L'expression "A la guerre on y allait autrefois" évoque une époque révolue, où la perception de la guerre et le rapport à celle-ci étaient radicalement différents. Cet article se propose d'explorer cette thématique à travers l'histoire de lieux emblématiques et l'évolution des mentalités face au conflit. Nous plongerons dans le passé, en nous appuyant sur des exemples concrets tels que le château de Rambouillet et la forêt de Retz, tout en analysant les discours et les mouvements qui ont façonné notre regard sur la guerre.
Le Château de Rambouillet: Un Témoin Privilégié de l'Histoire de France
Découvrir l'histoire du château de Rambouillet, c’est entrer dans l’intimité de l’un des séjours favoris des princes, rois et présidents depuis près de six siècles. Mais le château de Rambouillet est avant tout connu pour son histoire récente. Celle de l'occupation présidentielle qui vient tout juste de prendre fin! Jalousement tenus secrets pendant de nombreuses années, certains espaces privés ouvrent peu à peu au public, levant le voile sur les secrets de leur histoire. Saviez-vous, par exemple, que plus de la moitié des présidents de la République ont séjourné ici?
Tout commence en 1895 lorsque Félix Faure, président sous la IIIe République, décide de faire de Rambouillet une résidence estivale. Pouvez-vous imaginer toutes les confidences échangées ici ? Chefs d’État étrangers ou têtes couronnées, nombreuses ont été les personnalités invitées à Rambouillet : de David D. Eisenhower à John F. Kennedy, de Nikita Khrouchtchev à Mikhaïl Gorbatchev, de l’Empereur du Japon à la reine Elisabeth II. C’est aussi à Rambouillet que le président Giscard d’Estaing choisit d’organiser, en 1975, le premier G6 de l’Histoire qui a réuni les chefs d’État des 6 pays les plus industrialisés ! La salle à manger rappelle cet événement.
Toutefois, les présidents n’ont pas "inventé" Rambouillet. Il faut bien l’avouer : le lieu a tout pour plaire ! Situé dans les Yvelines, à une cinquantaine de kilomètres de Paris, Rambouillet est tout d’abord facile d’accès. Ni trop loin, ni trop proche, c’est un refuge parfait pour goûter un peu de quiétude à l’écart du pouvoir. Ajoutons à cela la présence de l’une des plus belles forêts d’Ile-de-France réputée pour la qualité de sa chasse et nous comprenons alors pourquoi le séjour de Rambouillet était tellement prisé ! Le premier à percevoir l’exception du lieu s’appelle Jean Bernier. Conseiller du roi Charles V, il acquiert ici en 1368 un petit manoir qu’il transforme en château fort. Vers la fin du XIVe siècle, Rambouillet est acquis par la puissante famille d’Angennes. Le château est peu à peu transformé en une demeure de plaisance où il fait bon vivre. Il reste dans la famille pendant près de trois siècles!
Le saviez-vous? Le roi François Ier est mort au château de Rambouillet. De santé fragile, il est pris de malaise au cours d’une chasse près de Rambouillet. Son ami, Jacques d’Angennes, le ramène en hâte au château pour le soigner. Au tournant du XVIIe siècle, le dernier héritier de la famille d’Angennes, assailli de dettes, est contraint de céder le château et les terres environnantes à son principal créancier : Joseph-Jean-Baptiste Fleuriau d’Armenonville, intendant des finances de Louis XIV. On dépense sans compter ! 140 000 livres puis 500 000 autres sont investies pour l'aménagement d'un jardin à la française! favori, Fleuriau d’Armenonville ne fait pas le poids… En 1704, il est prié de quitter les lieux!
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Devenu la résidence d’un prince de sang, le château fait l’objet de travaux d’embellissement confiés aux meilleurs artisans du moment, venus du chantier de Versailles bien sûr. À la différence des d’Angennes, le comte de Toulouse en fait son principal lieu de vie, loin des intrigues de la cour. Il a lieu en 1723, en grand secret. L'élue s’appelle Marie-Victoire-Sophie de Noailles. Pour elle, rien n’est trop beau : le comte lui offre un somptueux appartement décoré de boiseries rocaille, l’appartement d’assemblée.
Ces deux générations suffisent à faire de Rambouillet, selon les mots de Saint-Simon, une "terre prodigieuse" dans laquelle Louis XV vient régulièrement séjourner. Le duc de Penthièvre, dont la fortune est considérable, lance un nouveau chantier, dans le parc cette fois. Dans les années 1770, il y crée un Jardin anglais agrémenté de fabriques, comme la charmante Chaumière aux coquillages qui subsiste toujours. Le cœur de Rambouillet bat alors au rythme du siècle des Lumières! D’un raffinement exquis, tout ici est à la dernière mode.
