Introduction
Le mythe de l'accouchement de la Terre est une thématique riche et complexe, présente dans diverses cultures et traditions à travers le monde. Cet article explore les différentes facettes de ce mythe, en s'appuyant sur des exemples concrets et des analyses approfondies. Nous examinerons comment ce mythe se manifeste dans l'art, la littérature, la religion et la psychologie, et comment il continue d'influencer notre perception du monde.
Galanthis et le Déblocage de la Naissance
Dans la mythologie grecque, l'histoire de Galanthis illustre parfaitement l'idée de l'accouchement difficile et du rôle crucial de l'assistance. Alcmène, enceinte d'Hercule, subit un travail prolongé et douloureux en raison de l'intervention malveillante d'Ilithyie, la déesse de l'enfantement, envoyée par Héra, l'épouse jalouse de Zeus. Ilithyie bloque le processus de la naissance en croisant ses jambes et ses doigts.
Galanthis, la servante d'Alcmène, observe attentivement la situation et comprend les enjeux de cette naissance difficile. Elle a alors l'idée de s'exclamer, mains jointes, en direction d'Alcmène, et de façon à être entendue par Ilithyie : « Vous avez accouché, Madame ! » Cette annonce surprend Ilithyie, qui se lève et décroise ses jambes, permettant ainsi à Alcmène de finalement donner naissance à son fils Héraclès.
L'histoire de Galanthis met en évidence l'importance de l'observation, de l'intuition et de l'intervention opportune dans le processus de l'accouchement. Elle incarne l'essence de la doula, une femme qui accompagne et soutient la femme qui accouche, en étant à l'écoute de ses besoins et en favorisant le processus de la naissance par un accompagnement bienveillant et des mots bien choisis. C'est donc tout naturellement que le Centre Galanthis a choisi de nommer son organisme de formation aux métiers du lien et de l’accompagnement en référence à cette figure emblématique.
Le Mythe de Déméter et Perséphone : Une Réécriture Théâtrale et Musicale
Au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, Pauline Sales offre une réécriture théâtrale et musicale du mythe de Déméter et Perséphone. Si Déméter et Perséphone sont loin d’être les figures mythologiques les plus connues aujourd’hui, le mythe qui leur est lié - narrant l’origine des saisons - est, depuis une bonne quarantaine d’années maintenant, étudié et retraversé par diverses théoriciennes et intellectuelles féministes, notamment américaines.
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Choisissant d’en proposer une revisitation, l’autrice et metteuse en scène transpose dans un monde aux références contemporaines l’histoire de cette mère et de sa fille qui, toutes deux violées, réinventeront leur vie chacune à leur manière. Comme dans tout bon conte, il y a un narrateur. En l’occurrence, une narratrice, et c’est du point de vue de Déméter âgée - donc vue de la terre plutôt que de l’Olympe - que cette histoire est portée.
La réappropriation propre au mythe, Pauline Sales la réalise, donc, en l’ancrant dans des références très actuelles et en soulignant notamment la volonté des deux femmes de se reconstruire en dépit de ce qu’elles ont subi. Car, entre Déméter et Koré - qui ne prendra le prénom de Perséphone qu’une fois revenue des Enfers -, il y a bien une répétition du même. Une même violence sexuelle, une même domination de la part d’hommes proches d’elles : frère pour Déméter, oncle pour Perséphone. De même, chacune s’invente sa propre existence loin de ce qu’elle a connu.
Léto, la Déesse de la Maternité et ses Épreuves
Léto est la déesse de la maternité, de la sagesse, de la modestie féminine et avec ses enfants, une protectrice des enfants. Alors qu’elle était enceinte de Zeus, Héra la poursuivit sans relâche pour l’empêcher d’accoucher. Elle lui lança aussi la malédiction qu’aucune terre reconnue ne pourrait l’accueillir pour accoucher. Elle lança aussi à ses trousses le serpent monstrueux, Python qu’Apollon tua plus tard par vengeance. C’est alors qu’Astérie, mère d’Hécate, elle-même poursuivie par Poséidon se changea en île. Cette île n’étant pas encore une terre reconnue, elle put enfin accoucher.
Cette histoire met en lumière les difficultés et les obstacles auxquels les femmes enceintes peuvent être confrontées, ainsi que la solidarité féminine et la recherche d'un lieu sûr pour accoucher.
