L'incarcération d'une femme enceinte ou mère d'un jeune enfant soulève des questions complexes concernant les droits de l'enfant et de la mère, ainsi que les conditions de détention. Cet article explore les aspects de la grossesse et de la maternité en prison, notamment l'allaitement, en s'appuyant sur des témoignages, des études et des réglementations en vigueur.
Grossesse et Accouchement en Milieu Carcéral
Comment vit-on sa grossesse quand on est incarcérée ? Comment se passe l'accueil du bébé, puis du jeune enfant ? La prise en charge de la grossesse, puis de la maternité en prison ont fortement évolué depuis plusieurs décennies. Marie-Annick Horel, ancienne surveillante au quartier Mère-enfant du Centre pénitentiaire de Rennes, et autrice de “Au cœur de la prison des femmes” (éd. Taillandier), témoigne de son expérience et des réalités de la maternité en prison.
Lorsqu'une femme enceinte est incarcérée, elle intègre généralement le quartier Mère-enfant au 7e mois de grossesse, bénéficiant d'une prise en charge similaire à celle d'une femme enceinte à l'extérieur. L'administration pénitentiaire n'est pas seule dans la prise en charge, elle est épaulée à 100% par la Protection maternelle et infantile (PMI). Deux personnes viennent régulièrement ou ponctuellement au CPF, à savoir, une puéricultrice et une éducatrice jeune enfant. Tous les mois, un pédiatre se déplace en ambulatoire pour venir voir les enfants.
Marie-Annick Horel : J’ai tout entendu là aussi ! Aujourd'hui, j’ai 62 ans, en 37 ans de carrière, je n'ai jamais vu une détenue accoucher en prison. Rennes est une grande ville, la prison est au cœur de la ville et nous avons bien sûr un grand hôpital pour tout le monde pour les citoyens lambda, mais aussi pour les détenues. À partir du moment où la détenue est enceinte, elle a des visites ponctuelles à l'hôpital avec une préparation à l’accouchement, avec une sage-femme qui vient à l'établissement et qui est aussi à l'hôpital. Lorsqu’elle sent que le travail commence, que les contractions arrivent, nous réagissons très vite, nous sommes en direct avec le 15, le Samu. Celui-ci se déplace. Il est certes arrivé dans ma carrière, que deux détenues accouchent dans le véhicule du Samu. La détenue est hospitalisée au même titre qu'un citoyen lambda. La différence réside dans la surveillance par le personnel pénitentiaire ou le personnel de police.
L'accouchement a lieu à l'hôpital, avec une surveillance assurée par le personnel pénitentiaire ou de police. La prise en charge médicale est donc similaire à celle d'une femme libre.
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L'Accueil de l'Enfant et les Quartiers Mère-Enfant
Depuis la fin des années 90, le système d’accueil de l’enfant en milieu carcéral a été amélioré. Aujourd’hui, l’accueil de l’enfant en nurserie est réglementé par la circulaire du 18 août 1999 d’Elizabeth Guigou. En septembre 2017, on comptait 75 places en nurserie, réparties sur 29 établissements pénitentiaires.
La possibilité d’intégrer un quartier mère-enfant, que la détenue soit arrivée enceinte ou bien qu’elle ait décidé de faire un enfant en Unité de Vie Familiale, ne dépend pas de la raison de son incarcération. En outre, c’est à la mère ou la future mère qu'il revient de faire sa demande pour intégrer la nurserie.
L’espace s’organise ainsi : une grande pièce de vie, cinq cellules, une cuisine, un beau jardin, une buanderie. Ouverture des cellules le matin à 7 h 30 et fermeture des cellules à 19 h. Les mamans peuvent vaquer à leurs occupations diverses et variées, accéder au jardin quand il fait beau, aller à la buanderie, aller à la salle d'activité, faire des activités avec les enfants ou avec d'autres mamans. Avec un enfant, il n'y a pas d'enfermement h24, loin de là.
