Depuis le début de la campagne de vaccination contre la COVID-19, de nombreuses questions et préoccupations ont émergé, en particulier chez les femmes enceintes et allaitantes. Cet article vise à clarifier les informations disponibles, en s'appuyant sur les recommandations des organisations de santé et les études scientifiques les plus récentes, afin de permettre aux mères de prendre des décisions éclairées concernant la vaccination pendant l'allaitement.
Recommandations générales
La vaccination contre la COVID-19 est recommandée chaque année, à l'automne, pour les personnes âgées de 65 ans et plus. La vaccination conjointe contre la COVID-19 et la grippe saisonnière est recommandée, dès lors qu'une personne est éligible aux deux vaccinations, et ceci quel que soit son âge. Les deux vaccinations peuvent être pratiquées dans le même temps, sur deux sites d'injection différents. Un délai minimum de 6 mois doit être respecté depuis la dernière dose de vaccin ou la dernière infection.
Les femmes enceintes peuvent se faire vacciner dès le 1er trimestre de grossesse avec un vaccin à ARNm. L’Organisation Mondiale de la santé et l’UNICEF recommandent de poursuivre l'allaitement maternel pendant l'infection et après la vaccination.
Faux et idées reçues sur la vaccination et l'allaitement
De nombreuses fausses informations circulent sur les vaccins contre la COVID-19. Il est essentiel de les démystifier pour une prise de décision éclairée.
1. La vaccination est déconseillée aux femmes allaitantes : FAUX.
L’Organisation Mondiale de la santé (OMS) et d'autres instances expertes recommandent la vaccination aux femmes allaitantes au même titre que les autres adultes. Il n'y a pas de contre-indication à la vaccination pour les femmes allaitantes.
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2. Les vaccins causent des problèmes de fertilité : FAUX.
Aucune corrélation n’a été détectée entre les vaccins et ce type de problèmes, alors que plus de 3 milliards de doses de vaccins ont été administrées dans le monde.
3. La vaccination complète ne protège pas contre les variants : FAUX.
Une vaccination complète à deux doses permet de se protéger efficacement contre le variant Delta. Elle réduit à 90% les hospitalisations liées à ce variant en évitant les formes graves. Les vaccins actuels sont adaptés aux variants qui circulent actuellement en France.
4. Les vaccins ont des effets secondaires graves et à long terme : VRAI ET FAUX.
En science, le risque zéro n’existe pas. Cependant, dans l’histoire de la vaccination, aucun effet secondaire grave et à long terme n’a été relié à un vaccin en 100 ans de vaccination. Depuis le début de l’utilisation des vaccins contre la COVID-19, aucun effet secondaire nouveau et à long terme n’a été détecté par les autorités de pharmacovigilance. À ce jour, les effets les plus graves sont de court terme et extrêmement rares.
5. La vaccination individuelle ne sert à rien : FAUX.
La vaccination de l’ensemble de la population permet d’atteindre l’immunité collective et de réduire la transmission.
6. L’ARN messager modifie l’ADN : FAUX.
L’ARN messager qui est injecté grâce au vaccin permet de transporter le matériel génétique permettant à votre organisme de fabriquer la protéine Spike du virus, ce qui va déclencher la production d’anticorps. Contrairement à ce qu’on lit sur Internet, l’ARN messager ne va pas intégrer l’ADN humain et le modifier. C’est une molécule très fragile qui va être très vite détruite par l’organisme dès sa détection.
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7. La vaccination n’est pas efficace à long terme : FAUX.
Les vaccins sont efficaces pour se protéger, mais une troisième dose est nécessaire car après un certain temps, votre taux d’anticorps diminue. Il est donc nécessaire de faire un rappel. C’est un principe physiologique naturel et connu.
Passage des vaccins dans le lait maternel
Les vaccins sont de deux grands types: inactivés ou vivants atténués. Le passage systémique et dans le lait de l’ARNm et du vecteur viral n’est pas attendu.
Pfizer, Moderna et AstraZeneca : il n’existe pas d’étude sur le passage de ces vaccins dans le lait ou chez la femme allaitante, mais la HAS rappelle que, sur la base des mécanismes biologiques (dégradation rapide des ARNm), il n’y a pas d’effet attendu chez le nourrisson et l’enfant allaité par une femme vaccinée.
Janssen : les femmes qui allaitent ont été incluses dans les études cliniques de phase 3 du vaccin Covid-19 Janssen. Les données disponibles ne permettent pas de savoir si les composants du vaccin Covid-19 de Janssen ou les anticorps induits par ce vaccin sont excrétés dans le lait maternel. Aucune donnée ne permet d’évaluer l’impact potentiel du vaccin Covid-19 Janssen sur la production de lait ou sur l’enfant allaité. Toutefois, compte-tenu des résultats des études menées chez l’animal et chez l’Homme avec les autres vaccins de Janssen utilisant l’Ad26 comme vecteur montrant la dissémination limitée de ce vecteur non réplicable après une injection intramusculaire, aucun effet sur l’enfant allaité n’est attendu avec le vaccin Covid-19 Janssen.
