Introduction
L'étude de l'embryon, de son développement progressif et de son apparence changeante, soulève des questions fondamentales sur le début de la vie humaine. Ces questions sont au cœur des débats éthiques et sociétaux, notamment en ce qui concerne l'avortement. Cet article explore les différentes étapes du développement embryonnaire, les transformations physiques de l'embryon et du fœtus, et les implications de ces connaissances sur la perception de l'embryon et les considérations relatives à l'interruption de grossesse.
Le Développement Embryonnaire : Un Miracle Étape par Étape
Allah ﷻ crée l’homme étape après étape, d’une façon parfaite ! Le développement d’un bébé dans le ventre de la mère est une source profonde de méditation et un véritable Miracle dont Seul Allah ﷻ en est capable !
Le développement embryonnaire est un processus complexe et finement orchestré, divisé en plusieurs étapes distinctes.
Les Premières Étapes : 'Alaqah et Moudghah
Selon les textes, la création de l’être humain s’opère, dans le ventre de sa mère, sous la forme d’une goutte durant quarante jours. Il prend alors forme d’une adhérence pendant une période identique, et devient ensuite toujours pendant la même durée, un morceau de chair.
Au début, l'embryon passe par un stade appelé « alaqah », qui signifie « une chose suspendue » ou « caillot de sang ». L’apparence externe de l’embryon et de ses sacs au stade de la alaqah est très similaire à celle d’un caillot de sang. Cela est dû à la présence de quantités de sang relativement élevées dans l’embryon au cours de ce stade. Durant ce stade, le sang contenu dans l’embryon ne commence pas à circuler avant la fin de la troisième semaine.
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Au-delà des quatre-vingt jours, la troisième étape débute. « Moudghah » en arabe signifie « substance mâchée », en référence à son aspect physique. Cette étape dure également quarante jours.
La Formation des Organes et la Détermination du Sexe
L’appareil génital se met en place lors du développement embryonnaire. Ce phénomène est sous le contrôle de plusieurs gènes et hormones, en relation avec les chromosomes sexuels présents. Le début de ce développement est commun aux deux sexes.
Les cellules du corps humain contiennent, dans leur noyau, 23 paires de chromosomes, portant les gènes. Ce bagage génétique provient de la mère (23 chromosomes) et du père (23 chromosomes). La 23e paire est différente selon le sexe : les femmes héritent d’un chromosome X de chaque parent ; tandis que les hommes héritent d’un chromosome Y provenant de leur père et d’un chromosome X venant de leur mère.
Le chromosome Y a un rôle fondamental dans la détermination du sexe dans l’espèce humaine. La détermination du sexe gonadique dépend donc de la présence du gène SRY (Sex-determining Region of Y chromosome). Chez les individus de sexe masculin, la protéine issue de l’expression du gène SRY agirait en déclenchant une cascade d’autres gènes.
Au début de l’organogenèse, on observe la formation d’une crête génitale qui est ensuite colonisée par les cellules germinales. L’ébauche de la gonade peut, au cours de son développement, se développer soit en ovaire soit en testicule, selon ses déterminants génétiques.
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Le Développement des Gonades et des Canaux Génitaux
On observe, dans chacune des crêtes génitales des fœtus XY, la formation de deux types de cordons : les cordons testiculaires contenant les cellules germinales qui produiront les futurs spermatozoïdes et les cordons du rete testis, à l’extrémité des cordons testiculaires. Chez les fœtus femelles XX, les cordons sexuels primitifs dégénèrent.
Les gonades en développement secrètent un certain nombre d’hormones. Ces hormones permettent le développement de l’ensemble de l’appareil génital vers un phénotype mâle.
Les canaux de Wolff constituent le spermiducte chez le mâle des Vertébrés. Les canaux de Müller se développent en parallèle aux canaux de Wolff. Chez les femelles ils deviennent les oviductes et débouchent dans l’utérus.
L'Apparence de l'Embryon et du Fœtus : Réalisme vs. Idéalisation
Les imaginaires parentaux - et plus généralement sociaux - de la grossesse ont beaucoup évolué depuis quarante ans. Une des raisons en est l’esthétisation contemporaine du fœtus.
Le Réalisme Fœtal de la Science Embryologiste
Jusqu’au XIXe siècle, la représentation du fœtus est fortement idéalisée. L’exposition publique de fœtus anatomiques humains dans les musées, à partir du milieu du XIXe, constitue donc une importante transformation des imaginaires de l’engendrement.
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En 1850, les cires du docteur Adolf Ziegler représentent, en cinq étapes, les formes extérieures du développement de l’embryon humain. Illustrée par les représentations d’Adolf Ziegler ou d’Ernst H. Haeckel, le fœtus anatomique ressemble désormais aux primates. Il n’est plus à l’image de Dieu.
Au XIXe siècle, dans les muséums, le fœtus anatomique se présente sous la forme d’un squelette ou d’un corps conservé dans le formol. Le mode de présentation de ce fœtus met l’accent sur les échecs fréquents de la grossesse au XIXe siècle et évoque la morbidité, celle de la mère aussi bien que celle du fœtus.
Tout en variant donc quelque peu dans ses formes, ce mode de présentation du fœtus anatomique dans les musées se poursuit tout au long du XXe siècle, jusqu’aux réformes muséales des années 2000. Ces représentations très réalistes de fœtus ou d’embryons humains, sains ou tératologiques, perdurent aussi dans les dictionnaires.
