Introduction

La mondialisation, un processus en constante évolution, se caractérise par une intensification des échanges (flux) de plus en plus variés (marchandises, personnes, capitaux, informations). Ces échanges sont réalisés par divers acteurs (pays, entreprises privées, investisseurs privés) et dépassent les frontières, dans le cadre de la diffusion du libre-échange. La mondialisation renforce l'interdépendance entre les États et leurs économies, et a pour conséquence l'uniformisation des modes de consommation et des pratiques culturelles. Bien que la mondialisation ait des racines anciennes, elle s'est accélérée dans la seconde moitié du XXe siècle, notamment avec l'essor des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), des modes de transport performants (conteneurisation, plateformes multimodales), et l'ouverture de nouvelles frontières après la chute de l'URSS.

Le processus de mondialisation transforme les territoires et les sociétés humaines à toutes les échelles de l'espace mondial, en les mettant en concurrence. Des centres d'impulsion, lieux stratégiques à l'origine des flux mondialisés (villes mondiales), et des pôles majeurs (aires de puissance) ont émergé. Certains territoires sont pleinement intégrés aux flux mondialisés, tandis que d'autres sont en marge ou en cours d'intégration, en raison d'un niveau de richesse et de développement insuffisant ou d'un manque de volonté politique. L'espace mondialisé apparaît donc comme un espace hiérarchisé. Les espaces et les façades maritimes, au cœur des réseaux mondialisés, présentent des enjeux géostratégiques majeurs.

I. La hiérarchisation des territoires par la mondialisation

1. Un monde polycentrique

La mondialisation est dominée par des centres majeurs : l'Amérique du Nord, l'Europe occidentale, l'Asie orientale et l'Océanie. Cependant, depuis les années 2000, l'économie mondialisée est devenue multipolaire. La richesse créée a triplé entre 1990 et 2012, mais le poids des pays développés du Nord a diminué, passant de 80 % à 66 %, en raison de la forte croissance économique des pays émergents, notamment les BRICS, qui représentent 23 % du PIB mondial, contre seulement 6 % lors de leur création dans les années 1990. Les anciens pôles de la Triade ne représentent plus que 50 % des exportations mondiales, mais encore 85 % des investissements mondiaux en R&D.

La Chine est le deuxième État le plus riche de la planète derrière les États-Unis. Les cinq États émergents sont devenus des leaders dans le domaine des exportations de marchandises, avec la Chine comme premier exportateur mondial. Depuis l'instauration de la NDIT dans les années 1970-1980, ces pays se sont industrialisés et ont mis en place des zones franches pour attirer les FTN occidentales (ZES chinoises). En jouant sur les avantages comparatifs (avantages fiscaux, main-d'œuvre docile, nombreuse et à faible coût, richesse en matières premières), les BRICS sont devenus des partenaires de l'ancienne Triade (en intégrant des accords de coopération ou de libre-échange (ALENA)) puis des concurrents sérieux qui ont mis en place autour d'eux des accords de coopération ou de libre-échange (ASEAN ou MERCOSUR).

Plusieurs facteurs font des pays émergents de nouveaux pôles secondaires de la mondialisation. Leur influence géopolitique s'amplifie, et ces puissances régionales sont des membres à part entière et décisionnels au sein du FMI, de l'OMC ou de la BM, ainsi qu'au sein du G20. D'autres nouveaux pôles secondaires apparaissent, tels que les pays qui fournissent main-d'œuvre et/ou matières premières aux FTN (Mexique, Turquie, Indonésie, dragons asiatiques) ou les pays producteurs et exportateurs de ressources énergétiques (pays du Golfe Persique, Chili, Argentine). Des pays devenus les nouvelles destinations du tourisme international (Maldives, Bali, Cuba) sont également à considérer.

2. Villes mondiales et mégalopoles

Les métropoles, dont les villes mondiales font partie, sont devenues des centres d'impulsion de l'espace mondialisé. Elles exercent des fonctions de commandement politique, financier, culturel et commercial à l'échelle nationale et mondiale. Elles accueillent des sièges sociaux de FTN (au sein de CBD), des bourses et centres financiers mondiaux (Wall Street, la City, Lujiazui Shanghai), et des zones liées à l'innovation (Silicon Valley, Plateau de Saclay). Elles sont des hauts lieux du tourisme international (Dubaï, Hong Kong, Singapour), avec des musées internationaux et des sites du patrimoine mondial.