Louis XVI lorgne sur Rambouillet depuis bien des années… Il recherche un refuge pour se protéger de la pression de Versailles et s’adonner à sa passion pour la chasse en toute tranquillité! Louis XVI commande l'aménagement, à Rambouillet, d'une ferme expérimentale pour accueillir un troupeau de moutons mérinos importé d'Espagne. Les jardins servent de pépinière pour tester l’acclimatation des espèces issues des voyages botaniques! Ouvrez l’œil lors de votre prochaine visite : cyprès chauves, tulipiers de Virginie, ginkgo biloba et bien d’autres ornent encore le parc de Rambouillet. Seul "hic" dans l’histoire? Son épouse Marie-Antoinette n’aime pas Rambouillet.
En 1804, Napoléon prend possession d'un château en bien mauvais état, endommagé par la Révolution. D’importants travaux sont alors engagés. L’Empereur veut faire de Rambouillet un lieu de repli où il pourra vivre simplement, entouré des siens entre deux campagnes militaires. Les travaux réalisés à cette époque modifient à tout jamais l’aspect du château : une aile est détruite à la dynamite! La façade est redessinée et un nouvel appartement est aménagé pour l’Empereur. Les jardins ne sont pas oubliés : près de 40 000 arbres sont plantés. Napoléon se plaît à Rambouillet.
Lorsque la monarchie est restaurée en 1815, Louis XVIII réinvestit le château de Rambouillet et y engage quelques travaux. Son frère et successeur, Charles X, est très attaché au lieu pour y avoir souvent chassé à l’époque de Louis XVI. Il y trouve refuge avec sa famille à la suite des Trois Glorieuses (journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet 1830).
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Le nouveau roi, Louis-Philippe, ne s’intéresse pas du tout au château de Rambouillet qui est alors proposé à la location jusqu’à ce que Napoléon III, indigné par le sort réservé à l’un des séjours favoris de son oncle, décide de le restaurer puis d’y loger sa cousine. L’histoire du château aurait pu s’arrêter au lendemain de la chute du Second Empire… Mais, nouveau rebondissement : quoi de mieux que Rambouillet pour servir de résidence présidentielle?
Le Centre des monuments nationaux qui gère Rambouillet depuis 2009 restaure et met en valeur ce patrimoine exceptionnel. L’abandon de l’usage officiel du château va permettre d’ouvrir au public de nouveaux espaces jusqu’alors réservés au président et à ses invités! Derrière une architecture fortement remaniée, se cachent des décors exceptionnels qui font de Rambouillet un formidable conservatoire des styles, du goût et des modes. Donnons l'exemple de la salle de bains du comte de Toulouse ou encore, plus surprenantes, les chambres des invités et leur décor moderniste des années 50 sur décision du président Auriol! Fermées au public durant de longues décennies, ces salles seront peu à peu restaurées pour retrouver tout leur lustre. L’objectif ?
Le château de Rambouillet, par son histoire riche et variée, illustre les changements de mentalités face à la guerre et au pouvoir. D'abord refuge de chasse, puis lieu de plaisance et enfin résidence présidentielle, il témoigne d'une évolution des priorités et des préoccupations des élites françaises. Les guerres et les conflits ont indirectement influencé l'histoire du château, en modifiant son usage et en reflétant les aspirations de chaque époque.
La Forêt de Retz: Témoin des Conflits et des Transformations
La renommée de la forêt de Retz, dans l’Aisne, ne date pas d’hier. En 632, Dagobert Ier y pratique déjà la chasse ! Avec son décor foisonnant, l’imposant château rivalise avec les plus belles réalisations de son époque. Chef-d’œuvre de l’architecture de la Renaissance, la chapelle est la première en France à rompre avec la tradition gothique. Affectionné par les rois de France, en particulier Henri II qui y chasse le cerf pendant sept ou huit heures d’affilée, Villers-Cotterêts devient lors des séjours de la cour une sorte de capitale éphémère du royaume où la politique se décide. En 1539, François Ier y signe une ordonnance historique pour, entre autres, imposer le français dans les actes administratifs et juridiques. Henri II y prendra, lui aussi, d’importantes décisions politiques. Ces séjours irriguent toute l’économie de la région. Si le château est le siège de l’activité économique et politique du pays pendant les séjours des rois, il est aussi le théâtre de fêtes. « Mon Plaisir », le surnom que François Ier aurait donné au château, en est révélateur ! Ces réjouissances et les fêtes locales des siècles suivants suscitent le dicton qui serait né au XIXe siècle : « s'amuser comme à Villers-Cotterêts ».
