entame l'universalisme républicain au profit d'une logique communautaire. Cette mutation du rapport au symbolique, à l'identité et à la Loi illustre le passage d'un paradigme symbolique, où le citoyen était un concept abstrait, à une réalité plurielle, incarnée par des corps réels, visibles, sexués et racialisés. Cette mutation demeure une source de morcellement et d'enfermement identitaire.

Ce mouvement prône « le droit à la différence » plutôt qu'à la ressemblance et se traduit par la reconnaissance d'identités variées (gays-raciales-noires) en lien avec des revendications d'égalitarisme, dans le contexte du wokisme naissant en France. La lutte contre toutes formes de discrimination devient l'horizon des démocraties contemporaines qui ont renoncé à toute idée de progrès social et d'émancipation collective.

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L'effritement de la classe ouvrière et l'émergence d'un nouvel électorat

Parallèlement, la mondialisation et ses conséquences en matière de délocalisations contribuent à l'effritement de la classe ouvrière. Un groupe de réflexion progressiste, Terra Nova, publie une étude en 2011, affirmant que le divorce entre le Parti socialiste et la classe ouvrière est prononcé. Les signataires préconisent de s'adresser à un nouvel électorat urbain composé de « diplômés », de « jeunes », de « minorités des quartiers populaires » et de « femmes » : tous rassemblés autour de « valeurs culturelles et progressistes ».

Un nouveau peuple est désormais en mouvement, focalisé sur les minorités ethniques, religieuses, culturelles et sexuelles. Dans cette société marquée par l'individualisme et le consumérisme, chacun est invité à façonner sa propre identité, qui relève d'une projection narcissique, ignorant tout déterminisme historique ainsi que toute donnée biologique et sexuelle. Chacun brandit en étendard sa prétendue identité, en participant à une marche des fiertés permanente. Les identités ne se définissent plus par ce qu'elles accomplissent, mais par leur essence.

L'essor des groupes sexuels et le droit à la différence

Dans ce contexte, les différents groupes sexuels, dont le transgenrisme, trouvent leur essor. Historiquement, le militantisme LGBT+ prônait une forme d'assimilation revendiquant le droit à l'indifférence. Aujourd'hui, ce mouvement aspire à cultiver sa différence jusqu'à devenir un puissant lobby revendiquant sa propre culture.

L'assimilation, inscrite dans le Code civil, cède ainsi la place au droit à la différence, à la diversité et à l'exclusivité des groupes, ouvrant ainsi la voie à divers types de communautarismes. L'identité nationale, qui rassemblait autour d'une mémoire commune et d'un narratif collectif, est désormais la seule identité véritablement bannie.

La commisération et la quête de soi

En marge de ces diversités, les sociétés sont traversées par un élan de commisération. Un zèle compatissant envers les démunis, les déshérités et les exclus ne cesse de se manifester dans l'arène politique. Les dirigeants n'hésitent plus à faire de leur aptitude à compatir un argument décisif en faveur de leur droit à gouverner.

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Alors que Lénine se posait la question fondamentale : « Que faire ? », il semble que les politiques se préoccupent davantage de « Que dire ? » en quête de soi-même et visent moins les mouvements d'émancipation que la défense des minorités « menacées ».

L'autoaffirmation de soi et l'hypertrophie du moi

L'autoaffirmation de soi, métabolisée en hypertrophie du moi, signe notre époque. Les « vécus » des auteurs fleurissent dans la littérature, et les ouvrages consacrés aux émotions et aux sentiments connaissent un essor considérable dans les rayonnages des livres de développement personnel.

Des expressions telles que « Je pense donc je suis », « Ça pense là où je ne suis pas » ou encore « Je est un autre » et « Je suis Charlie » affirment l'existence d'une identité universelle, à la fois consciente et inconsciente, toujours divisée, toujours « autre », tout en restant soi-même et en incluant l'étranger en soi. Cependant, l'affirmation « Je suis Charlie » reste discutable, dans la mesure où elle ne représente qu'un volet face à la barbarie. Chacun aspire à « être soi-même comme un roi » et non pas comme un autre.

La déconstruction et la destruction des assises de la civilisation

L'émergence de ces diversités identitaires s'est accompagnée de « souffrances narcissiques identitaires ». Le concept de déconstruction, forgé par Martin Heidegger et revisité par Jacques Derrida, s'est transformé progressivement en une idéologie nihiliste visant la destruction des assises de notre civilisation par une inversion de nos valeurs fondamentales. Ce processus s'attache à déconstruire ce qui est souvent désigné comme « le privilège blanc » et ses multiples facettes : la langue française, la structure familiale, ainsi que les notions de genre et de sexe.

