Introduction
Vincent Valinducq, originaire du Havre, incarne un parcours professionnel et personnel marqué par l'engagement et la détermination. D'abord docker, suivant les traces de son père et de son grand-père, il a opéré une réorientation audacieuse vers la médecine. Il est aujourd'hui un médecin généraliste reconnu, notamment pour ses interventions à la télévision et son engagement auprès des aidants. Sa biographie est le reflet d'une vie dédiée aux autres, tant sur le plan professionnel que personnel.
Jeunesse et Premiers Pas dans le Monde du Travail
Né au Havre, Vincent Valinducq a grandi dans un milieu ouvrier docker. Son grand-père, son père et ses oncles étaient tous dockers. Son frère, Sébastien, l'est également. Il décrit son enfance comme modeste mais heureuse, marquée par l'amour et la bienveillance. Le sentiment d'appartenance à la corporation des dockers était très fort.
Malgré son rêve de devenir médecin dès son plus jeune âge, il suit les traces familiales et devient docker à l'âge de 18 ans, exauçant ainsi le vœu de son père. Parallèlement, il poursuit des études scientifiques, travaillant comme docker la nuit et étudiant le jour. Il travaille également dans l'industrie pharmaceutique.
Réorientation vers la Médecine
À 24 ans, Vincent Valinducq décide de tout quitter pour se lancer dans la médecine, un rêve qu'il n'a jamais abandonné. Il décroche son doctorat à 33 ans. Ce parcours atypique témoigne de sa détermination et de sa capacité à se réinventer. Il exerce depuis 2015 en tant que médecin généraliste à Paris. Il choisit la médecine générale, qu'il considère comme la spécialité la plus exigeante et la plus difficile.
Ascensions médiatiques
Le docteur se fait connaître du grand public en 2019 grâce à la série documentaire Zones bleues, les secrets de la longévité, qu’il présente sur France 5. Accompagné de la naturopathe Angèle Ferreux-Maeght, il parcourait le monde à la découverte de ces endroits qui affichent une forte concentration de centenaires et nonagénaires : Costa Rica, Sardaigne, Grèce, Japon… Le format a ensuite été décliné dans un ouvrage éponyme, dont il a assuré la promotion sur les plateaux télé et dans les studios radio (Europe 1, France Inter, RTL…).
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Cela lui vaut d’obtenir en février 2020 une chronique santé dans Télématin sur France 2. Il succède ainsi à Brigitte-Fanny Cohen, devenant un visage familier pour les téléspectateurs.
Engagement auprès des aidants
De 2009 à 2022, Vincent Valinducq a été l'aidant principal de sa mère, Nadine, atteinte d'une maladie apparentée à Alzheimer, diagnostiquée alors qu'elle avait 52 ans. Cette expérience personnelle a profondément marqué son parcours et l'a sensibilisé aux difficultés rencontrées par les aidants.
Il décrit les quatorze années de combat menées aux côtés de sa mère comme une période éprouvante mais aussi riche en enseignements. Son père et son frère ont également joué un rôle important dans l'accompagnement de Nadine, formant une équipe soudée face à la maladie.
Il insiste sur l’urgence de mieux accompagner les aidants par des aides humaines et financières, notamment en formant des professionnels compétents et en uniformisant la formation des auxiliaires de vie. L’accompagnement psychologique est également indispensable : « Il faut aussi que quelqu’un prenne soin de nous. Aujourd’hui, la France compte 11 millions d’adultes aidants et 500 000 aidants mineurs. D’ici 2030, on estime que 25 % des actifs seront aidants.
"Je suis devenu le parent de mes parents" : Un témoignage poignant
En 2023, Vincent Valinducq publie Je suis devenu le parent de mes parents (éd. Stock), un livre dans lequel il raconte son parcours d'aidant. Il y décrit avec pudeur et émotion les difficultés rencontrées, mais aussi les moments de joie et de complicité partagés avec sa mère.