Les Orléans, qui reçoivent le château en apanage par Louis XIV en 1661, y mèneront une vie de jeux, de conversations et de réceptions. Louis XIV y séjourne à plusieurs reprises, dont une fois à l’occasion d’un bal masqué en 1680. Le Régent, Philippe II d’Orléans, y organise une fête pour le sacre de Louis XV où 1 000 invités engloutissent 80 000 bouteilles de vin de Bourgogne et de Champagne et applaudissent 140 acteurs de l’Opéra. Autre évènement historique majeur, à la fois artistique et politique, en 1664, la troupe de Molière crée une nouvelle comédie intitulée Le Tartuffe ou l'Hypocrite. Bien qu’appréciée par le roi, Louis XIV, influencé par l’archevêque de Paris, fait interdire les représentations publiques de la pièce. Ce qui ne l'empêchera toutefois pas de la revoir en privé avec une partie de la Cour.
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Les turbulences de la Révolution sonnent le glas de la gloire du château, saisi comme bien national en 1790. L’histoire s’accélère alors, et les démolitions avec. Une caserne de l’armée républicaine s’y installe brièvement en 1789, puis un dépôt de mendicité en 1808 pour les indigents du département de la Seine, qui recouvre à l’époque une petite partie de l’Île-de-France actuelle (Paris et les communes avoisinantes dans un rayon d’une dizaine de kilomètres). Afin d'accueillir jusqu’à 1800 reclus, des travaux sont ordonnés et dégraderont une partie de l’architecture fastueuse d’antan. Réfectoire, infirmerie et dortoirs sont aménagés, comme le dortoir des hommes dans l’ancien théâtre de Louis-Philippe, ou celui des femmes infirmes dans l’ancienne chapelle royale. Les murs sont abattus pour obtenir des salles vastes afin de faciliter la surveillance.
Villers-Cotterêts est aux premières loges à la déclaration de la Première Guerre mondiale. Proche du front, la ville est investie par le service de santé des armées qui installe un hôpital militaire dans l’ancien château royal et dans son parc. Le 18 juillet 1918, l’artillerie tonne. Nous sommes au cœur de la seconde bataille de la Marne. Tapis dans la forêt de Retz, les Alliés décident d’attaquer la contre-offensive allemande après leur défaite au Chemin des Dames, depuis Villers-Cotterêts avec la 10ème armée du général Mangin. Dans cet affrontement féroce, le château sort quasiment indemne si ce n’est son aile occidentale en partie détruite et sa toiture endommagée par les impacts d’obus.
La forêt de Retz, comme le château de Villers-Cotterêts qu'elle abrite, a été le témoin de nombreux événements historiques, des chasses royales aux batailles de la Première Guerre mondiale. Elle incarne la transformation des paysages et des usages au fil du temps, reflétant les enjeux politiques, économiques et sociaux de chaque époque. La forêt, autrefois lieu de plaisir et de pouvoir, est devenue un champ de bataille, puis un lieu de mémoire.
L'Évolution des Mentalités Face à la Guerre
L’abandon de l’usage officiel du château va permettre d’ouvrir au public de nouveaux espaces jusqu’alors réservés au président et à ses invités! Derrière une architecture fortement remaniée, se cachent des décors exceptionnels qui font de Rambouillet un formidable conservatoire des styles, du goût et des modes. Donnons l'exemple de la salle de bains du comte de Toulouse ou encore, plus surprenantes, les chambres des invités et leur décor moderniste des années 50 sur décision du président Auriol! Fermées au public durant de longues décennies, ces salles seront peu à peu restaurées pour retrouver tout leur lustre. L’objectif ?
« La guerre, c’est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas ». La citation de Paul Valéry est connue. Celle d’Anatole France aussi : « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels ». Il imprégnait la culture populaire, la production musicale, de Brel à Brassens, la presse satirique, de Charlie Hebdo à La gueule ouverte. On se moquait de l’armée avec une joie corrosive (« Tu connais la plus petite unité de mesure ? Le millimètre ! La plus petite unité de poids ? Le milligramme ! Et la plus petite unité d’intelligence ? Le militaire… »). Cette époque est révolue. Comme l’observe mon invité du jour, le sociologue et militant Pierre Douillard-Lefèvre, l’antimilitarisme a perdu la bataille culturelle. Il s’est marginalisé, même s’il connait aujourd’hui un timide et créatif regain. Une preuve parmi tant d’autres que le militarisme a gagné la bataille, qu’il a conquis des esprits qui lui étaient autrefois réfractaires : les discours va-t’en-guerre que les politiciens écologistes tiennent désormais, en France comme en Allemagne. Ils prônent une « écologie de guerre » et une « économie de guerre », eux dont les partis qu’ils dirigent furent fondés dans le creuset du Larzac, lutte glorieuse contre l’extension d’un camp militaire, et dans le sillage des mobilisations étudiantes en Allemagne contre l’installation des missiles Pershing II.