Tokyo et New York apparaissent en tête du classement des villes les plus riches. Le PUB de Sao Paulo équivaut au PIB de la Belgique. Il existe une quarantaine de villes mondiales, situées dans les centres dominants (Londres, Tokyo, New York) et dans les pays émergents (Shanghai, Sao Paulo, Moscou, Dubaï). Interconnectées entre elles et à l'espace mondialisé, elles forment un archipel mégalopolitain mondial grâce à l'important réseau aéroportuaire (Atlanta, Dubaï). Certaines de ces métropoles forment des mégalopoles, de vastes régions urbaines organisées en réseau. Les principales se situent aux États-Unis (mégalopolis), en Europe (de Londres à Milan) et en Asie. De nouvelles mégalopoles émergent en Amérique latine autour de Rio et Sao Paulo.

3. Façades maritimes

Les flux mondialisés étant effectués à plus de 80 % par voie maritime, les façades maritimes sont devenues des interfaces dynamiques du commerce mondialisé. Les façades maritimes les plus dynamiques se situent dans les trois centres dominants : l'interface américaine (littoral atlantique des États-Unis jusqu'au golfe du Mexique), l'interface européenne (Northern Range) et l'interface asiatique (de Tokyo à Singapour). Une façade maritime se compose d'infrastructures portuaires puissantes (hubs) reliées les unes aux autres.

II. Les territoires en marge de la mondialisation

1. À l'échelle mondiale

La mondialisation a pour conséquence une explosion des inégalités sociales et territoriales. L'ONU estime qu'aujourd'hui, 1 % de la population vit avec 38 % de la richesse mondiale, tandis que les 3 milliards d'habitants les plus pauvres possèdent moins de 4 % de la richesse mondiale. 45 % de la population mondiale vit avec moins de 2 dollars par jour, soit sous le seuil de pauvreté. 1 milliard d'habitants souffrent de sous-nutrition, 1,5 milliard n'a pas accès à l'électricité et 3 milliards n'ont pas accès aux réseaux d'assainissement.

Les pays en marge des échanges mondialisés se situent pour la plupart en Afrique. Il s'agit des 49 PMA, dont 34 se trouvent en Afrique subsaharienne, 9 en Asie, 1 dans les Caraïbes et 5 dans le Pacifique. Les FTN s'y implantent peu en raison du déficit d'infrastructures de production, de communication et de transport. Il s'agit aussi souvent de pays instables sur le plan politique, minés par le terrorisme. Ces pays dépendent de l'aide internationale. Les FTN et les dirigeants politiques s'accaparent souvent les richesses locales sans en faire profiter les populations. Les populations vivent donc majoritairement en dessous du seuil de pauvreté sans accès aux soins, aux énergies, à la scolarisation et donc à l'emploi. Cette extrême pauvreté est à l'origine de tensions et de conflits internes qui aggravent la marginalisation de ces territoires. La pauvreté, la faiblesse de développement et l'enclavement ne permettent pas à un territoire de s'intégrer aux flux mondialisés. La Corée du Nord refuse par idéologie de s'intégrer aux flux mondialisés.

2. À l'échelle nationale

Des territoires entiers sont en marge des échanges mondialisés, que ce soit au Nord comme au Sud. Dans les pays développés, la pauvreté n'a pas disparu. Selon l'Observatoire des Inégalités, 16,9 % des Européens vivaient sous le seuil de pauvreté en 2011. Dans les pays émergents du Sud, les écarts sont importants : une classe moyenne profite de la croissance, tandis que les populations fragiles ne sont pas intégrées aux échanges mondialisés.

La mise en concurrence des territoires favorise les espaces littoraux et urbains en raison de l'importance des espaces maritimes et des villes dans les échanges mondialisés. Les inégalités se creusent donc en raison de la littoralisation et de la métropolisation. Les régions rurales enclavées de Chine ou d'Amérique latine se trouvent en marge des réseaux mondialisés. Dans des pays comme le Brésil, des régions dotées de ressources minières subissent une exploitation à leur détriment.

3. À l'échelle des villes

Dans le contexte de la mondialisation, les métropoles du Nord comme du Sud concentrent les inégalités et donc les populations marginalisées. Dans de nombreuses villes du Nord, la désindustrialisation et le chômage sont à l'origine de difficultés sociales et économiques. Des quartiers urbains entiers sont devenus des zones de violence extrême, de non-droit. C'est le cas de Detroit aux États-Unis.