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Il espère ainsi porter la voix des aidants, souvent invisibles et oubliés, et sensibiliser le public à leurs besoins. Il souligne l'importance de reconnaître le rôle des aidants et de leur offrir un soutien adapté, tant sur le plan humain que financier et matériel.
Il décrit dans son ouvrage son rôle d’aidant auprès de sa jeune maman qui souffre d’une maladie neurodégénérative, un “ Alzheimer apparenté ”. Ce n’est pas le livre le plus drôle, mais j’ai tout de même intégré quelques touches d’humour. Je ne voulais pas qu’il soit sombre. Les journalistes et lecteurs qui l’ont découvert m’ont assuré qu’il était très lumineux. Il y a beaucoup d’amour dans cet ouvrage, et ceux qui ont vécu des situations similaires ont souvent trouvé, étonnamment, du réconfort en se remémorant des moments nostalgiques. En mettant des mots sur ce qu’ils ont pu ressentir, ils y ont trouvé du soulagement. À l’époque, j’avais des réticences à me définir comme aidant, mais aujourd’hui, je suis fier de ce rôle. J’ai souvent été réticent à parler de cette expérience, craignant de déranger les autres, mais c’était une erreur.
Il explique que l’une des difficultés des aidants est de comprendre qu’ils ont ce rôle. La première étape est de réaliser qu’on dépasse le simple statut de fils, mari ou parent d’un malade. Je parle ici de l’histoire de ma mère, mais il y a aussi des parents qui aident leurs enfants malades, et les rôles peuvent varier. Un jour, en écoutant la télévision, une journaliste a utilisé le terme “aidant”, et j’ai eu une révélation : c’est exactement ce que je vivais. À ce moment-là, j’ai compris que je n’étais pas seulement le fils, mais que j’avais un rôle spécifique. Bien que cela n’ait pas changé fondamentalement ce que je ressentais, cela a été un soulagement de mettre un nom sur quelque chose qui semblait tellement naturel et inévitable. Cela a aussi eu un effet déculpabilisant. Il est parfois difficile de ne pas se sentir coupable quand on pense qu’on ne fait pas assez. En tant que fils, on peut se dire que l’on est peut-être indigne de ne pas être à la hauteur, même si on donne tout ce qu’on peut. Comprendre que ce rôle dépasse la simple relation familiale a été important. Dans ma pratique médicale, je constate que certains aidants, avant de réaliser qu’ils occupent ce rôle, ont du mal à accepter leur situation. Ils peuvent culpabiliser en tant que mari, fils ou épouse, et éprouver un sentiment de ne jamais en faire assez, de ne pas être à la hauteur est fréquent. Comprendre qu’on est un aidant peut aider à mieux accepter cette réalité. Reconnaître son rôle d’aidant permet également d’accéder aux aides disponibles, qu’elles soient humaines, financières ou matérielles, et de mettre en place des adaptations du domicile. Cela aide aussi à prendre conscience de la fragilité des aidants.
