La vie d'Yves Dandonneau est une histoire sombre d'escroquerie à l'assurance-vie, de manipulation et de meurtre, qui a culminé avec un crime sordide en 1987. Dandonneau, loin d'être un simple criminel, était un homme complexe avec un passé troublé et des ambitions démesurées.
Jeunesse et Premières Années
Yves Dandonneau a grandi à Béziers, fils d'un gendarme autoritaire et alcoolique et d'une mère violoniste. Un soir, le père a cassé, un à un, les doigts de sa mère, rentrée en retard d’une répétition. Cette enfance tumultueuse a laissé des cicatrices profondes, le marquant à jamais. Il se cherche, tâte de la ferronnerie, se fait virer de l’école de police. Il sera plus tard dessinateur pour la police, puis courtier pour une compagnie d’assurances, la Legal and General.
Après son deuxième divorce, Dandonneau s’est mis en ménage avec Marie-Thérèse, surveillante dans une clinique, qu’il a rencontrée par une agence matrimoniale. Le couple, et leur enfant, vit à Montmorency, en région parisienne. Mais Dandonneau ne tient pas en place, quitte les assurances, nourrit mille projets. Le dernier en date : la création d’une société, Baby Ball, qui commercialise un nouveau modèle de chaise pour bébé.
Le Plan Machiavélique
Une nuit d’insomnie, Yves Dandonneau réveille Marie-Thérèse. Il vient de trouver l’idée de génie qui va, dit-il, mettre fin à leurs problèmes d’argent : souscrire plusieurs assurances-vie au bénéfice de sa compagne. Elle ne devra pas s’inquiéter. Il la préviendra. Marie-Thérèse, qui en a entendu d’autres de son conjoint, se rendort. Mais Dandonneau n’en démord pas. Quelques jours plus tard, il confie son plan à sa maîtresse, Danièle, une ancienne collègue de sa compagnie d’assurances. Puis il passe à l’action et souscrit non pas une, deux, ou trois contrats d’assurance vie. Mais huit.
Dandonneau avait pensé à tout. Trouver un ravin pour y précipiter sa voiture. Tuer une individu, dont la disparition n’étonnera personne. Incendier son cadavre dans sa propre voiture accidentée. Disparaître, et toucher, par sa veuve, le pactole des assurances-vie. Le scénario était bien ficelé, les complices dévoués, la cavale soigneusement préparée. En 1987, Dandonneau n’est pas encore un assassin. Il a 41 ans, quatre enfants. Et déjà deux divorces et une dépression derrière lui.
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L’homme a retenu deux leçons de son passage dans les assurances : qu’aucun fichier national ne permet, alors, de détecter ces assurances multiples et qu’il lui faut trouver un corps.
L'Exécution du Crime
Dans la nuit du 6 au 7 juin 1987, une voiture percute un rocher sur une petite route de l'Hérault. À l'intérieur, un corps est complètement carbonisé. Daniel Blouard, l'ami de Dandonneau, affirme que la victime est Yves Dandonneau. Marie-Thérèse Héraut, la compagne de Dandonneau, et Danièle Simonin, sa secrétaire, identifient également le corps.
Dandonneau avait contracté huit contrats d'assurance-vie au bénéfice de sa compagne, pour un total de 11.900.000 FF (1.800,000 €). Il avait aussi manifesté la volonté que sa dépouille funèbre soit incinérée. Aucune autopsie n'ayant été ordonnée, le corps est donc rapidement incinéré.
L'Enquête et la Découverte de la Vérité
Les premières constatations font état d'un accident mortel résultant du choc du véhicule contre un obstacle, la cause de l'incendie serait un court-circuit des phares. Blouard, interrogé par les gendarmes, raconte les raisons qui l'ont amené à circuler sur ce chemin sinueux. Les gendarmes concluent à un banal accident de la route.