Le Mythe d'Adam et Ève : Une Interprétation Anthropologique
Dans une étude sur le mythe d’Adam et d’Ève, l'auteur tente de se servir des faits connus sur les sociétés primitives, nouvellement étudiées, pour expliquer la légende biblique d’Adam et d’Ève. Il applique la même méthode à la légende chrétienne de la Vierge Marie, mère du Christ.
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En Grèce, on appelait fils de vierge (parthenias), le fils d’une fille non mariée. La Grande Mère des dieux, dont le culte, répandu dans l’Asie antérieure, pénétra en Italie dans le cours du II° siècle avant Jésus-Christ, était également une vierge-mère, comme Minerve. Assurément, l’idée de vierge-mère devait avoir pris naissance à l’époque où le mariage par couple, par paire, dit Morgan, remplaçait le mariage par groupe ou par clans : une femme alors restait vierge quoique mère, tant qu’elle n’avait pas été liée par une union monogamique. Plus tard, sans doute, le mot de vierge-mère prit un autre sens et signifia mère sans l’intervention de l’homme.
Le Mythe et la Société Contemporaine
Les mythes qui nous viennent de loin, qui établissent entre nous et l’immémorial un lien énigmatique, tendent, dans cette condition même, à nous protéger des formes les plus agressives du réel « impensable », en déplaçant celui-ci du côté de l’ornemental, de la culture - on en fait, dans nos sociétés, des pièces de théâtre, des films, des performances, des expositions… À ce titre, dans leur caractère rigoureusement a-contemporain même, ils peuvent jouer un rôle d’enveloppe protectrice, occuper une fonction immunitaire. Ils nous permettent d’enchaîner en toute quiétude sur des images pourtant indissociables de l’inconcevable, de l’indicible, du terrible, en faisant l’économie de la sidération, de la désubjectivation - épreuves, expériences-limites - en nous transformant en spectateurs. Le mythe, dans nos sociétés, est le meilleur ami de l’esthétisation du réel et de la domestication de l’horreur. En ce sens même, il nous éloigne de la triviale et brutale vérité des faits, d’une phénoménologie sans fard.
Quand les mythes ont cessé d’être la manifestation de faits bruts, de facture religieuse, c’est-à-dire non pas même l’expression brutale et directe de la vérité, mais cette vérité même dans son état d’intensité la plus vive et qui nous habite, non pas comme sujet individuel mais bien comme communauté, ils deviennent des histoires, des légendes, des fables que l’on nous raconte et qui suscitent auprès de chacun-e d’entre nous des sentiments. Lorsque le mythe s’est transmué et transvalué en histoire, il est entré dans son destin ornemental, mûr pour toutes les formes d’esthétisation, il a cessé d’être cette vérité qui se dévoile, et qui, se dévoilant, forme la communauté, il va vers le spectacle et sa transmission passe désormais par le narrateur, l’artiste, le spécialiste de la communication. Il devient la fable dont chacun-e fait ce qu’il-elle veut.
Le Mythe et la Légende : Une Distinction Essentielle
Le mythe, dans son état originaire ne dit pas la vérité, il est placé sous un régime de vérité selon lequel il est la vérité, une vérité dont la propriété et la puissance sont d’agréger une communauté sans faille. La légende est, elle, placée sous un régime de vérité sous lequel prévalent les conditions de la transmission - entre l’émetteur et le récepteur, il y a cet écart, cette distance dont l’effet est que le second se diffracte : il entend et éprouve le récit d’une façon infiniment variable ; il est d’emblée placé sous le signe du multiple, il y a du coup autant de versions de la légende que de récepteurs. Ensuite, quand le récepteur se transforme à son tour en transmetteur, apparaissent les variantes, les digressions - la légende prospère en rhizome et elle est disponible pour toutes les formes d’actualisation, de remise en scène et d’adaptation au goût du jour. Elle passe sous le régime de la culture, c’est-à-dire moins celui de la répétition et de la différence que celui du ressassement et de l’innovation perpétuelle.
Médée : Du Mythe à l'Héroïne Féministe
Dans la culture occidentale et à partir des Romains, revisiter les mythes grecs, cela s’apparente à une activité touristique, une activité d’appropriation, de domestication de l’inquiétante étrangeté de l’étranger proche/lointain. Sénèque trace ce chemin avec sa Médée : il importe, il transporte, à défaut de pouvoir se baigner dans le même fleuve que ceux qu’emportaient dans un temps immémorial les intensités du mythe (furor, horror, terror, stupor…). Médée n’est pas seulement la mère de ses enfants qu’elle égorge plutôt que laisser son appétit de vengeance inassouvi, dans le contexte d’une vindicte extrême mettant aux prises le féminin et le masculin, elle est aussi la mère du sublime gore, ce sublime de l’horreur sanglant autour duquel se forme, à l’âge des industries culturelles (mais bien en amont déjà) la plus douteuse des communautés esthétiques. Elle est la « mère » de ce sublime de sidération qui est l’antagonique même du sublime héroïque.