Au-delà des écologistes, qui ont viré du vert au kaki, les appels au « réarmement » et la rhétorique guerrière (guerre à des Etats ennemis, bien sûr, mais aussi guerre au terrorisme, guerre au narcotrafic, et même guerre à un virus) saturent l’espace public. Ils polluent nos esprits. Ces discours bellicistes accompagnent et justifient une nouvelle course à l’armement (laquelle n’a en réalité jamais cessé, contrairement à ce qu’on nous apprend à l’école sur la fin de la guerre froide), dont atteste l’explosion vertigineuse des budgets militaires des grandes puissances. Investissements dont l’industrie de l’armement profite à plein, comme les multinationales de la reconstruction (car la guerre, pour le capital, c’est double bénéf : ça permet de vendre des armes, puis de monnayer la reconstruction des immeubles et des infrastructures détruits avec ces armes).
On l’a compris : la guerre est au carrefour de toutes les dominations. Celle de l’Etat, celle du capital. Mais aussi celles du patriarcat, des empires coloniaux et de la raison technicienne. Alors, quoi ? Faut-il condamner la guerre de façon absolue, y compris quand une population est envahie ou massacrée, comme en Ukraine et à Gaza ? Faut-il refuser de combattre ? Au risque de faire le jeu de l’ennemi ? De céder aux exigences d’un Poutine ? Voilà d’épineuses questions qui se posent à la pensée et à la tradition antimilitaristes. Une tradition que mon invité exhume avec passion et brio, dans ce livre nécessaire, que publient les éditions Divergences : Maudite soit la guerre.
L'évolution des mentalités face à la guerre est un processus complexe et ambivalent. Si l'antimilitarisme a connu son heure de gloire, il semble aujourd'hui en perte de vitesse face à une rhétorique guerrière omniprésente. Les discours bellicistes, la course à l'armement et les conflits contemporains posent des questions éthiques et politiques fondamentales sur notre rapport à la violence et à la domination.
Drancy: D'un Village Paisible aux Horreurs de la Guerre
Nous sommes le 30 novembre 1918, en pleine séance du conseil municipal. Après avoir évacué quelques affaires courantes, le maire, Marie Frédéric Champion, prend la parole d’un ton solennel : Le Conseil municipal de Drancy, réuni en séance ordinaire, Adresse à M. Poincaré, président de la République, à M. Clemenceau, président du Conseil et aux membres du gouvernement, l’hommage unanime de leur admiration pour l’œuvre qu’ils ont si bien conduite concernant la défense de la Nation. Au nom de la population de Drancy, exprime ses sentiments immortels de reconnaissance à nos morts et aux vaillants chefs et soldats ainsi qu’à nos fidèles alliés qui ont tous bien mérités de la Patrie et de l’Humanité. Vive la République !
Drancy cité- jardin 27 La cité-jardin, ici rue Jacques Soubiran, construite dans les années 20. Un nouvel habitat pour une nouvelle ville. Un goût doux-amer L’heure est à la victoire, mais peut-être pas à la fête dans tous les foyers de la ville. Drancy, qui comptait environ 8000 habitants avant guerre, a en effet payé un lourd tribu : plus de 200 de ses enfants ne sont pas revenus du front. Même chez le maire, qui a dû gérer quatre années extrêmement complexes et venir en aide à ses administrés souffrant des restrictions, le cœur n’y est pas. Son fils de 20 ans, René, est tombé au combat dans la Somme à peine six mois auparavant. L’année suivante, il ne se représentera pas lors des nouvelles élections municipales, après onze années passées à la tête du conseil. C’est un autre représentant de la SFIO qui sera élu, Eugène Marius Duchanel. Il faudra attendre encore de longs mois pour que Drancy retrouve son calme et pour que les installations militaires quittent la ville. La vie reprendra son cours, mais plus jamais elle ne sera la même. Le monde rural, avec ses fermes et ses champs, son temps qui s’écoule au rythme des saisons, va très vite s’estomper face à l’urbanisme galopant des lotissements. Le village se fait ville. Et si, autrefois, chacun vivait ici dans un monde protégé de l’extérieur, il faut désormais se rendre à l’évidence : Drancy doit s’ouvrir. C’est pourquoi l’une des grandes batailles de cet après-guerre sera celle du tramway. Il faudra des années pour le voir circuler dans les rues drancéennes.