Efficacité et sécurité des vaccins chez les femmes allaitantes
Les femmes enceintes et allaitantes s’immunisent aussi bien que les autres. La réponse immunitaire est plus importante que celle induite par l’infection naturelle.
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L’allaitement n’est absolument pas un obstacle à la vaccination. La réponse immunitaire des femmes enceintes suite à une vaccination avec les vaccins à ARNm est identique à celles des femmes non enceintes.
L’efficacité du vaccin devrait être similaire chez les femmes qui allaitent et chez les autres adultes.
Sur la base des preuves disponibles à ce jour et de la connaissance du fonctionnement des vaccins COVID-19, vacciner une mère qui allaite pour la protéger du COVID-19 ne présente aucun risque pour son nourrisson.
Études et données scientifiques
De nombreuses études portant sur des centaines de femmes et leurs nourrissons ont été rapportées dans la littérature. Aucune preuve ne suggère que recevoir un vaccin contre le SRAS-CoV-2 soit nocif pour la mère qui allaite ou pour le nourrisson allaité.
Des anticorps et des lymphocytes T qui neutralisent le virus du SRAS-CoV-2 apparaissent dans le lait après la vaccination maternelle.
La vaccination a provoqué peu de troubles de la lactation chez les mères allaitantes, bien que quelques-unes aient signalé une coloration bleue ou bleu-vert de leur lait. Un petit pourcentage de nourrissons allaités peut éprouver de la somnolence, une agitation accrue, de la fièvre, des éruptions cutanées ou une diarrhée spontanément résolutive, mais aucun effet indésirable grave n’a été signalé.
Une étude de cohorte a montré que les vaccins à ARN messager (Pfizer/BioNTech et Moderna) contre la COVID-19 ont généré une immunité humorale robuste chez les femmes enceintes et allaitantes, avec une immunogénicité et une réactogénicité similaires à celles observées chez les femmes non-enceintes. Les réponses immunitaires induites par le vaccin étaient significativement supérieures à la réponse à une infection naturelle.
Anticorps dans le lait maternel
Les anticorps spécifiques du SRAS-CoV-2 induits par le vaccin ont été trouvés dans une forte proportion d'échantillons de lait maternel prélevés jusqu'à 6 semaines après la vaccination chez des femmes allaitantes dans une étude de cohorte en Israël. La positivité des anticorps IgA a culminé à 86 % des échantillons à la semaine 4 (1 semaine après la deuxième dose) et est restée à 66 % à la semaine 6. Les taux d'anticorps IgG sont restés faibles pendant les 3 premières semaines, mais ont augmenté après la semaine 4, avec 97 % des échantillons testés positifs aux semaines 5 et 6.
Une autre étude a montré que toutes les femmes vaccinées avec le vaccin Moderna et 87 % de celles ayant reçu le vaccin Pfizer avaient des anticorps IgG spécifiques du coronavirus dans leur lait, tandis que 71 % et 51 % respectivement avaient des anticorps IgA spécifiques du virus. Pour le vaccin J&J, seulement 38 % des femmes avaient des anticorps IgG et 23 % avaient des anticorps IgA contre le coronavirus dans leur lait.
Effets indésirables signalés
Au total 57 enfants allaités âgés de 1 mois à 2 ans et demi ont présenté des effets indésirables après la vaccination maternelle. Les effets rapportés sont variés (troubles généraux, affections de la peau ou affections gastro intestinales) avec principalement des troubles généraux dominés par des épisodes fébriles et troubles gastro intestinaux survenant dans des délais variables après la vaccination de la mère. Ces signalements ne permettent pas d’établir un lien entre la vaccination et les effets rapportés.
S’agissant des effets sur la lactation, il semble y avoir une prédominance de notifications de baisse de la lactation mais les dossiers sont succincts et les effets rapportés subjectifs sans confirmation objective. L’âge des enfants n’est souvent pas renseigné de même que le type d’allaitement en place. Aucun lien avec la vaccination ne peut donc être établi.
Il y a eu quelques cas supplémentaires de mastite/suspicion de mastite. La mastite est un évènement fréquent dont l’incidence varie entre 2,9 et 33 % en fonction des pays dont 74 à 95 % dans les 12 premières semaines post-partum. Le nombre de cas rapporté est donc bien inférieur à ce que l’on pourrait attendre. A ce stade, les données sur cette période et depuis le début du suivi ne permettent pas de retenir de signal particulier.
Effets secondaires possibles
Comme pour tous les médicaments, des effets secondaires peuvent survenir après avoir reçu un vaccin. Actuellement, aucun de ces effets ne remet en cause le bénéfice de la vaccination.
Il est courant de ressentir quelques effets indésirables d'intensité légère à modérée après avoir reçu un vaccin. Des effets secondaires plus graves ou plus durables sont possibles, mais ils sont extrêmement rares (<1 cas pour 100 000 injections).