L'Idéalisation Fœtale de la Seconde Moitié du XXe Siècle
Les premières représentations publiques de fœtus vivants et esthétisés datent des photos produites par Lennart Nilsson en 1965 dans le magazine américain Life puis diffusées en Europe un an plus tard. Ces photos vont inonder, jusqu’à aujourd’hui, les médias se penchant sur la grossesse.
Il semble que Lennart Nilsson réponde alors à un intérêt assez fort pour l’existence du fœtus in utero. Mais il s’efforce désormais de le montrer sous l’espèce de la vie et non plus celle de la mort fœtale. Pour les parents, c’est désormais une image idéalisée du fœtus qui servira de lieu de projection des grossesses, alors même quelles se déroulent dans des environnements de plus en plus médicalisés.
Entre 1965 et 2000, Lennart Nilsson va produire d’autres images de fœtus dans des films ou reportages scientifiques. Mais l’idéalisation du fœtus se vérifie surtout dans les documentaires produits à partir des années 1990.
Une nouvelle image de fœtus, créée par Nils Tavernier avec l’aide du professeur René Frydman, apparaît en 2006 dans le film L’Odyssée de la vie. Le fœtus est davantage revitalisé grâce au mouvement et s’écarte encore plus de la représentation du fœtus anatomique.
L’Odyssée de la vie révise alors l’embryogénèse en produisant des images très humanisées de fœtus et d’embryons.
La Déréalisation Fœtale Poursuivie jusque dans l'Art
La promotion d’un fœtus idéalisé se poursuit ailleurs. Tout d’abord, les réformes muséales des années 2000 ont permis aux muséums français qui possédaient encore des fœtus anatomiques de les placer en réserve.
Dans l’art contemporain, l’image du fœtus anatomique persiste, mais d’une manière qui le déréalise aussi, quoique d’une autre manière.
L'Avortement : Un Débat Complexe
La question de l’avortement volontaire est des plus complexes pour une raison simple : la science ne parvient pas à déterminer avec certitude le moment où commence la vie.
Les Différentes Hypothèses d'Avortement
L’interruption de grossesse, qui tend, selon le dictionnaire juridique de référence de Gérard Cornu « à empêcher le développement et à provoquer l’accouchement avant terme du fœtus » se décompose, en réalité, en trois hypothèses distinctes.
Les avortements dits thérapeutiques et eugéniques ne posent pas vraiment problème et peuvent se pratiquer à tout moment de la grossesse. Le premier nécessite que « la poursuite de la grossesse [mette] en péril grave la santé de la femme » et il est admis dans la quasi-totalité des pays membres du Conseil de l’Europe depuis les années 1950. L’avortement eugénique, lui, est réservé aux cas où « il existe une forte probabilité que l’enfant à naître soit atteint d’une affection d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic ».
La dernière hypothèse d’avortement est celle qui est aujourd’hui contestée en Espagne et en cours de modernisation en France. Avant 1975, le fait pour une femme de se faire avorter l’exposait à une condamnation pénale. Suite à l’évolution des mœurs et au Manifeste des 343, la loi Veil du 17 janvier 1975 a opéré une dépénalisation partielle de l’IVG, permettant à « la femme enceinte que son état place dans une situation de détresse » de demander à un médecin de procéder à un avortement « avant la fin de la dixième semaine de grossesse ». En 2001, la loi a étendu le délai de l’IVG à douze semaines, et il est aujourd’hui question de supprimer la condition de détresse.
Le Statut de l'Embryon et les Limites de l'IVG
Si certains intérêts peuvent légitimer l’atteinte à la vie d’une personne, tels la légitime défense, la protection d’une vie en cours face à une vie à venir ou encore la qualité de la vie à venir, il est évident qu’une déclaration de volonté discrétionnaire ne peut entraîner la mort d’un individu. L’alternative est alors simple : tant que l’embryon n’est pas une personne humaine vivante, l’IVG est possible, dès que l’embryon vit, l’IVG devient une atteinte à sa vie.
Le Comité national d’éthique déclare que l’embryon est « une personne humaine potentielle » réponse consacrant à la fois la qualité d’être humain à l’embryon et son caractère potentiel et non certain, et n’apportant donc rien au débat.
En tout état de cause, il semble difficile de considérer qu’un amas de cellules informes, non viables en dehors de l’utérus soit un être humain vivant, tout comme il semble absurde de considérer qu’un fœtus ayant l’apparence d’un nourrisson et étant viable malgré le fait qu'il ne soit pas complètement à terme ne soit pas une personne humaine à part entière.
Les Législations Européennes et les Formalités de l'IVG
Les législations des pays d’Europe varient aujourd’hui d’une prohibition constitutionnellement garantie de l’avortement, en Irlande où la vie commence dès la fécondation, à un délai de vingt-quatre semaines au Royaume-Uni, la plupart établissant un délai de douze semaines, comme en France.
De plus, en France, l’IVG est soumise à des formalités, notamment l’information des risques médicaux encourus par la mère, la nécessité d’un consentement écrit renouvelé après un délai de réflexion d’une semaine et l’obligation d’une consultation auprès d’un psychologue ou d’une association agréée pour les mineures.
Une Réponse Simple à une Question Complexe
Si la question est complexe, rien n’empêche que la réponse soit simple. En effet, puisqu’il est indéniable que la vie commence au plus tard à la vingt-sixième semaine, autant laisser la femme disposer librement de son corps jusqu’à cette limite certaine, plutôt que de la limiter sur des suppositions incertaines quant au caractère vivant de l’embryon.
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