Introduction
La notion de Pays les Moins Avancés (PMA) a émergé en 1971, une initiative des Nations Unies visant à identifier et à soutenir les nations les plus vulnérables du monde. Cette catégorie a été conçue comme une exception dans la stratégie internationale du développement des Nations unies, reconnaissant la nécessité d'un soutien spécifique pour certains pays en développement. Cet article explore la logique derrière la création de cette catégorie, son évolution au cours des cinq dernières décennies, et son impact sur le développement mondial.
Genèse de la Catégorie des PMA
La catégorie des PMA a été créée en 1971 par décision de l’Assemblée générale des Nations unies, suite à plusieurs années de discussions sur la nécessité de reconnaître officiellement un groupe de pays « moins avancés » parmi les pays en développement. L'objectif était de leur accorder des mesures spéciales de soutien de la part de la communauté internationale. Le Comité de planification du développement, devenu en 1998 le Comité des politiques de développement (CDP), a initialement identifié 25 PMA.
Cette démarche a privilégié l'utilisation d'une catégorie plutôt qu'une approche plus graduelle, où le soutien serait adapté à chaque pays selon des critères continus. Bien que des critères continus soient utilisés pour définir la catégorie, ils peuvent également être appliqués au-delà de celle-ci. La catégorie et les critères qui la fondent ont été présentés comme un argument légitime pour mobiliser un soutien spécifique de la part de la communauté internationale au profit de certains pays en développement.
Critères d'Éligibilité au Statut de PMA
Les critères examinés pour qualifier un pays de PMA ont été révisés entre 2017 et 2020 par le Comité des politiques de développement de l’ONU. Celui-ci se base sur trois critères principaux :
- Indice de revenu : Fondé sur le revenu national brut par habitant (RNB), qui est calculé en fonction du PIB. En 2021, les pays affichant un RNB inférieur à 1 222 dollars étaient considérés comme PMA. Par comparaison, il était de plus de 40 000 dollars par habitant en France en 2021.
- Indice de capital humain : Composé de deux indices, l’un lié à la santé, l’autre à l’éducation. L’indice relatif à la santé est calculé selon le taux de mortalité infantile, le taux de mortalité maternelle, et le retard de croissance. Celui sur l’éducation repose sur la synthèse du taux de scolarisation, le taux d’alphabétisation des adultes et l’indice de parité des sexes dans la scolarisation.
- Indice de vulnérabilité économique et environnementale : La vulnérabilité économique est évaluée selon la part d’agriculture, de chasse et de pêche dans le PIB du pays concerné, son enclavement, la concentration de ses exportations de marchandises et l’instabilité de ses exportations. La vulnérabilité environnementale est, elle, calculée selon la part de population vivant dans des zones géographiques à risque (zones arides, zones côtières à faible altitude, comptant un grand nombre de victimes de catastrophes).
Ces données sont révisées tous les trois ans par le Comité des politiques de développement de l’ONU. Si un pays ne faisant pas partie des PMA atteint les seuils d’inclusion pour chacun des trois critères, il peut rejoindre la liste des PMA. Un pays peut toutefois refuser de se voir inscrit sur cette liste, comme ce fut le cas pour le Zimbabwe, la Bolivie, ou la Corée du Nord.
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Évolution du Nombre de PMA
Créé en 1971 sous l'égide des Nations unies, le groupe des pays les moins avancés (PMA) recense aujourd'hui 46 pays contre seulement 26 à l'origine et un pic de 52 nations en 1991. Leur nombre a quasiment doublé en 50 ans. Composée initialement de 25 pays, la liste de PMA regroupe aujourd’hui 46 pays, dont 33 en Afrique, 12 en Asie-Pacifique, et Haïti. Parmi eux se trouvent notamment l’Afghanistan, le Bénin, l’Éthiopie, le Mali, la RD-Congo ou encore le Sénégal. Cet ensemble représente 880 millions de personnes, soit 12 % de la population mondiale.
Sortie de la Catégorie des PMA
Lorsqu’un pays dépasse les seuils d’inclusion pour au moins deux critères, il quitte la liste des PMA. En 50 années, seuls six pays sont sortis par le haut de cette liste. Exception faite du Sikkim (un petit royaume de l'Himalaya) en 1975, l'essentiel des mouvements sont intervenus dans les années 2000 et 2010. Le Vanuatu est le dernier en date en 2020. En tout, huit pays ont pu s’extraire de cette catégorie : le Botswana (1994), le Cap-Vert (2007), les Maldives (2011), les Samoa (2014), la Guinée Équatoriale (2017), le Vanuatu (2020), le Bhoutan (2023) et São Tomé-et-Principe (2024).