Au nom de la liberté individuelle, nous assistons paradoxalement à une entrave à la liberté d'autrui, qui se manifeste par différentes formes de nuisances, d'insultes, voire de violences. Nous constatons des perturbations ou des annulations de conférences, ainsi que des intimidations et des menaces de mort liées à la présentation d'ouvrages comme Transmania. La liberté, qui doit être encadrée par des lois, semble désormais menacée.

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Le glissement de la liberté vers un système de contrôle

La liberté, envisagée à travers le prisme du « moi je », s'affranchit de toutes formes d'aliénation. Nous glissons insidieusement de la liberté vers un système de contrôle, en dénaturant ainsi le projet d'émancipation inscrit dans la promesse républicaine et en contrariant l'esprit démocratique, qui doit résoudre les différends par le dialogue et non par la violence. L'idée d'un « homme qui s'empêche », selon l'expression d'Albert Camus, semble aujourd'hui frappée de caducité, comme si le sujet moderne ne rencontrait plus d'obstacles intérieurs pouvant freiner sa jouissance. En l'absence d'introjection des interdits, le surmoi s'est érodé et l'homme contemporain ne s'empêche plus : il s'abandonne.

Une autre forme d'atteinte à la liberté se manifeste aujourd'hui dans une sorte de jouissance punitive de dénonciation, par le biais de la censure pratiquée par les pairs, remplaçant ainsi la censure verticale imposée par les autorités.

L'égalité dévoyée en un vice égalitariste

L'égalité, second volet de la devise républicaine, s'avère également dévoyée en un vice égalitariste. Le Planning familial peut affirmer dans ses brochures : « Un homme peut être une femme » ou encore « Un pénis est un pénis, pas un organe sexuel mâle ! » Ces énoncés incohérents illustrent comment la conception de l'égalité des droits, qui est un principe démocratique, se transforme en une forme d'égalitarisme, semblable à une véritable religion de l'égalité. Ce processus infini vise à uniformiser et à indifférencier, en écrêtant toute distinction et en annihilant toute reconnaissance. Ce phénomène est amplifié dans un contexte de relativisme, où les autorités sont affaiblies et où règne l'horizontalité des réseaux sociaux. Cette jouissance sans limites d'un surmoi collectif, identifié par Lacan, qui pourrait s'exprimer sous l'injonction « Jouissez pareillement ! », n'exprime-t-elle pas une dérive imaginaire en réaction à la structure symbolique du manque ?

Cet égalitarisme, en place de l'excellence, se déploie notamment à travers l'écriture inclusive, qui vandalise la langue et nous sépare d'un passé supposément inégalitaire. Flaubert, inquiet de la dégradation possible de la langue, affirmait : « Je n'écris pas pour le lecteur d'aujourd'hui, mais pour les lecteurs qui se présenteront tant que la langue vivra. » Ce nouveau signifiant maître, l'inclusion, cherche à définir tout individu par sa différence, remplaçant ainsi la notion d'égalité dans l'école publique. L'objectif est d'inclure dans le savoir, qui doit être désormais à la portée de tous, tout en occultant que cette inclusion implique nécessairement une forme d'exclusion.

Lacan soulignait que tout ensemble procède d'une exclusion du fait de l'identité à un trait commun. Ce principe d'inclusion, qui s'oppose à toute forme de méritocratie, s'avère être une chimère. Le sigle LGBT en est l'expression, par l'inflation de signes qui s'attachent à ces initiales. Comment pourrait-on visibiliser tous les genres (femme, trans, personne non binaire…), ce qui est une visée de l'écriture inclusive, dans une langue qui, par sa nature même, fonctionne sur le principe de l'exclusion, à savoir que, ce qui est énoncé implique toujours ce qui ne l'est pas ? Cette tentative de modifier le symbolique par le politique, de rectifier le Réel (l'impossible du sexe) et de réparer la castration par la syntaxe répond à un fantasme de maîtrise du langage. Pour Lacan, l'écriture inclusive pourrait être une tentative « d'écrire le rapport sexuel » en un lieu où il n'existe pas symboliquement.

Cet égalitarisme se déploie dans l'éducation des élèves en vue d'instaurer une véritable égalité des sexes au sein de l'école. Paradoxalement, une initiative censée promouvoir l'égalité, à savoir le port d'un uniforme scolaire, pensé comme un moyen d'abolir la rivalité des apparences et l'emprise des marques, suscite la réticence, voire le refus, d'une part significative du corps enseignant. Et ce, alors même qu'elle fut portée par un ancien Premier ministre au nom d'un idéal républicain d'unification.

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