Dans les villes du Sud, les inégalités socio-spatiales sont très présentes. Des villes comme Sao Paulo, Lagos, Mumbai ou Dubaï sont marquées par les clivages sociaux qui organisent l'espace urbain. Autour des CBD, s'étendent d'immenses espaces d'habitat précaire où vivent des populations sans accès aux réseaux d'adduction d'eau ni aux énergies ni aux soins.

III. Afrique : Développement et recomposition territoriale

A. Une population mobile, en forte croissance démographique

L'Afrique, continent composé de 54 États, représente près de 15 % de la population mondiale, avec 1,2 milliard d'habitants en 2020. Sa population est jeune (41 % de la population a moins de 15 ans) et la mortalité a fortement baissé grâce aux progrès médicaux depuis 1970. Le continent connaît une forte augmentation de sa population (croissance démographique), ce qui entraîne une forte pression sur les ressources. Les États essaient de planifier une réduction progressive de la natalité, avec des succès divers.

Gérer la croissance urbaine massive en limitant les inégalités est un défi majeur des États africains. La population urbaine est passée de 30 millions en 1950 à plus de 400 millions en 2020. Les Africains partent en ville trouver des emplois et des services. Des mégapoles (16 millions d'habitants au Caire) apparaissent et souffrent des problèmes de transport, de pollution et de logement (couronnes de bidonvilles, logements pauvres fabriqués en matériaux de récupération, sans hygiène, sans confort).

Les Africains se déplacent beaucoup à l'intérieur du continent pour améliorer leurs conditions de vie, vers les États les plus avancés économiquement (Nigeria, Afrique du Sud…). Beaucoup partent aussi pour des questions politiques (guerres) ou environnementales (catastrophes naturelles)… Les migrants se dirigent vers les États européens avec lesquels des liens étroits sont restés depuis l'époque coloniale (ex. : Maghrébins et Sénégalais vers la France), vers les États pétroliers du Moyen-Orient, les pays émergents (Chine) et certains PID (Amérique du Nord). Ces flux ont des retombées économiques positives, car les émigrés envoient de l'argent aux familles restées dans le pays d'origine. Cependant, l'émigration prive les pays de départ d'une main-d'œuvre jeune et qualifiée…

B. Des défis à relever pour stimuler le développement

La croissance démographique entraîne des défis accrus pour répondre aux besoins de base : se nourrir, avoir accès à l'eau potable, se loger, trouver un emploi, s'éduquer, se soigner… La moitié de la population pauvre dans le monde se trouve en Afrique. La question majeure soulevée par le développement est de pouvoir produire de quoi nourrir toute la population (sécurité alimentaire). Or, près d'un Africain sur 4 souffre encore de malnutrition. Les États ruraux produisent surtout pour l'exportation, au détriment de la culture vivrière, avec des résultats variables selon la concurrence mondiale.

La jeunesse se connecte de plus en plus à la mondialisation, mais souffre beaucoup du chômage, en raison d'une scolarisation encore souvent trop faible. Or, la population active doit être qualifiée pour favoriser le développement et la modernisation de l'économie.

Bien que l'Afrique possède des ressources, l'exploitation de celles-ci a amplifié les effets de la corruption, creusé les écarts entre une minorité de gens très riches et une majorité de gens très pauvres qui ne bénéficie pas de ces richesses. Les États doivent également lutter contre les catastrophes naturelles (sécheresse, inondations, séismes…), les guerres civiles (ex. : conflits au Mali entre les populations sédentaires au sud et les Touaregs nomades au nord) et les pandémies (SIDA, virus Ebola) qui freinent leurs politiques de développement. De plus, l'Afrique accueille les déchets toxiques de nombreux PID et pays émergents qui s'en débarrassent pour économiser les frais de recyclage, provoquant ainsi des scandales sanitaires. Peu d'États ont les moyens ou la volonté de se préoccuper de l'environnement, de lutter contre la déforestation ou l'usure des sols…

C. Vers de nouvelles politiques démocratiques ?

Beaucoup d'États africains (Afrique du Sud, Sénégal…) prennent cependant conscience du problème de la gestion des ressources et de la gouvernance. Ils sollicitent des aides au développement auprès d'associations humanitaires (Action contre la Faim, Médecins sans Frontières), d'organisations internationales (ONU)… Les États du G8 ont effacé en 2005 une partie des dettes du continent, pour permettre aux pays les plus en difficulté de sortir de l'impasse économique et de ne pas abandonner leurs projets de développement.