Le plan rencontre alors un obstacle imprévu : en effet, parmi les huit compagnies d'assurance, une société britannique avait été directement sollicitée à son bureau de Paris par Dandonneau afin d'établir un contrat limité au risque de décès accidentel, avec triplement de la garantie en cas d'accident de la circulation.
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Informée du sinistre, cette Compagnie remarque que le souscripteur a omis de déclarer le cumul des assurances préalablement contractées auprès d'autres Compagnies. Saisis de soupçons, les assureurs britanniques dépêchent un inspecteur afin de faire un complément d'enquête.
L'inspecteur d'assurances procède à ses propres investigations. Il relève les éléments suivants: la voiture roulait en seconde, ce qui implique que la vitesse était basse (confirmé par Blouard dans sa déposition), il n'y a qu'un seul obstacle sur le chemin, et le conducteur l'a percuté (manque de chance ?) et la voiture est entièrement calcinée, il ne reste plus que l'ossature métallique, ainsi que des os, calcinés eux aussi.
Puis une compagnie française, parmi les huit assureurs, mandate la cellule Anti-Fraude (ALFA) relevant de la Fédération Professionnelle des Assureurs.
L'inspecteur de cet organisme relève les éléments suivants: le chemin est en ligne droite, le rocher est disposé de telle manière qu'à moins de se "jeter dessus", il parait impensable qu'un conducteur ne puisse pas l'éviter, aucune trace de freinage n'est présente et il existe une route bien dégagée et beaucoup plus facile d'accès que le chemin emprunté.
Sur le rapport circonstancié de l'inspecteur ALFA, il est décidé de déposer une plainte auprès du tribunal de grande instance de Montpellier et une enquête judiciaire est déclenchée.
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Les résultats confirment qu'il faut écarter la thèse de l'accident et que Dandonneau n'est pas le mort brûlé dans l'Austin : un expert scientifique, Jean-Marie Grafeille, a réussi à reconstituer une partie de sa mâchoire. Elle ne correspond pas à la radiographie conservée par le dentiste de Dandonneau.
Le Procès et les Révélations
Yves Dandonneau, Daniel Blouard et François Meunier comparaissent devant la cour d'assises de l'Hérault pour avoir provoqué la mort d'un marginal afin de toucher près de 11 millions de francs d'assurance-vie.
Il fallait un cadavre. Pour Dandonneau, il n'a pas de nom ni de prénom : c'est seulement " l'homme ". Un homme qui lui renvoie l'image d'un père éthylique et violent. " J'ai souffert quand j'étais enfant. Mon père m'a empêché d'être ce que je voulais être. Je rêvais d'enfants qui pourraient devenir ce qu'ils veulent être. " Son rêve, c'était de créer une école pour ces enfants-là. Il en avait chiffré le coût à 10 millions de francs, mais, avec les bénéfices de son entreprise, qui ne faisait que démarrer, avait compté qu'il lui faudrait attendre au moins trois ans. C'était trop long.
Un jour, un collègue d'une compagnie d'assurances où il travaillait lui avait involontairement donné une idée. Il a donc décidé de " mourir " après avoir souscrit huit contrats d'assurances. Mais il fallait un cadavre.
Son ami, Daniel Blouard, infirmier à la clinique Alexis-Carrel de Sarcelles (Val-d'Oise), n'a pas pu le satisfaire. Déçu, il en a parlé à un autre ami, François Meunier, un cuisinier auquel il avait promis un emploi dans son école. Pour Dandonneau, c'est le cuisinier qui aurait trouvé la solution en lui susurrant : " J'ai quelqu'un qui est au bout du rouleau ; qu'il meure comme ça ou dans quinze jours ou trois semaines… " Meunier n'a pas le même souvenir : " Non ! C'est Dandonneau qui m'a demandé de lui trouver une personne un peu délabrée, un alcoolique. Il m'a dit qu'il voulait embaucher cette personne pour faire du gardiennage. "
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