Selon le dernier examen triennal, qui a eu lieu en 2021, le Cambodge, les Comores, Djibouti, le Sénégal et la Zambie ont atteint un seuil de reclassement, ouvrant la possibilité pour ces pays de sortir de la liste des PMA lors du prochain examen, en 2024. Certains pays refusent toutefois d’être « reclassés » et de sortir de la liste des PMA. Être classé PMA permet en effet de bénéficier de privilèges commerciaux et d’un accès plus facile aux aides et autres financements.
Plusieurs pays en attente de sortie sont finalement prolongés, notamment en raison de la pandémie de covid-19. Parmi eux, l'Angola, le Bangladesh, le Laos, le Népal et les Îles Salomon.
Situation Économique des PMA
Basés pour la majeure partie d'entre eux au sein du continent africain (33 pays sur 46), ces pays qui se sont progressivement libérés du joug du colonialisme ne sont pas parvenus à s'intégrer dans la mondialisation économique. Certes, en l'espace d'un demi-siècle, leur produit intérieur brut (PIB) a été multiplié par près de six pour passer de 200 milliards de dollars en 1971 à 1.118 milliards en 2019, selon les chiffres publiés par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) dans son dernier rapport consacré au PMA. En moyenne, leur taux de croissance sur la période a été de 3,7 %. C'est quelques dixièmes de point de plus que les 3,1 % de moyenne mondiale. Résultat : les PMA ne constituent que 1 % du PIB mondial aujourd'hui, soit à peu de chose près le même chiffre qu'en 1970.
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En raison de leur forte croissance démographique, le PIB par habitant n'a que faiblement progressé entre-temps pour passer de 600 dollars à 1.082 dollars. La performance est alarmante. Si le PIB par habitant des PMA représentait encore 15 % de la moyenne mondiale en 1971, en 2019 - avant la crise du Covid-19 - il était tombé à moins de 10 %.
D'une manière générale, leurs économies ont évolué à la marge et trop lentement. La part de l'agriculture dans la création de richesse reste encore prépondérante avec 21 % du total contre 35 % en 1971. La part de l'industrie, elle, est passée péniblement de 23 % à 30 %. Encore faut-il savoir que l'augmentation du poids de l'industrie est principalement due aux secteurs des mines et de la construction. La part de l'industrie manufacturière est passée de seulement 11,6 à 13,6 %. Aussi, l'agriculture emploie encore l'essentiel de la population (55 %). Les pays pauvres n'ont pas su ou pu diversifier leur économie et moins dépendre de l'extraction de matières premières.
Défis et Obstacles au Développement des PMA
Conflits, corruption, infrastructures administratives insuffisantes pour collecter l'impôt, gestion hasardeuse de l'endettement public, spoliation, détournement de fonds, aide internationale insuffisante… Beaucoup de facteurs sont à l'origine de la situation actuelle. Sur le dernier point, la communauté internationale n'est toujours pas au rendez-vous de l'aide publique au développement (APD) qu'elle a promise. Certes, entre 1971 et 2019, cette aide a été multipliée par vingt pour atteindre 168 milliards de dollars, selon les statistiques de la Banque mondiale . C'est loin du compte.
Avec le dérèglement climatique qui s'accentue et la crise pandémique, les besoins sont colossaux. D'ici à 2030, les PMA vont devoir investir 462 milliards de dollars par an pour atteindre un objectif de croissance de 7 % en moyenne. Ils vont devoir aussi investir 485 milliards de dollars par an pour éradiquer l'extrême pauvreté et plus de 1.000 milliards de dollars par an pour doubler la part de l'industrie manufacturière dans leur PIB. Ce dernier objectif exigerait même une croissance du PIB de… 20 % par an pour réaliser cette transformation structurelle.
La mondialisation des échanges commerciaux a certes offert de nouveaux débouchés à ces pays, mais les désavantages semblent avoir pris l´ascendant sur les bénéfices selon la CNUCED qui rappelle que « la libéralisation du commerce a entrainé une diminution de taxes et impôts sur le commerce qui sont passés de 38,6 % des recettes fiscales totales dans les PMA africains pour la période 1990-1994 à 31,1 % pour la période 2000-2006 ». Les analystes de la CNUCED n´y vont pas par quatre chemins : « la récente crise économique a fait voler en éclats le mythe de l´autorégulation des marchés ». Dans ce contexte, la CNUCED en appelle à un plus grand engagement des Etats et à une meilleure gouvernance, dite « développementiste ».
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Critique et Défis Futurs
Cet indicateur est régulièrement critiqué, perçu par certains comme un outil de domination des pays du Nord sur les pays du Sud - de nombreux PMA sont d’ailleurs d’anciennes colonies.
Les pays les moins avancés (PMA) « souffriront probablement davantage que la plupart des autres pays en développement », selon un récent rapport de la Conférence des nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED).
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