Ces quartiers offrent un environnement adapté aux besoins des jeunes enfants, avec des activités et un suivi médical régulier. Une assistante maternelle, validée par la PMI, reconnue par la PMI est très disponible ! Une petite anecdote : alors que j’étais en service de nuit au quartier Mère-enfant, on m’appelle pour me dire que Madame X n’est pas bien du tout. Elle fait une crise d’angoisse, elle n’est pas capable de garder son enfant. Cette nuit-là, en lien avec mon supérieur hiérarchique, nous prenons la décision immédiate de contacter l’assistante maternelle pour que celle-ci garde l’enfant chez elle et le ramène le lendemain matin. Il était 22 h 30, en trente minutes, l’affaire était réglée.
Une assistante maternelle peut sortir les enfants, pour garantir leur bon développement, leur faire connaître l’extérieur, les socialiser. Cela permet notamment de préparer les enfants à la future séparation. Elle vient trois fois par semaine.
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Le Droit à l'Allaitement en Prison
L'allaitement est toujours possible au centre pénitentiaire. Beaucoup de femmes, particulièrement des femmes de culture africaine ou sud-américaine allaitent, cela réside beaucoup dans leurs pratiques. La lactation en contexte carcéral représente un enjeu crucial tant pour la santé émotionnelle de la mère que pour le développement du nouveau-né. Malgré les défis posés par l’environnement carcéral, l’allaitement y est vécu comme un moment privilégié de connexion entre la mère et son enfant.
Les femmes en prison font face à plusieurs obstacles qui compliquent la pratique de l’allaitement. Premièrement, l’accès limité à des supports et des soins appropriés pour la lactation peut entraver leur capacité à allaiter efficacement. Heureusement, certains établissements pénitentiaires commencent à reconnaître l’importance de soutenir l’allaitement. Des programmes sont mis en place pour faciliter cette pratique, incluant la création de « mother-baby units » où les mères peuvent vivre avec leurs bébés pendant une période donnée.
L’impact psychologique de l’allaitement en prison est profond. Pour les mères, cette expérience peut être une source d’apaisement et de renforcement du lien affectif avec leur enfant, mais elle peut également être teintée d’anxiété due à l’incertitude de leur situation et à la peur de la séparation imminente.
Aspects Financiers et Soutien Matériel
La pénitentiaire bien sûr, loge, nourrit et blanchit les personnes détenues. Concernant les enfants, les mamans qui sont incarcérées touchent, au même titre que les mamans à l’extérieur, les allocations de la CAF. Ces allocations de la CAF doivent servir à l'enfant. Nous nous sommes assurés qu’il y aurait le moins de dérives possibles. C'est-à-dire que la maman se prend en charge et commande ce dont elle a besoin pour son enfant : les produits d'hygiène, les produits d'entretien, et bien sûr l'alimentation. Mais nous avons sur le territoire français des mamans incarcérées qui ne sont pas françaises et qui ne touchent rien. Celles-ci bénéficient de l'aide de l'Etat.
Les Visites Familiales et les Unités de Vie Familiale (UVF)
Il a d’abord la possibilité de venir tous les jours au parloir. Il existe également les unités de vie familiale (UVF). Elles existent depuis 2003. Ce sont des lieux qui permettent aux familles de rentrer en prison, dans la périphérie de la détention. À Rennes, elles s’organisent en trois petits appartements, une grande pièce de vie avec une kitchenette, deux chambres, une salle de bain et un jardin. L'avantage de ces UVF, c'est qu’ils permettent aux familles de venir rencontrer les détenues, entre autres pour que le papa ou les grands-parents ou la famille proche puissent venir voir le bébé. Le personnel de surveillance n'est pas présent aux UVF, il fait un contrôle ponctuel trois fois sur les 24 heures. Les familles sont en totale liberté pour s'exprimer, pour se parler, pour partager des choses parfois très fortes.
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La Séparation Mère-Enfant et la Préparation à la Sortie
On sait pertinemment qu’un enfant incarcéré avec sa mère ne pourra pas toujours rester avec elle. Il partira à 18 mois. Il faut préparer ce départ, ça ne doit pas être un départ violent, d'ailleurs ça ne l'est pas. C'est un départ progressif, et ça commence déjà très tôt. Lorsqu'il a 3 mois, l'enfant commence à sortir avec l'assistante maternelle, en demi-journée ou en petite matinée. Et puis il apprend à vivre sans sa maman, tranquillement. Il faut le préparer à aller vers les autres, être avec les autres. C’est aussi important de préparer la maman qui elle, va réintégrer la détention normale.