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Sous le régime de la légende, l’indicible, l’ineffable, l’inarticulable de la fureur et de l’horreur médéennes sont relancés sur le marché de l’art et des industries culturelles selon la pente du road movie gore - ce précieux cocktail de meurtres, de fuites éperdues, d’exils, de rencontres funestes, de torts infligés et subis, de vindictes avec, pour finir, ce paroxysme d’hyperviolence… Un scénario assez chargé, tout de même, grevé de toutes sortes d’invraisemblances, mais qu’importe : on taille dans la légende, on élague, on fait un gros plan ou un arrêt sur image sur tel ou tel épisode, le mythe est devenu un libre-service où l’artiste moderne et contemporain vient faire son marché. Autant de Médées que de narrateur-trices : bien avant Metoo#, Médée, la tueuse en série, s’est trouvée transfigurée en héroïne féministe.
Le Mythe et l'Expérience Personnelle
Plus cette Médée-là nous capte et nous captive, plus elle se tient éloignée de notre champ d’expérience propre et nous éloigne des objets et sujets sensibles que nous y rencontrons ou dont nous faisons l’épreuve. Le mythe installe Médée dans une zone inaccessible en l’établissant dans la position où elle s’associe à toutes les limites - celle du concevable (pensable), du sensible (ce qui peut être senti), du dicible (ce qui peut être énoncé, mis en phrase(s)). Du coup, planant dans ce douteux empyrée, elle perd toute commune mesure avec quelque figure vivante que ce soit, inscrite dans le champ de notre expérience propre.
Des femmes tuent leurs enfants parce que, constamment, c’est sur elles que repose dans les situations extrêmes le fardeau de la vie nue, quand toutes les assises de la vie qualifiée, encadrée, assurée se sont effondrées. Si ce n’est pas qu’elles ont basculé dans la démence furieuse et sont devenues amok, alors elles tuent leurs enfants dans un dernier geste d’humanité, de compassion, d’amour ou de soin. Elles le font à l’épreuve de conditions, de situations, de crimes qui sont nommables et descriptibles. C’est bien la raison pour laquelle, ici, le passage au mythe est si périlleux, pour ne pas dire suspect.
Le Mythe et la Justice
Médée demeure hors de portée de la justice des hommes, on peut même soutenir qu’elle échappe à leur jugement, tant les versions antiques et modernes du mythe se déploient dans des directions non seulement différentes mais divergentes. La mère infanticide d’aujourd’hui comme d’hier, elle, est jugée et condamnée d’autant plus sévèrement qu’elle l’est généralement par des hommes, la guerre des sexes et des genres fait rage dans le prétoire, ce sont des hommes, plus ou moins indifférents à l’enchaînement des circonstances et l’accumulation des trahisons et abandons susceptibles d’acculer une mère à tuer ses enfants, qui sont appelés à lui tailler le costume du monstre - version féminine. Une mère suffisamment dénaturée pour tuer ses enfants ! Jeunes, très jeunes, en général, circonstance aggravante ! Le tribunal de l’opinion vient ici relayer la justice des mâles. Ce n’est pas seulement qu’on va lui faire payer son crime de décennies d’emprisonnement voire, comme dans le cas évoqué ci-dessus, de la peine capitale.
Le Mythe et le Conte : Une Analyse Structurelle
Pour bon nombre d’anthropologues, tel Claude Lévi-Strauss, le mythe, avec ses éléments surnaturels, partage les mêmes contenus et les mêmes thèmes que le conte, de telle façon qu’il n’existe pas de réelle différence entre eux. Dans sa Morphologie du Conte, en 1928, Vladimir Propp montre que les contes du monde entier partagent une même structure formelle. La succession d’éléments permanents, toujours identique, représente la base morphologique du genre. Ainsi, une situation initiale de paix est troublée par des méfaits qui peuvent être des meurtres ou des sortilèges, lesquels sont soulagés tant bien que mal par un redresseur de tort qui, malgré la continuité de la violence, dispense une délivrance progressive en vue d’une réparation définitive.
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