Il rappelle qu’il est souvent avancé qu’un tiers des aidants décèdent avant la personne aidée. Mon père, par exemple, a énormément mis de côté ses propres besoins pour s’occuper de ma mère. Au début, les choses allaient bien, mais les dernières années ont été particulièrement difficiles. Les repas de ma maman prenaient énormément de temps, parfois jusqu’à une heure et demie, et il devait réchauffer les plats pour éviter qu’ils ne refroidissent. Il a même inventé une technique pour conserver la nourriture chaude. Avec le temps, ma mère n’arrivait plus à mâcher correctement, donc nous sommes passés à la cuillère. Mon père prenait son temps pour s’assurer que sa bouche était bien vide avant de donner la prochaine cuillère, avec la crainte de la fausse route. Voir ces scènes était déchirant, mais c’était aussi un véritable témoignage d’amour. Les repas commençaient souvent tôt vers 18h30 ou 19h, et duraient jusqu’à 1h30. A 20h30 ou 21h, il n’avait plus vraiment d’appétit, se contentant souvent d’un sandwich. Il se rendait compte de cette perte d’appétit, mais nous évitions d’en parler directement. Il veillait aussi sur les moindres bruits la nuit, changeait les draps lorsqu’il y avait des incidents… et dormait moins, un sommeil de mauvaise qualité. A force de replacer ma mère sur son fauteuil, nous avons développé des troubles musculosquelettiques. J’ai moi-même souffert d’une épaule douloureuse pendant un an. Mon père négligeait sa propre santé, mangeait peu, dormait peu, se concentrant entièrement sur le bien-être de ma mère. Il en était conscient mais me répétait « on verra ça après, le plus important : c’est ta mère ». Au-delà de l’épuisement, mon père n’avait plus de ressources, et sa santé cardiovasculaire était également fragile. Il était complètement épuisé, mais il est parvenu à tenir un mois et demi après ma mère. Il a même fait des séjours en réanimation, surprenant tout le monde à chaque fois, en sortant pour rentrer s’occuper d’elle, avec dévouement et amour. En son absence, ma mère était complètement perdue. Elle ne mangeait plus et était totalement désemparée. Dès que mon père revenait à la maison, il suffisait qu’il entre pour voir immédiatement un sourire sur le visage de ma mère et ses yeux s’animer, pendant de nombreuses années avec la maladie, avant que son visage n’exprime plus rien. Elle reprenait alors à manger.
Plaidoyer pour une meilleure prise en charge des aidants
Fort de son expérience, Vincent Valinducq plaide pour une meilleure prise en charge des aidants. Il propose plusieurs pistes d'amélioration, notamment :
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- Améliorer la formation médicale pour permettre aux médecins de mieux repérer les aidants et de les orienter vers les ressources appropriées. Il souligne que lors de ses études, il n’a pas appris le terme “aidant” ni les solutions à proposer aux patients dans ce contexte. Si je n’avais pas été moi-même aidant, je ne serais pas aujourd’hui aussi conscient des besoins et des défis des aidants. Certains de mes collègues médecins ont lu mon livre et m’ont confié qu’ils découvraient ce qu’est un aidant. Aujourd’hui, j’ai reçu un couple avec un aidant en consultation, et j’ai pu les aider à identifier leur rôle et à comprendre l’importance de leur propre santé.
- Simplifier le parcours du combattant des aidants en créant un guichet unique pour centraliser les démarches administratives et faciliter l'accès aux aides. Le système est tellement complexe et labyrinthique, chronophage, avec une multitude d’acronymes et d’organismes, qu’il est facile de se perdre. Quand l’aidant est âgé, l’utilisation d’Internet et la gestion de démarches administratives en ligne peuvent aussi être compliquées. Il faut enfin adapter le système aux besoins réels des aidants. L’accompagnement doit inclure une meilleure orientation et je plaide pour la création d’un guichet unique pour centraliser les démarches.
- Développer le soutien aux salariés aidants en offrant une flexibilité dans leur emploi du temps et en leur accordant des droits similaires à ceux des parents d'enfants malades. Dans les entreprises, il est également important d’améliorer le soutien aux salariés aidants. D’autant que les études montrent que les aidants développent des compétences interpersonnelles, telles que la capacité d’adaptation, l’organisation, la gestion des relations et une certaine ingéniosité. Il serait également nécessaire d’envisager une flexibilité dans l’emploi du temps des salariés aidants. Mais aussi des autres statuts, comme les personnes qui exercent en libéral, ou en auto-entreprenariat, etc. En tant que médecin libéral, j’ai dû fermer mon cabinet plusieurs fois de manière soudaine pour m’occuper de ma mère, lorsqu’elle chutait, etc. Je comprends bien que la mise en place de telles flexibilité est complexe, mais elle est nécessaire pour soutenir les aidants. Il serait idéal que les entreprises offrent un accompagnement similaire à celui dont bénéficient les parents d’enfants malades, en permettant une flexibilité pour les aidants. Actuellement, les droits accordés aux aidants sont limités. Il existe des dispositions pour les jours de congés liés à des situations d’urgence, mais elles sont encore insuffisantes. Pour les travailleurs indépendants ou les libéraux, comme les médecins ou les entrepreneurs et les indépendants, fermer leur activité pour s’occuper d’un proche entraîne souvent une perte de revenus, sans possibilité de compensation.