1914, rue Jacqueline Quatremaire, alors rue William. Nous sommes à la campagne. Du pain sur la planche En attendant, en 1919, face à l’augmentation en flèche de la population, il est urgent d’organiser la ville, à commencer par le cimetière qu’il faut agrandir, notamment pour y inhumer les corps de nombreux soldats. Mais il faut aussi pouvoir répondre aux demandes des habitants. On se met alors à la recherche d’un nouveau bâtiment pour la Mairie, désormais trop à l’étroit dans la Maison Levasseur acquise en 1840. Un nouveau statut sera également octroyé aux employés municipaux dont le nombre s’accroît rapidement. Et puis, il y aura les travaux d’assainissement, de voirie, la création de nouveaux services, de multiples écoles et logements à construire… L’entre-deux guerres débute. L’avenir s’annonce exaltant puisque la Der des ders vient de se terminer par une victoire. Deux décennies plus tard, Drancy va pourtant déchanter et se retrouver, à nouveau, dans la tourmente de la guerre.
L'histoire de Drancy, marquée par les horreurs de la Seconde Guerre mondiale et son rôle de camp de transit, témoigne de la fragilité de la paix et de la nécessité de se souvenir des atrocités du passé. Le passage d'un village paisible à un lieu de souffrance et de déportation illustre les conséquences dévastatrices de la guerre sur les populations civiles.
L'Autrefois: Un Palimpseste Politique
« Mais que deviennent, dans la “politique du temps” ; les possibles “émondés” ? Sont-ils à jamais engloutis dans les vertigineuses poubelles de l’histoire ? Ou quelque chiffonnier méticuleux a-t-il le pouvoir de les sauver ? L’Autrefois est-il irréductible à un chapelet d’heures fanées. Par le rappel des conjonctures passées, “aborder l’Autrefois signifie donc qu’on l’étudie, non plus comme avant, de façon historique, mais de façon politique, avec des catégories politiques”. Traiter politiquement l’histoire, c’est la penser du point de vue de ses moments et de ses points d’intervention stratégiques. Rien n’est destiné à durer. Chaque instant qui passe transforme et altère irrémédiablement tout ce qui est. Le temps de notre existence éphémère ne nous permet d’avoir qu’une expérience de la durée assez vague, une représentation approximative, imaginaire et vertigineuse des temps passés, présents et futurs. Naissance, croissance, vieillesse et disparition : Une vie. Qu’est-ce qu’une vie ? Deux vies. Trois vies. Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! Frères humains enfouis depuis quelques secondes, minutes, heures, jours et nuits, semaines, saisons, années, par dizaines, centaines, milliers, innombrables. Drôle de sensation de savoir que, depuis l’aube de l’humanité, 108,2 milliards d’individus sont nés. Et 93% sont morts. Saturation du monde.
Pour Walter Benjamin « l’histoire n’obéit pas aux fausses évidences chronologiques, sa construction appelle à reprendre le montage dont la matière première est la citation. S’approcher… là où, dans les profondeurs des couches sédimentées, tressées en un palimpseste sur lequel nous vivons, il fait sombre. Interroger les morts. Nombreux sont les récits que ces derniers nous ont laissé en héritage, évènements vécus au cours des siècles passés qui ont transformé le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. S’exercer à l’obscurité, pour que nos yeux finissent par distinguer les détails qui, dans l’histoire, fondent et produisent des évènements inondés par la lumière éblouissante et partisane des pouvoirs, subtilisant à nos yeux les causes cachées qui les ont produites. « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire, ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Jouer à dénicher sans continuité logique, par montage et association d’idées, les conflits d’intérêts individuels et collectif qui amènent des petites guerres dérisoires de voisinage aux conflits mondiaux, tyrannies, meurtres, délations, collaborations, accommodements et lâchetés perpétués sans interruption depuis la nuit des temps.
L'Autrefois, loin d'être un simple chapelet d'heures fanées, est un palimpseste politique complexe, où les conflits et les dominations se répètent et se transforment. Interroger le passé, c'est dénicher les causes cachées des événements et comprendre les mécanismes qui perpétuent la violence et l'injustice. C'est aussi prendre conscience de la fragilité de la paix et de la nécessité de lutter contre toutes les formes de domination.
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