Les États africains investissent alors dans les services publics (éducation, santé, logements décents) et le déploiement d'infrastructures efficaces et entretenues (ex. : étendre les réseaux d'eau potable). L'objectif est d'améliorer les conditions de vie de leur population. Des progrès s'accomplissent, mais pas sur tout le continent.

IV. L'Afrique face à la mondialisation

A. Des évolutions économiques variables selon les secteurs

L'Afrique garde une place marginale dans les échanges mondiaux (moins de 3 % des échanges mondiaux), et les échanges intérieurs restent faibles. Cependant, le continent dispose de nombreuses ressources agricoles (bois, cacao, café, fruits exotiques…) et de ressources minières et énergétiques : uranium (Niger), pétrole (golfe de Guinée…). Les grandes villes littorales s'intègrent aux échanges mondiaux, modernisent leurs ports pour favoriser les exportations et s'adapter aux échanges par conteneurs (Dakar, Lagos…). L'Afrique est aussi reliée à la mondialisation par les réseaux de la criminalité (drogue, armes, piraterie contre les navires de tourisme et de commerce dans l'océan indien…).

Une part croissante de la population a accès à Internet (cyber-cafés, portables). De nombreux États étrangers achètent des terres agricoles en Afrique, pour améliorer leurs capacités à répondre aux besoins alimentaires de leur population. Ces États manquent souvent eux-mêmes de terres cultivables (Corée du Sud), ont une population très nombreuse (Chine) ou souffrent de contraintes naturelles (sécheresse en Éthiopie). L'économie est très orientée sur l'agriculture d'exportation, et l'industrie est fortement concurrencée par l'Asie. Le tourisme attire des capitaux, venus des pays développés, sur le littoral méditerranéen, dans le Sahara et dans les parcs naturels de l'Est et du Sud.

De nombreux États doivent faire appel à des entreprises issues des pays émergents (Chine) ou des PID (Europe, Amérique du Nord) pour extraire les ressources et les traiter avant la commercialisation (ex. : Total raffine une part importante du pétrole de la Côte-d'Ivoire). Ces entreprises investissent en Afrique, établissent des partenariats avec les entreprises locales, forment les salariés et exportent les produits à l'échelle mondiale.

B. Une grande diversité de développement

Certaines puissances émergent comme le Nigeria (État pétrolier) et l'Afrique du Sud (pays émergent, première puissance économique du continent). L'Afrique du Sud possède des ressources minières (diamant, or…), des services variés et un fort potentiel touristique (18 parcs nationaux). Son PIB représente 20 % de celui du continent. Elle se pose en médiatrice au G8 entre les PED et les PID. Depuis la fin de l'Apartheid (régime politique fondé sur la discrimination raciale) en 1994, l'Afrique du Sud se pose en guide de la démocratie et du développement, malgré la persistance de fortes inégalités sociales.

Certains États restent des PED en situation intermédiaire. Ils tirent souvent leurs revenus de l'exploitation d'une ressource, inégalement répartie (ex. : les pays pétroliers du golfe de Guinée, le Congo…). Leur économie reste dépendante des marchés extérieurs.

Beaucoup de pays de l'Afrique subsaharienne ont un IDH très faible, ce qui les place dans les PMA (pays les moins avancés), qui peinent à répondre aux besoins de base de la population et ont une économie souvent fondée sur l'agriculture vivrière. Le continent compte 34 des 48 PMA mondiaux. Ils sont très dépendants de l'aide humanitaire.

C. Un continent qui intéresse de nombreux acteurs mondiaux

Le passé colonial du continent a établi des liens étroits, politiques, culturels et économiques avec de nombreux États européens. Des partenariats commerciaux suivent la décolonisation, facilités par les progrès des transports et des communications.

Les États-Unis investissent dans les ressources pétrolières (Nigeria) et s'inquiètent de l'expansion terroriste issue du Moyen-Orient, ce qui les amène à renforcer leurs liens et leurs aides au développement avec de nombreux pays (Égypte, Tchad, Angola…). Le Brésil tente de s'implanter dans l'Afrique du Sud-Ouest. L'Asie s'intéresse activement à l'Afrique : l'Inde (ex. : Arcelor Mittal, FTN spécialisée dans la métallurgie, est installée en Algérie et en Afrique du Sud), la Malaisie (investissement dans le pétrole du Tchad) et la Chine délocalisent des entreprises. Cette dernière développe des infrastructures et des services qui favorisent les secteurs économiques qui l'intéressent (ex. : construction d'oléoducs, d'écoles, de routes).

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