Effets secondaires possibles avec le vaccin à ARNm (Comirnaty® de Pfizer) : hypertension artérielle, rares cas de myocardites et de péricardites.
Les femmes allaitantes peuvent ressentir les mêmes effets secondaires que le reste de la population, tels qu'une douleur au point d'injection, une fatigue temporaire, ou de la fièvre. Ces symptômes peuvent en effet réduire la lactation des mères, mais c’est très ponctuel. En aucun cas, cela ne pourrait se produire de manière prolongée.
Suivi des effets secondaires
En France, c’est l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM), en lien avec l’Agence Européenne du Médicament (EMA) qui suit régulièrement la survenue d’effets secondaires, à partir des signalements qui peuvent être réalisés sur le site du ministère de la Santé par les professionnels de santé ou par les patients eux-mêmes.
En cas de doute sur l’existence d’un effet secondaire grave ou inattendu, l’ANSM met également en place des études dans le but de confirmer ou pas la relation entre la vaccination et cet évènement.
En février 2025, les enquêtes de l'Agence Nationale de Sécurité des Médicaments (ANSM) confirment à nouveau que les vaccins contre la Covid-19 sont sûrs.
Autres vaccins et allaitement
Les vaccins peuvent être répartis en deux catégories : vivant atténué et inactivé. Les vaccins inactivés contiennent uniquement l’antigène contre lequel on souhaite déclencher une réaction immunitaire. Certains vaccins inactivés sont à base de germes pathogènes tués, tandis que d’autres sont fabriqués par génie génétique. Il n’y a aucune raison de penser que l’administration d’un vaccin inactivé ou recombiné à une mère allaitante puisse avoir un impact chez son enfant. Les vaccins atténués pouraient théoriquement induire une infection chez l’enfant, mais la plupart des germes inclus dans ces vaccins ne passent pas dans le lait maternel ou sont sans danger pour l’enfant.
De nombreuses organisations professionnelles estiment que l’allaitement n’est pas une contre-indication pour ce vaccin, qu’il soit vivant atténué (administré par inhalation) ou inactivé (en injection). Le taux d’anticorps spécifiques excrétés dans le lait maternel est plus élevé avec le vaccin inactivé qu’avec le vaccin atténué.
Vaccins spécifiques
- Vaccin contre la grippe : Une étude menée sur des femmes enceintes qui avaient été vaccinées contre la grippe pendant le troisième trimestre de grossesse et avaient allaité pendant en moyenne 14 semaines a constaté que leurs enfants avaient, pendant les six premiers mois, un risque 36 % plus bas de pathologie respiratoire avec fièvre, et 63 % plus bas de grippe confirmée par un laboratoire que les enfants des mères du groupe témoin qui avaient reçu un vaccin contre le pneumocoque.
- Vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (dTca) : Les adultes sont censés recevoir ces vaccins tous les dix ans, et pour les femmes, il est recommandé de le recevoir à chaque grossesse. Les femmes vaccinées après 20 semaines de grossesse ont un taux lacté plus élevé d’IgA anti-pertussis (l'agent de la coqueluche) que celles qui ne l’ont pas été. Pour celles qui n’ont pas été vaccinées pendant la grossesse, il est recommandé de l’être immédiatement après la naissance, y compris celles qui allaitent.
- Vaccin Rougeole-Oreillons-Rubéole (ROR) : Toutes les souches de ce vaccin sont vivantes et atténuées. Il n’existe aucune donnée sur l’éventuelle excrétion des germes en cause dans le lait maternel.
- Vaccin contre la varicelle : Des femmes ont fourni des échantillons de lait avant et après vaccination contre la varicelle. Un seul échantillon de colostrum contenait l’ADN du virus, tous les autres échantillons étant négatifs.
- Vaccin contre l’hépatite A : Il n’existe aucune étude sur ce vaccin chez la mère allaitante, mais il est inactivé et ne doit donc guère présenter de risques pour l’enfant allaité.
- Vaccin contre l’hépatite B : Les enfants allaités par une mère qui a été vaccinée contre l’hépatite B ont une réponse immunitaire différente à ce vaccin lorsqu’ils le reçoivent eux-mêmes, comparés aux enfants nourris au lait industriel.
- Vaccin contre le pneumocoque : La vaccination des femmes enceintes augmente le taux lacté d’IgA spécifiques. Les anticorps présents dans le colostrum inhibent la fixation des pneumocoques au niveau des cellules pharyngées de l’enfant, et il existe des données permettant de penser que la vaccination maternelle abaisse le risque d’infection à pneumocoques.
- Vaccin contre la fièvre jaune : La vaccination contre la fièvre jaune est contre-indiquée chez la mère allaitante, sauf dans les cas où l’exposition à la maladie ne peut pas être évitée ou retardée.
- Vaccin contre la variole : Le CDC déconseille ce vaccin chez les mères allaitantes. Si une mère est vaccinée pendant la grossesse ou l’allaitement, elle devrait éviter d'allaiter et de tenir tout bébé pendant au moins 3 à 4 semaines jusqu’à guérison de la lésion induite par la vaccination.
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