- Reconnaître la valeur économique du travail des aidants et les rémunérer en conséquence. Les 11 millions d’aidants en France représentent une économie potentielle de 11 milliards d’euros pour la société*. Mon père, qui était aidant à temps plein, assumait les tâches d’un infirmier, d’un kinésithérapeute, d’une aide-soignante, etc. 24 heures sur 24. Il était tout à fait capable de donner à manger, de changer les draps, de faire la toilette et d’accomplir d’autres missions qui auraient pu être réalisées par des professionnels. Si demain les 11 millions d’aidants en France se retrouvent dans l’incapacité de poursuivre leur rôle, la conséquence serait catastrophique. Cela se traduirait par un afflux massif de personnes vers les hôpitaux, les services d’urgence et les généralistes. Les aidants, souvent invisibles et non rémunérés par le système de santé, apparaissent peu dans les statistiques et les discours publics. Ils vivent généralement isolés, parfois même de leurs amis et proches. Il faut également former des aidants professionnels, uniformiser la formation des auxiliaires de vie.
- Mener des campagnes de sensibilisation pour informer le public et les professionnels de santé sur les besoins des aidants et les ressources disponibles. Du fait de son succès, votre livre est en soi une action de sensibilisation ? Vincent Valinducq : Le livre que j’ai publié a dépassé mes attentes en atteignant un large public. Je ne pensais pas qu’il toucherait autant de personnes, et j’ai découvert à quel point il est difficile de faire passer un message sur ce sujet. Une campagne de sensibilisation pourrait être bénéfique, non seulement pour informer les médecins et les réseaux sociaux, mais aussi pour aider les aidants à s’identifier comme tels. Cette campagne pourrait permettre à ceux qui aident un proche au quotidien de reconnaître leur statut d’aidant. Il pourrait ainsi comprendre qu’il existe une différence entre être un mari, une fille ou un fils, un parent, et assumer le rôle d’aidant. Le passage à ce statut peut être difficile à reconnaître et à accepter. Mon livre, intitulé “Je suis devenu le parent de mes parents”, illustre bien ce renversement de rôles, où le fils devient le parent de ses propres parents.
Il insiste sur l'importance de poser les bonnes questions pour quantifier les besoins des aidants et comprendre la portée de leur charge. Cela inclut de déterminer le nombre d’heures par jour ou par semaine consacrées à l’aide, les moments de la journée où cette aide est fournie, ainsi que la durée totale de ces activités. Il faut aussi évaluer la charge mentale, les troubles musculosquelettiques, les problèmes de sommeil, et les troubles de l’alimentation. Les conséquences indirectes doivent également être examinées, telles que l’impact sur la vie sociale et professionnelle, les rendez-vous annulés, et le temps personnel accordé. Les différentes pathologies nécessitent des types d’aide variés. Sans négliger l’aide psychologique pour l’aidant. Consulter un professionnel, psychologue ou psychiatre, qui m’a aidé sans jugement et avec neutralité, a été la meilleure décision que j’ai prise pour moi (et uniquement pour moi) ces dix dernières années. Toute la difficulté réside dans le fait que le statut d’aidant est difficile à appréhender, car il est multiple. Il peut surgir brusquement ou évoluer selon les circonstances. Par exemple, un partenaire ayant un AVC ou une maladie aiguë change radicalement la vie de l’aidant. De même, une fracture temporaire…
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