Avant les 18 mois de l'enfant, l'administration pénitentiaire, la PMI et les services sociaux s'occupent du placement de cet enfant. J’ai souvent remarqué qu'à partir de la marche, l'enfant montre des signes d’envie de quitter ce lieu. C’est dur pour lui d'être dans 11 m² et de ne pas pouvoir sortir. Mais en attendant, la maman est aussi en difficulté.
L'Importance du Soutien Psychologique
Je pense qu'il faudrait plus d'ateliers, de groupes de parole pour les détenues. Pour qu'elles retrouvent confiance en elles. La plupart de ces femmes ont quand même été malmenées. Malmenées par la vie, malmenées parfois par des hommes, malmenées parfois par des familles, des parents, des familles d'accueil. Je pense que les groupes de paroles pourraient les aider, avec des personnels de santé, pour qu'elles puissent reprendre confiance en elles et se dire qu’elles sont capables de quelque chose.
Sexualité et Vie Affective en Prison
La misère affective et sexuelle n’épargne pas les femmes détenues, au contraire. Elles sont souvent « très désocialisées lors de leur incarcération », délaissées par leur famille et leur conjoint, ou isolées car provenant d’un pays étranger. Pour celles qui auraient encore un partenaire à leur entrée en prison, « il est acquis que, lorsqu’elles sont incarcérées, les femmes sont davantage quittées par les hommes que les hommes ne le sont par les femmes »[1], confirme la sociologue Gwénola Ricordeau.
Le contrôle du corps et de la sexualité semble généralement plus serré à l’égard des femmes, le personnel pénitentiaire n’hésitant pas à s’ingérer jusque dans l’habillement des détenues, bien au-delà des considérations sécuritaires habituelles. Pour la sociologue Corinne Rostaing, la surveillance accrue sur les femmes « vise surtout à contrôler les éventuelles relations hétérosexuelles, afin de limiter les risques de grossesse »[5].
Allaitement et Législation : Une Proposition de Loi
La députée Fiona Lazaar (ex-LReM) souhaite la création d’un délit d’entrave à l’allaitement maternel dans l’espace public, ainsi qu’une clarification de la loi signifiant sans nuance que cette pratique n’est pas une exhibition sexuelle donc une infraction. La proposition de loi (PPL) que la députée Fiona Lazaar (ex-LREM) a présentée mardi 15 juin devant l’Assemblée Nationale, visant à créer un délit d’entrave à l’allaitement maternel dans l’espace public ajoute une phrase à cet article du Code pénal. Elle précise en effet que nourrir au sein son bébé, dans l’espace public, n’est pas une exhibition sexuelle.
Rumeurs et Désinformation
Depuis le mois de janvier circule une rumeur selon laquelle les femmes qui donnent le sein en public, au Mexique, s’exposeraient à une peine de 5 ans d’emprisonnement. Leur tort : elles incitent au viol. Une information complètement erronée que metronews a décortiquée pour vous. Cette "une vaste fumisterie" s'inscrit dans un contexte de "culpabilisation des femmes".
Maternité en Prison au XIXe Siècle
Existe-t-il une maternité plus incertaine que celle des prisonnières au xixe siècle ? Dans la machine carcérale que l’on voudrait bien huilée, le ventre des femmes sème le trouble en y introduisant des éléments perturbateurs. Des enfants naissent, grandissent en centrale, bien que les règlements s’y opposent. Une gestion contradictoire, reflet de débats qui divisent l’administration pénitentiaire : doit-on accorder le droit à la maternité à des criminelles supposées mauvaises mères ? Outil de moralisation des femmes en marge ou traitement de faveur inacceptable ? Pour ces enfants, quelle prise en charge pour quel devenir, dans une société où la responsabilité du foyer repose sur les mères ? En intégrant une spécificité de sexe à l’enfermement au féminin, l’enfantement pose la question de la place à accorder aux normes de genre liées à la parenté entre les murs.
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